d'aventure...
Une certaine impatience couplée à une excitation non dissimulée nous habitait en cette fin d’hivernage passé au creux de la marina de Monastir. L’hiver avait été doux et agréable: une température
clémente jamais en dessous de 6°C, des pluies peu nombreuses, abondantes certes mais toujours de courte durée et quatre coups de vent sérieux qui ne posèrent aucun problème à « Leptine ». Il nous
tardait de reprendre la mer et d’engager la deuxième partie de notre voyage: celle qui devait nous conduire en Egypte après un passage tant rêvé et attendu en Libye.
« Leptine » avait eu droit à de nombreux soins et égards. Une robe neuve, sa coque repeinte en blanc lui donnait fière allure. Son moteur principal révisé de fond en comble nous rassurait sur sa
capacité à nous assister pleinement lors de futurs et probables moments difficiles et délicats à négocier que seule la navigation sait réserver ... généreusement ... à ses amoureux … Quelques
réparations sur le génois effacèrent les outrages du vent ... Le dessalinateur offrait enfin un service complet et mis en état d’alimenter les deux réservoirs … La salle des machines débarrassée
de nombreux raccords, tuyauteries, appareillages, inutiles et encombrants … Dans le carré, le teck mis à nu et imprégné d’huile pouvait respirer et dégager toute sa beauté. Une nouvelle annexe
rigide et un nouveau moteur manipulable par une seule personne venaient compléter le tableau ...
Nous étions fins prêts et pouvions partir sereins …
Ce que nous fîmes, précisément le 5 mai à 6 h du matin. Les bulletins météo des jours à venir étaient excellents. Un ciel bleu, le soleil pointait son nez … un vent de face … les premiers miles
au moteur le temps de contourner l’île Kuriat et de recevoir le vent sur notre travers.
Qu’il était doux le ronronnement du moteur … une horloge … lorsque au terme de la première heure une odeur prégnante de fuel vint perturber notre quasi extase du départ … une descente précipitée
dans la salle des machines permit de localiser la fuite. Necessité absolue de la contrôler afin d’éviter que le fuel se répande et s’enflamme. Des bouteilles d’eau minérale vidées précipitamment
permirent de le recueillir et de quantifier la fuite à 10 litres à l’heure.
Seulement éloigné de 6 milles nautiques de la côte le portable gardait encore toute son efficacité. Le mécanicien diéséliste fut promptement tiré de son sommeil et lui fixons rendez-vous … au
quai de distribution du fuel de la marina de Monastir.
Nouveau départ à 10h45 … contournons et dépassons l’île Kuriat … le vent a tourné et oscille entre Sud Sud Est et Sud Est. Hisser les voiles nous écarterait considérablement de la route
permettant de rejoindre Houm-Souk (île de Djerba).
Vers 14h30 le vent monte rapidement pour atteindre force 8 !!! Surprise : je m’informe via la VHF auprès des autorités maritimes locales. Un avis de «coup de vent» a bien été diffusé ce matin ...
Foutue fuite de fuel elle aura mis en défaut ma vigilance ! Trop polarisé par sa réparation j’ai manqué à mon devoir élémentaire de surveiller les bulletins météorologiques ... Nous subirons ce
vent et une mer très fortement agitée jusqu’à 6 heures du matin … le bateau cogne, pique du nez, enfourne à plusieurs reprises, l’eau de mer n’arrête pas de s’écouler de la proue à la poupe,
passe à travers le bimini, remplit le cockpit, mouille tout ce qu’elle rencontre … sans visibilité je fonctionne et fait confiance au GPS. Les balises de contournement des îles Kerkennah sont
invisibles, pourtant je passe auprès d’elles à moins d’1/4 de mile … Dans un état quasi comateux nous apercevons au lever du jour la fameuse bouée sensée indiquer l’axe du chenal d’accès au port
de Houm-Souk … Heureusement que nous arrivons avec le jour car elle n’est pas là où elle devrait être, mais décalée de 1 mN à droite de son emplacement théorique. Autrement dit, en respectant les
Instructions Nautiques, de nuit, c’est l’échouage certain à quelques encablures de la côte … et un désastre prévisible par très mauvais temps … que de négligences graves et coupables de la part
des hommes …
L’escale de quelques jours à Houm-Souk nous fait du bien. Pour une reprise l’entrée en matière fut rude, très rude, trop rude. Nous découvrirons que par gros temps l’eau de mer s’infiltre dans le
bateau via le pont arrière ... les moquettes de la cabine arrière sont étalées au soleil … je ne parviens pas à localiser les points de fuite … c’est désespérant. A la poupe, le bossoir tribord
est fissuré au niveau de sa liaison avec le pont. Il n’a pas supporté les chocs violents de cette nuit. Notre nouvelle annexe est sûrement trop lourde pour les deux bossoirs. Pourtant ils sont
solides. L’examen de la fissure permet de me rendre compte qu’ils sont en fonte, métal le plus cassant et fragile, alors que je les croyais en acier inoxydable ! Il est vrai que la peinture
blanche qui les recouvre masquait le métal … l’hérésie est souvent là où on ne l’attend pas ...
