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Novembre 2008

 

le peuple turc

                

Une fois n'est pas coutume, commençons par la fin.

 

Comme elles le font chaque semaine depuis notre retour en France, Christine et Carole ramenèrent il y a deux jours de cela, notre provision hebdomadaire de livres et DVD de la médiathèque de Nérac (*). Sorte de compensation partielle à notre choix de vie sans poste de télévision.

 

Elles revinrent de la médiathèque particulièrement satisfaites, car disaient-elles, elles avaient déniché un film turc primé au festival de Cannes en 2007. Satisfaction d'autant plus légitime que les films turcs sont rares en France.



 

Son titre « De l'autre côté » - Réalisateur Fatih AKIN.

 

Notre joie fut de courte  durée. Dès les premières séquences découvrîmes un torchon.

 

(*) Ville de moyenne importance, située à environ 30 km à l'ouest d'Agen, connue par son château ayant appartenu à Henry IV.

 

Au-delà du scénario ce sont les personnalités des personnages principaux du film sensées caractériser le peuple turc qui retinrent notre attention.

 

Ils sont quatre. Faisons connaissance avec eux.

 

Le premier apparaît dès la première séquence du film. Il s'agit d'un turc (65/70 ans), veuf, vivant à Hambourg en Allemagne. Première scène du film : il se rend chez une prostituée. A l'évidence ce personnage est obsédé par le sexe et les femmes. Il nous est permis de constater par la suite que non seulement c'est un alcoolique, mais qu'il se comporte, de plus, bestialement vis-à-vis de la femme. Il revient plusieurs fois chez cette prostituée. Pour en définitive l'acheter (3000 euros par mois !) et l'installer à demeure chez lui, dans le seul souci de satisfaire ses exigences sexuelles ! Peu de temps après, sous l'emprise de l'alcool, il lui délivre une claque mortelle ! (Hein qu'ils sont forts les turcs !) ...

 

Le deuxième est cette prostituée. Qui est-elle ? Une turque divorcée (ou veuve, je ne me souviens plus), qui par ce qu'il n'y avait pas de travail pour elle en Turquie s'était trouvé dans l'obligation de venir se prostituer à Hambourg en Allemagne afin de subvenir aux besoins de sa fille étudiante à Istanbul. Fille dont elle n'avait plus de nouvelles depuis plusieurs mois.

 

Troisième personnage, la fille de la prostituée. Elle n'est plus étudiante. Mais, terroriste, intégriste et homosexuelle ! Elle fait partie d'un groupe de terroristes turcs qui luttent contre ... l'entrée de la Turquie dans la Communauté Européenne ! Pour, à l'avant dernière scène du film, abandonner la lutte, se réconcilier et cohabiter avec une allemande âgée que le scénario laisse sous entendre qu'elle se substituera en sa  « nouvelle mère » !

 

Quatrième personnage, le fils du vieux turc « alcoolique et obsédé sexuel », professeur à l'Université de Hambourg. Son père, fièrement, le définira d'entrée de la façon suivante : « Je l'ai élevé comme une fille ».  Effectivement il se montre effacé, soumis à son père, quasi inexistant et sans grande envergure. Au décès de la prostituée, il prendra ses distances d'avec son père. Pour, dernière scène du film, attendre son retour.

 

D'autres clichés parsèment ce film. Tels des groupes d'enfants qui mendient et sollicitent les passants. Sans oublier ces deux jeunes turcs qui menacent de mort la prostituée si elle continue à se prostituer. Raison qui la conduisit à accepter l'offre « d'achat » du vieux turc.

 

Tel est le film qui reçut en 2007 les honneurs de Cannes : prix du scénario et prix ... œcuménique.

 

Edifiant. Consternant. Criminel

 

Je ne vais pas me livrer ici à répertorier l'ensemble des clichés, traductions et interprétations évidentes que ce film véhicule. Je me bornerais seulement à dire que non seulement ce film est une insulte au peuple turc et à ce pays mais plus encore est un crime d'éthique et de morale contre l'humanité et que tous ceux qui ont financé, participé, cautionné et soutenu ce film sont d'authentiques criminels qui par mensonges délibérés incitent au racisme, à la haine entre peuples et aux déchaînements de violences. Tous ces gens devraient aujourd'hui se trouver en prison. Ce n'est pas cela la liberté d'expression.


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Nous vécûmes près d'une année en Turquie. Six mois de navigation à longer ses côtes que complétèrent les mois d'hiver passés dans la marina de Finike, ville de dix mille habitants du sud de la Turquie.

 

Entre Istanbul et Finike notre voyage fut parsemé de nombreuses escales ou haltes en terres turques. Certes, nous ne pûmes visiter toutes les contrées de ce grand pays. Nous visitâmes, en février de cette année, sous une neige abondante la Cappadoce et parcourûmes ainsi plus de cinq cent kilomètres en autobus à l'intérieur des terres.

 

Ce faisant, en une année, il nous fut permis de côtoyer nombre de turcs de tous âges, de tous milieux, en de multiples lieux et vécûmes six mois au milieu d'eux, intégrés à leur vie de tous les jours. Nous apprîmes quelques rudiments de leur langue. Ce n'est pas rien ! Simplement suffisant pour disposer d'une perception fidèle sur ce peuple et ce pays. 

 

Les turcs ne différent en rien de tous les autres peuples que nous rencontrâmes avant eux, si ce n'est qu'il porte sur lui ses spécificités propres issues de leurs terres et de leur histoire.

 

Après la Tunisie, la Libye et la Grèce, nous serons une nouvelle fois surpris par la simplicité, la gentillesse, le calme, l'absence de toute méchanceté, agressivité ou de rejet de tous ceux que nous rencontrâmes. Cela est d'autant plus remarquable pour nous français que ce comportement a totalement disparu de notre paysage. Etrangement, tout au long de ces trois années de voyage, aux milieu de ces différents peuples je vais retrouver les sensations qui furent les miennes lorsque adolescent j'évoluais dans l'environnement de vie externe qui était alors le mien. Simplement bienveillant.

 

En règle générale les turcs sont d'un naturel prudent. Plusieurs jours leur sont nécessaires pour sortir de leur réserve. Situation aggravée par le fait que nous ne parlions pas couramment leur langue et qu'ils sont peu nombreux à posséder quelques rudiments d'anglais. Chacun prit alors le temps de nous observer, de nous ressentir et de s'imprégner de ce qui se dégageait de nous. De notre côté nous procédâmes de même, à l'écoute de nos sens déployés. Une fois rassuré alors nos hôtes se libérèrent, redevinrent eux-mêmes et nous intégrèrent  à leur cadre de vie habituel.

 

La plus extraordinaire découverte pour moi au cours de ce voyage fut justement cette prise de conscience du langage muet de mes sens. Et, d'entre eux, le plus étonnant, celui du regard. D'une précision et d'une sensibilité infinies. Tout est dans les yeux. Tout est dans le regard. Nul besoin de mots. Le regard. L'œil, A.D.N de notre âme ?

 

Cela m'interpella aussi. Pourquoi nous pays dits développés, riches et à la pointe du progrès, ne cessons de prétendre être les seuls dépositaires des valeurs universelles ? Pourquoi et d'où nous vient cette prétention à l'exemplarité et à s'imaginer que nous sommes les seuls aptes et dignes à montrer le chemin au reste du Monde ? C'est folie et faux !

 

Ce voyage fut justement l'occasion pour moi de constater de visu que tous les peuples sans exception portent en eux les valeurs universelles. Je fis un autre constat pour le moins étonnant qui interpelle bigrement, cette « transcendance » est immensément plus développée et présente chez les peuples pauvres que dans nos pays occidentaux riches !

 

 Je me suis ressourcé auprès de ces femmes et de ces hommes. Il était temps, ma foi en l'homme vacillait dangereusement.

 

Seule une minorité de turcs, des grandes villes ou des villes hyper touristiques, présentent des comportements identiques à ceux que nous connaissions en France avant notre départ. Là aussi et en ce domaine, il nous fut permis de constater de visu les méfaits du tourisme de masse. Ce n'est pas le tourisme en tant que tel qui est en cause, mais l'argent et sa compagne la cupidité qui détruisent tout. Non seulement il aggrave la pollution des terres et des eaux mais il corrompt gravement l'esprit des locaux. Le tourisme est devenue une redoutable arme de destruction, d'uniformisation, dénaturant puissamment cultures, folklore et spécificités locales, régionales et nationales.

 

Partout où il sévit, le tourisme détruit l'âme des peuples. Dans peu de temps cultures et peuples ne survivront que dans des centres de tourismes spécialement créés à cet effet. Sorte de zoo, d'espèces quasi disparues.

 

Nouveau filon. Nouvelle ruée. Nouveaux massacres. Autres disparitions.

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Le mois dernier nous eûmes l'occasion de passer une semaine dans le pays basque français. A Saint Jean de Luz précisément. Cela faisait plusieurs années que je ne m'étais pas rendu dans cette contrée. Méconnaissable ! Saccagée ! Disparue l'âme basque. Que dis-je, désintégrée.

 

Basques, est-ce là le résultat de vos luttes ? Sont-ce là vos victoires ?

 

Je ne suis pas d'origine basque, mais j'aimais vos villes, vos paysages, le cadre grandiose et merveilleux de beautés où terre et mer unissaient leurs forces sauvages et pures. La nature exaltait de mille beautés. Paradis des yeux et du bien être. Exit. Fini. Paysages et bords de mer sont massacrés. A la tronçonneuse. A la bétonneuse. Véritable décharge publique des maladies mentales des hommes. De sauvage te voici sordide.

 

J'aimai votre fierté. Ami basque, c'était donc cela ta fierté, c'était donc ça l'amour de ton terroir ? Croyais-tu que le fait de pouvoir t'exprimer dans ta  langue 15 mn par jour sur la chaîne régionale et d'y montrer quelques uns de vos groupes folkloriques sauverait votre identité ? Que diras-tu plus tard à tes enfants et petits enfants ? De danser ? Par ce que - toi - tu as trop chanté ?

 

Pleure de toutes les larmes de ton corps, ami basque. Tu as tué ton identité.

 

Seul le terroir fait l'identité. De lui, émergent les hommes qui tels des ceps de vigne extraient leurs langues, coutumes, folklores, chants et danses. Il a fait de vous ce que vous étiez. Lui seul.

 

Tu l'as vendu. Tu n'es plus. Adieu l'ami basque.

