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Finike, octobre 2007

 

de Xania à Istanbul

Téo d'Oro

Inimaginable, impensable, incroyable !

Je ne m'attendais pas, quelques minutes après notre arrivée à Mytilène, vivre une des plus belles et extraordinaires rencontres de ma vie ...

Notre remontée vers Istanbul prenait volontairement l'aspect du « chemin des écoliers » ... d'île en île ... au gré du vent ... Nous prenions notre temps ... le temps de savourer ... le temps de déguster ... le temps de s'imprégner. Nous mesurions et recollions les temps ... ceux des mythes ... ceux de l'histoire ... en même temps ... que le temps présent ... omniprésent ! Chaque île nouvelle nous attirait, excitait notre curiosité. Une partie du temps de navigation nous voyait plongés dans les livres afin de nous remémorer sa place dans la mythologie, sa propre histoire, ses déesses, dieux, femmes ou hommes qui firent sa célébrité.

Ainsi de Mytilène (aujourd'hui Lesbos) et ses personnalités hors de pair du VIIe et VIe siècle avant notre ère: ses poètes Alcée, Terpandre, Arion et ... SAPPHO ... sans oublier l'admirable PITTACOS, l'un des sept sages de l'antiquité grecque. Chaque île nouvelle à découvrir était source de joie et d'impatience. Ainsi ... entrâmes dans le port de Mytilène l'esprit emplit d'une vision quasi « mythique » de notre nouvelle escale ...

Las, le présent remit nos pendules à l'heure : les égouts de Mytilène se déversent dans son port, détritus et immondices tapissent l'eau du port, tandis qu'une forte odeur écoeurante retournait nos estomacs ! Rappel brutal et décourageant ... à l'image de ce que nous vivrons cette année ... suite d'alternances ... de hauts et de bas ... de sublimes et d'infects ... de beau et de laid ... de joies et de peines ...

La journée était trop avancée pour envisager aller ailleurs. Défaits, découragés, résignés, nous amarrons «  Leptine » au quai. Le port est au centre de la ville. L'avenue principale passe à six mètres maximum du bateau. Elle est le seul axe routier qui traverse la ville ! Le trafic est dense et bruyant : de nombreux camions et autobus l'empruntent.

« Vous êtes français ? » ...

« Vous parlez français ? » ...

Plongé dans les activités de remise en ordre du bateau, submergé par le bruit des voitures, saoulé par le défilé incessant des passants sur le quai, je ne réalise pas que cette voix frêle, presque irréelle et semblant provenir de loin, m'interpelle ... Son anachronisme me surprend et relève la tête. Droit comme un « i » un petit monsieur est planté là, à la poupe de « Leptine ». Un sac à dos sur ses épaules, un appareil photo dans une main, le trépied dans l'autre. Surpris, je reste quelques instants muet.

« Vous avez un drapeau français», me dit-il !

C'est ainsi que je fis connaissance de « Téo d'Oro ».

Nous parlerons longuement sur le quai et déciderons de nous retrouver le lendemain matin pour prendre ensemble un café dans un des bars jouxtant le port. Il ne prendra pas de café et passerons près de 3 heures à dialoguer ...

Petit, menu, le regard pétillant, il semble sorti d'un autre monde. Je n'ai pas osé lui demander son âge. Il me paraît avoir largement dépassé les 80 ans.

A l'évidence il éprouve un grand besoin de parler notre langue, de rencontrer un français, de débattre de littérature et de poésie françaises. Il a beaucoup lu d'ouvrages français. Sa mère lui aurait enseigné et communiqué cette passion de notre langue qu'il maîtrise parfaitement. De temps en temps la mémoire des mots ou du mot juste lui fait défaut. Il éprouvera des difficultés à construire une phrase parfaite. Il s'en excusera auprès de moi, m'avouant que cet exercice lui demandait maintenant beaucoup d'efforts. C'était visible. Sans aucun doute possible, il était important pour lui de récupérer la maîtrise de notre langue. Je l'aidais, nous souriions ensemble comme s'il s?agissait d'un jeu. Je le laissais me parler avec passion de nos grands écrivains et poètes français. Pour chacun il piochait dans sa mémoire afin de me citer quelques vers ou quelques personnages de romans. Nous parlâmes longtemps de littérature. Sans m'en rendre compte, ce dialogue eut pour effet de lui faire retrouver ses capacités en la matière : son mécanisme se dégrippait, montait en puissance, il suffisait d'un peu d'huile ... j'étais l'huile ! De mémoire il m'écrira au verso d'une de ses photographies, « Le coucher du soleil romantique » de Ch. Baudelaire (les fleurs du mal) ...

 

Sa passion est la photographie. Il se promène toujours avec son appareil photo et trépied associé. Il guette la belle photographie à faire ou la prépare longuement en fonction des saisons, de la force du soleil ou de la lune. N'hésitera pas à passer des heures à attendre « le » moment ? Il me présentera nombre de ses photographies : véritables chefs d'oeuvres ... toute une vie consacrée à cet art !

Il me fera cadeau de deux photographies.

Je le croyais photographe professionnel, j'étais loin du compte ! Issu d'une riche famille grecque dont la fortune aurait été acquise lors de la construction et exploitation du canal de Suez avant sa nationalisation par Nasser. Il a hérité de celle-ci, du moins sous forme d'innombrables immeubles dont la location lui assure son existence sans devoir exercer une activité professionnelle. Il a donc consacré sa vie à ses passions.

