Xania, le 5 octobre 2006
... premiers étonnements ...
Mathématiques et Sciences Physiques usent abondamment de l'alphabet grec, faisant en sorte qu'étudiant et sans l'avoir spécialement recherché, je le maîtrisais parfaitement !
A cette même époque je n'étais pas particulièrement attiré par les « humanités », terme utilisé alors pour désigner le cursus d'études de l'imposant corpus des écrits historiques fondateurs de
notre humanité.
J'ai toujours pensé ou eu l'intuition que pour toute chose il y a un moment.
Et vint ce moment ! A l'approche de la trentaine. Installé dans la « vie active », confrontés aux réalités de la vie et non plus aux rêves utopiques de l'adolescence, surgit cet instant fatidique
où, par je ne sais quel chemin surgirent trois questions qui bouleversèrent ma vie pour ne plus jamais laisser mon esprit en paix : « qui suis-je ?», « d'où je viens ?» et « où vais-je ?» !
Fabuleux challenge : fantastique programme !
Depuis, cette inépuisable quête me condamne, tel un Sisyphe du XXI éme siècle, à « faire mes humanités ».
Que de découvertes ! Certes, brouillonnes au début ! Tir vite corrigé. Plus méthodique : histoire des hommes, des civilisations, de leurs écrits à chacune des périodes, ... approfondir,
analyser, comparer ? Au début je ne disposais d'aucun livre. Hier encore je disposais d'une bibliothèque impressionnante que j'ai généreusement distribuée à mes amis, ne conservant que les livres
qui « me posent problème » : ceux qui requièrent que je progresse plus encore dans ma compréhension des choses afin de les intégrer.
Ma rencontre avec les philosophes grecs était donc inévitable !
Que de surprises ! L'homme d'aujourd'hui, en tant qu'homme de connaissances est le même que celui qui vivait à l'époque de ces fameux philosophes. Nous n'avons rien inventé. Tout fut pensé par
eux, bien avant « nous », avec pour seul outil la puissance de leurs réflexions. La seule chose que nous pourrions aujourd'hui revendiquer est d'avoir seulement amélioré, précisé et perfectionné
ces savoirs ... pas plus !
Il est affligeant de constater que nos contemporains s'attribuent ou attribuent à d'autres la paternité de choses énoncées il y a plus de 2500 ans ...
Que de prétentions de notre part,
il s'est fait un nom en plagiant honteusement toutes ses fables
... Exit Esope ... Vive La Fontaine !
le monde d'aujourd'hui veut en faire le père de la relativité alors que ses bases ont été pensées et posées il y a 2500 ans
... Exit Démocrite et Leucippe ... Vive Einstein !
il a gouverné Mytilène pendant 10 ans et fut le premier, il y a 2600 ans, à donner l'exemple de la tolérance en accordant la liberté à l'assassin de son fils, déclarant que «le pardon vaut mieux
que le repentir»
... Exit Pittacos ... Vive Badinter !
Ré écrire différemment ce qui a été pensé et écrit il y a 2500 ans constitua l'essentiel du travail de nos « grands philosophes » d'hier et d'aujourd'hui ! Même constat amer concernant nos
«grands psy», de Freud à Lacan, ..., l'abondante matière première véhiculée par la mythologie grecque ne demandait qu'à être moissonnée. Bien sûr, il faut la lire et savoir lire. Certes !
Cela justifie-t-il de s'approprier la paternité de ce savoir, d'en faire des savants « incontournables » en la matière et qui s'enrichiront, ainsi, outre mesure ? Cela justifie-t-il d'e'ffacer de
la mémoire humaine occidentale les noms des ces illustres grecs au profit de misérables copistes ?
Combien il aurait été plus élégant et pédagogique d'honorer ceux qui posèrent les premières pierres des fondations de notre pensée occidentale. Que de superbes lignées nos enfants auraient eu
alors à découvrir: la pensée de l'humanité en marche ...
Je m'égare !
Xania (Chania) , Phare vénitien
Je connaissais donc l'alphabet grec, m'étais abondamment plongé dans l'histoire de la Gréce, sa fabuleuse mythologie, l'étude de ses philosophes et comme chacun de nous, avais admiré quelques
unes de ses photos.
Ce faisant, sans en avoir conscience, j'avais purement et simplement intellectualisé ce pays, sans aucune idée préconçue de ce qu'il pouvait réellement être dans toutes ses composantes.
Paysage marin près de Pylos - Péloponnèse - Grèce
Mon premier contact physique avec la Gréce fut donc une succession d'étonnements pour le moins surprenants !
La langue d'abord.