 

Ce long détour en terres françaises n'est pas innocent. Il complète d'une certaine manière un constat général sur ce thème, un exemple parmi mille, et se veut surtout une sorte de mise en garde adressée au peuple turc, puisque cet article leur est consacré.

 

Amis turcs (j'y associe mes amis grecs,) voilà le sort qui vous attend si vous n'êtes pas intransigeants envers vous-même et votre identité.

 

Comme jadis les basques de mon pays le furent, vous êtes fiers de vous, de vos terroirs, de votre pays, de votre culture et coutumes ancestrales. Mêmes très pauvres, vous conservez cette belle et superbe dignité du respect de vous-mêmes. Vous êtes viscéralement attachés à vos terres et à votre identité. Votre fierté est belle.

 

N'oubliez jamais que c'est l'unique vraie richesse de l'homme. 

 

Les autres « richesses », ces multiples « miroirs aux alouettes », qui brillent de mille feux, attirent, tentent, font envie et sûrement rêver, consumeront votre âme.

 

Comme vous, je n'ai point de ces « richesses ». Comme vous je suis nu.

 

Avez-vous imaginé un instant ce que serait être nu et sans âme ?

 

Viens dans mon pays, viens voir, viens constater la réalité qui te fait tant rêver ou  fantasmer. 

 

Ulysse sillonna vos mers et vos terres. Dans sa longue errance il sut résister aux chants des sirènes.

 

Vois-tu, je n'ai pas eu la chance de naître en un terroir aussi prolixe en de telles richesses que le pays Basque par exemple. Pourtant, cela ne m'a jamais gêné d'avoir des voisins mieux lotis. J'admirais et j'enviais nos bretons, nos corses ou nos basques. Pour rien au monde j'aurais voulu qu'ils perdent leurs spécificités. Bien au contraire. J'étais fier d'eux, j'étais fier pour eux, j'étais fier avec eux. Je partageais leurs fiertés.

 

Aujourd'hui, la majorité des grandes villes du monde occidentalisé ont perdu leurs « âmes ». Elles se ressemblent toutes. Mêmes magasins, mêmes enseignes, mêmes décors, mêmes présentations, mêmes produits ... mêmes prix ! Mêmes agencements de villes, mêmes panneaux publicitaires, même débauche de néons, ... faisant en sorte que notre regard en ville ne sait plus dans quel pays il est ! Rien ne permet de distinguer aujourd'hui Bordeaux, Toulouse, Lyon, Athènes, Tunis, Kusadasi et Antalya par exemple. La « mondialisation » fait table rase, rase tout. Uniformise. Banalise. Plus de goûts ni saveurs. Seulement la nausée d'un unique plat indigeste, immense étalage de nos excréments et vomis d'argent.

 

Sillonnant vos mers et vos terres je ne cessa pas de vous observer. De scruter vos visages, vos morphologies, vos attitudes.  Vous observant je devinais les méandres de votre longue histoire, je percevais la multiplicité des tribus ou peuples ancestraux dont vous êtes issus. Je vis en vous ce fantastique fondu enchaîné qui vous fait passer du monde occidental au monde oriental. Je me plongeais alors avec avidité dans l'apprentissage de votre longue histoire. Elle me paraîtra plus aisée à comprendre. Je ne retiendrais aucun de vos noms, trop nombreux et difficiles à prononcer ou à retenir. Cela n'avait pas d'importance puisque je pouvais maintenant les identifier en chacun de vous.

Le monde occidental ou « occidentalisé » (je ne sais comment le définir) et mon pays la France, donnent de vous peuple turc des clichés totalement erronés. Je témoigne de cette monstrueuse manipulation et malversation. Monstrueux mensonges. Véritables insultes à vous et à votre pays. Sachez ne pas y répondre. Apprenez à discerner l'origine de cette lamentable agression. Apprenez à en comprendre la raison principale qui l'anime. Peuple turc, fait bloc. Qu'elle que soit la raison, ne te laisse pas diviser. Résistez tous ensemble. C'est cela, ou vous disparaîtrez à jamais.

 

les turcs

et

la Turquie

 

 Mustapha Kemal Atatürk

 

 « Nous n'héritons pas seulement du pays et de l'Etat;

les idées de liberté et d'indépendance font aussi partie de l'héritage de nos ancêtres. »

- Çiçi Yabgu -

 

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Avertissement :

Comme cela fut le cas pour nombre des articles de ce Carnet de Voyage, les textes qui suivent ont été écrits en s'accordant un temps de recul par rapport aux vécus. 

C'est donc, exceptionnellement, en terres françaises, qu'ils sont écrits. 

Ce faisant, ils bénéficient d'enrichissements complémentaires non anticipés, issus de notre séjour en France.

 

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Autant les grecs et la Grèce nous semblaient familiers et proches par leur culture qui façonna notre civilisation occidentale, autant nous ressentions les turcs et la Turquie comme lointains et étrangers.

 

A vrai dire nous ne connaissions que peu de choses les concernant.  Nous fûmes ainsi placés dans l'obligation d'approfondir la connaissance que nous avions de ce peuple et de son pays.  A commencer par leur histoire.

 

Une fois encore nous fûmes interpellés par les déphasages que nous constatâmes entre ce que nous vîmes et vécûmes ici en Turquie et les informations concernant ce pays diffusées par les médias français depuis de nombreuses années. De retour en France nous serons scandalisés par les mensonges, truquages et malversations auxquels se livre l'ensemble des médias français dès lors qu'il est question de la Turquie et des turcs.

 

L'omniprésence de Mustafa Kemal Atatürk dans la vie quotidienne des turcs constitua pour nous une autre source d'interrogations.

 

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 une brève histoire du peuple turc

 

Si l'on se limitait à la stricte définition, les Turcs ne seraient que les habitants de la Turquie actuelle. Ce faisant nous occulterions tous ceux qui, au cours des temps, véhiculèrent la langue turque, à savoir le « peuple turc ».

 

Les ancêtres des turcs étaient blancs et vivaient il y a environ quatre mille ans en Asie Centrale en Dzoungarie (région septentrionale du Turkestan Oriental). Peuple de chasseurs et de guerriers, ils étaient parvenus à l'âge des métaux, fabriquaient des couteaux et autres outils en cuivre. Ils avaient domestiqué le boeuf, le chameau, le renne et le yack.

 

Nomades, ils parcouraient le bassin qui s'étend des monts Tangri aux monts Altaï. 

 

L'appellation Turc (Türk) apparaît pour la première fois il y a environ 3 300 ans dans les chroniques chinoises.

 

Poussés par l'accroissement de leur population et le désir de conquêtes, les turcs sortirent de leur habitat altaïque. Comme à cette époque ils étaient le peuple le plus expert à manier et à harnacher le cheval et qu'ils possédaient de plus des armes de fer efficaces, ils purent réaliser leur ambition. Les peuples sédentaires et agricoles tels que les Chinois et les Iraniens n'étaient guère en mesure de s'opposer efficacement à ces cavaliers nomades du Nord, à savoir les Turcs, Mongols et Mandchous qu'ils traînaient à leur suite.

 

De ces peuplades qui chevauchèrent l'immensité des territoires entre Pacifique et Méditerranée ... à ceux qui franchirent la Grande Muraille de Chine et dont certains devinrent Empereurs de Chine ... aux Ottomans qui firent de leur empire la première puissance du monde ... en passant par les Grands Moghols qui créèrent l'Empire des Indes ... tous étaient ... des turcs.

 

La Chine du Nord fut l'un des premiers pays qu'ils envahirent. La troisième dynastie impériale chinoise était d'origine turque. Cette dynastie régna sur la Chine durant 855 années, de -1111 à -256 . Toutefois ces empereurs adoptèrent le chinois et furent ... absorbées par la civilisation chinoise.

 

Les épopées turques conservent les traces de leurs conquêtes. Celle d'Ergenekon révèle leur ambition de réaliser des conquêtes et ... de dominer le monde.

 

L'originalité de leur histoire tient à leur dynamique d'expansion géographique. Leurs conquêtes s'accompagnèrent par le déplacement de populations qui restèrent sur place. Partis des steppes entre Chine et Sibérie, les Turcs vont progressivement se déployer, entre le VIIe et le XIVe siècle dans plusieurs directions:

 

- vers le nord (Sibérie);

 

- vers l'ouest (pourtour de la Mer Noire, steppe kazakh): Bulgares, Kazars, Petchenègues et Kiptchaks;

 

- vers le sud-ouest. Où les Turcs se rendirent maîtres de l'Asie centrale au XIe- siècle, puis de l'Iran et de l'Anatolie orientale au XIIe siècle, avant d'investir l'Anatolie centrale et occidentale au XIIIe siècle, sous le poids de la déferlante mongole. C'est dans cet Occident turc que naquirent au début du XVIe siècle les dynasties ottomanes, fondatrices de l'Iran moderne.

 

Les turcs constituèrent durant tout le haut Moyen Age une précieuse réserve d'esclaves pour le monde arabe. Les "mamelouks", remarquables guerriers et administrateurs, s'immiscèrent dans les rouages du pouvoir dès la fin du IXe siècle, pour donner naissance à des dynasties qui contrôlèrent la Syrie, la façade levantine et l'Egypte (deuxième moitié du XIIe siècle et l'Egypte mamelouk entre le milieu du XIIIe siècle et 1515) .

 

Au début du XVIe siècle, le peuplement turc se stabilisa. A l'est, les Ouzbeks contrôlèrent la majeure partie de l'Asie centrale, les Séfévides dominèrent le plateau iranien et s'iranisèrent rapidement. Au centre et à l'ouest, de la Tunisie à l'Irak et de la Hongrie au Yémen s'étendit l'empire ottoman.

 

Un des traits de l'âme turque, typique des peuples nomades, fut sa capacité à épouser et à assimiler culture et traditions des peuples. Dans tout le Moyen Orient conquis, les Turcs, se convertirent à l'Islam, puis adoptèrent le Persan comme langue écrite. Elle resta la langue des lettrés, malgré la turquisation de l'administration et de l'armée amorcée par les Karamanides en Cilicie et poursuivie par les Ottomans dans toute l'Anatolie. Au Proche Orient, la première place fut, de même, laissée à la langue arabe.

 

Il en sera de même sur le plan religieux pour des raisons autant politiques que culturelles. Les Turcs se laissèrent séduire par le Bouddhisme, le Nestorianisme, le Christianisme et le Mazdéisme. Leur vie religieuse resta toutefois empreinte de traits hérités du chamanisme de leurs  ancêtres nomades.