Sa grande désolation est la misère et déchéance qui, selon lui, caractériseraient la culture grecque actuelle. La Grèce a perdu son âme, sa culture aujourd'hui est celle du football, de la télévision me dit-il ... Afin de tenter d'atténuer sa souffrance je lui expliquais qu'il en était de même en France. Que dans les librairies françaises nous ne trouvions plus les livres de nos grands écrivains. Qu'ils n'étaient quasiment plus étudiés dans les collèges ou lycées, que les pièces de théâtre de Molière, Racine, ... étaient introuvables, et lui donnait en exemple le cas de la plus grande librairie d'Agen, ville qui a vu naître Michel SERRES et où le campus universitaire porte son nom, où l'on ne trouve aucun livre de lui : il faut le(s) commander ! Que la seule littérature préconisée en France est celle donnée par la télévision, d'auteurs inconnus au français douteux et dont les livres envahissent kiosques et librairies.

Il me fait penser aux philosophes anciens grecs. Tous issus d'une famille riche, ils avaient pu recevoir les enseignements de l'époque, voyager, pour ensuite enseigner librement aux autres hommes leurs savoirs ...

Je voulu profiter de sa présence afin de lui poser quelques questions qui me tenaient à coeur, notamment de quoi vivent les grecs ... d'où provient l'argent ... Tant il est vrai que la Grèce n'est pas riche et qu'il y a beaucoup de pauvretés. Il eut une réponse extraordinaire. « Vous savez » me dit-il, « les grecs se contentent de peu, ils n'ont pas besoin de grand-chose ». Le tourisme, l'agriculture et l'huile d'olive rapportent de l'argent. Un peu d'huile d'olive, quelques olives, du fromage et du pain nourrissent beaucoup de grecs.

Avant de nous séparer il tient à me faire un autre cadeau : me laisser son message personnel sur un bout de bristol. Merveilleux et émouvant ... sorte de testament éthique ....

Faire tout le bien que l'on peut

Aimer la liberté par-dessus tout

Ne pas trahir la vérité même pour un trône

J'ai apprécié cette rencontre inattendue et unique. Elle constitue un moment rare et fort dans une vie. Fort par le personnage et son grand âge. Rare par l'éthique exemplaire toujours intacte qu'il véhicule et transmet.

Bien plus tard, alors que nous étions en Turquie, une association bizarre germa dans mon esprit.

A mi chemin entre la Crète d'Eléfthérios Vénizélos et la Turquie d'Ataturck - deux personnalités hors du commun et, à mon avis, à plus d'un titre fort semblables - cet extraordinaire petit Monsieur Théodore Doucakis, sorte de témoignage.

Témoignage de ce que la Grèce a su fournir en hommes remarquables, témoignage de la grandeur d'un pays, témoignage d'un temps fait d'hommes droits, forts et fiers.

Mais aussi témoignage et témoin ... d'un passé peu éloigné en voie de disparition ...

 

 

Photographie de Théodore Doucakis ... alias « Téo d'Oro » (avec son aimable autorisation)

 

La Tunisie

 

Petits pecheurs de Monastir

 

SOMMAIRE

Premiers contacts avec la medina

Le marche couvert

La religion Islamique en terre Tunisienne

le Ramadan

La vie quotidienne

Le marchandage

Les touristes

Les commerces

 

Monastir, le 21 Octobre 2005


Premiers contacts avec la médina.


Parvenus à l’aube en terre tunisienne, fatigués par une navigation de nuit au milieu des orages et sous une incessante pluie diluvienne, les formalités d’entrée accomplies, nous pûmes nous restaurer et tentâmes, en vain, de prendre un peu de repos. Notre impatience de fouler pour la première fois le sol de l’Afrique (certes du nord !) et de découvrir au plus vite notre nouveau pays d’accueil était si vive qu’elle eut raison de notre épuisement.


Est-ce une conséquence de la fatigue, de cette excitation, de leurs effets conjugués ou de toute autre raison que j’ignore, je ne sais par quelle magie cette première visite de la médina fut, pour moi, l’occasion de vivre un moment rare.


Imagine, qu’à l’instant précis de ton entrée dans la médina, s’ouvre en toi le livre de ta mémoire, qu’à chaque pas que tu fais, qu’à chaque ruelle … tourne une page de ta mémoire enfantine.

C’est fabuleux ! Etonnés, mais plus encore émerveillés, nombre de vieux métiers que nous pensions à jamais disparus captent et figent notre regard: ceux dont les illustrations agrémentaient mes premiers livres d’Histoire et de « Leçons de Choses » lorsque j’étais sur les bancs de l’école, comme ceux, enfant, je pouvais encore voir dans nos villages.


Dans cette médina, défilait, à jamais gravé dans ma mémoire, le film de mes premiers rendez-vous avec les ferronniers, tisserands, cordonniers sabotiers, maréchaux-ferrants, menuisiers, … , de Saint-Maurin, Tayrac, Puymirol, …


Le plus souvent à l’ouvrage sur une partie de la chaussée, leurs activités apparaissent naturellement intégrées à la vie quotidienne tellement leurs présences ne gênent ni ne perturbent le va et vient continuel des passants.


Je mentirais si je te disais que leurs outils semblent sortir d’un musée. Disons qu’ils ont un âge vénérable ; seuls quelques éléments originaux, te permettant justement de les authentifier, subsistent encore.

Quant aux autres, successeurs des disparus sous l’usage, ils révèlent alors l’immense ingéniosité de ces artisans.


A l’aide de choses simples, banales, de « trois fois rien », ils restaurent et fabriquent les outils dont ils ont besoin. Selon les métiers, nous observerons, ci et là, quelques emprunts à notre outillage moderne.


Au seuil de l’atelier d’un tisserand, immobiles, fascinés par le spectacle qui s’offrait à nos yeux, nous fûmes sortis de cette sorte d’état hypnotique par une voix chaleureuse nous invitant à enter.

Timidement, avec gêne et scrupules nous nous approchâmes. Sans lui avoir demandé quoi que ce soit et avant même que nous ayons eu le temps de le remercier, un homme, que la pénombre nous empêchait de distinguer, va nous conter, démonstrations à l’appui, les différentes étapes d’élaboration d’un tapis. Sa voix, ses intonations comme les mots qu’il emploie trahissent à la fois la passion de son métier, sa joie d’en parler et le plaisir de montrer son savoir-faire. Ce n’est que plus tard, lorsqu’il se leva de derrière son métier pour expliciter les gestes du processus de fabrication que nous pûmes enfin apercevoir son visage. Peut-être avait-il 45 ans.

