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Novembre 2008
le peuple turc
Une fois n'est pas coutume, commençons par la fin.
Comme elles le font chaque semaine depuis notre retour en France, Christine et Carole ramenèrent il y a deux jours de cela, notre provision hebdomadaire de livres et DVD de la médiathèque de Nérac (*). Sorte de compensation partielle à notre choix de vie sans poste de télévision.
Elles revinrent de la médiathèque particulièrement satisfaites, car disaient-elles, elles avaient déniché un film turc primé au festival de Cannes en 2007. Satisfaction d'autant plus légitime que les films turcs sont rares en France.
Son titre « De l'autre côté » - Réalisateur Fatih AKIN.
Notre joie fut de courte durée. Dès les premières séquences découvrîmes un torchon.
(*) Ville de moyenne importance, située à environ 30 km à l'ouest d'Agen, connue par son château ayant appartenu à Henry IV.
Au-delà du scénario ce sont les personnalités des personnages principaux du film sensées caractériser le peuple turc qui retinrent notre attention.
Ils sont quatre. Faisons connaissance avec eux.
Le premier apparaît dès la première séquence du film. Il s'agit d'un turc (65/70 ans), veuf, vivant à Hambourg en Allemagne. Première scène du film : il se rend chez une prostituée. A l'évidence ce personnage est obsédé par le sexe et les femmes. Il nous est permis de constater par la suite que non seulement c'est un alcoolique, mais qu'il se comporte, de plus, bestialement vis-à-vis de la femme. Il revient plusieurs fois chez cette prostituée. Pour en définitive l'acheter (3000 euros par mois !) et l'installer à demeure chez lui, dans le seul souci de satisfaire ses exigences sexuelles ! Peu de temps après, sous l'emprise de l'alcool, il lui délivre une claque mortelle ! (Hein qu'ils sont forts les turcs !) ...
Le deuxième est cette prostituée. Qui est-elle ? Une turque divorcée (ou veuve, je ne me souviens plus), qui par ce qu'il n'y avait pas de travail pour elle en Turquie s'était trouvé dans l'obligation de venir se prostituer à Hambourg en Allemagne afin de subvenir aux besoins de sa fille étudiante à Istanbul. Fille dont elle n'avait plus de nouvelles depuis plusieurs mois.
Troisième personnage, la fille de la prostituée. Elle n'est plus étudiante. Mais, terroriste, intégriste et homosexuelle ! Elle fait partie d'un groupe de terroristes turcs qui luttent contre ... l'entrée de la Turquie dans la Communauté Européenne ! Pour, à l'avant dernière scène du film, abandonner la lutte, se réconcilier et cohabiter avec une allemande âgée que le scénario laisse sous entendre qu'elle se substituera en sa « nouvelle mère » !
Quatrième personnage, le fils du vieux turc « alcoolique et obsédé sexuel », professeur à l'Université de Hambourg. Son père, fièrement, le définira d'entrée de la façon suivante : « Je l'ai élevé comme une fille ». Effectivement il se montre effacé, soumis à son père, quasi inexistant et sans grande envergure. Au décès de la prostituée, il prendra ses distances d'avec son père. Pour, dernière scène du film, attendre son retour.
D'autres clichés parsèment ce film. Tels des groupes d'enfants qui mendient et sollicitent les passants. Sans oublier ces deux jeunes turcs qui menacent de mort la prostituée si elle continue à se prostituer. Raison qui la conduisit à accepter l'offre « d'achat » du vieux turc.
Tel est le film qui reçut en 2007 les honneurs de Cannes : prix du scénario et prix ... œcuménique.
Edifiant. Consternant. Criminel
Je ne vais pas me livrer ici à répertorier l'ensemble des clichés, traductions et interprétations évidentes que ce film véhicule. Je me bornerais seulement à dire que non seulement ce film est une insulte au peuple turc et à ce pays mais plus encore est un crime d'éthique et de morale contre l'humanité et que tous ceux qui ont financé, participé, cautionné et soutenu ce film sont d'authentiques criminels qui par mensonges délibérés incitent au racisme, à la haine entre peuples et aux déchaînements de violences. Tous ces gens devraient aujourd'hui se trouver en prison. Ce n'est pas cela la liberté d'expression.
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Nous vécûmes près d'une année en Turquie. Six mois de navigation à longer ses côtes que complétèrent les mois d'hiver passés dans la marina de Finike, ville de dix mille habitants du sud de la Turquie.
Entre Istanbul et Finike notre voyage fut parsemé de nombreuses escales ou haltes en terres turques. Certes, nous ne pûmes visiter toutes les contrées de ce grand pays. Nous visitâmes, en février de cette année, sous une neige abondante la Cappadoce et parcourûmes ainsi plus de cinq cent kilomètres en autobus à l'intérieur des terres.