« Leptine » - port de Houm-Souk – île de Djerba - Tunisie
Le port de Houm-Souk n’est pas adapté à la plaisance: un seul point d’eau, un accès quasi impossible à l’électricité. Seul un petit bout de quai, très sale et bruyant, est « réservé » aux
plaisanciers. Ce port, comme la ville n’ont rien de particulier si ce n’est d’être affreusement tristes. Ici la vie et la joie de vivre semblent avoir déserté ce coin de Tunisie. Les gens sont
tristes, à peine polis et peu aimables. Seule une propreté toute relative la distingue des autres régions tunisiennes. C’est sans regret que nous quittons l’île de Djerba.
Notre moral est au beau fixe: prochaine escale … la Libye … Les prévisions météorologiques offrent une « fenêtre » favorable de 48 heures. Au-delà le temps se gâte sérieusement pour une durée
indéterminée. Nous quittons donc Djerba le dimanche 9 avril en début d’après-midi. Toutes voiles dehors. Le vent ne s’oppose pas à notre progression. La nuit venue, le vent se faisant rare, le
moteur est mis à contribution. Son ronronnement nous rassure. Les odeurs de fuel ne sont plus qu’un lointain souvenir. La mer est belle. Pas de bateau en vue. D’ailleurs jusqu’à Tripoli nous n’en
verrons aucun. Cela a parfois un petit coté angoissant de se savoir seul au milieu de cette étendue de mer. Que se passerait-il en cas de difficulté majeure ? Nous en étions à ce type de
considération quand le moteur se mit à faire un bruit bizarre.
Il est 2h30 ce lundi 10 avril. Il semble s’essouffler, ne plus avoir de réserve de puissance. Bref il paraît «manquer d’air». Mes investigations n’apportèrent aucune réponse: le fuel circulait
bien, l’air aussi. Contrarié, je décidais de dormir ... afin de calmer angoisse et stress associé, Christine assurant la surveillance. Deux heures plus tard elle me réveille. A la poupe …un
énorme panache blanc ! Nous stoppons le moteur et hissons toutes les voiles. Le vent monte progressivement pour nous abandonner lâchement de 14h30 à 19 heures. Quarante cinq miles nautique nous
séparent de Tripoli.
Progressivement le vent monte en puissance et se stabilise à 17/18 nœuds. Seul inconvénient il vient du Sud: il vient de Tripoli, là où nous voulons justement aller !
Nous passerons la nuit à tirer de nombreux bords, à guetter les bascules du vent favorables permettant de nous rapprocher le plus de l’objectif. Nous pûmes savourer longuement le plaisir d’un «
Leptine » filer à 7.5 nœuds (GPS) au près et par vent établi à 17 nœuds. Il ne s’agissait pas de bouder une telle joie quand elle se présente … la suite nous montrera qu’elle sait se faire rare …
La mer Libyenne nous réconcilie avec la mer Méditerranée: elle ne ressemble en rien à ce que nous avons connu d’elle jusqu’à présent. Houle et vagues sont régulières, ne présentent ni aspect
chaotique ni successions de 2 ou 3 vagues vicieuses … C’est un mini Atlantique. « Leptine » calé sur son bord trace puissamment sa route. Le jour se lève. Et avec lui tombe le vent ! Douze miles
nautiques nous séparent de Tripoli.
Un courant de dérive de 1.5 nœuds nous pousse vers Sabratha, à l’ouest de Tripoli. Pas de bateau en vue. Nous décidons d’appeler le port de Tripoli par la VHF pour assistance. Pas de vent, pas de
moteur, un courant de dérive et une météo guère encourageante pour les heures à venir …
Il est 8h du matin ce mardi 11 avril 2006. Nous venons de passer notre deuxième nuit en mer depuis notre départ de Djerba ….
Notre faible connaissance de l’anglais conduit à un dialogue mémorable avec les autorités portuaires libyennes! Petit à petit nous finirons par nous comprendre. Seuls quelques éléments inconnus
de nous et des diverses sources de renseignements en notre possession nous posent problème. Il est clair qu’ils réclament des documents typiquement spécifiques aux exigences Libyennes.
Nos réponses évasives ou négatives les plongent dans une profonde perplexité et semblent les embarrasser bougrement vu le nombre de fois qu’ils nous rappellerons pour nous poser les mêmes
questions, mais reconnaissons-le, avec des formulations différentes afin de multiplier les possibilités que nous les comprenions ! Toutes les 1/2 heures ils demandent notre position, mais pas une
indication quant à savoir s’ils vont venir ou pas nous remorquer.
Notre panne semble les inquiéter bigrement, de surcroît ma description en « petit nègre anglais » des symptômes présentés par le moteur n’est pas faite pour améliorer leurs inquiétudes ...
