en ... mésaventures

Deux cent milles nautiques séparent Tripoli de La Valette (île de Malte). Notre moral au plus bas contribua largement à nous les rendre pesants. Jamais, de plus, n’avions pensés qu’un jour nous pourrions revenir sur nos pas ou traces anciennes. Cela nous déstabilisa: nous ne savions ni quoi penser ni quel programme de navigation nouveau retenir. Tout nous devenait indifférent. En notre fort intérieur nous espérions naviguer de concert avec « Mr.Raoul » et faire Venise avec eux, mais nous savions aussi que l’on ne peut pas s’imposer ainsi «aux autre » ….

Malte fut le début de notre calvaire qui durera jusqu’au 3 juillet. Notre seule satisfaction fut de retrouver «Mr.Raoul», c’est-à-dire Line et Alain à Malte. Sans doute ferais-je une nouvelle entorse à la philosophie de ce «Carnet de voyage» en consacrant prochainement quelques pages à ce couple que nous apprécions vraiment beaucoup. Ils nous accompagnèrent quelques jours, mais face à l’accumulation de nos problèmes et à leurs propres échéances, ils furent conduits à continuer leur chemin en solo.

Deux jours avant de quitter la Libye notre groupe électrogène présenta une défaillance somme toute simple: une fuite visible sur son circuit d’eau douce. Un mécanicien maltais tenta de la réparer sans succès. Nous arrivâmes ainsi à Syracuse. Lorsqu’un certain soir, en compagnie de Line et Alain, hôtes de Leptine, sirotant une bière en attente de la cuisson de notre dîner, le groupe électrogène s’arrêta brusquement de fonctionner ! Adieu dîner ! Il ne voulu jamais redémarrer ! Après examens minutieux par le seul mécanicien du seul chantier nautique de Syracuse, nous décidâmes de l’extraire du bateau pour un examen complet. Une catastrophe !

Au même instant, un couple d’allemands naviguant sur une «péniche hollandaise» et ayant hiverné comme nous à Monastir eurent eux aussi de sérieux problèmes avec leur moteur principal. L’examen du fuel contenu dans leur réservoir unique de 1500 litres montrera qu’il contenait 80% d’eau ! Eux aussi, comme nous, avant de partir, avaient fait le plein à l’unique station de fuel de la marina de Monastir ! Comme eux nous avons eûmes de l’eau dans le fuel qui détruisit tout d’abord nos 4 injecteurs, puis notre groupe électrogène ! Cette eau avait attaquée tous les organes et circuits de refroidissement du moteur. Le nombre de pièces à remplacer s’avérait phénoménal et d’un coût supérieur à son remplacement pur et simple par un autre groupe, certes moins puissant. Ce que nous fîmes ! Nos économies se voyaient alors amputées de la modique somme de 10000 euros ! Notre moral sombra alors au plus bas.

Dépourvu d’autonomie, Leptine stationna pour la durée des travaux le long du quai jouxtant le chantier naval. Sûrement mal inspirés, nous décidâmes, avec Line et Alain, d’aller voir l’Etna. Nous partîmes un matin, vers 9 heures, les eaux de la baie de Syracuse aussi plates que celles d’un minuscule lac de province française, avec une météo n’annonçant aucun vent pour la journée et revinrent en fin d’après midi, vers 18 heures, pour découvrir une baie dans tous ses états; un vent violent, un ressac impressionnant, une eau écumante … sous la violence du vent et du ressac le liston bâbord de Leptine avait totalement explosé et se trouvait déchiqueté sur les 2/3 de sa longueur.

Moments terribles … l’impression que le sort s’acharne sur vous, que vos projets fondent, semblent s’éloigner et vous échapper. Sentiment d’impuissance totale. Fatalité. Et cette colère sourde intérieure qu’il convient de maîtriser et contrôler afin de ne pas décourager l’équipage.

Liberté ... que ton prix est élevé !

Au fil des jours nous découvrons que nous sommes otages » du seul chantier nautique de Syracuse: le «Cantiere Navale» Di Benedetto , au service sûrement de la maffia. Et découvrons ainsi l’escroquerie auprès des assurances. Parfaitement conscient que les dégâts causés par ce subi coup de vent entraient dans le cadre de toute assurance normale de bateau, le patron de ce chantier nous présenta un devis de réparation phénoménalement élevé: 11 520 euros TTC ! Une folie!