 

Revers de la médaille, cette perméabilité des Turcs aux influences extérieures empêcha l'émergence d'un sentiment national "panturc" dans l'empire ottoman et fragilisa les populations turcophones de Sibérie face aux russes.

 

Ce peuple a pour héros Attila ... Soliman le Magnifique ... Atatürk.

  

Tant que le ciel ne s'effondrera pas, que la terre ne se trouera pas,

qui, Nation Turque, peut troubler ton pays, tes traditions ?

Nation Turque, reviens à toi!

Pour toi, afin d'empêcher que ton nom et ta réputation ne disparussent,

je n'ai ni dormi la nuit ni me suis assis le jour.

J'ai peine à en mourir. J'ai tant lutté et n'ai pas dispersé le peuple uni".

Bilge Kağan (inscriptions göktürk)

 

 

Octobre 2008

Carole

 

 

Carole et son grillon - avril 2004 - Saint Pierre de Gaubert (47)

 

Ce « Carnet de Voyage » serait incomplet et d'une certaine manière particulièrement injuste si nous ne consacrions pas un article à notre fille Carole.


Simplement par ce qu'elle prit une place inimaginable dans notre périple. Plus encore, à sa façon, s'imposa tout naturellement comme la mascotte de « Leptine », personnalité singulièrement attachante et incontournable. Auprès d'elle nous vécûmes, nous ses parents, une expérience peu banale. Quant à elle, une bien belle aventure, entourée de ses parents.


Nous ne nous serions pas engagés dans ce projet de trois années sans la certitude de lui apporter une scolarité de qualité. Cette obligation constitua notre contrainte principale. Très tôt nous comprîmes que notre périple sera conditionné par sa scolarité, beaucoup plus que ce que nous avions pu l'imaginer au départ et dûmes le réajuster aux réalités scolaires et à son incroyable avidité d'apprendre.

Ce ne sont pas seulement ces trois années de Carole que je vais vous conter. C'est aussi, en parallèle, la merveilleuse aventure que je vis auprès d'elle depuis sa naissance. Cela demande quelques explications préalables.


Carole est le quatrième et dernier de mes enfants. Deux frères et une sœur plus âgés qu'elle issus d'un premier mariage la devanceront. Sa sœur aînée aujourd'hui âgée de 38 anset ses deux frères de 35 ans et de 28 ans. Avec les deux aînés, j'ai, malheureusement des rapports difficiles et douloureux. La raison en est fort simple. Leur propre mère leur a transmis dès leur naissance ce qu'elle portait en elle, à savoir le rejet et la haine du père. Elle tenait cette épouvantable et catastrophique éducation de sa mère qui elle aussi haïssait et rejetait son mari. Mon « ex » transmettra de telles dispositions à nos deux premiers enfants. Plusieurs années me seront nécessaires pour comprendre. Trop tard, alors âgés de 10 et 7 ans le mal était fait, ils étaient définitivement imprégnés. Seulement âgé de quelques mois, le dernier échappera à cet épouvantable formatage. Il en résultera que je serais privé notamment de cette relation unique qui s'instaure entre père et fille.
 

Aussi, quand Carole vint au monde ce fut un grand moment. D'autant plus qu'à 52 ans j'avais engrangé nombre d'enseignements de la vie, j'étais moins stressé et plus disponible qu'au début de ma première vie familiale.


Ainsi, dès ses premiers jours je pris conscience d'une évidence ! Carole a sa propre personnalité ! Cette notion ne m'avait nullement effleurée auparavant. Notamment pour mes trois premiers enfants. J'attribuai cela à l'âge. Sûrement. Plus de maturité. Plus d'écoute. De cette écoute que l'on n'a pas lorsqu'on est justement en période d'écoute de soi ! Sa personnalité me « sautera aux yeux ». Avec cette conscience nouvelle elle aussi d'éviter d'aller contre, de ne pas la contrarier, seulement diriger en douceur les éventuelles dérives qui ne manqueront pas de se manifester. Carole se montrait vive et éveillée. Deux yeux grands ouverts.  Deux billes brillantes. En permanence.

Satisfaite par peu de sommeil le jour comme la nuit, je fis en sorte que son horizon ne se limite pas au plafond de sa chambre.


J'observais de plus qu'un enfant était à l'image d'un « disque dur » vierge d'un ordinateur. Il ne demandait qu'une chose, emmagasiner des données. Carole était en constante demande, que nous devions satisfaire. Alors, son petit postérieur bien calé sur mon avant bras gauche placé à l'horizontale contre moi, son buste maintenu contre ma poitrine par ma main droite, nous passâmes de nombreuses heures, journées et semaines à découvrir la maison, le parc, le potager, le vergers et la campagne immédiate. Nous employâmes exclusivement le langage d'adulte. A aucun moment elle n'entendit un quelconque langage « petit bébé ». 


Carole à Tripoli - Lybie

Carole se passionnait. Ses petits bras ne manquaient jamais de s'agiter face à une nouveauté qu'elle semblait apprécier. Puis fit connaissance du porte bébé placé dans mon dos pour de longues promenades dans la campagne, ensuite du porte bébé pour bicyclette présentant la particularité de placer l'enfant entre le guidon et la selle. L'enfant disposait ainsi d'une vision totale, somme toute plus intéressante que celle du dos et postérieur de son père s'il avait été placé à l'arrière. Les berges du canal latéral à la Garonne n'eurent plus de secrets pour elle et entreprîmes de vastes randonnées dans un rayon de 15 kilomètres. Les journées d'été s'écoulèrent ainsi. De découverte en découverte. Pour sa troisième année et à sa demande nous fîmes l'acquisition d'un canoë trois places. Suivirent de nombreuses balades sur le canal latéral à la Garonne. Nous traversâmes la ville d'Agen, empruntâmes le pont canal ... Bref toujours en mouvement.

 

 

Carole - 4 ans - Saint Pierre de Gaubert (47)

Ne possédant pas de poste de télévision, Carole nous verra souvent plongés dans nos lectures. Ses livres d'images ne lui suffirent plus. Elle réclama à apprendre à lire. Christine s'en chargea. Ses progrès furent stupéfiants. Puis voulut de vrais livres avec textes. Qu'elle choisit elle-même dans la seule librairie d'Agen et retira de notre bibliothèque plusieurs de nos livres ... pour les remplacer par les siens.  Nous avions nos marques! Elle prit les siennes ! Parfois sans retenue. Jouets et jeux envahirent la maison. Nous rectifiions. Souvent. Jusque dans le bateau ! Là c'est plus gênant. L'espace est moindre. Aujourd'hui subsiste encore cette fâcheuse habitude. Combat de tous les jours ! Que de mini combats !

Son frère Guillaume la vit naître et fut sa première idole. Elle éprouve pour lui de forts sentiments, toujours présents. Lorsqu'il vint nous voir de Los Angeles à Finike, nous ne lui annonçâmes sa venue que quelques jours auparavant. Par ce que toute son attention aurait été polarisée et qu'elle aurait consacré son temps à construire une montagne de scénarios sur ce qu'ils allaient pouvoir faire ensemble. Pas une seule heure ne se serait écoulée sans qu'elle en fasse mention et ce jusqu'à son arrivée ! Guillaume là, nous n'existons plus !

 

 

Carole et Guillaume à Göreme - Cappadoce - Février 2008

 

Guillaume tient une grande place dans son cœur. C'est son « grand frère ». Elle l'admire. Il sait se montrer affectueux et patient. Curieusement elle ne montra aucune jalousie lorsqu'il nous présenta sa fiancée. A dire vrai, il aurait été plus légitime que ce soit cette dernière qui manifeste quelques signes de jalousies voire d'impatience à l'encontre de Carole vu ses tendances à l'envahissement. Elle n'hésitait pas, au petit matin, à entrer dans leur chambre et à se glisser entre eux !

 

Par deux fois elle aura l'occasion de rencontrer sa grande sœur . C'est peu. Pourtant elle manifesta une vive admiration pour elle et de la peine à ne pas la voir plus souvent. Longtemps elle nous parla d'elle, puis se fit une raison.

Quant à son frère aîné elle le rencontra plus souvent. Il se montra d'humeurs variables, parfois maladroit vis à vis d'elle, tantôt gentil, tantôt tyrannique. Toutes ces absences lui furent pesantes et ce d'autant plus que nous ne pouvions pas lui donner les raisons. Trop petite pour comprendre.


Elle marcha à neuf mois et s'accorda un peu plus de temps pour parler. Et lorsqu'elle le fit, nous étonna. Imaginez un « petit bout de chou » parlant comme un adulte, des phrases parfaitement construites faisant appel à un vocabulaire particulièrement riche mais oh combien surprenant dans la bouche d'un enfant. Dès lors nous fûmes assaillis de questions et interrogations. Mille questions par jour. Auxquelles nous devions apporter des réponses. Digne d'un authentique interrogatoire qui ne prenait fin que lorsqu'elle semblait se satisfaire de la réponse que nous lui apportions. Comment expliquer à un enfant de 3 ans ce qu'est l'électricité ? Et pourquoi les étoiles ne tombent pas ? ... Les livres pour enfants et adolescents nous aidèrent. Elle en possèda un grand nombre. Sa cabine fourmillait de livres, toujours en désordre ... elle passa  des heures plongées dans ses livres.


Elle réclama l'école. Alors que la majorité des enfants manifestaient leurs peurs ou craintes par de bruyantes crises de larmes en ce premier jour de rentrée, Carole, peu impressionnée, déterminée et heureuse de rejoindre enfin l'école quitta sa mère sans se retourner et sans pleur. La mère était malheureuse, pas la fille ! Un monde à l'envers.

 

Carole - « l'école à la maison » - année 2005

Puis vint la grande section de l'école maternelle. Où nous fûmes confrontés au problème posé par le fait que Carole soit née en début d'année. Il prit alors une toute autre dimension que celle observée tout au long des deux premières années de maternelle. De fait plus âgée de presque une année que ses camarades de classe, Carole se révéla plus mure, plus rapide qu'eux. Elle n'avait aucune difficulté de compréhension et d'assimilation. Ce faisant, s'ennuyait, s'agitait et distrayait ses voisins de classe. Ce qui, très vite, ne manqua pas de poser de sérieux problèmes que son institutrice ne sut résoudre de manière simple et intelligente. Il aurait tout simplement suffit qu'elle lui apporta un complément de travail à faire, bref qu'elle l'occupa. Ce ne fut pas le cas. Elle subira alors des brimades stupides, qu'elle ne comprit pas bien évidemment et qu'elle nous relata dans le détail quelques mois plus tard.