Les heures s’écoulent sous un soleil de plus en plus brûlant (ce sera d’ailleurs le seul jour de très beau temps que nous aurons durant notre séjour en Libye). La visibilité est réduite: des
brumes de chaleur entourent la côte libyenne et des mirages nous feront croire que des milliers de dauphins sautent et s’amusent hors de l’eau …
Enfin vers 14 heures un énorme « pilote » émergeant de la brume fonce droit sur nous: il fait au moins 45 mètres de longueur … et vient se mettre à couple. Un homme charmant et souriant, la
cinquantaine bien tassée, en costume cravate monte sur notre bateau et ne le quittera que lorsque « Leptine » sera amarré à l’un des nombreux quais du port de Tripoli. Directeur du port de
Tripoli, il tient absolument à nous accueillir personnellement et à s’assurer de la manœuvre de remorquage. Je ne vais pas tarder à comprendre la raison et justesse de son choix … Les marins du «
pilote » nous font de grands signes de bienvenus, nous demandent si nous avons besoin de quelque chose. Curieux, étonnés, ils ne cessent de nous adresser des signes de sympathie et de bienvenue.
A l’évidence, ils ne sont pas habitués à « travailler » avec un voilier ou un bateau de taille si petite. Les jours suivants nous les verrons œuvrer sur des cargos et paquebots monstrueux. Au
lieu de mettre « Leptine » à couple, ils optent pour un remorquage simple via une énorme amarre. Résultat mon chandelier avant est plié en quelques minutes. Allègrement et inconsciemment ils nous
tractaient à plus de 8 nœuds … heureusement ils ne furent pas long à comprendre que 5 nœuds était la limite à ne pas dépasser.
Vue de Tripoli - Libye
Nous arriverons vers 16h30 dans le port de Tripoli. Gigantesque ce port ! Plus de 3miles nautiques de longueur, quasi vide … seuls quelques bateaux ornent les quais. Cela fait des années qu’ils
ne sont plus en service. A l’évidence l’argent fait défaut pour un minimum d’entretien. Dès notre premier contact avec ce pays nous pûmes percevoir l’un des effets désastreux de l’embargo imposé
par les américains.
Les quais sont imposants et hauts: nous devrons, plusieurs fois par jour, escalader les énormes boudins noirs de protection, disposés en diagonale, pour accéder au quai situé 1.2 m au-dessus du
pont de « Leptine ». Hormis « Leptine », nous ne verrons pas d’autre voilier dans le port de Tripoli ….
« Leptine » port de Tripoli, à son premier emplacement, exposé au vent et au ressac.
Un «comité d’accueil» nous attendait sur le quai. A peine avions-nous achevé d’amarrer « Leptine » que des personnages dont nous ignorerons par ailleurs leurs noms et fonctions nous firent
comprendre qu’une société de services était chargée de s’occuper entièrement de nous, qu’un accompagnateur nous était affecté et que nous devions absolument passer par elle et « lui » pour tous
nos besoins. Ainsi nous faisons la connaissance du « patron » de cette société « accompagnatrice » qui nous fait rapidement comprendre que nous ne devons absolument rien entreprendre de
nous-mêmes et de Nouri, son « bras droit », notre accompagnateur officiel en titre, légalement désigné et missionné. Puis, les représentants de toutes les autorités officielles vinrent remplir
leurs missions : les douanes, l’immigration, la police maritime, la sûreté du port, les autorités portuaires, … Ils furent nombreux à envahir le carré … avec aux pieds d’affreuses et sales
chaussures. Certains prirent la précaution de les retirer, d’autres non … Débuta alors une fantastique partie d’échanges et de présentations de documents officiels qui durera plus de 3 jours …
Nos passeports disparurent promptement, pour réapparaître 3 jours plus tard munis du fameux tampon d’entrée nous permettant de nous déplacer seuls dans Tripoli.
Ils veulent tout savoir, récoltent la moindre donnée relative au bateau ou nous concernant … Heureusement, suivant les conseils d’un navigant italien (Alberto pour ceux qui le connaissent)
rencontré à Monastir j’avais préparé une quantité importante de documents « officiels » et fait l’acquisition d’un tampon au nom du bateau et de son « Capitaine ». Tampon dont ils ne savent pas
se passer car ils ne sont pas en mesure de comprendre qu’un voilier de plaisance n’est ni un cargo de commerce ni un paquebot de transport de touristes. J’avais fait traduire en arabe nos
passeports et, luxe suprême, inclus nos photos à ces traductions. Des fiches techniques descriptives concernant l’ensemble du matériel du bateau furent généreusement distribuées. Quant à tout ce
qui doit être déclaré aux douanes, avec l’aide d’un douanier de Monastir j’avais préparé un document (basé sur le manifeste des douanes monastiriennes) en 3 langues: arabe, anglais et français. A
la vue de ce document les douaniers libyens, déjà d’un naturel gentil, furent les plus discrets et les moins «tatillons»: ils se contentèrent du document et nous demandèrent seulement si nous
transportions de la drogue ou de l’alcool. Nous répondîmes que nous n’avions ni drogue ni alcool, seulement du vin (sic !) pour notre usage personnel. La crainte de voir nos deux bouteilles
d’Armagnac confisquées fut la raison de ce pieux mensonge. Il m’apparaissait surtout que leur souci était avant toute chose que nous ne «répandions» ou n’exhibions pas notre alcool dans notre
entourage. J’eu tout de même droit à remplir 3 engagements (en français !) que je n’avais pas d’armes, ni drogue et enfin que nous prenions l’engagement formel de pas quitter le bateau jusqu’à
nouvel ordre ! Nous dûmes ainsi attendre 3 longues journées dans un port immense non conçu pour la plaisance (ni électricité, ni eau potable).
