«L’ouverture d’esprit que donnent les voyages en mer
est comparable à celle que procure la philosophie.
Je pense, qu’il faut faire deux ou trois voyages dans sa vie :
non seulement celui de la philosophie,
mais aussi
celui des paysages et des hommes »
Michel Serres
Monastir, le 4 novembre 2005
La vie quotidienne en Tunisie … ambiance générale …
En Sardaigne, en Sicile comme à Malte, se déplacer à pieds en ville est un cauchemar. Qu’il soit sur le trottoir ou dans les passages cloutés, le piéton est en permanence sur la défensive tant il est agressé de toutes parts par tout ce qui ce déplace à vive allure, voitures, scooters, motos qui, pour les deux derniers empruntent sans vergogne les trottoirs. Quant au niveau sonore il est épouvantable. Peu habitués à cette indiscipline généralisée comme à être exposés à autant de dangers graves pour nous et notre enfant, nous fûmes contraints à faire nos courses à tour de rôle et à emprunter les autobus pour toutes nos visites.
Ici à Monastir (60 000 habitants) la situation est radicalement différente. En tous lieux de la ville, voitures, mobylettes, scooters, vélos et piétons forment un véritable mouvement brownien, où chacun de ceux qui se déplacent le plus vite intègre instantanément les déplacements de tous les autres ! Je te laisse imaginer la vision qu’aurait un observateur : seuls les piétons ont une trajectoire rectiligne, quant à tout ce qui roule, elle s’adapte à celles des piétons ! Le plus dur pour nous fut d’entrer dans ce mouvement, jusqu’à que nous comprîmes comment s’y prendre ! Ce n’est pas compliqué : 3 règles à respecter ! La première, se lancer après avoir vérifié l’absence de tout véhicule en mouvement dans un rayon de 10 m. La deuxième, une fois engagé avancer à son rythme vers sa destination sans se préoccuper de quoi que ce soit. La troisième, éviter de changer brusquement de direction ! De temps en temps quelques coups de klaxons signalent à un imprudent qu’il a bien été « vu » et lui indique de ne pas s’affoler si le doublement ou le croisement se fait au plus juste ! Je n’ai pas encore vu d’accident, ni d’accrochage, alors qu’en Sicile ambulances et voitures de police sont en perpétuels mouvements, sirènes à fond ! L’ambiance est ici « bon enfant » et conviviale. Les tunisiens sont doux et pacifistes. Je n’ai pas encore observé une quelconque agressivité entre eux ou vis à vis de nous. Comme tous les méditerranéens, ils ont parfois le verbe fort qu’ils accompagnent de gestes de la main et peuvent s’interpeller d’un trottoir l’autre.
Monastir, entrée de la Marina
Les jeunes sont comme tous les autres jeunes du monde, tantôt calmes, tantôt excités et d’une tenue irréprochable : nous n’avons vu ni bagarre, ni heurt, ni incident ou une quelconque intervention de la Police. Des immeubles sont construits en périphérie de la ville, regroupés en « cités ». Là, en fin d’après midi et en soirée, les jeunes se retrouvent, forment plusieurs bandes, se promènent, discutent, jouent, tout cela dans le calme. Les garçons restent ensemble, séparés des filles que l’on voit peu le soir, sauf si elles sont accompagnées. Quant à la Police on la voit peu sillonner la ville. On la rencontre à quelques ronds-points afin de favoriser la circulation. Ici peu ou pas de feux tricolores. En trois mois nous en avons vu 5 dans un rayon de 80 km autour de Monastir. Seule la ville de Hammamet me paraît en être excessivement fournie: j’en ignore la raison.
Au milieu de cette agitation quotidienne, quelle que soit l’heure de la journée, une foultitude d’hommes de tous âges sont assis à la terrasse des bars dégustant lentement leur café ou thé, discutant entre eux, lisant leur quotidien ou fumant le narguilé.
Quant aux plus anciens, ils se maintiennent à l’ombre, seuls ou en groupes, devant le seuil de leur demeure ou sous les arbres de la médina et regardent la vie s’écouler. Imagine enfin les marchands du souk qui dés 9 heures du matin attendent avec impatience les touristes et, quand ils arrivent, déploient une incroyable science de l’art de vendre.
Monastir, barque de pêcheurs