Xania, le 5 novembre 2006.


«Qu'entendez-vous par la Grèce ,
et vous-mêmes, pour la plupart, êtes-vous grecs ? ».

(Philippe de Macédoine)


L?impertinence des propos de Philippe de Macédoine à l'égard des Etoliens conserve aujourd'hui toute sa pertinence pour nous voyageurs dès lors que l'on s'engage dans la découverte d'un pays tel que la Gréce et de son peuple, les grecs.

D'où provient cette étrange singularité qui fait que ce pays est désigné par un nom qui n'appartiendrait pas à son patrimoine ... Qu'elle est l'origine de cette situation étonnante qui voit, dans toutes ses administrations, services, commerces et médias, ses dénominations internationales disparaîtrent au profit d'Hellas (Ellas) et d'Hellene ?

Quels liens existent entre Hellé, Hellen et Hélène, Helladiens, Hellên, Hellène et Grecs, La Hellade, Hellas et Gréce ?

fresque Mycénienne - Musée National d'Archeologie d'Athènes

Pour l'amateur d'histoire trouver des réponses satisfaisantes n'est pas aisé. Les embûches en la matière et en ce domaine sont nombreuses. Quelle part accorder à la mythologie de ce peuple et quelle confiance accorder aux historiens ? Difficile d'y voir clair entre ceux certains de leurs théories, ceux qui ne cessent d'émettrent des doutes, ceux qui avouent ne pas trop savoir et font référence à de nombreux prédécesseurs, et les innombrables pseudos historiens chargés d'écrire l'histoire en fonction des besoins du moment.


Qui sont les « grecs » ?


Selon leur mythologie, lorsque l'on demandait aux grecs d'où ils venaient, leur réponse était simple : Prométhée, disaient-ils, fils de la Terre, fut le père de Deucalion. Celui-ci régnait sur la Thessalie quand Zeus, irrité des crimes des hommes, envoya un déluge qui fit périr toute la population. Deucalion échappa seul au fléau, avec sa femme Pyrrha, dans un navire qu'il avait construit d'après les conseils de Prométhée. Au bout de neuf jours, l'arche s'arrêta sur la cime du Parnasse. Lorsque les eaux se furent retirées, Deucalion et Pyrrha consultèrent l'oracle de Thémis, qui leur commanda de jeter derrière eux les os de leur grand-mère en se voilant le visage. Deucalion comprit le sens de l'oracle : ils ramassèrent les pierres de la terre et les lancèrent par-dessus leurs épaules. Celles de Pyrrha se changèrent en femmes, celles de Deucalion devinrent des hommes, et la Grèce put se repeupler.
Ce Deucalion fut l'auteur de la race hellénique, car il eut pour fils Hellên, lequel engendra Doros, qui eut la Grèce centrale ; Eole, à qui échut la Thessalie ; et Xouthos, le père d'Ion et d'Achéos, qui posséda le Péloponnèse.


Les grecs ne se contentèrent pas de cette descendance. Sans respect pour Deucalion et les moeurs de sa maison, ils firent naître Hellên de Pyrrha et de Zeus ; Pandore, autre femme de Deucalion, eut pareille aventure et fut mère de Graicos. Une fille de Deucalion reçut le même honneur : des oeuvres de Zeus, elle enfanta l'ancêtre des Macédoniens. Les Grecs tenaient à avoir pour auteur de leur race, même des races voisines qui n'étaient qu'à demi hellénisées, celui qu'ils nommaient à bon droit le père des hommes et des dieux.


Sur cette renaissance de l'humanité courait une autre légende, celle de Prométhée formant l'homme. On savait même de quel limon il s'était servi, et, en Phocide, l'on en montra les restes à Pausanias : c'était la vase que les eaux du déluge de Deucalion avait laissée en se retirant. Les tribus nouvelles dont la Grèce pélasgique devenait le domaine étaient animées d'un esprit plus libre, plus héroïque, accordant moins aux dieux, davantage à l'homme. Le prêtre allait céder la place au guerrier. C'est donc avec justice que les Hellènes mettaient à la tête de leur race, comme père de Deucalion, le Titan qui avait ravi le feu du ciel pour le donner aux hommes et faire, par l'invention des arts, d'une race dégradée la rivale des dieux.

Aussi Zeus foudroie Prométhée, l'enchaîne au sommet du Caucase et un aigle ne cesse de lui déchirer le foie.


Concernant la version plausible de l'origine du peuple « grec » qui transpirerait des multiples écrits des historiens , il nous faut d'abord comprendre que les Hellènes (1) désignèrent les tribus issues des contrées septentrionales (3) qui les avaient précédés sur le sol de la Hellade (2) par l'appellation générale de Pélasge. Ce peuple aurait couvert l'Asie Mineure, la Grèce et une partie de l'Italie, où il aurait laissé sa langue, formant ainsi le grec et le latin et quelques uns de ses dieux que les Hellènes et les Italiotes adoptèrent. Le plus ancien oracle de la Grèce était celui de Zeus dodonéen, qu'Homère appelle «le Pélasgique».

Quand la première vague d'Hellènes formée des Achéens et des Ioniens arrivèrent en Hellade ils furent convaincus par les autochtones, les Helladiens (donc les ex-Pélasges habitant la Hellade !), d'adorer la triple Déesse et de ce fait transformèrent leurs coutumes sociales et devinrent des « grecs » (graicoi : adorateur de la déesse Grise ou Vieille Femme).

Ce n'est qu'à la seconde vague d'Hellènes formée cette fois-ci principalement par les Doriens que ceux-ci réussirent à imposer leurs coutumes aux autochtones et qu'ils décidèrent que l'ancêtre commun de la première génération qui en résulta (métissage entre Doriens et les autochtones d'alors !) serait Hellen. Hellen n'étant que la forme masculine de la déesse-Lune Hellé ou Hélène.

Vers ... 1621, les « grecs » devinrent des Hellènes.

Il est dommage que l'appellation internationale de ce pays n'ait conservé aucun lien avec ses ancêtres ayant vénéré la déesse lune Hélène ! Cela aurait été autrement plus beau et poétique.


... je ne sais toujours pas pourquoi les couples «Gréce/grecs» et «Hellas/ Hellènes» co-existent aujourd?hui?


(1) nom « artificiel » donné par je ne sais qui aux Achéens et Ioniens puis aux Doriens qui vinrent sur le sol de la Hellade après l'arrivée des Pélasge !
(2) sauf erreur de ma part, la Hellade « primitive » couvrait tout ou partie du Péloponnèse (?), de l'Attique (sûr), de la Thessalie (moins certain).
(3) Indo-européens, venus d'Asie centrale et désignés sous l'appellation de race aryenne.

Xania, le 18 novembre 2006.


Géographie : lit des mythologies et de l'histoire !


Je me souviens qu'au début de notre périple nous éprouvions, Christine et moi-même, cette étrange sensation «que parcourir d'Ouest en Est le bassin méditerranéen constituait une sorte de machine à remonter le temps !». Ces perceptions et pensées nouvelles pour nous furent chaotiques. Nous ne parvenions ni à les formuler ni à identifier leur enveloppe, ce faisant, dans l'incapacité d'étayer cette sensation. Seule émergeait cette impression puissante et ténue.


S'accumuleront les milles nautiques et avec eux passerons d'escale en d'autre escale, de lieu en d'autre lieu, de paysage en d'autre paysage, jusqu'au moment, à l'approche d'Ithaque, du déclic ...


... la Terre est un livre ! Voyager : apprendre à le lire ...


... des montagnes entre ouvertes aux flancs déchirés entourées par la mer ...

des rochers entassés au hasard surgissant des eaux ...

des îles où se voit encore la trace des feux qui les formèrent ...

 

... telle est la vision fantastique que la Gréce réserve aux navigateurs ...