Afin que nous ne mourrions pas de faim notre « accompagnateur » désigné nous livra une montagne de nourriture et d’eau : 60 œufs, 36 litres d’eau minérale, une vingtaine de pain (qui séchèrent au
bout de 2 jours), … L’eau potable ici en Libye est un véritable problème: elle est une denrée rare. Toutefois ils disposent en plus grande quantité d’eau non potable sûrement issue de la
dessalinisation de l’eau de mer. Ici un litre d’eau est 5 fois plus cher qu’un litre d’essence sans plomb et en ce domaine les valeurs sont inverses de celles de France ! Quand dans notre pays le
compteur du montant à payer au poste d’essence défile à une vitesse vertigineuse par rapport au compteur du volume d’essence débité, ici c’est l’inverse, il faut un temps qui apparaît fort long
pour voir le compteur du montant à payer faire un tour et afficher la somme de 1 dinar libyen alors que le compteur du volume délivré défile lui à grande vitesse.
Tripoli - Libye
Pendant que tout ce monde, tassé dans le carré autour de la table (3 représentants par autorités !) oeuvrait à remplir les nombreux formulaires, un mécanicien diéséliste, venu de je ne sais d’où,
avait, dès notre amarrage, investi la salle des machines afin de s’assurer de la véracité de notre panne ! Entre lui qui réclamait toutes les 3 minutes de mettre en marche le moteur et les
exigences immédiates des représentants des différentes autorités ... ce fut une fameuse pagaille. Heureusement tous furent très courtois, polis et bienveillants. Manifestement les libyens ne
croyaient pas à notre panne et avaient optés pour une simulation de notre part pour des motifs qu’il leur appartenait maintenant de trouver. Périodiquement un ou plusieurs inconnus arrivaient, ne
prenaient même pas la peine de se présenter, pénétraient dans le bateau sans en demander la permission, scrutaient longuement l’intérieur, posaient moult questions puis disparaissaient. Comme
dans les films d’espionnage vu dans ma tendre enfance, ils présentaient et c’en était même cocasse, une parfaite caricature de l’agent secret !
Tripoli - Libye
Le lendemain matin de grosses voitures noires se garèrent près de « Leptine », un nombre impressionnant d’individus en sortirent et entourèrent le bateau. Puis l’un d’entre eux, le plus
freluquet, endossa une tenue de plongeur et passa près d’une demi-heure à examiner les œuvres vives du bateau, puis ils repartirent sans qu’un seul mot ne soit échangé entre nous !
A leur décharge, nous devons avouer après réflexion que nous avions cumulés, sans y avoir pensé au préalable, nombre de handicaps sérieux de nature à éveiller grandement leur suspicion déjà bien
développée. Naviguer sur un bateau fabriqué aux Etats-Unis d’Amérique et mon ancienne activité d’ingénieur « nucléaire » ne pouvaient que les inquiéter et exciter leurs neurones. Nous apprendrons
quelques jours après, auprès de libyens rencontrés soit dans la rue soit dans un café ou simplement dans un parc, qu’il est parfaitement incompréhensible pour les hautes autorités libyennes qu’un
étranger vienne en Libye en touriste pour seulement visiter ses sites antiques et musées !
Alors ?
Alors nous eûmes droit à la totale !
Quelques jours plus tard, nous fûmes conduits quasiment de force par notre « accompagnateur » Nouri à visiter le site de Sabratha situé à 80 km à l’ouest de Tripoli. Cela tombait bien car il
constituait le premier sur notre liste de sites à visiter. Et, comme nous l’avions pensé, ils profitèrent de cette journée pour fouiller de fond en comble notre bateau y compris copier tout ce
qu’il y avait sur les disques durs de nos ordinateurs !
Déjà, deux jours auparavant, quand nous pûmes enfin sortir pour la première fois dans Tripoli, notre attention avait été fortement attirée par un comportement pour le moins étrange de Nouri.
Notre souci premier était de nous procurer de la monnaie libyenne et pouvoir faire quelques achats élémentaires. Ne connaissant pas Tripoli, Nouri voulu absolument nous accompagner. Il fixa
lui-même l’heure du départ: à 10 heures du matin ! Ce qui devait nous prendre tout au plus 2 à 3 heures dura en réalité toute la journée ! Il nous offrit même le déjeuner en ville dans un petit
restaurant typique et pour des raisons inconnues voulu absolument nous faire passer dans de nombreux endroits … qui ne présentaient aucun intérêt. Dès 14 heures il était en permanence à l’écoute
de son portable avec des correspondants mystérieux, comprenions qu’ils s’engueulaient copieusement et qu’à chaque engueulade qu’il recevait il ajoutait un circuit supplémentaire dans notre «
promenade » ! A nos demandes répétées toutes les 15 minutes de rentrer au bateau, il répondait toujours par l’affirmative et lançait un appel téléphonique … La plaisanterie dura jusqu’à 17 heures
! Nous commençâmes alors à supputer que les services secrets libyens étaient sûrement à l’œuvre dans notre bateau. Nous eûmes la confirmation immédiate via la batterie des servitudes du bateau
que nous retrouvâmes à son niveau le plus bas alors qu’elle avait été rechargée le matin (groupe électrogène) avant notre départ ! Quelques éléments n’étaient pas à leur place habituelle …
Tripoli - le chateau Rouge
Aussi, avant de partir pour Sabratha, fis-je quelques photos, avec mon appareil numérique, de mes tiroirs en particulier dans lesquels j’avais judicieusement disposés certains objets.