Ce faisant, en une année, il nous fut permis de côtoyer nombre de turcs de tous âges, de tous milieux, en de multiples lieux et vécûmes six mois au milieu d'eux, intégrés à leur vie de tous les jours. Nous apprîmes quelques rudiments de leur langue. Ce n'est pas rien ! Simplement suffisant pour disposer d'une perception fidèle sur ce peuple et ce pays.
Les turcs ne différent en rien de tous les autres peuples que nous rencontrâmes avant eux, si ce n'est qu'il porte sur lui ses spécificités propres issues de leurs terres et de leur histoire.
Après la Tunisie, la Libye et la Grèce, nous serons une nouvelle fois surpris par la simplicité, la gentillesse, le calme, l'absence de toute méchanceté, agressivité ou de rejet de tous ceux que nous rencontrâmes. Cela est d'autant plus remarquable pour nous français que ce comportement a totalement disparu de notre paysage. Etrangement, tout au long de ces trois années de voyage, aux milieu de ces différents peuples je vais retrouver les sensations qui furent les miennes lorsque adolescent j'évoluais dans l'environnement de vie externe qui était alors le mien. Simplement bienveillant.
En règle générale les turcs sont d'un naturel prudent. Plusieurs jours leur sont nécessaires pour sortir de leur réserve. Situation aggravée par le fait que nous ne parlions pas couramment leur langue et qu'ils sont peu nombreux à posséder quelques rudiments d'anglais. Chacun prit alors le temps de nous observer, de nous ressentir et de s'imprégner de ce qui se dégageait de nous. De notre côté nous procédâmes de même, à l'écoute de nos sens déployés. Une fois rassuré alors nos hôtes se libérèrent, redevinrent eux-mêmes et nous intégrèrent à leur cadre de vie habituel.
La plus extraordinaire découverte pour moi au cours de ce voyage fut justement cette prise de conscience du langage muet de mes sens. Et, d'entre eux, le plus étonnant, celui du regard. D'une précision et d'une sensibilité infinies. Tout est dans les yeux. Tout est dans le regard. Nul besoin de mots. Le regard. L'œil, A.D.N de notre âme ?
Cela m'interpella aussi. Pourquoi nous pays dits développés, riches et à la pointe du progrès, ne cessons de prétendre être les seuls dépositaires des valeurs universelles ? Pourquoi et d'où nous vient cette prétention à l'exemplarité et à s'imaginer que nous sommes les seuls aptes et dignes à montrer le chemin au reste du Monde ? C'est folie et faux !
Ce voyage fut justement l'occasion pour moi de constater de visu que tous les peuples sans exception portent en eux les valeurs universelles. Je fis un autre constat pour le moins étonnant qui interpelle bigrement, cette « transcendance » est immensément plus développée et présente chez les peuples pauvres que dans nos pays occidentaux riches !
Je me suis ressourcé auprès de ces femmes et de ces hommes. Il était temps, ma foi en l'homme vacillait dangereusement.
Seule une minorité de turcs, des grandes villes ou des villes hyper touristiques, présentent des comportements identiques à ceux que nous connaissions en France avant notre départ. Là aussi et en ce domaine, il nous fut permis de constater de visu les méfaits du tourisme de masse. Ce n'est pas le tourisme en tant que tel qui est en cause, mais l'argent et sa compagne la cupidité qui détruisent tout. Non seulement il aggrave la pollution des terres et des eaux mais il corrompt gravement l'esprit des locaux. Le tourisme est devenue une redoutable arme de destruction, d'uniformisation, dénaturant puissamment cultures, folklore et spécificités locales, régionales et nationales.
Partout où il sévit, le tourisme détruit l'âme des peuples. Dans peu de temps cultures et peuples ne survivront que dans des centres de tourismes spécialement créés à cet effet. Sorte de zoo, d'espèces quasi disparues.
Nouveau filon. Nouvelle ruée. Nouveaux massacres. Autres disparitions.
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Le mois dernier nous eûmes l'occasion de passer une semaine dans le pays basque français. A Saint Jean de Luz précisément. Cela faisait plusieurs années que je ne m'étais pas rendu dans cette contrée. Méconnaissable ! Saccagée ! Disparue l'âme basque. Que dis-je, désintégrée.
Basques, est-ce là le résultat de vos luttes ? Sont-ce là vos victoires ?
Je ne suis pas d'origine basque, mais j'aimais vos villes, vos paysages, le cadre grandiose et merveilleux de beautés où terre et mer unissaient leurs forces sauvages et pures. La nature exaltait de mille beautés. Paradis des yeux et du bien être. Exit. Fini. Paysages et bords de mer sont massacrés. A la tronçonneuse. A la bétonneuse. Véritable décharge publique des maladies mentales des hommes. De sauvage te voici sordide.
