«L’ouverture d’esprit que donnent les voyages en mer
est comparable à celle que procure la philosophie.
Je pense, qu’il faut faire deux ou trois voyages dans sa vie :
non seulement celui de la philosophie,
mais aussi
celui des paysages et des hommes »
Michel Serres
les turcs
et
la Turquie
Mustapha Kemal Atatürk
« Nous n'héritons pas seulement du pays et de l'Etat;
les idées de liberté et d'indépendance font aussi partie de l'héritage de nos ancêtres. »
- Çiçi Yabgu -
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Avertissement :
Comme cela fut le cas pour nombre des articles de ce Carnet de Voyage, les textes qui suivent ont été écrits en s'accordant un temps de recul par rapport aux vécus.
C'est donc, exceptionnellement, en terres françaises, qu'ils sont écrits.
Ce faisant, ils bénéficient d'enrichissements complémentaires non anticipés, issus de notre séjour en France.
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Autant les grecs et la Grèce nous semblaient familiers et proches par leur culture qui façonna notre civilisation occidentale, autant nous ressentions les turcs et la Turquie comme lointains et étrangers.
A vrai dire nous ne connaissions que peu de choses les concernant. Nous fûmes ainsi placés dans l'obligation d'approfondir la connaissance que nous avions de ce peuple et de son pays. A commencer par leur histoire.
Une fois encore nous fûmes interpellés par les déphasages que nous constatâmes entre ce que nous vîmes et vécûmes ici en Turquie et les informations concernant ce pays diffusées par les médias français depuis de nombreuses années. De retour en France nous serons scandalisés par les mensonges, truquages et malversations auxquels se livre l'ensemble des médias français dès lors qu'il est question de la Turquie et des turcs.
L'omniprésence de Mustafa Kemal Atatürk dans la vie quotidienne des turcs constitua pour nous une autre source d'interrogations.
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une brève histoire du peuple turc
Si l'on se limitait à la stricte définition, les Turcs ne seraient que les habitants de la Turquie actuelle. Ce faisant nous occulterions tous ceux qui, au cours des temps, véhiculèrent la langue turque, à savoir le « peuple turc ».
Les ancêtres des turcs étaient blancs et vivaient il y a environ quatre mille ans en Asie Centrale en Dzoungarie (région septentrionale du Turkestan Oriental). Peuple de chasseurs et de guerriers, ils étaient parvenus à l'âge des métaux, fabriquaient des couteaux et autres outils en cuivre. Ils avaient domestiqué le boeuf, le chameau, le renne et le yack.
Nomades, ils parcouraient le bassin qui s'étend des monts Tangri aux monts Altaï.
L'appellation Turc (Türk) apparaît pour la première fois il y a environ 3 300 ans dans les chroniques chinoises.
Poussés par l'accroissement de leur population et le désir de conquêtes, les turcs sortirent de leur habitat altaïque. Comme à cette époque ils étaient le peuple le plus expert à manier et à harnacher le cheval et qu'ils possédaient de plus des armes de fer efficaces, ils purent réaliser leur ambition. Les peuples sédentaires et agricoles tels que les Chinois et les Iraniens n'étaient guère en mesure de s'opposer efficacement à ces cavaliers nomades du Nord, à savoir les Turcs, Mongols et Mandchous qu'ils traînaient à leur suite.
De ces peuplades qui chevauchèrent l'immensité des territoires entre Pacifique et Méditerranée ... à ceux qui franchirent la Grande Muraille de Chine et dont certains devinrent Empereurs de Chine ... aux Ottomans qui firent de leur empire la première puissance du monde ... en passant par les Grands Moghols qui créèrent l'Empire des Indes ... tous étaient ... des turcs.
La Chine du Nord fut l'un des premiers pays qu'ils envahirent. La troisième dynastie impériale chinoise était d'origine turque. Cette dynastie régna sur la Chine durant 855 années, de -1111 à -256 . Toutefois ces empereurs adoptèrent le chinois et furent ... absorbées par la civilisation chinoise.
Les épopées turques conservent les traces de leurs conquêtes. Celle d'Ergenekon révèle leur ambition de réaliser des conquêtes et ... de dominer le monde.
L'originalité de leur histoire tient à leur dynamique d'expansion géographique. Leurs conquêtes s'accompagnèrent par le déplacement de populations qui restèrent sur place. Partis des steppes entre Chine et Sibérie, les Turcs vont progressivement se déployer, entre le VIIe et le XIVe siècle dans plusieurs directions:
- vers le nord (Sibérie);
- vers l'ouest (pourtour de la Mer Noire, steppe kazakh): Bulgares, Kazars, Petchenègues et Kiptchaks;
- vers le sud-ouest. Où les Turcs se rendirent maîtres de l'Asie centrale au XIe- siècle, puis de l'Iran et de l'Anatolie orientale au XIIe siècle, avant d'investir l'Anatolie centrale et occidentale au XIIIe siècle, sous le poids de la déferlante mongole. C'est dans cet Occident turc que naquirent au début du XVIe siècle les dynasties ottomanes, fondatrices de l'Iran moderne.
Les turcs constituèrent durant tout le haut Moyen Age une précieuse réserve d'esclaves pour le monde arabe. Les "mamelouks", remarquables guerriers et administrateurs, s'immiscèrent dans les rouages du pouvoir dès la fin du IXe siècle, pour donner naissance à des dynasties qui contrôlèrent la Syrie, la façade levantine et l'Egypte (deuxième moitié du XIIe siècle et l'Egypte mamelouk entre le milieu du XIIIe siècle et 1515) .
Au début du XVIe siècle, le peuplement turc se stabilisa. A l'est, les Ouzbeks contrôlèrent la majeure partie de l'Asie centrale, les Séfévides dominèrent le plateau iranien et s'iranisèrent rapidement. Au centre et à l'ouest, de la Tunisie à l'Irak et de la Hongrie au Yémen s'étendit l'empire ottoman.
Un des traits de l'âme turque, typique des peuples nomades, fut sa capacité à épouser et à assimiler culture et traditions des peuples. Dans tout le Moyen Orient conquis, les Turcs, se convertirent à l'Islam, puis adoptèrent le Persan comme langue écrite. Elle resta la langue des lettrés, malgré la turquisation de l'administration et de l'armée amorcée par les Karamanides en Cilicie et poursuivie par les Ottomans dans toute l'Anatolie. Au Proche Orient, la première place fut, de même, laissée à la langue arabe.
Il en sera de même sur le plan religieux pour des raisons autant politiques que culturelles. Les Turcs se laissèrent séduire par le Bouddhisme, le Nestorianisme, le Christianisme et le Mazdéisme. Leur vie religieuse resta toutefois empreinte de traits hérités du chamanisme de leurs ancêtres nomades.
Revers de la médaille, cette perméabilité des Turcs aux influences extérieures empêcha l'émergence d'un sentiment national "panturc" dans l'empire ottoman et fragilisa les populations turcophones de Sibérie face aux russes.
Ce peuple a pour héros Attila ... Soliman le Magnifique ... Atatürk.
Tant que le ciel ne s'effondrera pas, que la terre ne se trouera pas,
qui, Nation Turque, peut troubler ton pays, tes traditions ?
Nation Turque, reviens à toi!
Pour toi, afin d'empêcher que ton nom et ta réputation ne disparussent,
je n'ai ni dormi la nuit ni me suis assis le jour.
J'ai peine à en mourir. J'ai tant lutté et n'ai pas dispersé le peuple uni".
Bilge Kağan (inscriptions göktürk)