En trois mois de « grande section » nous vîmes notre fille se décomposer. Elle devint sombre, se replia sur elle-même, parla de moins en moins et perdit sa spontanéité, sa vivacité, sa gentillesse et sa merveilleuse joie de vivre. Nous en fîmes part au corps enseignant, en pure perte. Forts contrariés et mécontents nous retirâmes Carole de l'école et fîmes appels aux services de cours privés par correspondance. Christine assuma sa scolarité. A cette occasion, je découvris que j'étais incapable d'assumer un tel travail simplement par ce que je ne disposais pas de la patience qui sied. Pour me consoler, ou plus prosaïquement pour me dédouaner, je n'hésita pas un instant à penser que seule une mère était en mesure de faire montre d'une telle patience !


Carole - 4 ans - Saint Pierre de Gaubert (47)

 

En peu de temps nous retrouvâmes notre Carole. Passionnée par son  apprentissage. Elle se transforma en « maîtresse d'école » ! Prépara à mon intention de nombreux « cours » et « exercices » à réaliser ! Auxquels je devais impérativement me plier.  Cette « manie » ne l'a jamais quitté. Hier encore, elle apporta à chacun de nous deux une copie qu'elle avait soigneusement remplie d'énoncés de problèmes de mathématique que nous devions résoudre, copiant en cela le mode opératoire des devoirs du CNED. Elle nota nos copies !


Sa mère devint pour elle plus qu'une mère. Autre chose, de plus grandiose. Celle qui (lui) apporte le savoir. Je me souviendrai toujours de son regard porté sur sa mère quand celle-ci lui faisait classe. C'était magique. Il y avait à la fois de l'admiration, du respect, de l'étonnement et du contentement. Son regard s'était enrichi.  Sa mère était devenue « sa maîtresse ». Et l'on sait combien pour un enfant, le « maître » ou la maîtresse » est important, quasi intouchable. « Le maître a dit » : tout est dit !


Habituellement dans un couple la mère est toujours plus bienveillante envers les enfants, laissant ainsi au père le rôle ingrat du gardien des « lois ». Les mères n'osent pas gronder, sanctionner ou se fâcher. Certes elles palabrent. Trop. Tellement, qu'elles ne sont plus entendues par leur progéniture et perdent de leur crédibilité en terme d'obéissance. Ce faisant, font appel au père pour faire obéir l'enfant. La difficulté, nouvelle pour Christine, fut justement de parvenir à imposer une discipline scolaire à Carole tout en conservant cette douce faiblesse maternelle. Elle se fit violence et y parvint.  Quant à Carole, à qui rien n'échappe, elle mit peu de temps à comprendre l'affreux dilemme qui agitait sa mère et sut en abuser. Au point qu'elle parvint maintes fois l'exploit de « rendre sa mère chèvre ». Jusqu'au jour où Christine finit par comprendre. Enfin.

 

 Carole - année 2004 - Saint Pierre de Gaubert (47)

 

C'est ainsi que, périodiquement, je trouverais Christine complètement démoralisée. Carole ne savait plus faire les opérations simples, ne savait plus conjuguer les verbes, faisaient des fautes d'accord, ..., alors que jusqu'à présent tout était parfait. « J'ai dû reprendre les bases et recommencer presque à zéro » me disait-elle. Ceci, comme les autres « péripéties » de cet acabit, me parurent étonnantes, bizarres et peu logiques. Jusqu'au moment où nous comprîmes que Carole usait de cet artifice de simulation afin de satisfaire son nouveau jeu qui consistait à faire monter la pression chez sa mère (la faire râler, comme elle disait !), mais surtout avait trouvée là  le moyen de disposer d'encore plus de temps pour vaquer à ce qu'elle avait envie de faire, puisque sa mère après reprise des leçons supposées non acquises lui donnait alors des exercices à faire, qu'elle savait bien entendu traiter sans difficulté en un temps recors. Sa mère, alors rassurée, se montrait généreuse et lui accordait ... quartier libre !

Inutile de faire un dessin ! Carole, futée, usa sans vergogne d'un tel stratagème !

Nous assistâmes, Christine et moi-même, à toutes ses phases d'évolutions et comportementales. Jour près jour, nous la vîmes se transformer, évoluer. Et dûmes nous adapter. Parfois nous ne sûmes pas comment nous y prendre. Finalement nous nous résolûmes au raisonnement d'adulte qu'elle était totalement apte à comprendre. Et la placèrent face à ses réalités et responsabilités. En fait, son seul souci était de faire que ce qu'elle avait envie de faire au moment où elle avait décidé de le faire. C'est le seul problème que nous eûmes avec elle ! Toujours existant, mais décroissant.

Autrement, Carole est une enfant merveilleuse, gentille, affectueuse et fort attachante. Même très affectueuse. Sans trace d'une quelconque méchanceté ou agressivité. Il est vrai aussi qu'elle reçut de notre part beaucoup de tendresses, de câlins  et d'attentions. Réciproquement elle n'a de cesse de nous montrer son affection par un tas de petits gestes, signes ou manifestations parfois envahissants !

 

 

Puis vint l'âge où Carole deviendra « amoureuse » de son père. Curieusement elle ne se montra jamais « jalouse » de sa mère, mais aurait bien voulu que sa mère, elle , soit jalouse d'elle et tenta ce qui lui était possible de faire afin d'y parvenir ! Peine perdue. Je fus agréablement envahi par son « amour » exubérant  et débordant. Chaque jour je recevrais de nombreux « billets doux » de sa part. Elle provoqua sa mère en me prodiguant de nombreux câlins, sans pour autant parvenir à se détacher d'elle puisque cela ne l'empêcha pas durant toute cette période de venir rejoindre Christine dans notre cabine pour faire un gros câlin matinal, le temps que je préparasse le petit déjeuner. Malheur à Christine si un matin elle oubliait ce rite !

 

 

Elle fit preuve d'un fort attachement à ses parents et en même temps d'une  volonté particulièrement marquée d'indépendance. Volontaire en toutes choses. Voire terriblement obstinée ! Quand elle a une idée en tête, rien ni personne n'est en mesure de l'en faire dévier ! Nous fûmes époustouflés et estomaqués par son étonnante capacité à raisonner et à argumenter. Comme celle d'ignorer parfaitement nos argumentations ou propos et maintenir son cap comme si de rien n'était. Nous nous demandâmes « de qui elle tenait » de telles dispositions ! Particulièrement étonnantes de la part d'un enfant de 8 ans.

 

 

Dès seize mois elle fit sa première croisière d'une semaine sur un catamaran de douze mètres que nous louions avec trois autres couples. Suivirent deux autres croisières les années suivantes, sur catamaran et avec d'autres couples d'adultes. Elle découvrit ainsi la Corse et la côte méditerranéenne française. Elle s'adapta parfaitement à la navigation et apprécia particulièrement le confort et la vitesse d'un catamaran au point de rêver d'en posséder un ! Seul enfant parmi les adultes, elle bénéficia de leur part d'un intérêt et d'une attention importants. Elle ne posa aucun problème. Evolua avec naturel et décontraction au milieu de tous. Elle charma son monde. Et devint chaque fois la mascotte du bateau.


Sa faculté « naturelle » à s'exprimer comme un adulte et le fait d'avoir côtoyé plus d'adultes que d'enfants la conduisirent à privilégier le contact avec les adultes. Souvent elle s'ennuyait avec les enfants de son âge et n'appréciait que modérément leurs jeux. Toutefois, elle éprouvait toujours un grand besoin de les retrouver . Elle prenait même un certain plaisir à s'entourer d'enfants plus jeunes qu'elle. Cela lui permettait, pensions nous, de satisfaire son besoin de « pouponner », de jouer le rôle de « maîtresse », mais aussi de satisfaire son besoin d'autorité. A sa façon elle est une sorte de « meneuse ». Les difficultés ne manquèrent pas dès lors qu'elle était en présence d'un enfant de son âge du même type ! Il nous fallut  beaucoup parler avec elle sur ce thème. Elle apprit ainsi à s'adapter aux situations sans pour autant étouffer sa personnalité. Nous lui apprîmes l'écoute, le dialogue et savoir se faire respecter. Dire non et savoir s'occuper à  autre chose. Bref, malgré le peu d'enfants qu'elle rencontra en trois années de navigation, justement par ce qu'ils furent peu nombreux, elle en tira une expérience somme toute fort instructive. En parallèle elle développa de nombreux contacts, tous riches d'enseignements pour elle, avec d'autres adultes parmi les navigants que nous rencontrions.


Le premier d'entre eux, sera « Mr Raoul ». Confiante elle allait souvent voir Line et Alain. Parler ou simplement être avec eux. Il nous faudra veiller à modérer son besoin de les rejoindre dès qu'elle était libre de son temps. Et dûmes  prévenir et l'excuser souvent pour sa formidable capacité naturelle à envahir l'espace.

Il était difficile et délicat pour nous de la limiter et de maîtriser son besoin de contacts avec les autres. Nous ne pouvions compter que sur la saine intelligence de l'adulte. Durant deux années elle apprécia ses rencontres avec Line et Alain. Puis viendra le fatidique moment des problèmes avec « Mr Raoul ». Vis-à-vis de Carole, Alain se montra peu digne et peu respectueux d'un enfant. Il la rejetta brutalement et d'une manière blessante. Nous la vîmes revenir en pleurs, meurtrie et "le coeur gros". Elle se détacha difficilement d'eux. Nous ne pouvions pas lui dire la vérité. Trop jeune pour comprendre les raisons.


Nous hivernâmes dans la marina de FINIKE. Elle fit connaissance de nombreux adultes et trouva une écoute attentive auprès d'un couple de belges Janick et Michel tous deux passionnés par l'aquarelle, l'écriture et le dessin. Elle les envahit ! Et devrons une nouvelle fois l'excuser auprès d'eux. Elle passa des après midi entiers avec eux. Ils lui enseignèrent les premiers rudiments de peinture, comme ils lui communiquèrent le goût pour le « Srapboocking ». Elle ne les quitta quasiment pas durant tous les mois d'hiver. Ses seules infidélités à leur encontre eurent pour origines la présence temporaire de quelques compagnons de jeu et plus continûment d'une chienne « Nina » pour laquelle elle se prit d'affection. Elle découvrit ainsi les propriétaires de cette chienne, Marina et Jordi, qui devinrent sa deuxième compagnie d'adultes. De fil en aiguille elle fit connaissance avec nombre de navigants de la marina. Il y eut Jean-Jacques et Françoise, ... Tant et si bien qu'à son anniversaire tous furent là autour d'elle et lui firent de superbes cadeaux. Ce fut une énorme surprise pour elle. Elle ne s'attendait pas à une telle manifestation de sympathie. Elle en garde un souvenir très ému.