Là prennent corps et vie les écrits d'Hésiode.

Ici s'inscrivent dans ces paysages la lutte des Titans contre Zeus, les combats des puissances infernales contre les forces célestes.

Les premiers « grecs » eurent la primeur de cette vision et ne disposaient que de l'écrit pour transcrire et transmettre sentiments et sensations qu'elle faisait naître en eux. L'écriture se devait d'être pour eux et par eux tout à la fois photographie, oeuvre d'art et moyen d'expression de la transcendance.

Dans sa Théogonie, Hésiode ne manquera pas de se comporter en artiste, maniant avec art l'image (photographie), les sensations (sentiments), l'émotion (transcendance) et les tensions qui fixent l'attention.

Ses écrits prirent alors pour moi une toute autre saveur:

« Voilà les Titans, fils de la Terre, qui combattent contre les Centimanes, fils du Ciel.
Autour d'eux, la mer sans bornes mugit avec fracas ; sous leurs pieds, la terre gronde profondément ; le vaste ciel s'agite et gémit ; l'Olympe même tremble jusqu'en ses fondements, et les abîmes du Tartare retentissent du bruit des rochers qui s'écroulent.



Zeus - Musée national d?Athènes


Zeus déploie alors sa puissance. Des hauts sommets de l'Olympe, il lance des feux étincelants. Les foudres sortaient sans relâche de sa main redoutable. La terre s'embrasa, les vagues de l'Océan roulaient du feu, et des vapeurs étouffantes enveloppaient les Titans.

Eblouis par la foudre, les yeux brûlés par l'éclair, ils sont précipités dans les abîmes de la terre. Briarée, Gygès et les autres fils du Ciel les y enchaînent de liens indestructibles ; sur eux reposent les fondements de la mer et des continents, qu'ils essayent parfois d'ébranler encore. »


Plus rien à voir avec leur première lecture !


In situ, la géographie inscrivait dans ma chair ce que ma mémoire avait simplement enregistré. Prenant ainsi conscience que mythologies et histoire épousent le même lit qu?est la géographie.

Intermedes hivernaux tunisiens

oeuvre exposée au musée du Palazzo Abatellis de Palerme-Sicile

 

 

SOMMAIRE

 

Raison de notre voyage,

La plaisance d'aujourd'hui,

Le Pere Noel,

Pourquoi avoir baptise notre bateau "Leptine".

 

Monastir, le 14 novembre 2005


Raison de notre voyage ?


Je n'ai jamais rêvé faire «le tour du monde». Pour la simple et bonne raison que je savais que je ne disposerai jamais des moyens financiers me permettant d'acquérir un bateau pour le faire ! Mon seul rêve, dès mon adolescence, était de posséder, «un jour», dans mon agenais natal, une belle maison de pierres et de bois en bordure de Garonne !


Il y a 10 ans de cela, le hasard d'une mutation professionnelle me permet de réaliser ce rêve ! Il me restait alors 15 années d?activités. J'ai consacré 10 années à m'occuper de cette maison. Une belle grange accolée, en mauvais état, que je restaurais progressivement. Un parc devant, un terrain derrière dont la moitié mis en verger et potager. Un vieux tracteur Massey-Ferguson me soulageait du rude travail de la terre ! Chaque année nous récoltions des kilos de fraises, de tomates, de potirons, d'asperges, de carottes, de pommes de terre, de betteraves, de radis, ..., de coings, de prunes d'ente, de cerises, d'abricots et de noix. La grange n'était pas assez grande pour contenir tous ces produits de la terre ! Heureusement, nombreux étaient nos amis avec enfants: les distributions furent toujours généreuses !


Et puis un jour, lassé d'un métier qui ne m'apportait plus rien et qui ne m'apporterait pas plus, la décision fut pris d'anticiper mon départ «à la retraite».

En deux mois l'affaire fut réglée !


Vint alors ce jour, en ce matin d'Avril, où levé à la même heure que d'habitude, le petit déjeuner pris, mes pas, fidèles compagnons, sûrement trop habitués à me guider, me conduisent irrésistiblement vers la porte. Tu sais que tu ne prendras plus jamais le chemin du travail : pourtant tu ouvres cette porte ... stationnes quelques instants sur le perron, humes l'air et tentes de corriger ton réflexe conditionné en t'imposant le tour de la propriété ... en commençant par le parc ! ...

Elle s'offrait toute entière à mon regard cette maison ... il me restait à la terminer selon des plans et des calculs financiers maintes fois recommencés ... j'avais beau la regarder, la trouver belle, être fier de ce que j'avais fait pour elle, mon mécanisme de pensées refusait d'aller plus loin : la motivation n'était pas au rendez-vous ! Je ne me suis pas inquiété, ce n'était ni la première fois ni sûrement la dernière que cette sorte d'expression de lassitude ou de fatigue passagère se manifestait ainsi.

Ce qui m'interpella le plus fut de penser « qu'il me faudrait trouver d'autres occupations » alors que 
j'en avais déjà beaucoup en dehors de ma vie professionnelle !

Face à cette interrogation perturbante, je me suis appliqué la règle impitoyable du « pourquoi ? en cascade » :


- « pourquoi de nouvelles activités ? » : réponse : « pour occuper le temps »,
- « pourquoi occuper le temps ?» : réponse : « ? pour attendre mon échéance finale ! »,
- « pourquoi attendre ton échéance finale ? » : réponse : il n'y en a pas eu ...

... seulement la prise de conscience hyper réaliste d'une triste réalité !

Par je ne sais quel mystère, la maison de mes rêves s'est soudainement transformée en cercueil, avec présente en mon esprit cette pensée fulgurante et foudroyante :

 « ce n'est pas donner un sens à la vie que de passer son temps ... à attendre son échéance !».


Assez perturbé par ce dialogue avec moi-même, j'ai tenté d'occuper ma matinée jusqu'à l'heure du déjeuner, bien décidé de faire part à mon épouse de mes réflexions.

Ce que je fis !

Une énorme surprise m'attendait.

Elle aussi avait eu de semblables réflexions la conduisant à penser, je résume : « qu'elle ne nous voyait pas passer notre retraite ainsi, ni elle ni moi ! ».

Timidement je m?enquiers auprès d'elle de savoir « ce que nous pourrions faire ? » :

- «Le tour du monde !»,
«Mais comment ?»,
- «En bateau !»,
«Avec quel bateau ? Nous n'en avons pas !»,
- «On en achète un !»,
«Avec quel argent ? Nous n'en disposons pas assez ! Tu sais combien coûte un bateau ?»,
- «On vend la maison !».

Et oui, il suffisait d'y penser et de le dire!

Une semaine après, la maison était vendue ... deux mois après un bateau d'occasion était trouvé ... et trois mois des nuits affreuses envahies par le doute de faire une bêtise, par des archétypes types «images d'Epinal» que l'on ne vend pas sa maison ? !

Un an de préparation et de restauration du bateau, aujourd'hui aucun regret, bien au contraire, même si tout n'est «parfait».

Le plus surprenant furent les réactions de nos amis quand nous leur annonçâmes notre décision. Pour 99% la réponse instantanée fut : « Ah ! Tu réalises ton rêve ! ». Pour le 1% restant : « C'est une fuite ! ».

Quant à la gente féminine, réaction unanime : « Il faut bien s'entendre avec son conjoint pour vivre une telle promiscuité. Moi je ferais pas » !

Sûr qu'un « psy » se régalerait dans l'analyse des ces réactions ! Me concernant, cette quasi unanimité masculine m'interpella. Non, ce n'était pas « mon rêve » !! Non, je n'ai jamais rêvé faire le tour du monde !!! Je devais sûrement réaliser quelque chose qu'ils n'avaient pas pu ou pas su s'imposer à eux-mêmes. Peut-être n'osaient-ils pas ou ne pouvaient-ils pas réaliser leur propre rêve, donc moi, à leurs yeux, je devais nécessairement réaliser le mien ! ? A leur décharge, vu la réaction de la gente féminine, je serai tenté de les comprendre ...