Difficile de lui donner un âge : l’habit traditionnel masque la démarche, la peau cuite par le soleil est plus tôt soumise aux rides. En fait, son âge nous importait peu, nous étions seulement avides de voir le messager d’une telle gentillesse qui nous étonnait, nous surprenait, nous interpellait. Par ce qu’il avait abandonné son ouvrage en cours, notre gêne croissait au fur et à mesure que le temps qu’il nous consacrait s’écoulait. Ainsi nous limitâmes volontairement le nombre de nos questions. Nous apprîmes qu’il avait fait ses études en France ; études supérieures suivies d’études spécifiques aux métiers à tisser. Les jours suivants nous découvrirons que nombre de ces artisans possèdent une formation supérieure ou spécifique acquise dans notre pays ou dans un autre pays européen.
Nous le quittons vite, trop vite, à regret, lui précisant que nous devons arriver au marché avant sa fermeture.


Monastir, le Ribat

Monastir, le 25 Octobre 2005


Le marché couvert.


Nos premiers pas dans le marché couvert nous firent tomber du nuage sur lequel l’enchantement de notre rencontre avec le tisserand nous avait placé. Une autre réalité, que nous apprendrons au fil des jours à comprendre, se présentait à nous. Là, dans sa partie centrale, sur 500 m2, se trouvent réunis des tonnes de poissons, de viandes, de légumes, de fruits frais et secs et nombre d’épices en vrac.

Je t’entends déjà me rétorquer promptement : «mais c’est pareil chez nous !». Certes tu aurais raison si tu n’ignorais pas qu’ici l’usage de la réfrigération est, bien plus qu’un luxe, parfaitement inutile et, celui de la glace, une amusante utopie. Tu l’auras deviné, nos délicates narines furent assaillies par un mélange de senteurs et d’odeurs particulièrement redoutable pour nos estomacs. Surpris, perplexes, nous retournâmes à notre bateau, reportant au lendemain notre approvisionnement.

Ce que nous fîmes. Dès 9 heures, nous étions à pied d’œuvre et comprîmes alors la raison de notre désappointement de la veille. Les étals fraîchement installés regorgeaient de leurs produits. De chacun commençaient à se dégager lentement les différentes senteurs, odeurs et parfums des épices. A la différence d’hier, qu’ils n’avaient pas eu le temps, sous l’effet de la chaleur, de se mélanger ! L’esprit et les estomacs rassurés nous nous engageâmes joyeusement dans nos achats. Ici, peu de balances électroniques, règnent d’authentiques balances à plateaux et poids. Cette dernière est réservée aux produits peu onéreux ou abondants, tels les légumes et fruits frais ou secs et le poisson quel que soit son prix de vente. La pesée n’est pas au gramme prés mais à 50 grammes, toujours en faveur du client. Quant à la balance électronique nous l’observons surtout chez les bouchers, c’est-à-dire là où le prix de vente au kg est élevé, sûrement lié à une moindre abondance.

S’agissant de la glace utilisée par les poissonniers, je pense que le bon sens t’aura fait établir le lien évident avec les températures élevées qui règnent ici et imaginer ensuite, la monstrueuse quantité de glace qu’ils devraient fabriquer chaque jour !

Quant à la réfrigération des viandes fraîches (mouton, bœuf, volaille) elle demande un développement beaucoup trop long pour la traiter ici. J’envisage de te consacrer un prochain courrier réservé à la vie quotidienne des tunisiens. Pour le moment, tu devras te contenter d’un résumé ! A savoir qu’en ce domaine, leur mode de conservation des denrées périssables semble répondre aux réalités auxquelles ils sont confrontés et, je le suppute fortement, concernant les zones touristiques, adapté sous la pression d’un tourisme ignorant et totalement irresponsable.

Je dois te dire que leurs fruits et légumes sont excellents. Cueillis mûrs, ils demandent à être consommés rapidement. Qu’ils soient pour certains plus petits ou pour d’autres plus gros que leur équivalent que nous consommons en France, leur chair très peu chargée en eau est d’une saveur remarquable. Quant à leurs viandes elles sont goûteuses. Toutefois, comme les bêtes sont abattues soit la veille, soit le matin même, elles requièrent d’être faisandées deux ou trois jours avant de les consommer. La fraîcheur de la viande est attestée par la présentation des têtes des animaux tués. Je ne te ferai pas l’apologie du mouton, tu le connais trop bien ! Mais celle du poulet et de la dinde aux chairs fermes et goûteuses qui ont le bon goût de rester coller aux os : ici, nul ne se plaint que la chair quitte les os. Quant au bœuf, je dois t’avouer qu’il constitua pour moi, grand carnivore, une divine surprise : nos « Limousines » ou « Blondes d’Aquitaine » devraient, l’été venu, prendre des « paître vacances » ici !

Monastir

Monastir, le 28 octobre 2005



La religion Islamique en terre Tunisienne.



Il est dit et écrit que la Tunisie est le pays le plus libéral du Maghreb. Ne connaissant pas encore les autres pays musulmans, je ne pourrai te décrire que ce que nous voyons ici. Concernant la religion notre surprise fut grande. Elle est discrète : sa présence dans la vie quotidienne n’est ni plus ni moins prégnante que celle, par exemple, de la religion catholique en France.

Minaret de la Grande Mosquée de Monastir


Si l’on rentre plus profondément dans le domaine strictement religieux alors le contraste est particulièrement frappant entre ce que nous avons vu et vécu lors de notre séjour en Sicile et ce que nous voyons et vivons ici depuis notre arrivée.