Le résultat fut éloquent: tout agents secrets qu’ils devaient être ils ne réussirent pas à les remettre dans l’état qu’ils étaient lorsqu’ils les ouvrèrent. A leur décharge, il y a tellement de
choses dans chacun qu’une poule n’y retrouverait pas ses poussins ! Les photos prises «après» leur passage témoignaient parfaitement d’une fouille en règle du bateau. Nos ordinateurs ne furent
pas épargnés. Sur le mien ils ont fait une fausse manip et effacé le contenu de mon fichier « Favoris » (sites favoris sur internet). Compte tenu de la quantité phénoménale de documents que
j’avais stocké sur mon ordinateur ils en ont pour un sacré bout de temps pour en venir à bout. Il leur faudra un nombre impressionnant de traducteurs … pour au total se rendre compte que nous
sommes totalement inoffensifs, que l’Etat Libyen n’a rien à craindre de nous !
Le soir même il me fallut beaucoup de temps et développer une argumentation somme toute très logique pour rassurer Christine: le stress commençait à l’envahir sérieusement. Elle comprenait, mais
n’était pas pour autant rassurée !
Puis nous fûmes tous deux envahis par un doute particulièrement affreux: et s’ils avaient posés des « micros espions » dans le bateau ? … alors nous parlâmes à voix très basse … puis je fus le
seul à parler … pour développer longuement, dans le cas où ils auraient effectivement placés des micros, de nombreuses raisons pour lesquelles ils n’ont rien à redouter de nous, explicitant que
nous n’avions rien à cacher, que nous étions plus que transparents, …, bref qu’ils faisaient leur travail « normal » dans ce contexte purement libyen, que c’était « le prix » à payer pour pouvoir
visiter ce pays. Notre objectif n’était-il pas de visiter leurs superbes sites antiques ? Alors sachons tolérer ce qui dans nos pays ne serait pas tolérable !!! … nous ne sommes pas en France,
mais dans un pays avec une histoire récente difficile … nous ne devions pas ignorer le contexte politique même s’il n’était pas notre souci principal. Puis, comme nous n’avions en définitive
«rien à cacher» et qu’en conséquence «ils n’avaient rien à redouter de nous», nous oubliâmes, dès le lendemain matin, la présence éventuelle de micros espions ...
Le premier mécanicien ayant dûment constaté qu’il y avait bien panne du moteur, nous eûmes pendant 2,5 jours la présence d’une équipe de diésélistes: un ingénieur diéséliste (avec qui bien sûr je
sympathisa: nous nous appréciâmes réciproquement et passâmes de longs moments à bavarder ensemble tout en fumant des cigarettes), un technicien diéséliste et un ouvrier mécanicien. Avec rigueur
et méthode ils examinèrent le moteur, découvrirent qu’il y avait de l’eau dans le fuel (diesel), que les buses des 4 injecteurs avaient été sacrément abîmées par cette présence d’eau au point
d’être en état de ne plus fonctionner. Alors qu’en France il m’aurait fallu 3 semaines pour m’approvisionner en de telles pièces de rechange, sous réserve de bien spécifier l’année de fabrication
du moteur et le numéro porté par chaque injecteur (véridique: expérience réalisée avant de partir à Agen auprès du plus grand fournisseur de pièces détachées du Sud-Ouest), ici dans la journée
même, l’ingénieur revint au bateau avec les 4 pièces neuves de remplacement … Tous les circuits du moteur eurent droit à un examen scrupuleux et lorsqu’ils nous quittèrent il fonctionnait à
merveille: nous étions plus que rassurés … Je n’eu pas le toupet de leur demander d’examiner le groupe électrogène, qui, bizarrement, consommait de l’eau (circuit intermédiaire de refroidissement
du moteur) à chaque utilisation et ce depuis un ou deux jours, remettant ainsi à plus tard son examen approfondi … Quand on connaît la suite … il est certain que j’ai fait preuve là d’une grande
imprudence et imprévoyance !
Pendant une semaine nous eûmes la présence prégnante des autorités libyennes et bizarrement une quasi «absence» injustifiée des représentants de notre société accompagnatrice. Nous leur
réclamions pourtant des choses essentielles qu’ils étaient les seuls à pouvoir nous procurer, telles que de l’eau non potable pour notre toilette (nos réservoirs étant quasiment à sec), la
possibilité de changer le bateau de place compte tenu des forts coups de vent auxquels nous devions faire face, le bateau étant dans la plus mauvaise configuration, la délivrance d’un visa
définitif d’un ou deux mois , … Chaque fois il nous était répondu que c’était très difficile, qu’ils faisaient le nécessaire, … et qu’il nous fallait quitter au plus vite la Libye … Bref, il nous
terrorisait mais nous ne comprîmes pas pourquoi immédiatement. Ce ne fut que quelques jours plus tard que le motif deviendra évident !