 
J'ai poussé plus loin mon analyse. Cette décision prise en commun recouvrait en réalité un tout autre aspect plus important : celui de savoir prendre sa liberté. Mais comme pour toute chose, rien n'est gratuit, tout a un coût. Pour nous ce fut la décision de vendre cette maison que nous aimions vraiment beaucoup.

... tel est le prix de notre liberté ...

... de celle qui nous évitera ... peut-être ...
au crépuscule de notre vie,
l'enfer du regret de celui qui n'a pas su la prendre ...


«Leptine» au mouillage - port de Katakolon - Péloponnèse - Gréce

Monastir, le 16 novembre 2005


La plaisance d'aujourd'hui


Voyager capte l'attention. Il faut du temps pour assimiler et digérer découvertes et nouveautés. La navigation quant à elle requiert une vigilance de chaque instant. Malgré une vitesse du bateau inférieure à celle d'une bicyclette, la mer présente de nombreux dangers et la météorologie n'est pas une science exacte ! L'esprit est donc en permanence sous tension au détriment d?autres facettes du voyage.

Plusieurs semaines de repos dans un même lieu s'avèrent nécessaires afin de restituer ces autres aspects jusqu'alors occultés. Il en est ainsi de ce que nous nommerons «la plaisance d'aujourd'hui», c?est-à-dire des rencontres avec d'autres navigants lors des différents mouillages dans les baies, criques ou plages, ou lors de nos escales dans les ports ou «marinas». A notre grand désappointement et à regret, nous devons avouer que cet aspect est devenu aujourd'hui la facette la plus déplaisante de la plaisance !


Il est loin le temps où sur mers et océans, comme dans les ports, on ne rencontrait que des passionnés de la voile, du bateau, de la mer ou des longs voyages en solitaire ou en famille. Il est loin ce temps où ces hommes et ces femmes se précipitaient sur les pontons quand toi tu arrivais avec ton bateau, pour t'aider à accoster, réceptionner tes amarres et ... amarrer ton bateau comme si c'était le leur. Il est loin ce temps où nous nous retrouvions quelques minutes après, autour d'une bière, dans le carré ou le cockpit, à s'entretenir, comme si on se connaissait depuis toujours, de nos voyages, virées,? Il est loin, très loin ce temps où tous les matins les « bonjours » amicaux, chaleureux et sincères fusaient du ponton dès que l'un d'entre nous émergeait de son bateau ...


La plaisance d'aujourd'hui véhicule les mêmes évolutions que celles de notre société. Le navigant est devenu individualiste. L'est-il par nature, par méfiance, par peur de communiquer ? L'est-il simplement par ce qu'il pend son plaisir et que les autres « il n'en a rien à faire » ... Toujours est-il qu'il semble skipper son bateau comme il conduit sa voiture ... Il y a trop souvent beaucoup de mépris dans leurs attitudes vis-à-vis des autres et une arrogance surprenante que l'on ne s'attends pas à trouver dans un tel cadre. Le contact est quasi impossible. Jusqu?à ignorer le signe de salutation que tu lui adresses.

 
Que penser par exemple de ce couple de navigant que nous avons côtoyé pendant 8 jours au mouillage dans la baie de Syracuse et que nous retrouvons par hasard amarrés au même ponton que nous à Monastir pour y passer comme nous l'hiver et qui n'adresse aucun bonjour ou paroles alors qu?ils passent au moins 10 fois par jour devant notre bateau ... Il est à espérer pour eux qu'ils n'aient pas un jour, en situation de détresse, à faire appel aux services des autres !


Posséder un bateau, à voile ou à moteur, est devenu un signe extérieur de richesse. Il s'est donc instauré, petit à petit et ici aussi, une sorte de hiérarchie sociale, qui s'exprime en mètres (longueur du bateau), qui fait la distinction entre « monocoques » et « catamarans », le summum étant atteint par les propriétaires d'un certain monocoque fabriqué près de La Rochelle ? qui à 99,99% ne se mélangent pas ou refusent tout contact avec les autres navigants ! Le bateau « classe » l'individu, à tel point qu?il est plus important de posséder un bateau que de naviguer avec ! Ainsi, peux-tu voir dans les ports des propriétaires passer leur temps à astiquer leur bateau afin qu'il paraisse toujours neuf, qui n'hésitent pas à acheter tout ce qui est disponible dans les catalogues nautiques pour pouvoir dire qu'ils possèdent le « top » et l'équipement le plus complet. Le pire se rencontre quand 2 ou 3 propriétaires de cet acabit sont voisins sur un même ponton : alors s'instaure une concurrence, certes courtoise, mais féroce! Etre placé à coté de l'un de ces personnages dans un port : c'est l'enfer pour toi ! Il ne vit plus tellement il craint que ton bateau puisse abîmer le sien !


Leptine au mouillage - baie de Syracuse


Il est là en permanence à surveiller le mouvement relatif des deux bateaux, te demande sans cesse si tu ne pourrais pas mieux régler telle ou telle amarre ou pendille, s'inquiète quand tu vas faire une sortie en mer et quand tu vas revenir ... car il est bien connu de tous les navigateurs que ce sont là les deux phases les plus délicates dans un port en présence du vent.


La plaisance s'est « démocratisée » et c'est très bien. Son seul inconvénient se situe auprès des bateaux loués. Les coûts élevés de location conduisent le plus souvent 2, 3 ou 4 couples à réunir leurs moyens afin de satisfaire soit leurs passions, soit leurs curiosités. Jusque là rien à redire. Sauf qu'un tel bateau est par nature totalement auto portant. Tellement auto portant que tu peux passer 3 jours à coté de lui sans qu?aucune des nombreuses personnes t'adresse une seule fois un bonjour ou un sourire !

Baie de Syracuse

Que penser enfin de ces navigants qui dès leur installation dans un mouillage ou dans un port n'ont qu?un seul souci : celui d'installer leur parabole afin de pouvoir regarder la télévision ! 


Tu l'auras compris : «l?esprit de la mer et du voyage» n'habite plus que 2% des navigants ! Rassure-toi : on finit tôt ou tard par les rencontrer. Cela demande de la patience, de la persévérance, de l'abnégation, bref, beaucoup d'efforts.

 

« Mr Raoul » en route vers Cagliari - Sardaigne


Mais quelle récompense : de véritables amis que tu aimes retrouver et avec qui tu as envie de partager des moments de ta vie !

« Dénali » au crépuscule, à l'approche de Lampedusa.


Comme partout ailleurs, l'authenticité est toujours là, présente ... mais diluée.

Monastir, le 2 Décembre 2005

Quand le Père Noël devient sujet d'inquiétude
pour nos enfants
.

 
Avant notre départ nous étions persuadés d'avoir pensé «à tout», du moins pour ce qui nous apparaissait être le plus important. Erreur ! Nous avions tout simplement oublié ? le Père Noël ! Pas nos enfants !


Imagines-toi l'inquiétude, que dis-je, la panique de ton enfant quand, au moment d'envoyer la précieuse lettre destinée au Père Noël qui contient TOUT ce qu'il lui commande, qu'au moment même de la mettre dans la boîte aux lettres, il se rend compte qu'en terre tunisienne, le Père Noël n'existe pas !


Comme une envolée de moineaux « LA » nouvelle s'éparpille dans tout le port, se pose sur tous les pontons et par on ne sait quel mystère parvient aux oreilles des quelques enfants qui, comme notre fille, parcourent avec leurs parents la mer Méditerranée en bateau.


