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Monastir, le 21 Octobre 2005
Premiers contacts avec la médina.
Parvenus à l’aube en terre tunisienne, fatigués par une navigation de nuit au milieu des orages et sous une incessante pluie diluvienne, les formalités d’entrée accomplies, nous pûmes nous restaurer et tentâmes, en vain, de prendre un peu de repos. Notre impatience de fouler pour la première fois le sol de l’Afrique (certes du nord !) et de découvrir au plus vite notre nouveau pays d’accueil était si vive qu’elle eut raison de notre épuisement.
Est-ce une conséquence de la fatigue, de cette excitation, de leurs effets conjugués ou de toute autre raison que j’ignore, je ne sais par quelle magie cette première visite de la médina fut, pour moi, l’occasion de vivre un moment rare.
Imagine, qu’à l’instant précis de ton entrée dans la médina, s’ouvre en toi le livre de ta mémoire, qu’à chaque pas que tu fais, qu’à chaque ruelle … tourne une page de ta mémoire enfantine.
C’est fabuleux ! Etonnés, mais plus encore émerveillés, nombre de vieux métiers que nous pensions à jamais disparus captent et figent notre regard: ceux dont les illustrations agrémentaient mes premiers livres d’Histoire et de « Leçons de Choses » lorsque j’étais sur les bancs de l’école, comme ceux, enfant, je pouvais encore voir dans nos villages.
Dans cette médina, défilait, à jamais gravé dans ma mémoire, le film de mes premiers rendez-vous avec les ferronniers, tisserands, cordonniers sabotiers, maréchaux-ferrants, menuisiers, … , de Saint-Maurin, Tayrac, Puymirol, …
Le plus souvent à l’ouvrage sur une partie de la chaussée, leurs activités apparaissent naturellement intégrées à la vie quotidienne tellement leurs présences ne gênent ni ne perturbent le va et vient continuel des passants.
Je mentirais si je te disais que leurs outils semblent sortir d’un musée. Disons qu’ils ont un âge vénérable ; seuls quelques éléments originaux, te permettant justement de les authentifier, subsistent encore.
Quant aux autres, successeurs des disparus sous l’usage, ils révèlent alors l’immense ingéniosité de ces artisans.
A l’aide de choses simples, banales, de « trois fois rien », ils restaurent et fabriquent les outils dont ils ont besoin. Selon les métiers, nous observerons, ci et là, quelques emprunts à notre outillage moderne.
Au seuil de l’atelier d’un tisserand, immobiles, fascinés par le spectacle qui s’offrait à nos yeux, nous fûmes sortis de cette sorte d’état hypnotique par une voix chaleureuse nous invitant à enter.
Timidement, avec gêne et scrupules nous nous approchâmes. Sans lui avoir demandé quoi que ce soit et avant même que nous ayons eu le temps de le remercier, un homme, que la pénombre nous empêchait de distinguer, va nous conter, démonstrations à l’appui, les différentes étapes d’élaboration d’un tapis. Sa voix, ses intonations comme les mots qu’il emploie trahissent à la fois la passion de son métier, sa joie d’en parler et le plaisir de montrer son savoir-faire. Ce n’est que plus tard, lorsqu’il se leva de derrière son métier pour expliciter les gestes du processus de fabrication que nous pûmes enfin apercevoir son visage. Peut-être avait-il 45 ans.
Difficile de lui donner un âge : l’habit traditionnel masque la démarche, la peau cuite par le soleil est plus tôt soumise aux rides. En fait, son âge nous importait peu, nous étions seulement avides de voir le messager d’une telle gentillesse qui nous étonnait, nous surprenait, nous interpellait. Par ce qu’il avait abandonné son ouvrage en cours, notre gêne croissait au fur et à mesure que le temps qu’il nous consacrait s’écoulait. Ainsi nous limitâmes volontairement le nombre de nos questions. Nous apprîmes qu’il avait fait ses études en France ; études supérieures suivies d’études spécifiques aux métiers à tisser. Les jours suivants nous découvrirons que nombre de ces artisans possèdent une formation supérieure ou spécifique acquise dans notre pays ou dans un autre pays européen.
Nous le quittons vite, trop vite, à regret, lui précisant que nous devons arriver au marché avant sa fermeture.
Monastir, le Ribat