Carole avec Michel "d'Aquarellia" - pour ses 10 ans

Durant ces trois années de voyage elle n'eut pas conscience de vivre une expérience extraordinaire. Cela ne manqua pas de nous étonner jusqu'au moment où nous réalisâmes que quel que soit le mode de vie que nous lui aurions pu lui faire connaître ce dernier aurait toujours été considéré par elle comme la normalité puisque était ce que nous ses parents lui faisions vivre. Il était donc tout à fait normal que cela n'éveille pas son attention. Elle ne prit conscience de l'aspect extraordinaire de son vécu qu'à notre retour, lorsque des jeunes de son âge et des adultes la questionnèrent et lui firent part de leurs envies de vivre une telle aventure.

Au début du voyage elle se montra peu intéressée par les paysages et la mer. Son unique préoccupation était de se baigner, même là où elle n'avait pas pieds. Elle ne savait pas nager et n'était pas pressée d'apprendre. Après quelques mois de dures batailles (!) elle sut nager. Volontaire et inépuisable, elle n'hésitait pas à s'éloigner du bateau et entreprit maintes fois de longs allers et retours sur la plage parfois distante de plus de 300 mètres du bateau. Simplement pour aller jouer sur le sable. Construire des châteaux ou ramasser des coquillages. Elle passa des après midi entiers dans l'eau. Le soir venu, le dîner achevé, terrassée par la fatigue, il nous était alors permis de savourer le plaisir d'une soirée plus calme que d'habitude.


Elle ne se départit jamais de son esprit curieux. A peine avions nous amarré le bateau qu'elle nous pressait à visiter les environs. Bien souvent elle serait partie seule et préconisa à cet effet que nous fassions l'acquisition de petits émetteurs-récepteurs radio (talkie-walkie)! Ce que nous fîmes!

Christine et Carole à Athènes


Elle se passionna pour la mythologie et l'histoire grecques. Ses dieux, comme ses nombreux personnages n'eurent plus de secrets pour elle. Elle lut l'Odyssée. Connut les voyages et mésaventures d'Ulysse et ne manqua pas tout au long de notre périple de tenter de repérer les traces  de ce fabuleux personnage qui semblait la fasciner. La ville de Troie capta son attention. Elle guetta, jumelle en main, son emplacement ou sa trace lorsque nous longeâmes la côte ouest de la Turquie devant nous conduire à l'embouchure du détroit des Dardanelles.

Elle prit rapidement goût aux visites des musées. A chacune de nos escales elle nous signalait son existence (éventuelle) et sa situation dans la ville ! Après l'achat d'une glace, visiter le musée était le deuxième acte le plus important que nous devions accomplir ! Eglises et cathédrales retinrent également son attention. Les premiers temps c'était presque une obsession. Il nous fallait entrer dans toutes les églises qu'elle apercevait. A ce titre, Palerme fut pour nous un calvaire ! Là aussi, nous devions répondre à ses nombreuses questions. Heureusement nous disposions de plusieurs guides touristiques.


Durant la première moitié de notre périple, Carole se montra peu intéressée par la mer et la navigation. Elle occupait les périodes de navigation à dormir puis à jouer. Elle paraissait peu sensible aux différents états de la mer. Seule sa patience était mise à rude épreuve. Elle avait beaucoup de difficultés à supporter de longues navigations. Nous devons reconnaître qu'elle n'a jamais été vraiment embêtante ou insupportable. La difficulté pour nous fut de l'occuper, de meubler son temps. Sans pour autant faire appel aux mêmes activités ou jeux.

Puis vint ce jour où pour la première fois je verrais Carole, en appui sur le rebord bâbord du cockpit, son corps et sa tête corps tournés vers l'extérieur, observer et contempler la mer. Elle resta près d'une heure dans cette position, sans prononcer un mot. Nous entamions notre remontée vers Istanbul et naviguions toutes voiles dehors dans le sud de la Mer Egée avec un vent idéal de force 4/5. Etrangement, la mer était houleuse et fortement croisée. Des creux de 3 à 4 mètres se formaient instantanément de tous côtés. C'était étonnant et impressionnant. Une puissance farouche se dégageait des mouvements désordonnés de la mer. Carole, visage détendu et calme, observait. Nulle crainte en elle. Elle semblait fascinée. Plus encore elle paraissait apprécier et savourer ce fantastique spectacle. A ce moment là je compris que Carole venait d'intégrer en elle l'élément mer. Que cette mer, qui jusque là lui était d'une certaine manière indifférente, s'inscrivait définitivement dans son cadre naturel de vie et, subjuguée ou émerveillée faisait maintenant sa connaissance. La mer quel que soit son état ne posera aucun problème à Carole. Ce jour, me semble-t-il, Carole s'est inscrite sur la longue liste des amoureux de la mer et de la navigation à la voile ! Petit marin deviendra grand !

Père et fille à Malte.

Elle voulut tout faire sur le bateau, le barrer, le rentrer dans le port ou dans une marina, répondre ou envoyer les messages sur la VHF, reporter nos positions sur la carte ou suivre nos déplacements sur l'ordinateur portable, déterminer en fonction de la distance restante à parcourir et de la vitesse du bateau l'heure d'arrivée à l'escale.

Et ... elle le fit ! Elle apprit, parfois toute seule en observant comment je procédais, ou lui enseignais ce qu'elle ne pouvait acquérir seule. Elle se passionna. Toutefois elle n'eut pas accès à la barre. Trop « délicat » encore pour elle. Le bateau est lourd et il lui fallait comprendre d'autres notions qui font que barrer un voilier n'est pas semblable à tenir le volant d'une voiture.  Je crois qu'elle ne va attendre trop longtemps. J'ai l'étrange sentiment que cela se fera très vite lors de notre prochain périple !

Elle m'observa beaucoup « à la manœuvre ». Et bien sûr voulut faire comme moi, ignorante des efforts physiques qu'il faut souvent déployer !

Maintenant il nous est interdit de piloter l'annexe ! C'est elle qui dirige la manoeuvre !

  ...

Carole ? ... Thème inépuisable !  

Ou suis-je intarissable dès qu'il s'agit d'elle ?  

Sacrée Carole !  

Que de joies, bonheurs et plaisirs tu sais réserver à tes parents !


  Carole - Juillet 2008 -Vianne

16 Août 2008

 

... au bout du chemin ...

  

Mois d'août.

 Non, 16 août !

 Quatre mois et demi ,

 en France,

 ultime escale

 de notre voyage.

 

Deux mois d'insomnies.

 Un raz de marée

au port

 nous attendait.

 Où sommes nous ?

 ???

 Une tornade,

vie d'aujourd'hui,

 précédemment quittée.

 

Hébétés.

 « KO » debout.

 

Vivre ...

 repartir,

 rejoindre « Leptine » !

 

 

Septembre 2008

  

... dessine-moi un voyage ...

 

En cette année 2004, lorsque nous fîmes part à nos amis de notre décision de nous engager dans un périple en voilier, nous n'étions pas en mesure d'expliquer les raisons qui guidaient notre choix. Leur réaction, à l'unanimité moins une voix, fut de considérer que nous réalisions notre rêve. Seule une voix surprenante nous assèna un: « C'est une fuite !». J'avoue avoir été choqué par cette réaction. Jamais la moindre pensée de fuir ne nous avait effleurée. La seule chose dont nous étions sûrs était que nous répondions simplement à un besoin « de voir autre chose », « de faire autre chose ».

 Aujourd'hui, cinq mois après notre retour ... nous avons hâte de repartir !

Fuite ? Non !

 

C'est autre chose que nous allons maintenant vous conter.

Notre aventure intérieure dans l'antre du voyage.

Il nous fallut beaucoup de temps pour mettre de l'ordre en nous, comprendre pourquoi à notre arrivée nous ressentîmes cette étrange sensation de subir un raz de marée et la raison du choc que nous subîmes au contact de la société que nous avions quitté trois années auparavant. Ces deux évènements vinrent embrouiller notablement nos esprits. Jour après jour, nous consacrâmes de nombreuses heures à dialoguer et  à rechercher les mots nous permettant d'identifier chacun de nos ressentis.

 Tout, mystérieusement, nous échappait.


Le langage des sens.

C'est précisément cette incapacité à ne pas pouvoir exprimer à l'aide de mots ce que nous ressentions qui guidera notre travail de restitution.

Nous prendrons conscience que le voyage a réveillé en nous une sorte de langage sans mot. Le langage des sens. Celui qu'ils empruntent pour communiquer à l'homme ce qu'ils perçoivent de l'environnement dans lequel ils se trouvent.

Nous fûmes troublés par cette « découverte ». Pour être franc nous nous inquiétâmes de notre équilibre mental. N'étions nous pas tout simplement entrain de délirer ?

Vînt alors à nos esprits l'image des hommes et des femmes qui peuplaient notre planète il y a de cela plus de cent mille ans. A cette époque le langage des mots n'existait pas. Pourtant ces êtres humains intégrés à la nature vivaient en groupes, disposaient de quelques connaissances et communiquaient entre eux. Des affinités ou répulsions s'établissaient. Munis de « capteurs », ils ne disposaient que de leur corps physique pour construire leur relation avec leur environnement. A l'évidence, leurs sens, sûrement particulièrement développés, les guidaient. Sans doute avons nous là le premier langage de l'homme.

A y regarder de plus près, ce langage sans mot est toujours présent en nous. Certes,  considérablement affaiblie. N'avons-nous pas conservé cette faculté naturelle qui nous permet, par exemple, de recevoir et comprendre les arts ? Ce langage serait-il celui de l'intimité ?

Nous décrouvîmes ainsi qu'il n'y a pas seulement le langage des mots qui avait quelque chose à nous dire, mais aussi celui des choses qui parlent à celui qui sait utiliser les organes de ses sens.

Cette «évidence» ainsi formulée va s'intégrer en nous d'une façon extrêmement fluide et naturelle.

Il nous appartenait ensuite de comprendre comment notre voyage avait pu conduire à un tel résultat. Pour ce faire, nous conservâmes la même image de nos ancêtres et nous nous posâmes la question de savoir ce qu'il y avait eu de commun entre eux et notre voyage.