Effrayés par cette terrifiante découverte que le Père Noël ne traverse pas la Méditerranée, peut-être poussés par un besoin de partager la douleur de cette horrible nouvelle, mais plus sûrement guidés par le souci de trouver une solution, jamais de mémoire de parents n'avions vu autant d'enfants dans une seule cabine sans qu'aucun bruit, hurlement ou chamaillerie n'emplisse le bateau.


Inquiets, poussés par une logique curiosité, nous portons une plus grande attention aux propos chuchotés des enfants !


L'heure est grave, très grave ! «Comment le prévenir» qu'ils sont là, « ICI » ?


Après quelques palabres, chacun se souvient qu'il a bien mis l'adresse du bateau sur le courrier adressé au Père Noël! Soulagement général et contentement ...

... quand soudain, le plus inquiet d?entre eux pose la question qui les assomme tous :

- «comment IL fera pour venir ici ?»
... long ? très long silence ...
- «Mais avec ses rênes et son chariot !»
- «Non, pourra pas !»
- « ?? »
- « Fait trop chaud ici »
- « ??? »
- « Bé ! y aura pas de nuages, les rênes ne pourront pas marcher sur les nuages et tirer le chariot ! »

... très, très long silence ... rompu par une voix étranglée qui débite à une vitesse vertigineuse:
- « Un tapis volant ! Un tapis volant ! On va lui dire de prendre un tapis volant !».


Jamais de mémoire de parents n'avions pensés qu'un jour nous aurions, au nom de nos enfants et au nom du Père Noël s'il nous l'autorise, à remercier Aladin !

Carole

Monastir, le 15 décembre 2005


Pourquoi avoir baptisé notre bateau « Leptine » ?


Je ne connais pas l’origine de cette coutume ou tradition qui consiste à attribuer un nom à chaque navire. Peut être est-ce le résultat lointain d’une simple nécessité commerciale destinée à différencier sans erreur un bateau parmi d’autres. Peut-être est-ce aussi une réponse aux besoins d’identification et d’appartenance du marin à son navire, tant il est vrai que l’attachement du premier pour le second est puissant. Dès ce jour où j’ai pu enfin m’adonner au plaisir de la navigation et exprimer ma passion pour les vieux gréements, je n’ai rencontré que des hommes et des femmes nourrissant un profond attachement à leur bateau: je n’ai jamais croisé un marin indifférent. Longtemps je fus troublé par les multiples expressions de ce sentiment et découvris ainsi le domaine du «non dit» et le langage muet et rayonnant «des tripes et du cœur ». J’ai espéré, en vain, rencontrer dans mes lectures une quelconque description et analyse de cet attachement.

Aujourd’hui, avec le recul, je pense que seul un authentique marin serait en mesure de le faire, sous réserves qu’il sache d’une part trouver les mots justes pour l’exprimer et dépasser d’autre part l’extrême pudeur qui le caractérise. Ne possédant ni le talent des «mots justes» ni cette pudeur, je dirai simplement que cet attachement me semble proche de celui qu’un cavalier pourrait éprouver à l’égard de sa monture: le respect, l’attraction et l’attention que m’inspire un cheval sont comparables à ceux que mon bateau fait naître en moi. Cheval et bateau ont de nombreux points en commun quant à leurs relations avec l’homme. Tous deux requièrent un dressage réciproque: l’homme se devant avant tout d’apprendre à bien connaître son compagnon. Une relation de confiance est indispensable. C’est elle qui permettra à l’homme d’apprécier les capacités et limites de sa «monture», de déterminer précisément ce qu’il peut lui demander ou pas de faire afin de ne pas le placer dans une situation impossible pour lui et dangereuse pour les deux. Cheval et bateau demandent les mêmes «soins» après une sortie: que ce soit lors du retour à l’écurie ou au port, l’homme se doit de lui apporter attention et nombreux soins.

Ainsi, donner un nom à un bateau n’est pas chose anodine, bien au contraire. Baptiser son embarcation naît généralement d’un histoire quasi personnelle. Chaque propriétaire aimera la raconter ou pas par crainte le plus souvent de dévoiler aux autres une part de son intimité, de sa sensibilité, avec le risque inhérent d’être mal interprété.

Alors peu importe les jugements, sachons partager nos passions: notre vie n’est-elle pas le fruit de nos sensibilités, faiblesses et … passions ?

Alors ?

Alors, dans une utopique quête de comprendre les hommes et l’humanité mon chemin se devait un jour de croiser celui d’Alexandre le Grand. Je n’eu pas à entreprendre une laborieuse recherche d’ouvrages le concernant: les dieux guidèrent rapidement mon choix sur «le roman d’Alexandre le Grand», œuvre de Valerio MANFREDI historien italien. Fabuleuse et passionnante histoire: on ne voudrait jamais interrompre sa lecture !

Alexandre le Grand

Soucieux d’affranchir son fils Alexandre des réalités du pouvoir royal, Philippe le conduisit visiter ses mines d’or du mont Pangée. L’adolescent qu’il était fut effrayé par le spectacle désolant qui s’offrait à ses yeux: il lui semblait découvrir l’Hadés, le royaume des morts. Les conditions de travail et de vie des esclaves achevèrent d’ébranler le jeune Alexandre.

«Quelle faute ont-ils commise ?» demanda-t-il,
- «Aucune, sinon celle d’être nés »répondit son père.
«Pourquoi m’as-tu amené ici?»,
- «Je voulais que tu saches que tout a un prix. Et je voulais que tu saches aussi quel genre de prix. Notre grandeur, nos conquêtes, nos palais, nos vêtements … tout se paie»
«Mais pourquoi eux ?»,
- «Il n’y a pas de pourquoi … c’est le destin ... qui demeure caché jusqu’à notre dernier instant …»
«Mais si tel est le destin qui peut échoir à chacun de nous, pourquoi ne pas être clément tant que la fortune nous est amie»
- « C’est ce que je voulais t’entendre dire. Tu devras être clément chaque fois que cela te sera possible, mais rappelle-toi qu’on ne peut rien faire pour changer la nature des choses ».

C’est alors qu’Alexandre aperçut une fillette un peu plus jeune que lui, qui gravissait le sentier en portant deux lourds paniers remplis de fèves et de pois chiches sans doute destinés aux surveillants. Il descendit de cheval et se dressa devant elle. Elle était maigre, avait les pieds nus, les cheveux sales et de grands yeux noirs plein de tristesse.
«Comment t‘appelles-tu ?» lui demanda-t-il.
La fillette ne répondit pas.
«Elle ne sait probablement pas parler» intervint Philippe.
Alexandre se tourna vers son père: «Je peux transformer son destin. Je veux le transformer».
Philippe acquiesça: «Tu peux le faire, si tu le souhaites, mais rappelle-toi que le monde ne changera pas pour autant».

Alexandre fit monter la petite sur son cheval, derrière lui, et la couvrit de son manteau.

Musee National d'Archeologie d'Athenes

Ils rentrèrent 3 jours plus tard à Pella. Alexandre confia à Artémisia la fillette:
- «A partir d’aujourd’hui, elle sera attachée à mon service et tu lui enseigneras tout ce qu’elle doit savoir» affirma-t-il avec une suffisance enfantine.
- «A-t-elle un nom au moins ?» demanda Artémisia,
- «Je l’ignore. Quoi qu’il en soit, je l’appellerai « Leptine»,
- « C’est un joli nom qui convient bien à une fillette».

Sûr, notre bateau n’inspire pas la pitié et la pensée de nous assimiler à Alexandre le Grand ne nous effleura à aucun moment: c’est ailleurs que se trouve la raison de ce choix.


Ainsi qu’il l’avait décidé, Leptine servira Alexandre. Elle le fera à sa façon, dévouée, discrète, omniprésente et le suivra fidèlement tout au long de son périple, campagnes et épreuves.
L’histoire nous apprendra qu’elle était la fille d’un roi défait lors d’une guerre et que, selon les coutumes de l’époque, les vaincus étaient, dans le meilleur des cas, récupérés par les vainqueurs en tant qu’esclaves.