Affolé, je contacte d’urgence mon assureur et lui demande de m’envoyer un expert. Il viendra 15 jours plus tard. Ancien résidant français, il habite maintenant en Italie et a pour profession déclarée d’être expert en matières maritimes ! Il fait partie de cette corporation de gens, qui sans aucune compétence, a le privilège d’être assuré d’un emploi. Heureux élu, tout le monde n’a pas cette chance de vivre aux dépends des autres. Il vînt ainsi un jour de grand vent. Et n’eut pas le courage de monter à bord de mon annexe afin de s’assurer des dégâts sur « Leptine ». Son expertise se limitera exclusivement à l’examen des photos numériques que j’avais gravées, au cas où, sur un CD !
Notre rencontre durera 10 minutes. Son rendez-vous avec le patron du chantier durera … une heure.
Cet expert ayant accepté et validé auprès de mon assureur et du patron du chantier le montant du devis, ce dernier n’eut, par la suite, pour seuls soucis que de me réclamer les 11520 euros et de faire le strict minimum en terme de réparations !

Ainsi nous passâmes 3 semaines d’enfer, le bateau sur bers dans le chantier !
Par une chaleur épouvantable, la coque en permanence à 36°C, nous vécûmes 3 semaines consécutives dans un bateau dont la température intérieure ne descendait jamais en dessous de 40°C, de jour comme de nuit.


« Leptine » : sa mise à l’eau

Ils mirent 3 semaines pour réparer le liston et nous demandaient 2 mois supplémentaires pour faire les réparations intérieures: selon eux, tout l’intérieur était à démonter! Le chantage était clair ! Nous devions absolument sortir de cette nasse. Une seconde fois j’alerte mon assureur qui s’était engagé de régler directement le chantier (déduction faite de la franchise que j’ai moi-même réglée). Le fax de confirmation envoyé par mon assureur eut certainement pour effet de le tranquilliser, ou de relâcher temporairement sa méfiance: le lendemain matin, notre bateau était remis à l’eau. Nous fîmes le plein de fuel et partîmes comme « des voleurs » loin de Syracuse !!! Nous avions trop peur de la « maffia sicilienne » ... et partîmes sans laisser d’adresse de destination ...


Jeux d’eau dans la baie de Syracuse …


Tout au plus 3000 euros de travaux ont été réalisés ! Cela n’empêchera pas mon assureur, parfaitement informé de la situation, de régler la totalité de la facture ! J’enrage d’être honnête ! Quand je pense que je paye 2400 euros par an d’assurance pour mon bateau et que ma propre compagnie d’assurance brade allègrement l’équivalent de 5 années de ma cotisation, je me dis que soit je suis trop con, soit je suis trop honnête (sachant que l’un ne va jamais sans l’autre !). Il est aisé de comprendre pourquoi les assurances sont aussi chères. Une honte, un scandale ...

Où aller après notre long séjour forcé de Syracuse ?

Rejoindre Line et Alain sur l’Adriatique ou commencer notre périple en Grèce ? Notre programme et temps de navigation de cette année se voyaient amputés de plus de 25% et nous étions déjà début juillet. Nous devions repenser totalement notre projet, l’adapter à cette nouvelle réalité, l’optimiser, en bâtir un nouveau calé sur deux années : cette année et l’année prochaine. La pensée de ne pas revenir hiverner à Monastir comme prévu apparue rapidement. Refaire un long chemin de retour déjà connu, le refaire en sens inverse l’année suivante, ces deux aller et retour auraient consommé beaucoup trop de notre capital global restant de jours de navigation.

Nous optâmes pour hiverner ailleurs en Turquie ou en Crête.

Il nous appartenait de rechercher au plus tôt une marina ou un port susceptible de nous accueillir cet hiver et nous construisîmes notre itinéraire en fonction d’éventuelles possibilités. Nous souhaitions éviter pour les mois de juillet et août les sites hyper touristiques. Ainsi, nous optâmes d’entrer en Grèce par la façade ouest du Péloponnèse que nous pensions peu fréquentée à la fois par les voiliers et les touristes. Nous ne regretterons pas notre choix.

 
au mouillage dans la baie de Vasiliky, île de Levska


Nous passerons plus de deux mois dans des lieux fantastiques, hors de toutes agitations, dans un calme absolu, avec pour seuls fonds sonores la mer et les chants des cigales. Quant aux autres voiliers, ils furent peu nombreux et nous bénéficierons le plus souvent de mouillage forts tranquilles.


Voyageurs…

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