Mosaique - Musee de Tripoli
Quant au port de Tripoli, il est mieux gardé et surveillé qu’une centrale nucléaire en France: je sais de quoi je parle et ce que cela veut dire … Nos sorties quotidiennes du port furent notre
«chemin de croix»: supporter l’horreur dans toute sa splendeur tout en conservant son calme et le sourire face à des agents faisant preuve d’un zèle à la limite de la débilité, notamment de la
part des deux gardiens les plus âgés du «Service de Sécurité du port».
Le «Service d’Immigration» nous ayant restitué nos passeports comportant le fameux tampon d’entrée en Libye nous pouvions, selon les autorités compétentes, circuler librement dans Tripoli seuls
sans accompagnateur et entrer et sortir du port sur seule présentation du passeport. En réalité ce ne fut jamais le cas. Ces gardiens trop zélés (nous verrons plus loin la raison) ou au quotient
intellectuel au raz des pâquerettes nous menèrent une vie d’enfer et nous firent perdre, à chacune de nos sorties, plus d’une heure pour franchir cette fameuse barrière. Certains poussèrent même
le vice ou la bêtise de limiter en temps la durée de nos sorties ou nous imposèrent, pour nos sorties en soirées, des heures limites de retour !!! En fait chacun inventait ses propres règles à
nous appliquer, vu qu’ils n’avaient jamais eu, dans leur carrière, à traiter une telle situation, trop habitués qu’ils étaient à ne voir que les équipages des cargos ou paquebots qui transitent
tout au plus deux jours dans le port. Or ces navigants disposent d’un «livret de mer», sorte de passeport maritime dans lequel sont notamment mentionnés, en plus des renseignements individuels
habituels, les escales réalisées. En échange de ce livret de mer les gardiens délivrent au marin de passage qui veut aller dans Tripoli, un carton jaune plastifié. De retour au port le marin
récupère son «livret de mer».
Vous l’avez deviné, j’en suis sûr ... puisque vous n’êtes pas gardien du port de Tripoli … les neurones de nos trop fameux gardiens ont littéralement explosées … nous n’avions pas ... de «livret
de mer» … grave et inépuisable sujet à discutions entre eux … alors que nous étions là à attendre le résultat de leur terrible cas de conscience … dans 100% des cas c’était le plus vieux, celui
qui parlait plus haut et plus fort que les autres qui l’emportait … nous étions mis au même régime que tous les marins du monde … un passeport c’est quoi dis ? Tu sais ce que c’est ? Jamais vu
ça, regarde comment c’est fait, tu le trouves normal toi ? ... Le plus souvent ils nous renvoyaient au « bureau du port de l’immigration », celui-là même qui nous avait délivré le visa et … situé
à près d’un kilomètre du poste de garde … nous faisions du stop ! Et revenions tantôt avec le chef de l’immigration, tantôt avec le chef du port ou avec des accompagnateurs habilités en charge
d’un ou plusieurs cargos en cours de transit. Nous fîmes ainsi la connaissance de nombre de personnes qui par la suite nous rendrons de fameux services et toujours de bons conseils: ma collection
de cartes de visite s’est bien étoffée à Tripoli ! Plusieurs de ces accompagnateurs nous rendirent les services que notre propre société accompagnatrice ne nous apportait toujours pas ... Et
bien, tout ce beau monde avait beau expliquer et répéter aux gardiens que la présentation de notre passeport suffisait pour nos sorties et entrées dans le port et ce à toutes heures, rien n’y fit
! Chaque jour le même processus recommençait, les mêmes conneries ressurgissaient et nous devions nous plier, avec le sourire, sait-on jamais de quoi ils auraient été capables si nous nous étions
énervés ou fâchés une seule fois: nous ne voulûmes pas prendre un tel risque et optâmes pour un stoïcisme de bon aloi qui nous épuisa véritablement … nous n’en pouvions plus …
«Leptine» - port de Tripoli, protégé du vent par une barge et sa grue !
Environ 6 millions de personnes peuplent la Libye. Le taux de chômage est supérieur à 30% et le nombre de travailleurs est égal à 1 million. Les services de l’Etat semblent nombreux, le personnel
aussi. Il y a tout lieu de penser que les postes de toutes les administrations sont occupés par les amis du Président, les amis des amis du Présidents, les amis des amis des amis du Président, …
autrement dit les places sont chères, convoitées et sûres à condition que chacun assure et assume ce qu’on lui demande de faire. Alors le faux pas est interdit et chacun surveille l’autre … Mieux
c’est à celui qui fera plus que ce qu’on lui demande afin de prouver que l’Etat peut compter sur lui … Cela explique aussi le pourquoi du comportement à notre égard des gardiens du port de
Tripoli, comportement digne de trisomiques drogués ...