Aux nombreuses chapelles, églises, cathédrales et basiliques qui quadrillent toutes les grandes villes siciliennes et dont les sons des cloches rythment la vie religieuse, aux milliers d’images pieuses qui en Sicile ornent les magasins, les édifices publics et toutes les façades des maisons individuelles, à la foultitude de magasins siciliens qui proposent toutes sortes de « bondieuseries », seuls la mosquée et son minaret et cinq appels à la prière par jour témoignent, ici en terre tunisienne, de la présence de la religion.

Le contraste est encore plus saisissant lorsqu’on compare les lieux de culte. Chapelles, églises, cathédrales ou basiliques siciliennes sont toutes richement habillées tant extérieurement qu’intérieurement. Les statuts de saints, de vierges, d’apôtres, de prophètes, de martyrs, de Jésus, de Dieu, ... foisonnent. L’intérieur de ces édifices comporte, de plus, de somptueux tableaux et peintures murales.

 

Les scènes qu’ils décrivent sont le plus souvent violentes, terrorisantes ou apocalyptiques.



Notre étonnement fut grand de constater qu’en aucun de ces lieux de culte ne régnaient ni la joie ni le bonheur, que seules, l’architecture des bâtiments, la noblesse des lignes et des courbes, la beauté de la géométrie, …, apportent cette impression de paix et de sérénité.

Une exception toutefois : l’extraordinaire basilique de Monréale exempte de toute violence.


Cloître de Monréale



Je te conseille de la visiter en dernier, sinon tous les autres édifices risquent de te paraître particulièrement fades.

La mosquée, quant à elle, est un vaste espace clos, partiellement à ciel ouvert et dont la partie la plus visible est le minaret. Ni décors, ni statuts, ni peintures ou tableaux si ce n’est l’affichage de versets du Coran. C’est presque la nudité la plus parfaite dans un ensemble architectural simplement harmonieux.


Grande Mosquée de Monastir



Quant au «tchador» et au «voile», je ne suis pas sûr qu’ils puissent être considérés uniquement comme des signes ostentatoires d’une appartenance religieuse. En ville ils sont portés par un nombre limité de femmes de toutes les générations, quel que soit le niveau social: un peu plus par les grands-mères, un peu par les mères et un très peu par les jeunes femmes. La situation est identique chez les hommes portant djellaba et foulard. J’ai seulement observé que l’on en voit beaucoup plus dans les campagnes. Quant à la majorité elle s’habille en tentant de s’accommoder avec la mode occidentale. Cette appartenance religieuse pourrait éventuellement être identifiée pour une faible minorité de femmes, de tous âges, qui se baignent revêtues du tchador.


De vivre parmi eux et donc de les voir évoluer, me conduit à penser que ces vêtements sont devenus avec le temps une habitude, une sorte de coutume ou tradition vestimentaire. Plus encore, j’ai l’impression qu’ils correspondent précisément aux conditions climatiques et à l’environnement spécifique à l’Afrique du Nord. Autrement dit, ici, comme dans les autres contrées du monde, l’homme s’adapterait à la nature et vivrait en harmonie avec elle.

Christine et moi-même apprécions de voir ces femmes et ces hommes revêtus de leurs habits traditionnels: c’est tout simplement beau, élégant et harmonieux. Notre intolérance nous fait regretter qu’ils ne soient pas tous ainsi vêtus !


Les très jeunes sont sensibles à la mode sportive occidentale, à tel point que plus de la moitié des vêtements vendus dans les souks sont constitués de maillots de football des équipes nationales et de certains joueurs connus dans le monde entier. Le « Jeans » est omniprésent. Rien ne permet de distinguer les jeunes d’ici, garçons ou filles qui te précèdent dans la rue, des nôtres : rien de nouveau sous le soleil de la jeunesse !

 

Monastir, le 29 octobre 2005



Le Ramadan



Je te fais ce courrier en période de Ramadan, il devrait s’achever dans quelques jours au début du mois de novembre. Il s’agit du premier Ramadan que nous vivons in situ. Je ne pourrai donc te livrer que des premières impressions, sans aucun recul.

A l’évidence, il est un moment important pour toute la société tunisienne. De ce que nous pouvons voir, tous sont concernés et une grande partie des activités du pays adopte un autre rythme. A l’exception des bars qui sont fermés, la quasi-totalité des commerces fonctionnent le matin. Autant hors Ramadan la vie est trépidante, autant en cette période elle paraît au ralenti. Bien qu’il soit difficile à supporter pour tous, puisqu’il leur est interdit de manger, de boire, de fumer, …, durant le jour, le Ramadan est une véritable fête.

Ce coté festif n’est pas apparent les premiers jours : les organismes doivent s’habituer, la difficulté éprouvée par chacun est visible, leur jovialité est «aux abonnés absents», ils sont plus nerveux, plus tendus, bref, c’est dur pour eux ! Passée une semaine, les organismes habitués, alors ils redeviennent comme avant. Ce coté festif explose et se concentre essentiellement tout autour et dans le marché couvert, c’est-à-dire au point central et principal des commerces d’alimentation de la ville. L’après-midi, les terrasses des bars et des rues qui lui sont adjacents se peuplent, d’une kyrielle de petits commerçants ambulants. Tu trouves là jouets, bibelots et aliments que tu vois pour la première fois ou en plus grande quantité ou sous de nouvelles variétés. Entre 12h et 16h toute la ville semble se donner rendez-vous ici. Nous nous régalons: imagine de nombreux stands tenus par de petits artisans qui te proposent variétés de gâteaux et de pains confectionnés «à la main», parfois sur place.


Nous avons « nos » artisans préférés, ceux dont nous apprécions plus particulièrement leurs produits et savons maintenant comment consommer certains gâteaux fraîchement confectionnés types « merveilles » ou fourrés aux amandes et aux cacahouètes afin qu’ils soient craquants sous la dent ou moelleux à souhait et qu’ils délivrent leur maximum de saveur !


