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Monastir, le 8 novembre 2005
Les touristes étrangers.
Ce n’est ni un secret, ni faire injure à ce pays si je te dis que la Tunisie n’est pas un pays riche. Il possède quelques richesses naturelles, exporte quelques produits et le tourisme constitue une source non négligeable de revenu. Près de 4 millions de touristes par an, pour l’essentiel originaire de l’Europe (Angleterre, Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Russie, Pays Nordiques, …), viennent ici en Tunisie via les agences de voyages. Nous les voyons arriver chaque jour par avions, puis par autobus au centre ville.
Nous devons te faire un aveux : jamais nous n’avons eu aussi honte d’être français (et européen) et cette honte est … quasi quotidienne.
Tu ne peux t’imaginer l’immense tord et préjudices qu’une part de ces touristes cause à notre civilisation occidentale.
Dans les rues et ruelles de la médina de Monastir, jour après jour, de trop nombreux touristes européens déversent leur flot de racisme exacerbé, de mépris et d’arrogance. Jour après jour, rues et ruelles de Monastir s’emplissent de l’ignorance et de la bêtise de ces trop nombreux touristes irresponsables. Devons-nous entrer dans le détail et te brosser un tableau précis ? Il serait tellement sordide qu’il risquerait de perdre toute crédibilité. Ces touristes ont-ils conscience que de tels comportements inadmissibles ne peuvent que nourrir la haine et la crispation envers notre société occidentale?
Pour le bien de l’humanité, il est important et souhaitable que le plus grand nombre de personnes puisse voyager de part le monde, puisse aller à la découverte de l’autre, de tous les autres. Mais comme pour toute chose, cela demande une préparation ou à minima une réflexion personnelle préalable. Il serait judicieux que les organismes de voyages instaurent une sorte de « débriefing » auprès de leurs clients, particulièrement ceux dont le séjour n’excède pas une semaine. Il faut du temps pour comprendre des modes de vie différents du notre. Il faut beaucoup de temps pour comprendre toutes les nouvelles réalités qui s’offrent à nos yeux. Trop courte pour comprendre, la semaine semble malheureusement trop bien adaptée au maintient et à l’amplification de préjugés et jugements désastreux.
Un exemple des conséquences de la bêtise et de l’irresponsabilité de certains touristes : nous pourrions penser ou imaginer, nous européens, que compte tenu des températures élevées qui règnent dans certains pays tels la Tunisie, le mode de conservation des denrées périssables, sur la base du seul critère relatif à l’hygiène alimentaire, serait au moins identique à celui que nous connaissons chez nous. Et bien, c’est faux !
Plus étonnant, l’espérance de vie (75 ans) est ici quasiment égale à la valeur moyenne européenne. Autrement dit, une autre façon pratique en matière d’hygiène permettrait d’obtenir des résultats semblables.
Qu’ai-je observé depuis mon arrivée en terre tunisienne ?
Tout d’abord un nombre limité de boucheries le plus souvent spécialisées dans la vente d’un seul produit. En ville, peu offrent deux produits. Je n’en ai pas encore observé une proposant à la fois mouton, bœuf, chameau et volailles. Ainsi, ces deux particularités semblent conférer au boucher une meilleure maîtrise de son approvisionnement quotidien. Il ne lui est pas nécessaire d’avoir un stock et de s’équiper en chambres froides coûteuses. Les bêtes sont abattues soit la veille soit le matin et proposée au client simplement suspendues à des crochets. Le soir avant la fermeture, tout a été vendu. Ainsi, la viande fraîche reste au maximum 8 heures exposée à l’air et à ces fameuses et trop célèbres mouches qui dégoûtent nos trop indélicats «touristes d’une semaine».
Quant à l’approvisionnement du boucher, je dois à mes promenades à vélo le plaisir d’avoir découvert son secret ! Un pieu en bois fiché dans le sol, devant ou sur le coté de la boucherie, auquel sont attachés 2, 3 ou 4 moutons en attente de leur «jugement dernier» ! Quant aux bœufs et chameaux plus chanceux, ils patientent en « fumant leur dernière cigarette » entre maisons et immeubles en périphérie de la médina. Et cela « depuis la nuit des temps »!
… plusieurs siècles ont été nécessaires à l’Europe pour découvrir «le flux tendu» ! …
Je ne te ferai jamais assez l’apologie du voyage …
Revenons à nos moutons, pardon, je veux dire à nos « touristes d’une semaine » irresponsables !
Bien qu’ils n’achètent pratiquement pas de viandes ou de poissons, puisqu’ils sont merveilleusement et abondamment nourris dans leurs luxueux hôtels, ils vont, par ce qu’on leur a dit «plein de choses» avant de partir, ils vont, dis-je, se donner les grands frissons de leur vie : visiter le marché couvert, voir et sentir ces étalages de viandes et de poissons frais réunis en un même lieu.
Là tu assistes à toutes les grimaces possibles et inimaginables, à tous les gestes de dégoût, aux airs pincés les plus incroyables. Au bout de bras tendus, des doigts accusateurs et triomphaux pointent les mouches, quand d’autres, munis d’appareils numériques, prennent un nombre impressionnant de photos.
Résultat, que je suppute grandement : sans doute par crainte de voir leur tourisme entaché d’une mauvaise presse avec le risque concomitant d’une diminution du nombre de touristes, je suppose que les autorités du pays ont imposés aux commerçants du marché couvert de s’équiper de chambres froides et présentoirs réfrigérés totalement inutiles avec pour conséquence prévisible une augmentation non négligeable des prix au détriment des consommateurs qui sont loin d’être riches.
Monastir