Nous sortîmes tous les jours, mais à quel prix ! Notre seule et immense satisfaction fut de pouvoir visiter les sites de Sabratha, de Leptis-Magna, le musée de Tripoli, de nous promener seuls
sans accompagnateur dans Tripoli et divine surprise de rencontrer beaucoup de libyens qui vinrent naturellement vers nous. Depuis notre départ de France c’est la première fois que nous
rencontrons un peuple qui cumule à la fois autant de gentillesse, de courtoisie et qui soit aussi aimable et accueillant. Ils ont de plus un sens de l’hospitalité hors norme. Il ne se passait pas
une journée sans que nous soyons abordé gentiment par l’un d’entre eux que ce soit dans la rue ou dans un café en plein air. Un dimanche après-midi, à la terrasse d’un café chic, nous ferons la
connaissance d’un libyen qui n’hésita pas à déranger et à faire venir le directeur de l’Office de Tourisme de Tripoli afin qu’il nous apporte les réponses aux questions que nous lui posions et
auxquelles il n’avait pas de réponses … phénoménal vous dis-je !
Je me suis promené seul dans quasiment tous les quartiers de Tripoli, du plus huppé au plus misérable. Jamais je n’ai été inquiété. Jamais je n’ai éprouvé la moindre crainte. Vous demandez un
renseignement, ils vous proposent mille services ...alors il vous faut déployer des trésors de diplomatie (il faut le faire ... quand on ne parle ni l’arabe, ni l’anglais!) pour ne pas les vexer
ou froisser leur éventuelle susceptibilité.
Ici aussi les valeurs sont inversées avec celles de notre chère France: donnez un, on vous réclamera 1000 !
Peuple très attachant que les Libyens, mais peuple qui a sûrement terriblement souffert, cela est partout visible. Très attachés à leur pays ils semblent l’aimer profondément. Et ce qui ne gâche
rien, ne sont dupes de rien … d’une lucidité extraordinaire sur notre monde et planète … Heureusement nous n’étions ni anglais, ni américain, ni juif, car si cela avait été le cas, je ne sais pas
quel sort nous aurait été réservé, en tout cas sûrement rien de bon … La France est ici très appréciée pour ses positions politiques successives en faveur du monde arabe. Il est à craindre
malheureusement que l’élection présidentielle de 2007, n’offrant aucun choix véritable tant à droite qu’à gauche, ne conduise à un changement radical dans cette attitude courageuse de la France:
le pire pour nous français est à venir ...
Mosaique - Musee de Tripoli
Nous eûmes à souffrir terriblement du vent, de la poussière et du fameux sable roux libyen. Microscopique, invisible à l’œil nu, il s’incruste partout. Rien ne l’arrête. En quelques instants,
drisses, haubans, écoutes, voiles, mâts, bômes sont revêtus d’une pellicule rousse hyper adhérente. Idem pour l’habitacle. Trois semaines après notre départ de Libye, « Leptine» porte encore de
nombreuses traces. Peu protégé du vent, le port de Tripoli s’avère dangereux pour les voiliers. Par fort vent, vagues et ressac chahutent dangereusement le bateau. Nous dûmes changer 3 fois de
place afin d’éviter que notre coque explose sous leurs coups répétés et violents. Notre dernier abris fut de se mettre à couple d’une énorme barge munie d’une toute aussi énorme grue de
déchargement, barges et grues nous affranchissaient des effets du vent mais pas de ceux issus des vagues et du ressac. Les coups de vent de force 8 sont courants : en 3 semaines nous en vécûmes 3
! Par grand vent le spectacle en ville est étonnant. Dans les grandes avenues perpendiculaires à la mer, ce sable fin et roux serpente à vitesse folle sur le macadam. Des lunettes enveloppantes
sont de rigueur. Le sable brûle les yeux, sèche la peau et s’incruste dans les cheveux. A propos ; foulard, voile et djellaba sont-ils distinctifs d’une religion ou simplement adaptés à une
réalité climatique ?
Il est temps de conter «l’aventure particulière» dans notre aventure libyenne : celle avec notre société accompagnatrice et de son responsable. A peine arrivé …il voulait que nous repartions !
Chaque jour il nous répétait que nous devions quitter la Libye le plus rapidement possible sans faire escale dans un ou plusieurs autres ports Libyens. Il voulait bien nous faire obtenir un visa
mais cela demandait de passer par l’ambassade libyenne à Paris avec un délai de 3 semaines incompatible avec ses exigences de départ immédiat. Outre les nombreuses rencontres que nous fîmes et
qui nous tinrent un tout autre langage, je mis à profit mes promenades matinales pour me rendre dans divers services et agences agrémentées par l’Etat libyen qui eux aussi présentaient un
discours bien différent. L’une de ces agences me proposa ses services, me garantissant l’obtention des visas en 3 jours ! Je fus tenté, mais tenu par l’engagement contracté avec « notre société
accompagnatrice » il m’était impossible de donner une suite …
Dés que les mécaniciens diésélistes achevèrent leur travail, le patron de notre société accompagnatrice m’apporta la facture …
Jusqu’à ce moment-là, comme Astérix et Obélix, je ne craignais qu’une seule chose: «que le ciel me tombe sur la tête».
Et là, «putaing-cong», le ciel … il est tombé sur ma tête !
