… le fil d’Ariane …
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« Si j’ai bien toute ma mémoire
disait Dieu dans un coin du ciel,
j’avais commencé une histoire
sur une planète nouvelle, toute bleue
bleue, pour ne pas qu’on la confonde.
Je vais aller m’asseoir sur le rebond du monde
voir ce que les hommes en ont fait » ...
Francis CABREL – album « Samedi soir sur la terre »
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Je vous invite à un étrange voyage …
… imaginez qu’un extraordinaire tour de magie nous propulse là haut, sur un nuage, en des temps très anciens et qu’il nous octroie l’immense privilège de pouvoir suivre les aventures,
jusqu’à nos jours, des premiers hommes et des premières femmes ...
… prenons place … asseyons nous sur le bord du nuage ... (merci Francis Cabrel, désolé de vous plagier !)
… notre regard couvre l’immense territoire bordé à l’Est par l’océan Pacifique, à l’Ouest par l’océan Atlantique, au Nord par la Mer du Nord, au sud par la mer Méditerranée, ainsi que
l’ensemble des terres « méditerranéennes » du continent africain …
… observons …
… il y a bien longtemps …
… la quête de la nourriture, essentielle à leurs survies, condamne au nomadisme des milliers d’unités familiales dispersées sur la surface de la terre ...
… leurs chemins se croisent. Les familles s’opposent, certaines s’anéantissent quand d’autres s’unissent pour constituer clans ou tribus.
… plus tard, dès lors qu’ils possèdent quelques rudiments d’élevage et de culture, ces tribus, pour partie se sédentarisent en des lieux propices, quand d’autres préfèrent continuer leur
vie de nomades…
… au fil des ans, les besoins grandissants issus d’une population croissante conduisent les sédentaires à étendre leur « territoire de vie ». Soumises aux mêmes impératifs, les
tribus s’opposent en de violents conflits. Pas une seule tribu ne sera épargnée.
Quant aux autres, ceux restés fidèles à leur vie de nomades, ils parcourent de vastes étendus de territoires … découvrent de nombreux autres peuples sédentaires … aux us et coutumes
différents … maîtrisant chacun des arts et des techniques spécifiques … disposant de nouveaux matériaux tels que le cuivre, le fer, l’argent, l’or, …, tous à l’origine de nouveaux outils de
travail, de nouvelles armes …
Certains d’entre ces nomades comprennent l’avantage qu’ils peuvent tirer de leur situation de nomade … le commerce naît … avec … ses premières routes commerciales … ses premières
«compagnies» … et deviennent sans l’avoir recherché … les premiers messagers … des nouveaux savoirs, des nouvelles techniques ... avec eux les « nouvelles » se propagent … à la
vitesse du cheval … du chameau … du dromadaire … de la voile sur l’eau …
L’ «information » circule ! …
… et avec elle, les tribus prennent conscience … que leur survie n’est plus exclusivement liée à l’auto suffisance alimentaire mais qu’elle dépend aussi et dorénavant de leur capacité à
défendre leur « territoire de vie » … de l’importance de disposer des nouvelles « matières premières », sources de progrès et d’accès à de nouvelles armes.
Les plus « sages », parmi les tribus au sous sol peu généreux, se soumettent ou se placent sous la protection d’une tribu plus richement pourvue en « matières
premières ». D’autres, plus « fières », s’opposent aux avancées territoriales de ces dernières et sont soit massacrées, soit viennent grossir le cheptel d’esclaves, soit se
soumettent. Quand d’autres, plus agressives, tentent de s’emparer des territoires riches en « matières premières » … quelquefois avec succès …
… les tribus s’étoffent … forment des peuples … aux territoires de vie à géométrie variable… royaumes … empires …
Quant à nos nomades convertis au commerce … ils découvrent la « concurrence » et, avec elle … qu’ils ont eux aussi un « territoire » à conquérir … à protéger … à faire
prospérer … le « marché » … et ... la « part de marché » !
Avec ordre et méthode, avec application et pugnacité, telle l’araignée qui tisse sa toile, « l’ordre marchand » bâtit un réseau commercial parfaitement structuré, tel qu’aucun
« territoire » n’échappe à ce maillage. Conjointement, nomades et sédentaires organisent cet « ordre marchand », créent de nouvelles villes, sortes de gigantesques
comptoirs, dépôts, ou relais commerciaux. De nombreuses marchandises transitent entre Pacifique et Atlantique, entre mer du Nord et Océan Indien ... Extrême Orient (Chine, Mongolie),
Russie, Inde, Moyen Orient, Afrique du Nord (donc Afrique centrale) et Europe de l’Ouest sont inter connectés par réseaux commerciaux interposés.