La réponse ne fut pas évidente. Nous dûmes plonger dans la quintessence de nos ressentis intimes afin d'en extraire un que nous partagions et éprouvions tous deux d'une manière fort prégnante.

A savoir, que nos moments de plus grande plénitude et de bien-être, tant physique que mental, furent ceux où nous nous trouvions isolés de tout contact avec la société, que ce soit en pleine mer ou au mouillage dans une crique ou une baie éloignée de toute habitation. Autrement dit, lorsque nous étions entourés exclusivement des éléments simples que sont l'air, l'eau, la terre et le soleil (feu et lumière). Nous nous souviendrons alors qu'au cours de ce voyage nous avions passé l'essentiel de notre de temps dans de telles conditions.

 

Ainsi, sans le savoir, nous avions exposé nos corps et nos sens à un nettoyage. Ou tout au moins, furent soumis à une certaine purification. Débarrassés d'une bonne partie de leurs scories, ils retrouvèrent force et vigueur. Sorte de renaissance qui sûrement les conduisit dans un état proche de ce qu'ils devaient être aux premières heures de l'humanité.

Nos sens revivaient ! Nos sensibilités se décuplèrent et découvrîmes de nouvelles sensibilités. Nous captâmes et engrangeâmes des milliers et des milliers d'informations sans pour autant être en mesure de les décrypter. Il nous faudra attendre notre retour, réaliser tout ce travail « en soi et sur soi », comprendre le  processus auquel nous fûmes soumis, trouver les mots qui vont décrire d'une manière juste et parfaite les ressentis et impressions que nous avions cumulés afin de pouvoir  intégrer définitivement en nous les enseignements de notre voyage.

Autrement dit, nous fûmes conduits à effectuer un travail auquel nous n'étions nullement préparés et pour lequel nous ne disposions d'aucune compétence. Celui d'intégrer intellectuellement la moisson de nos sens, tout ce que notre corps physique avait accumulé. Autant il est facile au cerveau de comprendre un concept, autant il n'est plus, aujourd'hui, en mesure de comprendre les signaux « sensibles » émis par le corps.

A l'évidence, nos corps n'avaient pas su conserver intactes leurs compétences de perception et nos cerveaux quant à eux n'avaient à leur disposition que des décodeurs notablement fatigués, peu aptes à traduire l'ensemble des signes issus de nos sens.

Ce voyage a purifié nos sens comme il nous obligea à redécouvrir le langage sans mot des premiers humains.

Nous ferons un autre constat majeur. A savoir que la capacité d'intégration totale, c'est-à-dire à la fois physique et intellectuelle, n'est effective chez l'homme que si ses sens sont sains. Aujourd'hui, cette intégration n'existe plus. Seule subsiste la part d'assimilation intellectuelle.

Sans doute trouvons nous dans la dévastation de nos sens, le prix à payer au progrès dit civilisateur. La société dans laquelle nous évoluons aujourd'hui semble avoir développé de multiples parasites qui viennent brouiller la perception de nos sens.

 
« L'homme vit une vie non naturelle. Ce qui chez lui était nature s'est perdu et a été défiguré et déformé par la civilisation. De ce fait l'homme n'est jamais au centre de sa nature, mais il est à côté de lui-même comme un autre que celui qu'il a été ou qu'il peut être en réalité » (*).

Je voudrais, ici, illustrer cette pollution de nos sens par un exemple me concernant. Durant notre périple je vais prendre un immense plaisir à écrire les différents articles de ce « Carnet de voyage ». Ce plaisir prenait sa source dans le simple fait de la fluidité de mes pensées et des écrits qui en résultaient. Tout semblait naturellement « couler de source ». Aujourd'hui, en France, j'éprouve de sérieuses difficultés. Je n'ai plus cette fluidité. Je peine. Et dois me faire violence pour écrire tout ce que nous aimerions transmettre. Le cadre a changé. Me voici plongé dans le bain de notre société. Ses parasites sont à l'œuvre, m'agressent. Mon esprit est brouillé. Plénitude et bien être sont aux abonnés absents.


Le « raz de marée ».

Peu de temps après notre départ je vais assister à la naissance en moi de deux sensations particulièrement étonnantes. Pour étayer la première je ferais appel à une image peu poétique mais parfaitement représentative. J'avais le sentiment d'être l'équivalent d'un tractopelle dont la pelle posée sur le sol se remplissait jour après jour. Quant à la seconde, j'ai eu tout au long de ce voyage la tenace impression qu'une vague de fond se formait en moi, qu'elle prenait une ampleur de plus en plus phénoménale au fur et à mesure que les années s'écoulaient et que j'allais être emporté par elle !

C'est justement le « raz de marée » que nous subîmes dès notre retour en France !

 Cette vague de fond n'attendait qu'une chose ... que nous posions pieds à terre pour se libérer ! Elle se libèra, nous emporta, nous maltraita et en même temps dispersa le «trésor» que nous avions accumulé en nous.

 Deux mois et demi d'insomnies !

 Puis débutera notre travail. Récupérer le trésor dispersé.

 Filtrer ... trier ... analyser ... regrouper ... décrypter ... intégrer.

 (*)  Critique de la raison cynique - Peter SLOTERDJIK - Christian Bourgeois Editeur.

 

Le « choc » du retour

Bien qu'en partie prévisible, nous ne nous attendions pas à la brutalité du choc que nous ressentîmes au contact de la société que nous avions quitté trois années auparavant. Il serait trop long et fastidieux de développer ici l'ensemble de ses origines. Une d'entre elles nous interpella plus particulièrement puisqu'elle mit directement en cause notre relation avec les autres, que ce soit nos connaissances, amis ou... membres de nos familles respectives !


A vrai dire, ce fut l'épreuve la plus redoutable que nous eûmes à traiter et à gérer dès notre retour. Elle s'imposa de fait et monopolisa notre attention.

 
Longtemps nous recherchâmes « ce qui se passait en nous ». Sans succès. Cet échec nous conduisit sur une autre voie, somme toute plus logique, de déterminer « ce qui avait été modifié en nous » de nature à faire évoluer notre sensibilité relationnelle.

 
Comme c'est souvent le cas dans une situation d'introspection, nous fûmes soudainement envahis par une clarté fulgurante à l'instant même où nous prononçâmes deux mots: terre et mer. La clé de notre problème coulait alors de source. Dans leur opposition et alternance. Le stable et l'instable. De ce stable pourvoyeur indécent d'instabilités à ces mêmes instabilités génératrices avides de stabilité.


 Ce voyage fut notre première expérience de longue durée d'une vie en mer sur un bateau.

 

Nous étions donc semblables à la grande majorité des terriens, terriblement habitués depuis notre naissance à la terre ferme. Au point d'avoir perdu conscience de sa présence. Nous l'occultions d'autant plus aisément qu'elle ne nous posa pour ainsi dire jamais de problème. Certes elle peut parfois trembler, se montrer violente, mais n'eûmes jamais l'occasion de la connaître ainsi. Nous ne craignons pas qu'elle se dérobe sous nos pas ou qu'elle nous fasse perdre l'équilibre. Nos deux pieds en appuis sur elle suffisent à maintenir notre corps droit. Rien n'est donc plus naturel pour nous que cette tranquille assurance de notre corps.

 

D'ailleurs, cette merveilleuse stabilité naturelle dont dispose l'homme deviendra source de nombreux jeux et la base de l'une de ses activités sportives favorites. Celle qui consiste justement à défier les lois de l'équilibre et à inventer de nouvelles variantes de déséquilibres corporels. Aujourd'hui elle est devenue sport olympique. Est déclaré vainqueur celui ou celle qui partant de sa position naturelle d'équilibre parviendra à la retrouver après avoir engranger avec le plus d'audace, de grâce, d'élégance et de naturel le maximum de figures acrobatiques périlleuses.

 

Dans une telle condition idéale de stabilité, l'homme peut défier la nature, se jouer de sa loi et se livrer à toutes les contorsions physiques qu'il souhaite, puisqu'il n'encourt aucun danger sérieux.

 

Cette faculté spécifique à l'homme de défier une à une les composantes de son cadre de vie et de lui-même se retrouve aussi au sein de sa structure mentale, c'est-à-dire au niveau de son éthique en général et de sa morale en particulier. Il se livrera d'autant plus volontiers et sans vergogne à de telles pratiques que cette gymnastique intérieure n'est pas visible de l'extérieur et qu'elles ne modifient en rien son apparence extérieure, corps droit campé sur ses pieds. Il n'a, de plus, rien à craindre; nul n'est en mesure de percevoir les jeux intérieurs auxquels il s'adonne. Aucun risque et  une apparence sauve.

 


Il en est tout autrement dès lors que l'on vit dans un bateau et que l'on parcourt les mers. 

 

Nul besoin d'un long discours ou d'un dessin pour expliquer et faire comprendre que la mer n'est pas par nature un élément stable. Elle est rarement au repos. Son état naturel est d'être agitée. Souvent violemment.

 

Nul besoin d'un long discours ou d'un dessin pour expliquer et faire comprendre que l'homme qui vit sur son bateau n'a plus de référent stable sur lequel il peut s'appuyer, qu'il est physiquement soumis en permanence aux déséquilibres, avec cette présence bien réelle du plus grave danger pour lui, celui d'y laisser sa vie.

 

Alors la mer va jouer son rôle le plus merveilleux et le plus extraordinaire qui soit auprès de ceux qui ont choisis de vivre avec elle. A toutes ces femmes et ces hommes qui feront de la mer leur habitat, elle va avec application les purifier et les rectifier.

 

Sur mer et en mer, l'homme va découvrir qu'il ne peut compter que sur lui-même. Sa sécurité et sa vie ne dépendent que de lui, de lui seul. Il n'a plus de référent stable. Tout bouge, tout se dérobe sous ses pieds. Et c'est bien par ce qu'il ne peut plus être droit physiquement, bien campé sur ses pieds, qu'il ne peut plus compter sur son équilibre corporel, qu'il va devoir s'appuyer sur son propre équilibre interne. S'impose alors à lui l'obligation d'être droit en lui-même. Il n'a pas le choix. Simplement par ce que c'est sa vie qui est en jeu. Il ne peut plus se mentir à lui-même, tricher avec lui-même, faire semblant, faire croire, simuler, ..., tout cela ne peut subsister en lui.