 
Alexandre trouva auprès de Leptine paix et repos. Elle veilla sur lui mieux que quiconque n’aurait pu le faire.


En vérité je ne saurai jamais si Leptine a réellement existée ou si elle est issue de l’imagination de Valério MANFREDI, toujours est-il que j’ai été ému par ce personnage. Leur histoire est belle: de la force morale d’un Alexandre juvénile au rôle et comportement apaisants de Leptine.

Quand il s’est agit de «baptiser» notre bateau, nous voulions Christine et moi-même que le nom qu’il porterait soit en phase avec l’esprit de notre projet. Christine proposa ELEE, nom de la ville italienne d’où naquit la philosophie. Pour ma part, mon premier choix, je dois avouer impulsif, me conduisit à proposer Bucéphale en souvenir du superbe cheval d’Alexandre le Grand. Nous déclinâmes ces deux choix: notre périple comme notre bateau n’avaient aucun rapport avec la philosophie et rien de guerrier: nous ne partions pas conquérir le monde ... seulement le découvrir.

«Leptine» mûrit lentement et s’imposa quasi naturellement. En notre fort intérieur nous attendions du bateau qu’il nous soit fidèle et nous conduise à «bon port», autrement dit qu’il fasse preuve envers nous des mêmes qualités que Leptine réserva à Alexandre le Grand. C’est ainsi qu’il devint notre « Leptine ».

Par ce choix, nous étions certains, aussi, que notre bateau serait le seul au monde à porter ce nom ! Vanité quand tu nous tiens ... !

«Leptine» au crépuscule.

Intermedes hivernaux grecs

!!!

 

Sommaire

"Mr Raoul",

Ravir Helene serait une chose,

Au centre du cercle ...,

J'hallucine !!!,

Au nom de quoi faudrait-il se taire ?,

Restituer les oeuvres d'art et antiquites,

 

Xania, le 15 Septembre 2006.


“Mr.RAOUL”


Nous partîmes avec un projet de navigation. La réalité nous apprendra au fil des jours à ne plus avoir de programme …

Je souhaitais que mon « Carnet de voyage » respecte une certaine philosophie, cette même réalité m’imposera là aussi à ne plus suivre de règles arbitraires.

Merveilleuses écoles que la vie et le voyage faisant qu’aujourd’hui je ne suis plus le même et ne vois pas à l’identique la même chose qu’hier.

J’aimerais tant maîtriser l’art de l’écriture afin de faire une apologie mémorable du voyage. Je rêve de trouver les mots, verbes, adjectifs, ..., justes et parfaits, qui assemblés en quelques phrases simples et limpides donneraient l’envie irrésistible de parcourir le monde, d’aller, l’esprit serein, à la rencontre de l’autre, de tous les autres.


« Mr. RAOUL » ? : … justement notre première rencontre ... au terme de la première étape de notre voyage.

Minorque. Port de Mahon. Un superbe «Dufour 40» flambant neuf évolue d’une manière désinvolte, voire détachée, autour de l’unique ponton quasi vide auquel « Leptine » est amarré. Puis semble se décider à bien vouloir s’y poser. En bon marin, j’offre mon assistance pour la manoeuvre et ce d’autant plus que la dame n’a pas l’air très aguerrie en la matière !


« Mr.RAOUL » c’est le nom du bateau. Derrière « Mr.RAOUL » se dissimulent deux personnages: Line et Alain.


Difficile de discerner l’un de l’autre: ils sont complémentaires. Se dégage d’eux cette étrange impression que l’un sans l’autre ne serait rien, n’existerait pas, ne pourrait pas exister. Une seule nuance permet de les distinguer: lui seul écrit. Quant à Line, je suppose qu’en épouse attentionnée elle a droit à la «primeur» des élucubrations de son tendre époux. Tâche sûrement ingrate car le bougre semble disposer d’une capacité infinie: un cerveau, véritable bouillon de culture en alerte permanente, et une verve intarissable.

Aussi, que Line me pardonne, mais c’est d’Alain dont je parlerai le plus !

Quel est donc ce personnage ?

Je n’aurais jamais osé le décrire tel que lui-même a su le faire, de crainte d’en faire mon pire ennemi !
Il semble vouer un culte particulier à feu Bernard Blier et à l’un de ses films « Les tontons flingueurs ». Nous n’avons jamais vu ce film, il devient urgent de récupérer sa version en DVD.

Voyons donc comment il se présente lui-même:


« Ah, vous ne connaissez pas Monsieur RAOUL ?
Un usurpateur ! un schizophrène ! un malade mental j’vous dis !
Un voleur d’identité !
Vous le reconnaîtrez facilement, c’est un grand avec l’air con.
Si la connerie se mesurait, il serait à Sèvres, au Pavillon de Breteuil,
il servirait de mètre étalon…. »


A l’évidence, même si j’avais pu penser la même chose, il aurait été bien délicat et indélicat de l’écrire ! Cependant, cette haute honnêteté intellectuelle dont il fait preuve et qui l’honore, m’autorise à dévoiler d’autres facettes que ce personnage s’est bien gardé de présenter: pas fou le bougre !

C’est vrai: il est grand ! Grand et sec. Pas maigre ! Au visage «paillard» du gamin qui ne ratera pas la moindre occasion quand elle se présentera à lui.

A qui «ressemblerait-il» ? Quelle image donne-t-il de lui à travers ses écrits ? Peut-on le décrire d’une façon précise ?

Exercice difficile, car il est unique en son genre. Il aurait sa place au panthéon des artistes s’il voulait bien s’en donner la peine. Mélange complexe de « Duduche » par son aspect et démarche extérieurs, de Coluche pour sa gouaille et son franc parler, de Desproges pour son cynisme, sa causticité et une prose à la San Antonio, sans pour autant que Line soit Berthe … Il maîtrise avec brio une « vista » instantanée et décapante du monde extérieur, doublée d’une faculté «sortie on ne sait d’où» à la transcrire en quelques phrases courtes, pertinentes, percutantes et diablement hilarantes. Il confère à la phrase ce que « Paris Match » réserve à l’image : le choc ! Lui seul peut revendiquer la paternité de « la phrase choc ». Il a ce don de la phrase qui fait « mouche », de la phrase qui tue. Rien n’échappe à sa malice, rien n’est épargné par sa plume impitoyable. C’est Dallas en Ardennes ! Un « tueur né», un Lucky Lucke, que dis-je, le Cyrano de Bergerac de la plume: il dégaine vite le bougre et à la fin de l’envoi, il touche ! Il dégaine parfois trop vite ! Saurait-il être autrement sous peine de ne plus être lui-même ? Cruel dilemme dont il est pleinement conscient. A ce cocktail détonnant, ajoutez un ego à Q.I élevé et vous avez une image assez précise du personnage.


Sûr, une telle description pourrait faire imaginer un bonhomme abject, « imbuvable », bref imbu de sa personne ! Erreur ! C’est l’homme le plus courtois, le plus prévenant, le plus doux, le plus sympathique et le plus attachant qui soit. Si jamais il venait à croiser votre chemin vous ne le remarqueriez pas : c’est dire ! Au mieux vous constateriez qu’il marche très vite ! Ce qui n’a rien d’étonnant vu la longueur de ses jambes : son braquet est nettement supérieur à la moyenne. J’en ai fait moult fois l’expérience …

En dehors de celle qu’il voue à sa tendre Line, il aurait, a priori, deux autres passions: naviguer et écrire ses « délires ». Avec toutefois une singulière particularité : il ne navigue pas pour le seul plaisir de naviguer ! Non ! Ce serait trop simple ! Mais pour aller le plus vite possible. Son extrême jouissance est de rattraper les autres bateaux. Le pire est à craindre pour lui. L’affront le plus humiliant dont il ne se remettra jamais surviendra le jour où il se fera doubler !