A quelques milles nautiques de notre première escale en terre grecque, porté par un « Leptine » royal, enfin détendus et tranquillisés, nous éprouvâmes l'envie d'écouter de la musique sur notre
poste de radio portatif.
Surprise ! Je m'étonne de capter d'aussi si loin les stations espagnoles ! « Mais non » me dit Christine, « c'est une radio italienne, nous ne sommes pas loin de l'Italie ». Peu convaincus nous
redoublons d'attention.
Ce n'est pas de l'italien : débit, volubilité et exubérance n'apparaissent à aucun moment. Bien au contraire, l'articulation est posée, calme et souple. Des mots, des syllabes et des sonorités
rappellent étrangement l'espagnol. Ce n'est pas de l'espagnol puisque je ne comprend rien de ce qui est dit.
Quatre oreilles plus attentives décèlent des syllabes et des consonnes que nous qualifions alors de « dures », inconnues de l'italien, de l'espagnol et se rapprochant étrangement de certaines
syllabes ou consonnes russes. Avec toutefois cette particularité d'être émises avec douceur, pas avec cette dureté spécifique à la langue russe.
Bref, il nous a fallu un certain temps pour réaliser que nous étions ... en Grèce et que c'était du grec que nous entendions! Pourtant c'était évident ! Pas pour moi !
Peut-être parce que je n'avais jamais songé qu'un jour cet alphabet que je manipulais depuis ma jeunesse prendrait subitement corps et vie, et jamais imaginé quelle pouvait être la sonorité des
mots et des phrases issus de lui.
Cet étonnement face à cette langue pourtant si ancienne éveilla notre curiosité. Nous porterons dès lors, une attention toute particulière à les écouter converser ainsi qu'à leurs différentes
stations de radio
La géographie ensuite.
Je ne sais comment, à l'instant de quitter la baie de Syracuse, s'incrusta en moi l'objectif d'être à Ithaque le 21 juillet, jour de mes 60 ans. Plaisir puéril j'en convient mais combien
réconfortant après tant de soucis endurés. Il me fallait sûrement compenser par un «plaisir» : je me fis ce plaisir !
Le 20 juillet, en route vers Ithaque, le vent s'étant soudainement mis à souffler avec une rare violence, nous dûmes à la tombée du jour renoncer à poursuivre notre programme et nous résoudre à
aller se réfugier dans le fond de la longue baie de Vasiliki à l'extrême sud de l'île de Levkas ... située seulement à quelques milles nautiques d'Ithaque. Quelque peu dépité par ce contre
temps, je suggéra à Christine que nous pourrions lever l'ancre de bonne heure le lendemain matin afin d'arriver à Ithaque avant midi. Bien que surprise, elle ne manifesta aucune opposition.
Christine ignorait alors que le seul «cadeau» que je m'autorisais pour mes 60 ans était justement d'être à Ithaque ce jour-là ! Ce n'est qu'au mouillage dans la baie de Vathy, dégustant l'unique
et minuscule foie gras en notre possession, accompagné d'une excellente bouteille de Gewurztraminer «vendanges tardives» millésime 1992, que je lui ai révélé cet «enfantillage» !
Ce 21 juillet 2006 restera gravé dans ma mémoire non pas en tant que jalon de mes 60 années d'existence mais par un phénomène étrange particulièrement prégnant et troublant qui se développa en
moi au fur et à mesure que nous remontions cette baie de Vasiliki et approchions d'Ithaque.
Dissimulée par un léger voile de brumes matinales, dominée par son imposante voisine l'île de Céphalonie, Ithaque, tel un félin couché aux pieds de son maître, apparaissait dans toute sa beauté
et splendeur sauvages. Son relief moins agressif et abrupt que sa puissante voisine, tout en rondeur et déployé, lui conférait une douceur infinie et une apparence d'inaccessibilité.
L'approche d'Ithaque
Impossible de discerner son entrée. Ce n'est que face et proche d'elle que son golfe apparaît : comme si les montagnes s'ouvraient lentement, s'étiraient précautionneusement et rassurées,
autorisaient l'accès. Une deuxième porte reste à franchir afin d'accéder dans la baie de Vathy : seul un petit passage y conduit.
Sensations étranges que je n'ai pas éprouvées en d'autres lieux et qui me feront mesurer et comprendre l'attachement viscéral d'Ulysse à son royaume.
Véritable havre de paix et de sérénité, débordante de beautés, la baie de Vathy est une apparition magique, inimaginable. Rien ne laisse supposer son existence, véritable cachette engoncée dans
les terres.
Baie de Vathy - Ithaque
Ainsi, le temps d'une matinée de navigation je commençais à percevoir cette notion pourtant évidente que la géographie prépara l'histoire des hommes.