 

Les jours, les mois et les années qu'ils passeront en mer vont formater ces femmes et ces hommes à cette discipline. Merveilleusement rectifiés, ils vont s'inscrire sans en avoir conscience dans cette nouvelle normalité de vie. Peu leur importe qu'ils ne sachent plus marcher correctement dès qu'ils poseront pieds à terre, que leur démarche soit « chaloupante » au regard des autres, eux se sentent merveilleusement bien dans leur corps et dans leur tête.

 

Voilà ce que la mer nous a apporté et qui constitua la raison du « choc » que nous ressentîmes aux contacts des autres. Ce rendez-vous avec de purs terriens fut pour nous des plus traumatisants. Eux et nous étions en opposition de phase.

 

Nous n'avions plus face à nous « X » ou « Y » mais des êtres déformés par leurs acrobaties internes. Nous ne percevions que cela d'eux. Situation insupportable. Nous étions terriblement mal à l'aise. La cohabitation devenait difficile dans de telles conditions. D'autant plus difficile qu'il nous faudra plus de trois mois pour comprendre ce processus auquel la mer nous avait soumis.

 

On ne revient pas « entier » d'un voyage !

 

Mais de quel « voyage » parlons nous ? Je ne saurais précisément l'identifier. Je sais seulement ce qu'il n'est pas. Il n'est pas ces séjours d'agrément d'une semaine, quinze jours, voire d'un mois que l'on peut entreprendre partout dans le monde. La seule chose que je sais, c'est qu'il est initié par une motivation indicible à laquelle on ne peut résister et pour laquelle on est prêt à faire de considérables sacrifices. Dans ce cas, le voyage, quel que soit le moyen utilisé pour se déplacer, apportera de nombreuses satisfactions et sera source d'enseignements prodigieux que lui seul est en mesure d'apporter. C'est une expérience unique. Qui ne peut être partagée et comprise, malheureusement, que par ceux qui ont vécu une semblable expérience.

 

Repartir 

 

Que devions-nous faire ? Revêtir nos habits anciens ? Mettre à la poubelle nos acquis du voyage ? Impossible !

Nous ne disposons pas d'un tel pouvoir. Ils sont là, gravés en nous, indélébiles.

Pas d'autre issue .Vivre avec nos nouveaux habits. Etre soi. Rien que soi.

Accepter cette nouvelle liberté ainsi acquise.

Au nom de quoi devrions nous la rejeter et assumer le fardeau des autres ?

Nous n'interdisons à personne l'accès à sa liberté.

Vivre. Seulement vivre. Pleinement soi.

Tant qu'il encore temps !

 

 

Site antique de LEPTIS MAGNA - Libye



Musée archéologique de Tripoli - Libye


Aperçus d'Athènes - Grèce


Sites antiques d'Athènes- Grèce


Musée de l'Acropole - Athènes


Musée du Céramique - Athènes


Musée archéologique d'Héraclion - Créte - Grèce


Musée archéologique de Xania - Créte - Grèce


Site de Myra - Turquie


Nous année 2007

de Xania à Istanbul

Mon voyage
- par Carole
.

 

Depuis trois ans mes parents et moi parcourons la Mer Méditerranée :

Les Baléares, le sud de la Sardaigne, l'Italie, la Sicile, Malte, la Tunisie (où nous avons passé le premier hiver), la Libye, la Grèce, la Crête (où nous avons passé le deuxième hiver) et la Turquie (où nous venons de passer nos 6 derniers mois d'hiver).

 De tous ces pays, j'adore la Tunisie parce que j'ai pu jouer avec beaucoup d'enfants, la Grèce où j'ai pu voir les plus belles îles, la Crête et sa ville de Xania pour ses plus belles et jolies femmes et la Turquie où j'ai pu faire la connaissance du couple Jordi et Marina et de leur chienne Nina (bateau « Cormoran »). Sans oublier Loulou ma copine du bateau « Lumiel » que je voyais de temps à autre.

 La pollution

La mer est très belle quand elle n'est pas polluée. Mais trop souvent elle n'est pas jolie comme : à Rhodes, Kekova devant le village à touristes, Antalya où la mer est très polluée par les cargos et, le pire pour moi, c'est Istanbul entre les deux marinas, la mer de la corne d'or est marron avec une forte odeur d'égout.

 Mes rencontres avec d'autres enfants

Je n'ai pas rencontré beaucoup d'enfants.

En Tunisie :    Virginie, Violaine, Aïloumie et ses deux frères, Prune, et Arthur. Il y avait aussi deux adultes, Corinne et Magali avec qui j'ai passé beaucoup de temps.

En Grèce :      les « Zam Zam » : Robin et Charlotte,

En Turquie :   Loulou, Timy, Arwen.

Et comme adultes : les « Cormoran » : Jordi et Marina, les « Aquarellia » : Michel et Jannick, les  « Clair Azur » : Françoise et Jean-Jacques. Sans oublier Nina la chienne de Jordy et de Marina.

Nos animaux

 













Nous avons eu des canaris à bord : un mâle et une femelle achetés en Tunisie. La femelle est morte en navigation, sans doute était-elle déjà trop âgée. A Malte, nous avons acheté deux femelles pour le mâle. Ils eurent vraiment beaucoup d'oisillons (9) et nous en avons donné quelques un (à Robin et Charlotte notamment).

 Nous allons bientôt rentrer en France et à cause des risques de la grippe aviaire nous avons préféré les donner. Certains de nos amis navigants qui possèdent des animaux ne peuvent pas aller dans tous les pays.

 Nina (mon amour)

Cette chienne est une golden retrievers, elle a un an et demie. Elle est très affective. Elle va en promenade tous les matins avec Jordi et tous les soirs avec Marina et moi !!!

De temps en temps elle joue avec « Micho » le chien de Mr Tunçay le directeur de la marina.

Mes rencontres en Turquie :

Bateau « Cormoran » : Jordy et Marina : ils sont Espagnols.


Papa, Françoise, Jean-Jacques et Jordi font ensemble une ou deux fois par semaines des conversations français/espagnol et espagnol/français. Marina fait de très beaux dessins.

Loulou :

Elle est très gentille. Elle a un frère et une sœur qui veulent tout le temps jouer avec nous. Mais nous nous voudrions être qu'entre grandes !! Nous nous disons tout. Elle n'a pas de messagerie, c'est très dommage. Je pense à elle. J'aimerai encore jouer avec elle.

Timis :

Mon copain. Il parle Anglais, Allemand, Turc. Sa mère parle Français, Allemand, Anglais, Turc. Elle est traductrice. Nous nous entendons très bien tous les deux. Il est plus petit que moi.

 Les « Zam Zam » :

Ils sont vraiment super sympas. Charlotte à 14 ans et Robin 10 ans. J'ai joué avec Robin.   Nous nous entendons très bien. Je leur ai donné deux canaris.

Les « Aquarellia » : Michel et Janick.















                                                                               






Je suis allée les voir tout l'hiver.

Ils donnent des cours d'aquarelle.

Nous partageons le plaisir des BD.

Les « Jomandy » : Mandy et Joël. Ils sont très sympas.
Malheureusement ils sont rentrés en France pendant 3 mois et je n'ai pas pu les voir très souvent comme j'aurai aimé.

Les « Clair Azur » :  Françoise et Jean-Jacques. 


J'espère qu'ils passeront nous voir à la maison cet été. Ils sont eux aussi très gentils. Pour mes 10 ans Françoise m'a fait une super carte à partir de son ordinateur.

 Je pense à vous tous. Vous êtes dans mon cœur et je vous fais à tous de gros bisous.

Ce que je n'ai pas aimé :

* qu'il n'y ait pas suffisamment d'enfants pour jouer,
* Ne pas avoir un chien, mais nous n'aurions pas pu aller dans tous les pays,
* Les longues navigations de jour et de nuit,
* Ne pas avoir près de moi ma famille et mes amis, ils me manquaient,
* Ne pas disposer de plus de livres, j'adore lire et je lis vite.

 Ce que j'ai aimé :

-  Les navigations de nuits, dans le cockpit dehors, sous le duvet et être bercée par la mer,

- Le bleu de l'eau et du ciel,

- Les belles baies où l'eau est claire et me baigner,

- Les beaux voiliers en bois pour le plaisir de les regarder,

- Les catamarans, je rêve d'en avoir un,

- Les animaux,

- Les sites archéologique et musées, ils m'ont appris beaucoup de choses (surtout la mythologie, les civilisations...)

- Nager.

Ce que je rêve d'avoir ou de faire plus tard:

 - Des rallyes, de la voile et du convoyage.

- D'avoir un catamaran.

- Un chien, c'est mon rêve le plus cher.

- Une maison.

- Du judo, pour pouvoir me défendre.

- Avoir des BD, je suis un fan de la BD !!!!!!!!!,

- Avoir beaucoup de DVD. Si je pouvais je passerais ma journée à en regarder.

- Être la meilleure en français.

Ce que je regrette :

Ne pas avoir appris l'Anglais plus tôt, car c'est très utile.

J'ai aimé ce voyage, parce qu'il m'a appris plein de choses et à observer. Trois ans c'est beaucoup. Et j'ai eu le privilège de disposer de mes parents 24h sur 24h

Je rêve maintenant de faire le tour du monde : partir de France, aller en Espagne, traverser l'Atlantique, faire toutes les îles de la Mer des Caraïbes, passer le canal de Panama, faire un peu le Brésil, aller à Los Angeles voir mon frère Guillaume, faire toutes les îles du pacifiques, la Chine, le Japon, l'Indonésie, l'Australie, l'Inde, Madagascar, l'Arabie Saoudite, la mer rouge, la Turquie, et la Méditerranée jusqu'en France.

Enfin, faire les canaux en France.

L'école sur le bateau.

Je trouve ça bien. Je peux organiser mon travail. Je n'ai pas de jours de congés sauf le samedi, ni de grandes vacances (je n'aime pas).

J'avance plus vite que les enfants qui vont à l'école. Nous ne travaillons que le matin.

En navigation pas de leçon et quand que je suis malade (rhume) je ne travaille pas.

Maman adore me faire le français et papa aime me donner trois tonnes de math !!!

La mer :

La première année, la mer était plus agitée que la deuxième année. Maman et moi sommes malades dès force huit du vent. Papa lui n'est jamais malade. La mer est une mère, elle nous donne de la nourriture ... mais nous ne pêchons pas beaucoup de poissons. Papa ne réussit qu'à attraper d'énormes morceaux de plastique.

Les superstitions :

- les lapins ... dans un bateau ils sont dangereux. S'ils s'échappent de leur cage, ils grignotent tout. C'est l'animal le plus « redouté » des marins. Il est même interdit de prononcer son nom sur un bateau ! Aussi on le désigne par « l'animal aux longues oreilles » ou le « cousin du lièvre » !