« Mr Raoul » - Line à la barre.


J’ose à peine évoquer la « crise de foie » qu’il eut durant près d’une semaine lorsque nous nous engageâmes de concert dans la traversée de Minorque vers la Sardaigne.

A mon grand étonnement «Leptine» avec ses 16 tonnes « marchait » plus vite que son bateau calant les 8 ou 9 tonnes ! J’ai bien cru que notre amitié naissante allait brusquement tourner court, s’arrêter là quelque part entre Minorque et Sardaigne, tellement il était vexé du piètre exploit de son Dufour 40 flambant neuf. Il est vrai qu’il faisait triste mine son bateau avec sa grande voile ondulant et oscillant piteusement au vent. Des draps de lit assemblés à la va vite auraient donné les mêmes résultats visuel et portif.

Heureusement l’année suivante, après quelques réglages «top secret» du constructeur, «Mr RAOUL» assouvira pleinement les phantasmes sportifs de son propriétaire.

Prenons un instant une pause et savourons avec lui son obsédante quête de « la gagne », citons-le :

« … au loin, un voilier navigue à ma perpendiculaire.
Je persévère jusqu’à être dans sa poupe (Arrière du bateau, rien à voir avec la célèbre marque de yachts pour personnes âgées : POUP – POUP est russe – Poupées russes)
Je vire quand je suis dans son sillage.
Je tends le bras, place horizontalement mon petit doigt.
La hauteur du bateau est moitié du diamètre de mon petit doigt.
J’ai le bras long : 75 cm.
Mon petit doigt est petit 1,3 cm.
Donc, un rapide calcul nous apprend que cela représente un angle d’un degré.
Si le bateau est caché derrière moitié de mon petit doigt, cela représente un demi degré.
Sachant que la hauteur du bateau est d’environ 15 mètres, à quelle distance se trouve le bateau ?
- Pffff !!!
1718,00 mètres. (A peu de choses près, considérons un mille !)
L’age du capitaine ?
Deux petites heures plus tard, je suis à cent mètres.
Je vire juste avant d’être dans ses turbulences, obligé de surcroît par des cailloux émergeants.
Il vire.
Je grignote ma centaine de mètres et vire à nouveau.
J’étais bâbord amures, je deviens tribord amure et prioritaire, l’obligeant à passer derrière.
Et ! Vous savez quoi ?
Il vire !
Putain, sa manœuvre était prête, il avait prévu le coup !
Les virements sont quasi simultanés.
Je suis tombé sur un joueur, un emmerdeur bécretin, un casse couilles de mon acabit.
On est amis le temps de se faire signe…
Il s’affaire sur ses winches et moi de même, vous pensez !
… Et je le largue jusqu’à l’avoir à hauteur de la moitié de mon petit doigt : Un petit mille.
Age du capitaine : Une petite quarantaine !
Bateau : BAVARIA 38 MATCH.
Toujours pas de quoi pavoiser, diront les aigris, les ronchons, les grincheux, les amers, les pisse froid, les jamais contents.
Certes, mais l’an passé je me faisais passer par un ketch de trente tonnes à la quille de 10 mètres de long.
Le tout mené par un barreur sorti de sa première année des Glénan et tout juste admis en deuxième année, sans mention… grâce aux gammas GT.
Je ne cite pas de nom, j’ai du savoir vivre, de la délicatesse.
Parce que ça marche au Muscadet, aux Glénans.
Même que c’est écrit dans leur livre.
Et puis, si ça suffit à me rendre heureux, vous n’allez quand même pas me faire chier avec des détails ! »

Voyez bien qu’il est incroyable le bonhomme ! Que je n’invente rien ! Et parce qu’il est ainsi, je ne résiste pas au plaisir de consigner, en fin de ce chapitre qui lui est consacré, quelques extraits de ses délires.


Je lui souhaite de trouver un éditeur, ses écrits recevraient un énorme succès.

Cependant et bien qu’il déploie toutes ses capacités de roublardises afin de s’assurer des bons soins de Dieu, je crains que Dieu n’entende ses supplications.

«II» ne peut plus rien pour lui : la liste des heureux élus est close depuis longtemps !


Alain tu te trompes de Dieu !


Il est temps que tu parcoures et découvres la Gréce et ses dieux. Eux au moins n’ont jamais engendrés de «guerres de religions» ! Et si l’un de ces dieux est trop occupé, il y en a toujours quelques uns de disponibles, prêts à écouter le pauvre mortel que nous sommes !


Pas Dieu … depuis Saint-Paul … seul face à la multitude !

Veux-tu bien enfin, Alain, entendre cette évidence ?


Naviguer n’est pas neutre. La mer possède ce pouvoir redoutable et impitoyable de nous mettre face à soi-même. Impitoyable car elle ne peut attendre et accepter que soit reporté à demain ce qui doit être fait à l’instant même. Elle exacerbe nos déficiences, mets à mal nos convictions comme nos habitudes. La mer bouscule l’individu, le secoue, le chahute, l’ébranle au plus profond de ses fondations, se comporte en puissant catalyseur de ce que l’on doit devenir. Rien ne lui échappe et rien ne peut nous échapper de nous-même. Pas d’échappatoire possible!

Miroir redoutable ! Merveilleux miroir qui pousse à devenir soi-même et à vivre ce que l’on désire vraiment !

Nous n’avons pas échappé, Christine et moi-même, à cette «thalassothérapie».

Quel rapport avec « Mr Raoul » ? … Evident mon cher Watson !...

La mer n’accepte pas la demi mesure : c’est seulement avec nos «tripes» qu’elle accepte de dialoguer. Alors le pli est vite pris, quasi instantané, devenant instinctif, de vivre avec et selon « ses tripes », c’est-à-dire d’être réellement soi. Ainsi des contacts que l’on peut nouer avec d’autres navigants. Ca ne marche pas à tous les coups. Il y a beaucoup de déchets. Je suppose que « Mr Raoul » partageait avec « Leptine » ce même désir ou souci «d’être vrais», ce même besoin d’une relation franche exempte de toute considération restrictive.


Pouvoir échanger en toute liberté et quiétude. Ne pas juger, ne pas être jugé. Prendre les choses telles qu’elles sont. Liberté de pensées, liberté de penser, liberté de dire, liberté d’écrire, liberté de rire à en pleurer même des choses les plus graves … savoir écouter l’autre et ne pas se prendre soi-même au sérieux.


Ainsi naissent une amitié et l’envie de partager des moments.


Partager, voilà le maître mot !