Là-haut sur notre nuage que comprenons nous ?
Qu’en ces temps peu éloignés, le monde quasi vierge n’est la propriété de personne … chacun veut sa part … cherche sa place … veut la bâtir … la conserver … la consolider … l’agrandir
… que vies humaines et vie en société se mettent en branle, tentent de s’organiser, de se structurer ... que se combattre semble constituer la principale préoccupation des hommes …
Nous réalisons que c’est … à la formation de l’humanité qu’il nous est permis d’assister.
Cependant, tel l’iceberg, nous n’en percevons que la partie émergée … celle issue des activités et agitations … seul le bruit des armes parvient à nos oreilles …
Quant à sa partie immergée, … ce qui motive les hommes … les font agir … les raisons qui justifient leurs actions … comme leur état d’esprit … elle nous échappe...
… trop éloignés d’eux ... notre chair et notre esprit, à nous humains du 21ème siècle, ont depuis longtemps perdu la mémoire de ces temps lointains.
… vouloir comprendre le chemin emprunté par l’humanité nous impose de reconstituer celui suivi par la conscience des hommes.
De quoi avaient-ils conscience ?
On peut penser qu’aux premiers heures de l’humanité, passé et présent n’avaient aucun sens, car trop semblables.
Sa survie face aux grands phénomènes climatiques prime ses actions. C’est la Terre - la matière - en évolution qui impose sa vie à celle de l’homme.
Seul le temps de la Terre prévaut … l’homme, sans repère, ne dispose d’aucun temps en propre .
Il lui faudra attendre plus de 100 000 années … que la Terre se calme … ou tout au moins se montre moins agressive envers lui ... pour ne plus s’en protéger et la fuir … se
sédentariser … là où elle est généreuse … trouver une « tranquillité » inconnue jusqu’alors … développer son sens de l’observation … prendre conscience d’un temps … répétitif …
annuel … des saisons … des récoltes ….récurrent … par lequel, entre passé et avenir, il vérifie que ce qui existe a déjà existé … et doit exister à nouveau selon un ordre prescrit …
qu’il sacralisera … culture et moissons agencent son existence … se nourrir … disposer de réserves jusqu’au prochain cycle !
Il a besoin de viande … fait des échanges avec ses voisins … troque céréales contre viande …
… pas facile d’échanger un bœuf contre des céréales ! …
… apparaît la première monnaie, constituée ici ou là … de coquillages … en tant que décompte et témoin de l’échange … monnaie sans aucune valeur propre … l’homme a conscience qu’il peut
échanger ce qui est crée … mais n’a pas conscience de créer quelque chose pour l’échanger !
La monnaie d’échange prendra de multiples aspects et formes, pièces et lingots métalliques feront leur apparition, mais toujours dans ce même cadre de conscience de l’homme !
Des millénaires et des millénaires s’écouleront ainsi ... lorsque les grecs … en ce « premier grand siècle des Lumières» (-700 à -500 de notre ère) vont révolutionner les consciences
et … le commerce.
Ils découvrent que si une monnaie a une valeur propre alors elle garantit une contre valeur … et vont fabriquer des pièces en or marquées d'un sceau qui en garantit le poids constant …
… inutile de les peser … il suffit de les compter ...
… et du coup … découvrent qu’en faisant des échanges … ils peuvent obtenir de la monnaie ... !!!
C’est une révolution phénoménale des esprits … temps et espace se libèrent ... que l’on en juge :
… la récolte, (comme le bœuf, le mouton, le cuivre, le fer,….) convertie en monnaie par le marchand peut « perdurer » indéfiniment d'une année sur l'autre …
… le temps s’affranchit du cycle annuel, il n’est plus celui cyclique des récoltes ...
… le temps devient illimité …
… pour le marchand (ou négociant) peu importe le terroir d'où provient la marchandise ...
… d’ailleurs, peu lui importe cette marchandise … tout devient marchandise …
… le producteur devient tributaire du marchand ...
… l'espace devient illimité.