Imagine de petits camelots, qui, à l’aide d’ustensiles rudimentaires, confectionnent pains et gâteaux infiniment meilleurs et 5 fois moins cher que le commerçant établit dont l’étal est à peine distant de 10 m. Plus extraordinaire : la présence des premiers ne diminue en rien la clientèle du second !

A 16h30 précises, les commerces du centre ville et de la périphérie abaissent leurs rideaux, les rues commencent imperceptiblement à se vider, les marchands ambulants rangent leurs étals au milieu des clients retardataires. A 17h, la ville est plongée dans un incroyable et impensable silence. C’est très impressionnant. La vie semble avoir déserté la cité. Tous sont rentrés chez eux. Je les suppose joyeux dans la préparation du premier repas qu’ils vont faire et en même temps fébriles dans l’attente du coup de canon qui les délivrera du jeûne jusqu’au lendemain matin. Ce n’est que plus tard, vers les 21 heures, qu’une vie nocturne prend la relève.

Monastir : mausolée Bourguiba

Monastir, le 4 novembre 2005


La vie quotidienne en Tunisie … ambiance générale …



En Sardaigne, en Sicile comme à Malte, se déplacer à pieds en ville est un cauchemar. Qu’il soit sur le trottoir ou dans les passages cloutés, le piéton est en permanence sur la défensive tant il est agressé de toutes parts par tout ce qui ce déplace à vive allure, voitures, scooters, motos qui, pour les deux derniers empruntent sans vergogne les trottoirs. Quant au niveau sonore il est épouvantable. Peu habitués à cette indiscipline généralisée comme à être exposés à autant de dangers graves pour nous et notre enfant, nous fûmes contraints à faire nos courses à tour de rôle et à emprunter les autobus pour toutes nos visites.



Ici à Monastir (60 000 habitants) la situation est radicalement différente. En tous lieux de la ville, voitures, mobylettes, scooters, vélos et piétons forment un véritable mouvement brownien, où chacun de ceux qui se déplacent le plus vite intègre instantanément les déplacements de tous les autres ! Je te laisse imaginer la vision qu’aurait un observateur : seuls les piétons ont une trajectoire rectiligne, quant à tout ce qui roule, elle s’adapte à celles des piétons ! Le plus dur pour nous fut d’entrer dans ce mouvement, jusqu’à que nous comprîmes comment s’y prendre ! Ce n’est pas compliqué : 3 règles à respecter ! La première, se lancer après avoir vérifié l’absence de tout véhicule en mouvement dans un rayon de 10 m. La deuxième, une fois engagé avancer à son rythme vers sa destination sans se préoccuper de quoi que ce soit. La troisième, éviter de changer brusquement de direction ! De temps en temps quelques coups de klaxons signalent à un imprudent qu’il a bien été « vu » et lui indique de ne pas s’affoler si le doublement ou le croisement se fait au plus juste ! Je n’ai pas encore vu d’accident, ni d’accrochage, alors qu’en Sicile ambulances et voitures de police sont en perpétuels mouvements, sirènes à fond ! L’ambiance est ici « bon enfant » et conviviale. Les tunisiens sont doux et pacifistes. Je n’ai pas encore observé une quelconque agressivité entre eux ou vis à vis de nous. Comme tous les méditerranéens, ils ont parfois le verbe fort qu’ils accompagnent de gestes de la main et peuvent s’interpeller d’un trottoir l’autre.


Monastir, entrée de la Marina


Les jeunes sont comme tous les autres jeunes du monde, tantôt calmes, tantôt excités et d’une tenue irréprochable : nous n’avons vu ni bagarre, ni heurt, ni incident ou une quelconque intervention de la Police. Des immeubles sont construits en périphérie de la ville, regroupés en « cités ». Là, en fin d’après midi et en soirée, les jeunes se retrouvent, forment plusieurs bandes, se promènent, discutent, jouent, tout cela dans le calme. Les garçons restent ensemble, séparés des filles que l’on voit peu le soir, sauf si elles sont accompagnées. Quant à la Police on la voit peu sillonner la ville. On la rencontre à quelques ronds-points afin de favoriser la circulation. Ici peu ou pas de feux tricolores. En trois mois nous en avons vu 5 dans un rayon de 80 km autour de Monastir. Seule la ville de Hammamet me paraît en être excessivement fournie: j’en ignore la raison.

Au milieu de cette agitation quotidienne, quelle que soit l’heure de la journée, une foultitude d’hommes de tous âges sont assis à la terrasse des bars dégustant lentement leur café ou thé, discutant entre eux, lisant leur quotidien ou fumant le narguilé.

Quant aux plus anciens, ils se maintiennent à l’ombre, seuls ou en groupes, devant le seuil de leur demeure ou sous les arbres de la médina et regardent la vie s’écouler. Imagine enfin les marchands du souk qui dés 9 heures du matin attendent avec impatience les touristes et, quand ils arrivent, déploient une incroyable science de l’art de vendre.



Monastir, barque de pêcheurs

Monastir, le 6 novembre 2005


Le marchandage.


C’est avec beaucoup de tendresse que je vais tenter de te parler du marchandage auquel nous n’étions nullement préparés avant d’arriver ici.


Pourquoi avec tendresse ? Par ce que, comme tous les autres touristes, en l’espace d’une semaine, nous nous sommes fait piéger 3 fois ! Mais alors bien piégés, tellement, que la première fois nous nous étions jurés de ne plus se faire prendre ! La deuxième fois, nous prîmes l’excuse « qu’il avait été très fort et que nous étions encore trop naïfs ! ». La troisième fois, fut l’apothéose ! Evidemment furieux d’être à nouveau tombés dans le piège, nous fûmes unanimement magnanimes et reconnûmes les talents indéniables qu’une telle pratique requiert ! L’avantage pour nous fut d’en comprendre les mécanismes et rouages et comme nous partageons tous la même intelligence, de pouvoir développer enfin une stratégie.