Les quelques extraits de son « Journal de Bord » millésime 2006 donnés ci-après ne donnent malheureusement qu’un faible aperçu de son talent :


Sa rencontre avec les maltais et maltaises…
« … depuis que les invasions sont moins fréquentes, ils doivent se reproduire entre eux, en picolant comme des malades. Des gueules pareilles ne peuvent être que le résultat de consanguinités alcoolisées. Ils sont en général courts sur pattes avec de bonnes gueules de vainqueurs pour un dîner de cons »…
… avec des navigants autrichiens …
« L’un passe sa boutanche d’apéro local imbuvable (je le sais, on a acheté le même), l’autre sa bouteille de whisky, un autre encore un truc indéterminé.
Chacun goûte le breuvage de l’autre, se lèche les babines, s’essuie d’un revers gracieux de la main.
Et les femmes font de même. Avec la même classe.
Au goulot. Oui Monsieur.
Un avant goût !
On est loin de Sissi !
Ca va swinguer dans les carrés.
Il va y avoir de la culbute dans les cambuses.
De la turlute dans les coursives.
C’est des bateaux de loc. A cette heure, ceux à éolienne et panneaux solaires deviennent exception.
Ca veut dire trois ou quatre couples par bateaux.
Y a de la partouze dans l’air, moi je vous le dis, parce que l’alcool ça incite la bourgeoise au dévergondage, le coincé du calebar à l’exhibitionnisme, au coït divergent, au multipartisme, à la polygamie, à la polyandrie, et pour finir à la polyarthrite.
Parce que, à cet age, un kamasoutra mal interprété et hop, on se retrouve sur un brancard aux urgences à raconter au bon Docteur Keappler de service que c’est en voulant déboucher le lavabo qu’on s’est retrouvé avec la tête sous la jambe et le dévidoir à Sopalin dans le cul.
Et vous croyez qu’il vous croit ? »
… des touristes français,
« Le 4 juin :
Il fait toujours ce temps de merde.
Des Français échappés d’un voyage organisé, s’installent au cul du bateau. Ils devisent fort pour qu’on entende : « Tiens, « Monsieur RAOUL », des Français » !
Ils cherchent manifestement à discuter.
C’est fou ce que le bateau fait rêver les gens.
Ils posent dix questions à la minute. N’en reviennent pas qu’on fasse un pareil périple sur un bout de plastique aussi petit.
Amusant : ce qui les impressionne le plus, c’est comment on fait pour ne pas se perdre.
Pas un instant ils n’imaginent la technicité de la voile, la dure loi de la mer.
Pour eux elle est toujours comme sur les cartes postales. Alors !
Les problèmes ne sont pas vraiment là ou ils pensent ! »
Il sait être philosophe,
« … une question obsédante m’interpelle :
L’homme est il nomade par nature ou par obligation ?
Hein ? B.H.L. notre philosophe à Lang de bois de mes deux, le sucé de la Lippue, t’es là ?
Et Hedern Hallier qui est mort ! En pleine pédale, si c’est pas un malheur !
Y a plus de philosophes, je suis le dernier, je vous dis !
Vladimir Ivanisevic, l’auteur Monténégrin bien connu des érudits ne disait il pas :
« Un nomade qui s’arrête est un sédentaire ».
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« … Bien sûr, ça prend du temps.
Mais on n’a que ça à faire.
Le temps, ce sempiternel temps.
Nous, on s’est détaché du temps.
Quand on travaille, le temps c’est de l’argent.
Donc plus on va vite, plus on est heureux.
En fait ce n’est pas le temps qui stresse, c’est la vitesse, ou plutôt, la relation entre le temps qu’on se donne et le temps qu’on a, entre la valeur qu’on donne à une chose et le temps qu’on met à la réaliser.
Maintenant on a tout le temps.
On a trouvé le moyen d’inverser le processus : balaise, non ? »
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« …CANICULE ? Quel joli mot, Maître Capello !
Pourquoi « Canicule » ?
Ca vient du latin Canis.
Et pourquoi Canis, quel rapport ?
Parce que, en cette saison, la terre entre dans la constellation du chien.
Ou le contraire, je ne sais pas, il faudra demander à GALILÉE ou à KHEOPS, des astronomes de ma connaissance.
C’est beau la culture, hein Gérard ?
Et t’as vu comment je te l’amène ?
La culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus il faut l’étaler.
Mais n’est ce pas donner de la confiture à des cochons ?
D’où l’expression de Jean Michel Eyquem, dit MONTAIGNE :
« Il faut frotter, limer sa cervelle contre celles d’autres truies ».
Bon j’arrête, il y en a qui n’arrive plus à suivre.
Je veux rester un auteur populaire.
Il y avait Guy des Gares, voilà maintenant Raoul des Ports. »
… moins vis-à-vis des riches !
« … Heureusement, il est petit, riche et peureux.
Les riches sont souvent peureux. Ils n’aiment pas se battre.
Ils n’ont pas été habitués.
Elevés dans des écoles privées, on leur a appris que le cerveau était un muscle.
Je n’ai jamais vu un mec KO d’un coup de cerveau ! »
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… être « pince-sans-rire »,
« …la pétole s’est installée.
Qu’à cela ne tienne, on persévère !
On ne va pas se décourager, mettre la Josette.
Josette, c’est le moteur et accessoirement la femme de mon pote dit Graffiti.
Josette est une fan du moteur parce que pour elle :
Moteur = Electricité = Frigo = Glaçons pour mettre dans le whisky.
Alors dés que le speedo annonce moins de quatre nœuds :
Josette : « Moteur ! »
Et ce pauvre Serge qui ne pense qu’à régater !
Enfin, maintenant il a un DUFOUR 34 pour jouer : Veinard ! »
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«…Penaltys.
Je crois que c’est quand il y a un joueur qui tire dans le but et que le goal saute de l’autre côté pour éviter de prendre la balle dans la gueule.
Si j’ai déjà vu à la télé !
A ce jeu, ce sont les Italiens qui ont gagné.
Ils sont les champions, ils sont les champions.
Bravo les Ritals ! »
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« …c’est souvent sympa, un boucher.
J’adore les bouchers et les boulangers : les bons.
Je suis capable de faire vingt bornes pour avoir une bonne viande ou un bon pain.
Ces métiers se perdent, même en France.
Il faut travailler !
C’est que ça les fatigue ces jeunes, épuisés de regarder les milliardaires en short perdre la coupe du monde.
Préfèrent taper dans une balle en espérant devenir Zizou, devenir « dieu des stades » :
Ca c’est un beau métier : DIEU DES STADES !
Boulanger ou boucher : « Ca va pas non ? »
BRANLEURS !
Alors, ils tapent dans la balle et comme pour être Zizou, il faut travailler aussi, ils deviennent Rmistes.
Rmiste, ça c’est cool !
Faut que j’arrête, ça me repique à l’estomac ».
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« …J’en connais qui pensent :
- Et vous depuis un mois que vous êtes là qu’avez-vous appris en croate ?
- Rien ! J’avoue : RIEN
Mais allez prononcer :
HVALA – Merci -
MRKVA – Carotte –
BANANE – Banane –
Alors là, vous dites banane, heureux de connaître un mot.
Allez ! Dites BANANE à la dame.
Elle vous regarde ahurie, parce que banane ne se dit pas banane !
- Bananes !
Il y a une musique dans chaque langue.
Tout le monde a entendu parler anglais : My taylor is rich !
Allemand : Heraus, Schneller ! Nach Struthof ! Schnell !
Italien : Ti amo ! Amore mio ! Che bello !
Mais Croate,
Je vous demande un peu ?
Et on ne va quand même pas se faire chier à apprendre une langue parlée par quatre millions de connards alors qu’on ne connaît pas dix mots d’anglais parlé par moitié de la planète !
Mais on va s’y mettre. A l’anglais.
Pour l’année prochaine, si je suis épargné par les oncologues de service, il me faut des rudiments :
En informatique, en anglais, en électricité, en diesel.
Ca fait du taf pour l’hiver. »

Hein, qu’on ne se lasse pas de le lire !…
Je dois seulement éviter … qu’il lui prenne l’envie de me traîner devant les tribunaux pour usage intensif et abusif de ses écrits !!

Ravir Hélène serait une chose …


A des siècles de distance, Pâris et Offenbach partageront la même passion.

Cependant, si Offenbach saura ravir Paris avec la sienne, Pâris, en la ravissant, réduira Troie en cendres !

Ravir Hélène serait une chose … la ravir à Ménélas … autre chose ?


Les historiens sont étonnants. Manqueraient-ils de bon sens élémentaire à défaut de posséder un tantinet d’esprit critique ?