Il n’y a plus de limites … le « numéraire » ouvre de nouveaux horizons … à conquérir … la pensée se libère … tout devient infini …
L’infini s’empare de l’homme … il le verra partout …
Plongé dans l’extase de l’infini … subjugué par les fantastiques possibilités qui s’offrent à lui … l’homme ne prêtera pas suffisamment attention … au « revers de la
médaille » … (2)
… il ne verra pas qu’une partie de cette monnaie prélevée lors de l'échange ne correspond à aucun
bien crée ou service rendu (3).
… ce faisant, il n’a nullement conscience qu’il introduit dans le corps naissant de l’humanité … soit un antigène … soit un antidote … seule l’histoire
apportera la réponse ...
(2) Je ne doute pas qu’à cette époque, en Grèce, il y eut de
nombreuses personnalités qui, les unes firent miroiter les avantages et bienfaits, quand d’autres dénonçaient les erreurs et dangers ...
(3) … et qu’il invente et introduit en même temps
l'inéluctable inflation.
Que veut dire et par quoi va se traduire: « qu’une partie de cette monnaie prélevée lors de l’échange ne correspond à aucun bien crée ou service
rendu » ?
Cela veut dire :
- que le «commerce ou négoce» qui achète un produit (quel qu’il soit) pour le revendre, ne produit aucun autre produit, autrement dit, ne produit rien en terme
de nouvelle richesse, (4)
- qu’au coût d’achat du produit, le « commerce » va y ajouter un supplément qui prend en compte ses frais, son salaire et un bénéfice. C’est ce que
devra payer en définitive l’acheteur du produit au marchand.
Résumons : le « commerçant » ne produit rien, et bien qu’il ne produise rien, dispose d’un salaire et fait un bénéfice !
- que cela revient à prélever du circuit économique une quantité plus ou moins importante de monnaies (d’argent pour employer notre jargon actuel).
- que ce prélèvement se fait au détriment de l’acheteur. Son seul effet est d’appauvrir l’acheteur puisqu’il réduit son « pouvoir d’achat ».
Prenons un exemple simple pour mieux faire comprendre le mécanisme. Supposons que les 100 élèves d’une commune déjeunent tous à
la cantine de l’école. La commune va donc commander 100 repas auprès d’un professionnel de la restauration qui, lui, fera appel aux services d’un livreur. Imaginons que pour couvrir ses
frais de livraison, se payer et faire un bénéfice ce livreur prélève 6 « plateaux repas ». Que va-t-il se passer ? L’école ne recevra que 94 repas au lieu des 100 demandés.
Autrement dit : six enfants sur les 100 n’auront rien à manger. Je vous rassure … le directeur de l’école, va partager équitablement les 94 plateaux restant entre les cent enfants. Ce
faisant chaque enfant recevra moins de nourriture! Puis il fera le nécessaire afin que les jours suivants 100 plateaux soient bien livrés ! La commune commandera 106 plateaux, payera
ces 106 plateaux et répercutera ce surcoût aux familles … qui verront leur pouvoir d’achat amputé d’autant !
C’est exactement le même mécanisme et ses mêmes effets que le « commerce » met en œuvre sur l’ensemble des produits !
- ce prélèvement, effectué entre producteurs et consommateurs, constitue pour « l’ordre marchand » une source phénoménale, permanente (sans fin) et
sans aucun risque d’enrichissement illimité et ce, quelles que soient les époques et les circonstances.
- seul l’ « ordre marchand », bénéficie de ce « privilège » incroyable et inique de s’enrichir indéfiniment sans fournir un effort et
sans encourir un quelconque risque.
Imaginez que j’impose à tous les êtres humains de payer une taxe journalière (ou mensuelle ou annuelle) pour l’air que chacun
respire et que je conserve pour mon seul usage personnel le résultat de cette collecte. C’est très exactement ce qui se passe avec « l’ordre marchand » !
(4) certes le « commerce » pour se réaliser va investir, en local, matériel, …, va
créer des emplois, …, bref joue un rôle dans l’économie. Mais cela ne change en rien à la
problématique de fond. En bout de chaîne, c’est invariablement le consommateur qui paye la totalité des coûts de revient du
commerce : emplois, investissements, charges, publicités, …
et va se traduire par :
Une impitoyable concurrence. L’intelligence étant le bien le mieux partagé (il n’y a pas que la bêtise) tout le monde va vouloir s’engager dans le commerce.
