Finike, octobre 2007
 
de Xania à Istanbul
 
d’escale en escale
 
quatrième partie : ISTANBUL
 
 
Des conditions climatiques épouvantables nous accueillirent dès l’entrée du détroit des Dardanelles. Orages et pluies diluviennes jusqu'à Canakkale, première escale. Bénéficiant au départ de Bozcaada du « Metlem », celui-ci nous abandonna lâchement à quelques encablures de l’embouchure du détroit. Et dûmes affronter le Meltem qui, quant à lui, semble prendre un malin plaisir à s’engouffrer violemment dans la saignée du détroit ! Résultat : à la pluie et aux orages vinrent se cumuler un vent violent de face et une mer hachée. Les indispensables bordures furent longues et fastidieuses ! Indispensables si l’on veut s’affranchir du courant, contraire à la marche, voire en certains endroits bénéficier d’un contre courant qui nous propulsa à plus de 7,5 nœuds !
 
Le mouillage de Canakkale est le bienvenu. Un temps gris baigne une contrée triste. La ville est fade et son port peu engageant. Quelques heures plus tard nous vîmes sortir des brumes le couple de français rencontré à Bozcaada. Ils mouillèrent près de Leptine. Forts sympathiques, ces deux enseignants se dirigeaient vers Istanbul. Leur bateau est du genre petit format. Cela à l’évidence ne leur posait aucun problème. Ils sont heureux, rayonnants, aiment naviguer et découvrir. Leur coque de noix leur fit vivre des moments épiques et cocasses qu’ils racontent avec beaucoup de gourmandises et d’humour. Nous pûmes assister à leur « galère » quelques jours plus tôt lorsque nous remontions quasi de concert vers l’île de Bozcaada. Nos routes parallèles divergèrent vite : s’approchant trop près des côtes ils perdaient rapidement en cap, faisant que nous les vîmes plus souvent reculer qu’avancer ! J’ose à peine imaginer les joyeux moments qu’ils endurèrent dans la remontée du détroit des Dardanelles.
 
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Musée Archéologique d’Istanbul
 
La mer de Marmara est une petite mer intérieure aux moeurs bien particulières. Ses îles charmantes et étonnantes, peu éloignées de l’embouchure du détroit des Dardanelles, constituent d’excellents havres de repos et de calme. Rétrospectivement elles m’apparaissent stratégiquement bien situées quant à l’option de navigation à retenir afin de rejoindre Istanbul. Par vent de Nord (N-O/N/N-E) il y a tout intérêt à longer la côte Nord de cette mer, les vagues n’ont pas le temps de se former et de prendre une ampleur et une puissance importantes. On évite ainsi de se trouver face à une mer formée. Et par vent du Sud, faire l’inverse, longer les côtes Sud de la Mer de Marmara. Quant au courant il semble « central », avec effets faibles sur les côtes.
 
Nous parviendrons à Istanbul quelques jours avant l’arrivée de la course « Marseille-Istanbul », serons refoulés de la marina d’Atakoy devant justement accueillir cette compétition et traverserons le Bosphore pour rejoindre la « Setur Marina » située côté Est. Imaginez une marina en plein Neuilly ! Son coût est élevé : 50 dollars par jour ! Faire laver 5 kg de linge = 70 liras turques = 42 euros ! Résultat, nous ne sommes resté que 4 jours au lieu des 7 initialement prévus ! Cette marina n’est pas semblable aux autres. Elle accueille les « fortunes » d’Istanbul. Les bateaux bougent peu. Conséquence : disponibilité presque nulle pour les bateaux de passage. Nous tournerons plus d’une heure avant qu’une place nous soit enfin accordée …
 
Quant au coût de la vie à Istanbul… du délire ! Notre portefeuille subit un régime amaigrissant phénoménal !
 