Le marchandage est un jeu d’Echecs !


Je peux t’assurer qu’il n’y a pas eu de 4ème fois ! Mieux encore, nous nous entendons à merveille avec les commerçants: nous « marchandons » rien que pour le plaisir, par jeu, …, par ce que cela permet surtout d’échanger ! Cependant, cela nous oblige de les rencontrer aux heures de faible activité. Ils ont alors le temps de se consacrer à ce qu’ils aiment particulièrement, dialoguer.


Quand les touristes commencent à arriver, ils passent de l’un à l’autre et déploient leurs talents pour faire affaire en peu de temps. Ils ne peuvent consacrer trop de temps à chaque client et possèdent la faculté de détecter instantanément «à qui ils ont à faire» leur permettant de déployer des stratégies incroyablement adaptées, allant parfois à travailler simultanément 3 clients, à inclure chaque client dans sa stratégie de vente auprès des 2 autres ! A son insu chaque client devient partenaire du vendeur et flatté d’être pris à témoin ou d’être simplement sollicité se prête à un jeu dont il ignore les règles.


Face à ces artistes de la vente, tu es un benêt ou plus précisément comme on dirait dans mon Lot-et-Garonne natal un « couillon » qui, de plus, se fait « couillonner » avec le sourire !


Pris dans son filet, commence la séduction. Tu ne sais pas où se trouve le joueur de flûte, mais il te donne l’impression d’un serpent tout en ondulation qui s’enroule, t’enveloppe, t’ensorcelle ou t’hypnose sous un flot de paroles, gentillesses, flatteries.

Tu es son ami : tu deviens son cher ami. Il te tutoie pour mieux t’affaiblir ... pour mieux te piéger. Il prendra ton épouse à témoin, la flattera pour tenter de s’en faire une alliée. Il te mesure, te jauge, pour déterminer jusqu’où il peut aller.


Bref, en quelques secondes tu te trouves en situation d’acheter quelque chose dont tu n’as aucun besoin et à un prix qui n’est pas encore fixé ! C’est à l’instant où tu laisses percevoir cette disposition que le marchandage débute.


Et là, en parfait ignorant du coût réel, tu es le grand perdant ! Il en offre généralement 4 fois le prix de vente normal. Mais toi … tu ne le sais pas ! Alors tu n’oses diviser par quatre et proposes 75 %. Pour lui c’est gagné ! Maintenant il va te travailler au corps pour passer à 80% puis à 85 %. Pour te montrer combien notre ignorance et notre bêtise sont grandes, tu sors du magasin complètement lessivé, soulagé et … content d’avoir gagné 15% !


Presque tout se marchande, les vêtements, les chaussures, y compris la nourriture et le pain chez certains petits artisans ambulants. Dans ce domaine, le marchandage est plus facile car les prix pratiqués ailleurs sont connus. Ce que j’apprécie dans ce marchandage, en dehors de celui pratiqué avec les touristes, c’est que le vendeur s’adapte à tes revenus qu’il suppose. Au bout du compte un marchandage équilibré aboutit toujours à ce que les deux parties soient satisfaites. J’ai été plusieurs fois témoin de marchandages avec des personnes à très faible revenu. Conscient de la pauvreté de son client, le vendeur prenait le soin de ne pas l’humilier. Il marchande avec lui comme avec les autres mais en faisant toujours en sorte que le prix qu’il va lui faire payer soit en juste mesure avec les faibles revenus de son client, même si c’est en dessous du coût de revient.


Ce sont toutes ces raisons qui font que je porte un regard tendre à cette pratique du marchandage : il est humain, il permet l’échange et chacun y trouve son compte sans que ce soit obligatoirement lié à l’unique satisfaction d’avoir gagné de l’argent.

Monastir, le 8 novembre 2005


Les touristes étrangers.


Ce n’est ni un secret, ni faire injure à ce pays si je te dis que la Tunisie n’est pas un pays riche. Il possède quelques richesses naturelles, exporte quelques produits et le tourisme constitue une source non négligeable de revenu. Près de 4 millions de touristes par an, pour l’essentiel originaire de l’Europe (Angleterre, Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Russie, Pays Nordiques, …), viennent ici en Tunisie via les agences de voyages. Nous les voyons arriver chaque jour par avions, puis par autobus au centre ville.


Nous devons te faire un aveux : jamais nous n’avons eu aussi honte d’être français (et européen) et cette honte est … quasi quotidienne.


Tu ne peux t’imaginer l’immense tord et préjudices qu’une part de ces touristes cause à notre civilisation occidentale. 


Dans les rues et ruelles de la médina de Monastir, jour après jour, de trop nombreux touristes européens déversent leur flot de racisme exacerbé, de mépris et d’arrogance. Jour après jour, rues et ruelles de Monastir s’emplissent de l’ignorance et de la bêtise de ces trop nombreux touristes irresponsables. Devons-nous entrer dans le détail et te brosser un tableau précis ? Il serait tellement sordide qu’il risquerait de perdre toute crédibilité. Ces touristes ont-ils conscience que de tels comportements inadmissibles ne peuvent que nourrir la haine et la crispation envers notre société occidentale?


Pour le bien de l’humanité, il est important et souhaitable que le plus grand nombre de personnes puisse voyager de part le monde, puisse aller à la découverte de l’autre, de tous les autres. Mais comme pour toute chose, cela demande une préparation ou à minima une réflexion personnelle préalable. Il serait judicieux que les organismes de voyages instaurent une sorte de « débriefing » auprès de leurs clients, particulièrement ceux dont le séjour n’excède pas une semaine. Il faut du temps pour comprendre des modes de vie différents du notre. Il faut beaucoup de temps pour comprendre toutes les nouvelles réalités qui s’offrent à nos yeux. Trop courte pour comprendre, la semaine semble malheureusement trop bien adaptée au maintient et à l’amplification de préjugés et jugements désastreux.