Certains d’entre eux n’hésitent pas à voir dans l’enlèvement d’Hélène et la guerre de Troie qui en résulta la toute première expression et manifestation d’une unité des Hellènes. Hélène : « Marianne» des Hellènes ! S’approprier Hélène : posséder la Hellade ! Quand d’autres se contenteront du seul motif de l’outrage fait à Ménélas et du non respect des règles de l’hospitalité pour justifier cette fameuse guerre qui durera 10 années !


Quant à nous, nous devrions faire montre d’une naïveté béate pour gober sans état d’âme ces deux interprétations !


Comme quoi vérité et liberté ne sont ni innées ni dues à l’homme. Mais bien le contraire : un devoir. Celui pour chacun de conquérir les parts dont il a besoin et en mesure d’assumer.


Ainsi, le temps de quelques lignes, vais-je m’offrir le suprême luxe et plaisir d’écrire, «à ma façon», une page de l’histoire des hommes ! Avec pour bannière, le bon sens et arme, l’esprit critique.

Mettons en branle l’impitoyable moulinette du «« pourquoi ?» en cascade» !


« Pourquoi l’ingénieux Ulysse tenta de se soustraire à la requête d’Agamemnon de participer à cette guerre, en simulant la folie ? » et, en parallèle :
« Pourquoi l’incomparable guerrier qu’est Achille, avec l’aide de sa mère, tentera, lui aussi, de se soustraire à cette même requête en se dissimulant ? »


- C’est l’évidence même : parce qu’ils ne veulent pas faire cette guerre !!

« Pourquoi ne veulent-ils pas faire cette guerre ? »

- Parce que chacun doit estimer que le motif invoqué ne justifie pas une guerre et leur participation. Pour Ulysse de quitter Pénélope, Andromaque et son royaume d’Ithaque. Pour Achille, risquer de mourir jeune dans un combat obscur au nom d’une cause peu valorisante : c’est-à-dire tout le contraire de son rêve d’une vie courte mais glorieuse qui ferait de lui un demi dieu. Quant à sa mère Thétis, la crainte de perdre trop tôt son fils.


Pourtant me direz-vous ils la feront cette guerre ! Et oui !


Fait rare qui mérite d’être relevé à défaut d’avoir été analysé, Ulysse trouvera plus malin que lui en la personne de Palamède. Au fanatisme et/ou intégrisme d’Abraham prêt à sacrifier son fils à son Dieu et aux promesses que ce dernier lui fait, Ulysse, lui, n’aura pas besoin de l’aide d’un ange pour sauver la vie de son fils unique que Palamède place devant le soc de la charrue. Tombe le masque de la folie : piégé Ulysse !

Parce que trop impétueux et fougueux, Achille ne résistera pas aux bruits des armes qu’Ulysse venu le chercher avait ajouté aux autres cadeaux qu’il apportait aux femmes de la cour du roi Lycomède et au milieu desquelles il se dissimulait habillé en femme ! Trop irréfléchi : piégé Achille !


Ainsi, les agissements d’Ulysse et d’Achille tendraient à nous montrer que ces deux héros de l’Iliade n’étaient pas prêts … à payer de leurs personnes … pour les beaux yeux d’Hélène … aussi belle soit-elle !


D’autres évènements préalables à cette guerre éveillent l’attention. Pourquoi Ménélas roi de Sparte rend-il visite au roi Priam à Troie ? Pourquoi, suite à cette visite, Pâris sera invité à venir dans la demeure de Ménélas à Sparte ? Pourquoi justement Pâris, alors que songes et oracles calamiteux le suivent depuis sa naissance ? Enfin, pourquoi, quand Pâris est à Sparte, Ménélas part en Crête pour des raisons non expliquées, laissant à Hélène son épouse le soin … de s’occuper de ses hôtes ?


Etonnant, non ? Trop étonnant ! Un piège terrible se dissimule.


Masque de l’époque mycénienne, dit « d’Agamemnon »
(Musée National d'Archeologie d’Athènes)


Derrière ce piège … une personnalité hors norme, Agamemnon, chef des mycéniens, peuple le plus redouté et le plus impitoyable de la Hellade d’alors.

Agamemnon dont le territoire, à cheval sur l’étroite bande de terre joignant l’Attique (Athènes) au Péloponnèse (Sparte), est situé à l’emplacement le plus stratégique qui soit dans cette région pour en assurer son contrôle.

Agamemnon frère de Ménélas roi de Sparte.

L’union toute théorique des forces de Mycènes et de Sparte impose le respect aux autres rois ! Agamemnon est craint.


Interrogeons-nous, encore !


Pourquoi affréter une flotte aussi importante de plus de 1064 vaisseaux ? Pourquoi embarquer autant d’hommes pour combattre une seule ville ? Pourquoi avoir mis à sac 11 cités d’Asie, plus ou moins proches de Troie ? Enfin, pourquoi Ménélas, après la destruction de Troie, ne rentre directement pas à Sparte, mais va à Chypre, en Phénicie, en Egypte, en Ethiopie et en Libye ?


L’impitoyable Agamemnon sait qu’il n’y a pas de pouvoir sans richesse. Il sait aussi que seul l’accroissement de richesses favorise la longévité du pouvoir.


Développer sa zone d’influence tout en consolidant sa position de leader requiert qu’il prenne le contrôle du commerce entre le Moyen-Orient et la mer Noire via le détroit des Dardanelles. Y parvenir, c’est faire la guerre à Priam …qui justement … contrôle ce commerce avec l’appui d’alliés d’Asie. Et pour ce faire, il n’hésitera à sacrifier sa propre fille Iphigénie !


Guerriers mycéniens – Musée National d'Archeologied’Athènes


Pas de hasard ! Le hasard n’existe pas. Seul les ignorants l’évoquent.


La guerre de Troie ne diffèrera et ne diffère en rien de toutes les guerres mues par cette incroyable universelle et intemporelle folie des hommes.
Hélène ? Qu’un prétexte !


Ni Agamemnon, ni Ménélas, ni Mycènes, ni Sparte percevront les dividendes de cette guerre gagnée. Trop longue, elle eut avec pour conséquence d’affaiblir ces deux royaumes. Quant au destin d’Agamemnon il ne sera que le prolongement logique d’une longue décennie de déchéance.


A l’évidence, quelles que soient les époques, histoire et mythologie ont en commun d’être écrites en fonction des besoins du moment. Pas un livre d’histoire ne dit la vérité. Seuls les évènements sont incontestables, sous réserves qu’ils soient tous cités et que certains ne soient pas sciemment occultés quand d’autres seraient exagérément mis en valeur.


Nulle interrogation et analyse sur la raison et contenu du simulacre de folie d’Ulysse labourant son champ avec pour attelage, selon les versions, un âne et un cheval ou un âne et un bœuf et semant du … sel.

Nulle interrogation et analyse sur la raison et contenu du comportement d’Achille dissimulé au milieu d’autres femmes et déguisé en femme.


Pourtant, il apparaît clairement qu’Homère confère à Ulysse et à Achille des comportements « paraboliques».


Ici la symbolique devance le logos : l’image suscite pensées et réflexions au service de la raison.
Le verbe quant à lui, l’histoire ne cesse de le montrer, par ce qu’il permet de tout justifier, est l’arme suprême des tyrannies de toutes origines. Avec lui tout est possible, tout est justifiable. Au banc des témoins, la censure. C’est-à-dire l’interdiction. Degré ultime, paroxysme de cette perversité : le verbe à sens unique, la pensée contenue à une seule pensée autorisée ; pensée unique.

 
Vous pensez ? Je verbalise !


Chute inexorable ! L’histoire n’est que succession de chutes.


Comme celles d’Agamemnon et de Mycènes.


Dans sa « folie » Ulysse sème du sel : stérile deviendrait son champs ...
Agamemnon fait cette guerre de Troie : ruine et déchéance de Mycènes il trouvera au retour de son expédition …

 


Têtes féminine et masculine - Musée National d’Athènes

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