Dans cette marina, 90% des bateaux turcs battent pavillon américain simplement par ce que les taxes dans ce pays y sont moins élevées ! C’est une honte et j’en ai honte pour eux ! Un monde malade, sans état d’âme. Heureusement que Mustafa Kemal Atatürk ne voit pas cela … ! S’il vivait encore je suis certain que cela ne se serait jamais produit. A n’en pas douter ces propriétaires manifestent à leur façon leur reconnaissance au pays qui fait leur fortune…
 
Le drapeau turc flotte partout en Turquie, sur les façades des immeubles d’habitations, des services publics, sur les voitures privées ou de l’Etat. … Photos géantes ou petites d’Atatürk sont omniprésentes, il n’est pas un parc qui porte son nom, sa statue est dans chaque ville et le pays lui réserve honneurs et hommages … Sans doute sont-ce là les derniers soubresauts de la fierté et identité turques ! Peuple attachant qui semble ne plus savoir où il en est, qui semble perdre ses repères et qui ne tardera pas, malheureusement, à rejoindre la masse grandissante des peuples sans âme, locataires d’une terre qui ne sera plus la leur
 
Durant ces quatre journées nous fîmes connaissance avec leurs (nombreux) bus de mer qui sillonnent la Corne d’Or. Expériences inoubliables ! Ils les pilotent (40 mètres de long) comme les auto-tamponneuses de fêtes foraines. Les passagers embarquent et débarquent uniquement par la proue en appui sur le quai grâce au moteur ! Dans cette zone du Bosphore, on assiste à un gigantesque chassé croisé entre bus de mer, cargos et paquebots. A eux seuls et sans vent ils sont capables de créer des vagues de deux mètres de haut …
 
Nous prîmes de « plein fouet » le gigantesque déphasage existant entre cette mégapole riche et animée et toutes ces régions pauvres et pastorales que nous découvrîmes auparavant. Comme si deux peuples distincts existaient : celui artificiel des grandes villes et celui authentique des champs, le jour et la nuit ! Le commerce ici montre sa richesse, sa puissance et arrogance ! Parfaite illustration de la raison de cette fameuse guerre de Troie engagée dans l’unique souci de contrôler cet énorme commerce « Nord-Sud » transitant par la mer noire et la mer Egée. Que de richesses ici et que de pauvretés à quelques milles nautiques seulement…C’est fou !
 
Les pauvres habitent la ville d’Istanbul hyper bruyante et animée. Quant aux riches, ils nichent de l’autre coté du Bosphore dans de superbes et luxueux quartiers résidentiels. Les pauvres et plus précisément les femmes portent l’habit traditionnel, conférant ainsi à Istanbul une certaine image pieuse, respectueuse de la religion, alors qu’en face, dans les quartiers des riches, tous sont vêtus à la mode occidentale y compris les femmes. Toute corrélation serait-elle que pure coïncidence ?
 
Nos satisfactions viendront des visites du Musée Archéologique (situé à proximité du Palais Topkapi) et du Musée des Mosaïques. Dans le premier sont exposées des œuvres magnifiques.
 
Le sarcophage dit d’Alexandre le Grand est d’une beauté phénoménale. De nombreux objets et pièces sont époustouflants. Malgré cela, une quasi absence de visiteurs. Nous eûmes le musée à nous trois !
 
 
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Musée Archéologique d’Istanbul – détail frise du sarcophage d’Alexandre Le Grand
 
Les touristes se précipitaient en masse sur le palais Topkapi situé 200 mètres plus loin et, en ce lieu,  passent leur temps à se bousculer pour tenter de voir quelque chose. Impossible de prendre de belles photos dans cette marée humaine qui déferle sans cesse devant l’objectif. La visite de ce palais n’offre qu’un nombre limité de pavillons. L’architecture de ce complexe nous est apparue insignifiante, presque fade. Nous fûmes surpris par la pauvreté des reconstitutions intérieures, faisant en sorte que de grandes salles sont réservées à des expositions ne présentant pas (à mon goût) un intérêt majeur. Quant au « Harem », peut-être par ce qu’il fait phantasmer les occidentaux, le coût de sa visite, en supplément, vient doubler le coût d’entrée de visite du palais !
 
Sainte-Sophie et autres mosquées voisines sont d’une beauté extérieure extraordinaire. Elles confèrent à la ville son cachet et son charme si particuliers. Nous ne serons pas sensibles à leurs intérieurs. Je n’y ai pas ressenti les sensations puissantes qui m’envahirent lorsque je découvris pour la première fois nos cathédrales françaises. Sans aucun doute est-ce la conséquence de cultures différentes ou simplement d’une insuffisante imprégnation culturelle préalable. Nous reviendrons. Plus tard, lorsque nous entreprendrons la Mer Noire.
 

 

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