Dans ce domaine des superstitions il y a aussi :

 - les femmes:

A une certaine époque, ça portait malheur d'embarquer une femme à bord !

- le « hollandais volant » ... Si par malheur quelqu'un croise ce mystérieux bateau volant...il coule !

- le Chat noir...

et ... 13 ... à table !!

Heureusement nous ne sommes pas superstitieux.

Je pense que si l'on prononce le mot de lapin et qu'il arrive un malheur, ce n'est qu'un simple hasard.

 


Voilà j'ai raconté mon voyage
qui m'a plu.

Si vous souhaitez me poser des questions,
ou me contacter,

ou si des jeunes de mon âge souhaitent correspondrent avec moi,

voici l'adresse de messagerie de ma mère:
christinedesautard@yahoo.fr

 Carole
@+

 

 

 

Paysages grecs:

 

Musée National d'Archéologie d'Athènes:


Suite paysages grecs (de la mer Egée);



Rhodes et le Palais des Grands Maîtres:



Musée Archéologique de Rhodes:


Paysages turcs et de la Lycie:

 

Musée Archéologique d'Istanbul:




Musée des mosaiques d'Istanbul:



Ephèse (Turquie):



Musée Archéologique d'Ephèse:
 
La mer … et moi.
 
par Christine
 
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Poséidon
 
imprévisible … capricieuse… indomptable … mystérieuse …
source de vie et de mort … fascinante et effrayante.
 
Depuis de nombreux mois, j’avais envie d’exprimer mon vécu au contact de la mer et ce qu’elle m’inspirait. Un temps d’imprégnation s’est avéré nécessaire afin de me permettre d’être en mesure de restituer ces ressentis et enseignements que je tirerais de cette expérience.
 
C’est avec enthousiasme que je partais avec Pierre et Carole pour ce périple de trois années. J’avais naïvement pensé que mon expérience préalable de plaisancière était suffisante, que tout devait bien se passer.
 
Je me rendrais vite compte que naviguer quelques semaines par an ne permet pas d’acquérir une expérience suffisante de la mer et de la navigation.
 
Au début de notre voyage bien des éléments vont me perturber. Vivre sur un bateau c’est évoluer dans de nouvelles références. C’est passer de la stabilité rassurante de l’élément terre à la mouvance et instabilité de l’élément eau. De nouveaux gestes et réflexes sont à acquérir. C’est accepter et comprendre que les multiples états de la mer sont sa normalité. C’est accepter les navigations rendues ainsi pénibles, difficiles, épuisantes. C’est accepter les nombreux problèmes « techniques » qui ne manquent pas d’apparaître et qui vont prendre, justement parce que nous sommes sur un bateau, une dimension qu’ils n’auraient jamais eu dans une maison. Tout est important dans un bateau. Improvisation et dilettantisme n’ont pas leur place à bord.
 
Je vais ainsi découvrir brutalement et sans ménagement, mes maladresses, mes peurs et mes angoisses.
 
Paradoxalement, je vais éprouver pour la mer à la fois attirance et répulsion !
 
Je vais d’abord apprendre à vivre avec elle, quelques soient ses états.
 
Combien elle est apaisante et rassurante quand elle est calme ! Que de plaisirs à se laisser bercer par ses flots. Moments hautement propices à la rêverie, à la réflexion. Je pourrais voguer ainsi durant de nombreuses heures sans éprouver un quelconque ennuie ou sentiment de monotonie. Le temps n’existe plus. Le temps s’arrête. Préservée du bruit et de l’agitation du monde, je retrouve l’essentiel. Ce que l’Homme n’aurait jamais dû perdre. Plongée dans les éléments, j’évolue en totale harmonie avec eux.
 
Si elle sait se montrer accueillante et pacifique elle peut aussi changer d’humeur brutalement, devenir houleuse, agitée, inconfortable à la limite du supportable.
 
Impossible d’oublier ces navigations mal vécues lorsque le bateau est secoué en tous sens pendant de longues heures. Sur une mer furieuse toute erreur ou panne peut se révéler dangereuse voire fatale.
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La vague (Hokusaï)
 
Aucun raisonnement logique ne m’empêchera d’entrevoir tous les scénarios de catastrophes. Mes pensées étaient alors aussi agitées et perturbées que l’état de la mer ! Mes sens étaient en alerte. L’angoisse m’envahissait dès le sifflement du vent dans les haubans et aux chocs des vagues heurtant la coque. Je me sentais infiniment vulnérable !
 
Puis la peur et la panique : celle d’être engloutie dans cette immensité aquatique. Avec cette image de la mort qui peut survenir à chaque instant, en quelques minutes. Jamais sur terre je n’avais eu de telles relations avec la mort.
 
Tout déplacement sur le voilier devient dangereux et périlleux. Sans oublier le mal de mer. Le souhait que tout s’arrête. Mais c’est impossible. Il faut attendre, attendre, attendre … patience et résignation ! Parfois, mon malaise physique et moral prendra une telle ampleur que naîtra en moi l’envie de passer par-dessus bord afin que tout s’arrête ou d’abandonner notre périple à la prochaine escale !
 
Que de sentiments d’impuissance face aux éléments déchaînés !
 
Je vais ainsi réaliser progressivement, au fil des jours, que la  mer ne nous passe rien de nous même, qu’elle va me conduire au bout de mes propres limites ... au bout de moi-même.
 
Je partais pour découvrir d’autres peuples, d’autres pays, d’autres cultures, j’ignorais que j’allais accomplir aussi … mon propre « voyage intérieur ».
 
La mer offre de magnifiques spectacles. A chacune des heures du jour elle se pare de nouvelles couleurs. Sa palette des nuances est infinie. On ne se lasse pas d’un coucher du soleil. On ne se lasse jamais par claire nuit, dans un mouillage éloigné des lumières des villes, d’observer la voûte céleste.
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Soleil couchant
 
Je vais découvrir que la mer possède ce don inouï de nous plonger dans le monde merveilleux de la rêverie et qu’avec elle tout prend alors une autre dimension.
 
Je me souviens d’une navigation de nuit d’été où nous serons surpris par un orage. Nous assisterons à un véritable feu d’artifice d’éclairs zébrant et illuminant le ciel de tous côtés. C’était tout à la fois terrifiant et grandiose. Ces Instants simples devinrent magiques.
 
Ma rencontre avec les dauphins venant jouer autour de Leptine constitua d’autres moments inoubliables et magiques. Je me sentais irrésistiblement attirée par eux, avec cette envie folle d’aller les rejoindre et partager leurs jeux. J’aime et n’oublierais jamais leurs regards malicieux et confiants. Ils semblent vouloir communiquer avec nous. Moments privilégiés : je voudrais qu’ils ne s’arrêtent jamais.
 
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Musée d’Héraclion (Crête) – peintures murales du palais de Cnossos
 
Après quelques heures de repos à l’escale, je serais envahie par des sentiments contradictoires. Je savais que j’aurai de nouveau à subir de nouvelles navigations difficiles et que j’éprouverai encore de telles difficultés. En même temps il m’était alors inimaginable d’abandonner Leptine.
 
Lors de notre premier hivernage je demanderais à Pierre d’adapter nos futures navigations. Qu’elles soient moins longues afin de me laisser le temps d’«apprivoiser» la mer (de m’amariner en fait !). Nos conceptions de navigation vont alors s’opposer ! C’était pour lui une grosse concession. Pierre n’a aucun problème avec la mer, son rapport avec elle est simple et naturel. Ce qui n’était pas mon cas. Il va progressivement intégrer mes difficultés et mettrons en œuvre une nouvelle approche de la navigation faite de moyennes étapes n’excédant pas au maximum 12 heures consécutives de navigation. Nous nous adapterons également aux diverses possibilités du moment. Par exemple, au milieu des îles grecques de la Mer Egée, nous naviguerons entre deux îles l’après-midi. Ainsi Carole pouvait assurer son travail scolaire normal durant la matinée.
 
Je vais découvrir que la mer est un révélateur impitoyable pour un couple. Si ses fondations sont fragiles il aura alors bien des difficultés à supporter les épreuves que la mer lui fera subir. La rupture est généralement au bout du voyage, parfois à la prochaine escale ! Nous rencontrerons de nombreux navigants qui nous avouerons avoir vécu cette expérience. Dans le cas contraire, si le couple est bien « arrimé » il s’en verra alors enrichi par toutes ces expériences au contact de la mer.
 
Je découvrirais qu’il en va de même pour toutes les autres relations que nous aurons au cours de notre périple.
 
La mer possède ce pouvoir de révéler le vrai. Le faux quant à lui ne lui résiste pas.
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Ulysse et les sirènes
 
Je vais réaliser combien la vie à terre est néfaste à l’homme occidental. Faite de limites, de contraintes artificielles elle l’asservit et fait de lui un assisté. Son environnement immédiat se dégrade, devient artificiel avec pour conséquence évidente de le déshumaniser. Ses besoins ne sont plus les siens mais ceux crées par d’autres que les médias vont diffuser en boucle 24h sur 24h.
 
L’homme occidental à terre ne sait plus vivre, ne sait plus penser, n’a plus de pensée, perd son contact avec la nature. Il ne sait plus vivre en harmonie avec les éléments.
 
Naviguer et vivre sur un bateau est un merveilleux retour aux sources et à l’essentiel.
 
Je vais retrouver le temps, le temps de penser, le temps des pensées.
 
Je vais retrouver la nature, l’eau, l’air et le feu (le soleil).
 
Je vais retrouver le calme propice à la réflexion et au repos.
 
Je vais apprendre l’autonomie et l’auto portance en tous domaines.
 
Je vais enfin apprendre à devenir moi-même.
 

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Notre périple fait de découvertes des hommes, de leurs pays et de leurs histoires sera aussi celui de prises de conscience parfois douloureuses concernant le monde qui nous entoure.
 
Naviguer ne signifie pas quitter un monde pour mener une vie égoïste.
 
Non, bien au contraire. C’est vivre des moments intenses de joies mais aussi de souffrances parce que le voyage justement nous met face aux réalités et face à nos propres réalités.
 
Je vais beaucoup apprendre de la Mer : elle me fera renaître.
 
Tout cela est à jamais gravé en moi.
 
 
 
Je rêve que Leptine nous porte là
où les hommes vivent en paix,
dans le respect des uns et des autres,
là où je trouverai enfin ma place.
 
Christine
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