Un exemple des conséquences de la bêtise et de l’irresponsabilité de certains touristes : nous pourrions penser ou imaginer, nous européens, que compte tenu des températures élevées qui règnent dans certains pays tels la Tunisie, le mode de conservation des denrées périssables, sur la base du seul critère relatif à l’hygiène alimentaire, serait au moins identique à celui que nous connaissons chez nous. Et bien, c’est faux !


Plus étonnant, l’espérance de vie (75 ans) est ici quasiment égale à la valeur moyenne européenne. Autrement dit, une autre façon pratique en matière d’hygiène permettrait d’obtenir des résultats semblables.


Qu’ai-je observé depuis mon arrivée en terre tunisienne ?


Tout d’abord un nombre limité de boucheries le plus souvent spécialisées dans la vente d’un seul produit. En ville, peu offrent deux produits. Je n’en ai pas encore observé une proposant à la fois mouton, bœuf, chameau et volailles. Ainsi, ces deux particularités semblent conférer au boucher une meilleure maîtrise de son approvisionnement quotidien. Il ne lui est pas nécessaire d’avoir un stock et de s’équiper en chambres froides coûteuses. Les bêtes sont abattues soit la veille soit le matin et proposée au client simplement suspendues à des crochets. Le soir avant la fermeture, tout a été vendu. Ainsi, la viande fraîche reste au maximum 8 heures exposée à l’air et à ces fameuses et trop célèbres mouches qui dégoûtent nos trop indélicats «touristes d’une semaine».


Quant à l’approvisionnement du boucher, je dois à mes promenades à vélo le plaisir d’avoir découvert son secret ! Un pieu en bois fiché dans le sol, devant ou sur le coté de la boucherie, auquel sont attachés 2, 3 ou 4 moutons en attente de leur «jugement dernier» ! Quant aux bœufs et chameaux plus chanceux, ils patientent en « fumant leur dernière cigarette » entre maisons et immeubles en périphérie de la médina. Et cela « depuis la nuit des temps »!


… plusieurs siècles ont été nécessaires à l’Europe pour découvrir «le flux tendu» ! … 

 
Je ne te ferai jamais assez l’apologie du voyage …


Revenons à nos moutons, pardon, je veux dire à nos « touristes d’une semaine » irresponsables !
Bien qu’ils n’achètent pratiquement pas de viandes ou de poissons, puisqu’ils sont merveilleusement et abondamment nourris dans leurs luxueux hôtels, ils vont, par ce qu’on leur a dit «plein de choses» avant de partir, ils vont, dis-je, se donner les grands frissons de leur vie : visiter le marché couvert, voir et sentir ces étalages de viandes et de poissons frais réunis en un même lieu.


Là tu assistes à toutes les grimaces possibles et inimaginables, à tous les gestes de dégoût, aux airs pincés les plus incroyables. Au bout de bras tendus, des doigts accusateurs et triomphaux pointent les mouches, quand d’autres, munis d’appareils numériques, prennent un nombre impressionnant de photos.


Résultat, que je suppute grandement : sans doute par crainte de voir leur tourisme entaché d’une mauvaise presse avec le risque concomitant d’une diminution du nombre de touristes, je suppose que les autorités du pays ont imposés aux commerçants du marché couvert de s’équiper de chambres froides et présentoirs réfrigérés totalement inutiles avec pour conséquence prévisible une augmentation non négligeable des prix au détriment des consommateurs qui sont loin d’être riches.

Monastir

Monastir, le 10 novembre 2005



Les commerces…



Passées nos découvertes et émotions des premiers jours, nous fûmes les semaines suivantes étonnés puis interpellés par une foultitude d’observations concernant la vie quotidienne.

La médina et sa périphérie regorgent de petits magasins indépendants, notamment d’alimentation, qui présentent quatre caractéristiques étonnantes ; chacun est spécialisé dans un nombre limité de produits, l’ensemble de ces petits magasins offre la gamme complète de tous les produits alimentaires de base frais ou secs, les prix sont extrêmement bas et, les aliments de base ne semblent pas contenir d’additifs de conservation ou n’ont pas fait appels soit aux engrais, soit aux divers traitements sur arbres, soit aux alimentations artificielles pour le bétail.


Ainsi trouve-t-on des boucheries bovines, des boucheries ovines, des magasins de fruits frais, des magasins de légumes frais, des magasins de céréales et produits secs, … Compte tenu des prix de vente bas pour tous ces produits, on ne peut pas parler de réelle concurrence entre magasins. Les prix diffèrent pour un nombre limité de produits, fonction de leur qualité. Quant au local qui sert de magasin, il est généralement petit (de 4 à 25 m2). Les présentoirs sont simples : quelques étagères en bois, le plus souvent les marchandises sont présentées en vrac dans des sacs de 50 kg, une balance à poids et des poches plastiques. Ici, rien ne permet de distinguer le client du commerçant.
A coté de cette multitude de petits magasins, apparaissent 4 «magasins généraux», sorte de magasins d’Etat, dont deux sont exclusivement réservés à la vente des articles issus de l’artisanat tunisien. Les deux autres s’apparentent à de « grandes supérettes ». On y trouve les produits mais conditionnés et, surtout, tous les autres produits résultant d’une ou plusieurs transformations d’un ou plusieurs produits élémentaires de base. Dans ces «supérettes» nombre de produits peuvent être achetés à l’unité, par exemple un seul yaourt au même prix unitaire que ceux vendus en packs de 6 ou de 12. Pour nombre de produits, à qualité et quantité égales, il est souvent proposé aux clients deux gammes de prix : par exemple la confiture selon qu’elle est en boîte de conserve métallique ou en pot en verre.