J'aimai votre fierté. Ami basque, c'était donc cela ta fierté, c'était donc ça l'amour de ton terroir ? Croyais-tu que le fait de pouvoir t'exprimer dans ta langue 15 mn par jour sur la chaîne régionale et d'y montrer quelques uns de vos groupes folkloriques sauverait votre identité ? Que diras-tu plus tard à tes enfants et petits enfants ? De danser ? Par ce que - toi - tu as trop chanté ?
Pleure de toutes les larmes de ton corps, ami basque. Tu as tué ton identité.
Seul le terroir fait l'identité. De lui, émergent les hommes qui tels des ceps de vigne extraient leurs langues, coutumes, folklores, chants et danses. Il a fait de vous ce que vous étiez. Lui seul.
Tu l'as vendu. Tu n'es plus. Adieu l'ami basque.
Ce long détour en terres françaises n'est pas innocent. Il complète d'une certaine manière un constat général sur ce thème, un exemple parmi mille, et se veut surtout une sorte de mise en garde adressée au peuple turc, puisque cet article leur est consacré.
Amis turcs (j'y associe mes amis grecs,) voilà le sort qui vous attend si vous n'êtes pas intransigeants envers vous-même et votre identité.
Comme jadis les basques de mon pays le furent, vous êtes fiers de vous, de vos terroirs, de votre pays, de votre culture et coutumes ancestrales. Mêmes très pauvres, vous conservez cette belle et superbe dignité du respect de vous-mêmes. Vous êtes viscéralement attachés à vos terres et à votre identité. Votre fierté est belle.
N'oubliez jamais que c'est l'unique vraie richesse de l'homme.
Les autres « richesses », ces multiples « miroirs aux alouettes », qui brillent de mille feux, attirent, tentent, font envie et sûrement rêver, consumeront votre âme.
Comme vous, je n'ai point de ces « richesses ». Comme vous je suis nu.
Avez-vous imaginé un instant ce que serait être nu et sans âme ?
Viens dans mon pays, viens voir, viens constater la réalité qui te fait tant rêver ou fantasmer.
Ulysse sillonna vos mers et vos terres. Dans sa longue errance il sut résister aux chants des sirènes.
Vois-tu, je n'ai pas eu la chance de naître en un terroir aussi prolixe en de telles richesses que le pays Basque par exemple. Pourtant, cela ne m'a jamais gêné d'avoir des voisins mieux lotis. J'admirais et j'enviais nos bretons, nos corses ou nos basques. Pour rien au monde j'aurais voulu qu'ils perdent leurs spécificités. Bien au contraire. J'étais fier d'eux, j'étais fier pour eux, j'étais fier avec eux. Je partageais leurs fiertés.
Aujourd'hui, la majorité des grandes villes du monde occidentalisé ont perdu leurs « âmes ». Elles se ressemblent toutes. Mêmes magasins, mêmes enseignes, mêmes décors, mêmes présentations, mêmes produits ... mêmes prix ! Mêmes agencements de villes, mêmes panneaux publicitaires, même débauche de néons, ... faisant en sorte que notre regard en ville ne sait plus dans quel pays il est ! Rien ne permet de distinguer aujourd'hui Bordeaux, Toulouse, Lyon, Athènes, Tunis, Kusadasi et Antalya par exemple. La « mondialisation » fait table rase, rase tout. Uniformise. Banalise. Plus de goûts ni saveurs. Seulement la nausée d'un unique plat indigeste, immense étalage de nos excréments et vomis d'argent.
Sillonnant vos mers et vos terres je ne cessa pas de vous observer. De scruter vos visages, vos morphologies, vos attitudes. Vous observant je devinais les méandres de votre longue
histoire, je percevais la multiplicité des tribus ou peuples ancestraux dont vous êtes issus. Je vis en vous ce fantastique fondu enchaîné qui vous fait passer du monde occidental au monde
oriental. Je me plongeais alors avec avidité dans l'apprentissage de votre longue histoire. Elle me paraîtra plus aisée à comprendre. Je ne retiendrais aucun de vos noms, trop nombreux et
difficiles à prononcer ou à retenir. Cela n'avait pas d'importance puisque je pouvais maintenant les identifier en chacun de vous.
Le monde occidental ou « occidentalisé » (je ne sais comment le définir) et mon pays la France, donnent de vous peuple turc des clichés totalement erronés. Je témoigne de cette monstrueuse manipulation et malversation. Monstrueux mensonges. Véritables insultes à vous et à votre pays. Sachez ne pas y répondre. Apprenez à discerner l'origine de cette lamentable agression. Apprenez à en comprendre la raison principale qui l'anime. Peuple turc, fait bloc. Qu'elle que soit la raison, ne te laisse pas diviser. Résistez tous ensemble. C'est cela, ou vous disparaîtrez à jamais.