Tout le monde veut devenir « commerçant » ! En réalité, pas « tout le monde » ! En ces temps anciens et jusqu’à la révolution française par exemple, la très
grande majorité des êtres humains ne sont pas libres: ils appartiennent aux seigneurs, rois ou empereurs …. Seules quelques tribus et les Grecs notamment se spécialisèrent dans le
négoce. Au fil des ans et des siècles d’autres groupes ou individualités émergeront. Il n’est pas difficile de s’imaginer les luttes impitoyables que cette concurrence va engendrer … pour
accéder et maîtriser les mines d’or … les matières premières … pour accroître chacun leur « part de marché » … pour s’assurer du monopole dans telle ou telle branche d’activité,
…
Au cours des siècles « l’ordre marchand » va ainsi accumuler une fortune colossale placée entre les mains d’un nombre de plus en plus restreint
d’individus.
Retournons un instant sur notre nuage : … au fait, où
en étions nous ?...
… « aux premiers matins qui suivent l’invention par Crésus (roi de Lydie) de fabriquer une nouvelle monnaie faite de pièces en or marquées d'un sceau qui en garantit le poids constant » ... (merci au souffleur !)
L’or … matière « noble et rare », jusqu’alors apanage et symbole du chef, change de statut. Il fait la monnaie. Il va faire la richesse sous réserve … soit de posséder une
mine d’or … ou des « matières premières » … soit de faire du commerce.
Que je sache, depuis Crésus nul ne s’est enrichi par le seul fait de consommer, même en réglant ses achats avec une monnaie faite d’or !
Désormais, or et pouvoir vont se conjuguer de pair.
… s’approprier les régions aurifères … comme les régions riches en matières premières … disposer d’un accès libre et sûr à la mer Méditerranée (commerce intérieur) … disposer d’un tremplin
en terres nord africaines (commerce avec le reste de l’Afrique) … et au Moyen Orient (commerce en liaison avec la mer Rouge et l’Océan Indien) … sécuriser les voies commerciales …
deviennent autant de nécessités absolues pour tous les « royaumes » ... et constituent autant de raisons pour faire la guerre … guerres et conflits rythment la vie …
Rhodes - Palais des Grands Maîtres – coffre- sculpture sur bois
L’important pour les « gouvernants (chefs de tribus, rois, empereurs, califes, sultan, …) n’est plus de disposer des « matières premières » en tant que de besoins
essentiels à la communauté, mais de s’en rendre maître afin de les convertir en cette nouvelle forme de « richesse ».
Quant aux « marchands », aux réputations déjà peu flatteuses acquises lors du commerce régis par les «échanges» des siècles précédents, ils n’auront besoin de personne pour leur
dicter la conduite à tenir.
« Gouvernants » et « marchands » semblent faits … pour s’entendre.
Les premiers ont besoin des seconds pour au moins deux bonnes raisons. La première est que « l’ordre marchand » constitue un incroyable «réseau d’informations». La deuxième
est qu’ils ont et auront besoin de leurs réseaux et voies commerciales.
Les seconds quant à eux, savent qu’ils ne disposent d’aucune légitimité qui leur permettrait de se rendre maîtres des « matières premières » là où elles se trouvent. Ils ne
peuvent ni s’équiper ni disposer d’une armée, puisque ce droit est exclusivement réservé aux « gouvernants ». En vérité, les marchands ne le souhaitent pas ; l’exclusivité du
négoce dont ils bénéficient, repose (en ces temps là) sur le respect de la règle de ne jamais s’approprier les « matières premières ». Ils vont donc habilement évoluer dans
l’ombre de chacun d’eux et, d’une certaine manière, se « servir » ou se « jouer » d’eux via leurs armées « légitimes » qui leur permettront d’une part,
d’accéder à ces richesses et, d’autre part … d’éliminer les concurrents locaux implantés dans chaque contrée conquise.
Des siècles vont s’écouler … quand … là-haut, sur notre nuage … une anomalie capte notre attention, sorte d’écart singulier au processus continu qui s’offrait jusqu’alors à notre regard.
Intrigués, ajustons nos jumelles … zoomons … zoomons encore … une parcelle de terre envahit notre champ de vision …
… l’île de Rhodes …
… minuscule … face au géant qui lui fait face, à quelques milles nautiques seulement ... (6)
… minuscule … mais idéalement bien positionnée … à la frontière extrême du monde « occidental » et du monde « oriental » (moyen oriental) … passage emprunté et obligé
pour toutes les voies commerciales maritimes reliant l’Est à l’Ouest et le Nord au Sud/Est… !
(6) l’Anatolie (territoire de l’actuelle Turquie)