 

Il n’y a pas de réelle concurrence entre ces « supérettes» et les petits commerces : les magasins d’Etat sont nettement plus chers, d’un facteur 2 à 3 sur les produits de base. Cet écart s’explique sûrement par une masse salariale supérieure, des investissements plus importants en terme de bâtiment et en terme d’équipements tels que chambres froides, présentoirs réfrigérés, caisses enregistreuses électroniques, rayons de présentation des produits, …


Les petits commerces offrent une large gamme de produits permettant une alimentation équilibrée à un coût extrêmement bas. Ainsi, le plus pauvre peut se nourrir et dispose d’une gamme de produits qui ferait rêver bien de nos diététiciens français !

Faire des « extras » : consommer des yaourt au lieu du lait frais, un fromage particulier au lieu du simple fromage de brebis, acheter des conserves, de la charcuterie de volaille, remplacer la viande fraîche par de la viande sous vide, … , impose de s’approvisionner à la « supérette » !
Celui qui ne souhaite pas acheter les produits frais (viandes, poissons, légumes, fruits), les produits secs et l’huile d’olive non raffinée au marché couvert ou chez les petits commerçants indépendants, va faire ses achats à la « superette» ! Toutefois son budget nourriture est alors à minima multiplié par 4 !
Seuls le choix et le besoin guident la clientèle ! Sans pour autant qu’on puisse prétendre que les uns sont pour les pauvres et les autres pour les riches.


Je t’ai déjà parlé de leurs viandes, poisons, légumes et fruits frais. Laisse-nous maintenant t’entretenir de leurs céréales, fruits secs et huile d’olive première pression non raffinée ! Christine et moi-même avons découverts et redécouverts de nombreux aliments chez ces petits commerçants indépendants. L’orge concassée, par exemple, fameuse en soupe comme au dessert, les lentilles grises et les lentilles jaunes, les fèves d’Egypte, la purée de pois chiche, de pois cassés, … Nous alternons joyeusement légumes frais et céréales, fruits frais et fruits secs, viandes et poissons.


Tous les matins, pendant que Christine s’occupe des cours et leçons de Carole, je vais faire les commissions.

C’est un plaisir. Repérer la viande que l’on fera faisander pendant 3 jours. Faire le tour des étals de poissons et choisir celui que l’on consommera le jour même. Faire une longue halte face aux étals de légumes et de fruits frais afin de sélectionner ceux à consommer dans la journée, ... Dans la médina, faire le tour des petits commerces, sélectionner selon les arrivages céréales et fruits secs, choisir son pain, les gâteaux, …, prendre le journal du jour, regarder les vitrines afin de repérer la nouveauté à ne pas manquer, guetter l’huile d’olive « nouvelle » de couleur verte sans aucun raffinage …


A ce jour, nous n’avons pas rencontré de personne en manque de nourriture. Il y a des mendiant comme chez nous. Nous n’avons pas encore vu de « sans domicile fixe ». Certes l’habitat peut parfois être précaire. Mais tous ont un abri, même sommaire. Il n’est pas rare à la saison chaude de voir le berger dormir à la belle étoile avec son troupeau, les maçons sur leurs chantiers et les petits pêcheurs dans leurs barques.


Nous sommes surpris par le très faible nombre de médecins, de dentistes (avec pourtant la même proportion d’édentés que chez nous !) et de pharmacies. Il faut arpenter rues et ruelles de la médina et de la périphérie pour localiser quelques plaques signalétiques relatives au corps médical. Il y a, me semble-t-il, beaucoup plus de plaques d’avocats, d’hommes de droit, … que de médecins ! Nous avions déjà fait un tel constat lors de notre séjour en Sicile, où il m’aura fallu, à Trapani, plus d’une journée pour trouver un dentiste ! Nous n’avons pas encore vu de psychiatres indépendants. Seul un service psychiatrique existe à l’hôpital. Quant aux pharmacies, l’officine est de taille réduite, peu de clients en attente, le plus souvent c’est le pharmacien qui semble attendre.


Un hôpital et une clinique privée sont à proximité de la médina. En trois mois, nous n’avons entendu que trois fois le klaxon typique d’une ambulance d’urgence (et une seule fois celui de la Police).
Bref, tu l’auras compris, cette réalité interpelle. Elle nous interpelle d’autant plus, qu’il me fut donné d’apprendre, en feuilletant mon encyclopédie sur ordinateur, que l’espérance de vie, ici en Tunisie, est voisine de 75 années : c’est-à-dire peu éloignée de la valeur moyenne européenne.
Alors ? Alors, c’est vrai qu’ici on voit moins, voire pas du tout, de gens malades, obèses, mal dans leur corps ou mal dans leur tête.


En trois mois je n’ai pas encore vu un individu atteint de la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer. Pourtant beaucoup de personnes âgées font leurs emplettes ou sont assises devant leur demeure ou aux cafés ou se déplacent lentement dans les rues, parfois le dos courbé, appuyées sur deux cannes …


Alors ? Je n’ai pas de réponses. La seule chose que je puisse faire est de décrire la vie quotidienne telle qu’elle nous apparaît depuis notre arrivée : c’est-à-dire notre regard extérieur. Ce n’est qu’un regard.


En relisant mes écrits, je me rends compte que je donne l’impression qu’ici tout est beau et mieux que chez nous ! Rassure-toi, le beau côtoie le pire. Et pour moi le pire, c’est cette désinvolture avec laquelle ils transforment tout lieu en véritable « décharge publique ».


La Tunisie comme nombre de pays du pourtour Méditerranéen pourraient être de véritables paradis sur terre, sans cette catastrophique pollution des terres et de la mer.


Des efforts certains sont engagés en la matière, mais le plus prioritaire à mon avis réside dans l’éducation de tous, enfants et adultes, pour qui le geste de jeter à terre ou à la mer est aussi naturel que marcher ou parler.

Monastir, soleil blanc matinal

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