L’air grave, quasi solennel, le visage fermé de celui qui ne rigole pas, bref la gueule de celui qui d’emblée ferme la porte sans laisser trace d’une possible ouverture, du genre «y a rien à
dire», me présente une facture d’un montant … de 4000 dollars U.S. !
Courageusement, mais avec beaucoup de difficultés, je masque toute réaction de ma part et me lance dans un très long silence (long pour lui vu les signes d’impatience qu’il manifesta à diverses
reprises) afin d’éplucher chacune des lignes de cette sacrée facture et de trouver comment reprendre « en main » une situation fort défavorable pour nous.
Du délire cette facture !
- 300 litres de fuel à 150 dollars U.S : 30 fois le prix des distributeurs en bord de route ou en ville !
- 400 dollars U.S le coût d’amarrage pour une semaine du bateau dans le port de Tripoli (sans eau ni électricité !) : record du monde battu ! 30 dollars U.S pour de l’eau non potable non livrée
!
- 2000 dollars U.S le remorquage,
- 1000 dollars U.S la réparation du moteur, …
Je n’eu pas à reprendre le dialogue: son impatience ayant sûrement atteint ses imites, il me demande de régler immédiatement l’intégralité de la facture en liquide et en dollars U.S!!! Erreur
fatale de sa part ! Je n’accepte ni ne refuse et lui demande simplement de repasser demain après-midi ... en même temps qu’il nous livrera … l’eau dont on a tant besoin ! Il accepte et s’en va.
Alors commence pour moi une drôle de partie. Muni de mon portable et des cartes de visite j’appelle ceux que j’avais rencontré et qui m’avaient offert leurs services en cas de besoin !
L’un, qui de surcroît parle parfaitement le français, est au fin fond de la Libye. Il me promet d’être là demain matin à 8 heures au bateau. A 8 heures il est là.
L’examen de la facture fait sur lui le même effet qu’une bombe atomique … fort contrarié il me conduit chez le directeur du port (celui-là même qui est monté sur notre bateau lors du remorquage)
afin de connaître le montant exact de la facture établie par ses services pour le remorquage et le « parking » du bateau dans le port. Là nous apprendrons plusieurs choses : la première qu’aucune
facture n’a été établie à ce jour, la seconde que si facture était établie elle serait de l’ordre de 400 dollars U.S et enfin la troisième, la plus extraordinaire, est qu’il est de tradition en
Libye, au nom de l’hospitalité, de ne pas faire payer les services rendus y compris ceux engagés par l’agence « accompagnatrice » ! Cela ne me satisfait qu’à moitié : il y a eu peine et travail
qui doivent être rétribués : mes propos les scandalisent !
Je ne sais comment, «l’autre», le patron de notre société accompagnatrice, est au courant de mes démarches et arrive furieux le lendemain au bateau … bien sûr sans eau potable ! … nous confisque
une nouvelle fois nos passeports et me fait savoir sous tous les tons et toutes les formes que «ce que j’ai fait n’est pas bien !». Bref, la tension est à son comble, la situation tendue
…j’abrège pour faire court … parvenons à négocier sur la base d’une facture que j’ai préparé la veille au soir sur mon ordinateur. Je ne lui laisse pas le choix : il accepte ou je passe par
l’ambassade de France à Tripoli ! De 4000 dollars U.S nous sommes passé à 2400 dollars U.S. Rebelote, il me réclame la totalité en liquide ! Et là … lui fait le coup que je dois disposer de
réserves et ne peux ainsi me dépouiller de l’intégralité de mes disponibilités ! Je lui offre 1400 dollars U.S cash et le complément par virement bancaire via internet. Cela semble lui convenir
puisqu’il me griffonne ses coordonnées de son compte bancaire … situé à Malte ! Puis, sur le champ m’emmène dans son bureau situé dans le centre de Tripoli afin que je lui remette les 1400
dollars en liquide et que j’effectue, à partir de son ordinateur, le virement bancaire !
Enfin la chance nous sourit ! Le numéro de mon compte en banque noté précipitamment avant de quitter le bateau contient une erreur: un 9 au lieu d’un 6 ! Chance inouï : à toutes mes tentatives je
suis rejeté ! De bonne foi je lui dis qu’il « y a un problème avec internet ! », que je vais réessayer demain ! Il accepte … comment peut-il faire autrement ?
Le lendemain, je l’informe … que ma banque contactée par téléphone me demande un écrit pour confirmer ce virement pour un pays tel que la Libye !!
Résumons encore, nous devions partir de Tripoli le vendredi 28 avril à 10 heures, « il » bloqua nos passeports munis du tampon de sortie jusqu’à 18h30 dans l’espoir que je lui donnerais en
liquide la somme qui manquait.
Tout compte fait, cela nous coûta 1400 dollars US : c’est ce que nous aurions déboursé à minima en France pour le remorquage et révision complète du moteur. Mon seul regret est que cet argent
aille dans la poche d’un escroc et pas dans celle de ceux qui ont œuvré. Notre seule satisfaction, si satisfaction il doit y avoir en ce domaine, est de savoir que cet escroc s’est définitivement
grillé auprès des autorités libyennes …Tout le port de Tripoli fut au courant de la malhonnêteté de ce personnage … le téléphone arabe … ça marche !