Finike, septembre 2007

de Xania à Istanbul

 

« Qui dit Egée ... dit Meltem ! »

 

 

Le premier mois de navigation de notre périple n'était pas encore achevé que nous redoutions déjà l'étésien Egéen, à savoir : le Meltem !

Pensez donc ! Dès que nous faisions part de notre projet d'aller à Istanbul, invariablement tous les navigants que nous rencontrâmes entraient en transe et se lançaient dans une description particulièrement apocalyptique du Meltem ! L'horreur ! Immanquablement, peut-être animés par le souci de ne pas trop nous effrayer ou nous décourager, sur le ton « croyez en mon expérience », concluaient tous par : «heureusement on trouve toujours le bon mouillage protégé sur le coté non exposé des îles» ! Ouf ! Rassurés, reprenions notre souffle ! Nous étions sauvés par anticipation !

Les apéritifs entre « hivernants dans leur bateau », comme les discutions sur les pontons durant le premier hiver passé dans la marina de Monastir ne firent qu'accentuer nos craintes ! Meltem = galère ! Le doute s'insinua. Christine rapetissait ! ...

 

... Il est 5 h du matin ce 26 août 2006, nous quittons l'île de Cythère pour rejoindre Xania afin de me faire soigner une méchante infection dentaire qui n'avait pu être traitée à Kalamata. Je ne pouvais pas rester plus longtemps dans cet état.

Il fait nuit noire, les bulletins météorologiques sont bons. Vent de force 4 à 5, une mer normalement agitée: parfait pour Leptine ! De nombreux rochers isolés sont signalés sur la carte. Nous redoublons d'attention, puis dépassons le cap. Et là, stupeur ! D'agitée la mer passe à particulièrement agitée. Le vent est à l'unisson. Il souffle le bougre : minima force 7 ! Quant à Leptine il n'arrête pas d'escalader puis de redescendre à grande vitesse de véritables « montagnes russe » !

Le Meltem ! Le Meltem ! ... Aussi sec faisons ... demi tour  ... retour à Cythère ... Et reportons au lendemain notre départ !

Quel accueil ! Quel baptême !

« Ils » avaient donc raison !

La fatigue de ces cinq mois de navigation cumulée à l'extrême chaleur et sécheresse que nous eûmes à subir sur cette île de Cythère pendant trois jours consécutifs nous firent oublier que nous entrions dans la mer Egée ... et ... « qui dit Egée ... dit Meltem » !

C'est donc « cela » que nous aurons à subir continûment du 15 juin au 15 septembre ? Je rapetissai ... Christine se liquéfia !

 

Les six mois d'hivernage à Xania nous permirent d'améliorer notre connaissance du Meltem, de « peaufiner »  une stratégie toute théorique pour son bon usage ! Théorique ... car nous n?avions justement aucune expérience de la mer Egée et ... du Meltem.

La mer Egée n'est en réalité qu'un immense archipel en forme de fer à cheval, bordée de part et d'autre par la Grèce et la Turquie et dont la partie basse « ouverte » est au tiers obturée par l'île de Crête. Dans cet espace presque clos émergent un nombre impressionnant d'îles de tailles variables (il y en aurait plus de mille : c'est dire !). Il y a toujours une « terre en vue » lorsqu'on navigue en mer Egée.

Le Meltem est un vent du Nord (Nord-Ouest / Nord/ Nord-Est) qui se manifeste l'été du 15 juin au 15 septembre. Sa force maximale sur l'échelle de Beaufort est 8 (exceptionnellement plus). Il peut être continue durant plusieurs jours (24h/24) ou se lever plusieurs jours de suite à une heure précise de la matinée pour s'estomper au coucher du soleil. Il peut aussi être inexistant: dans notre jargon c'est « pétole », pas un souffle d'air.

Le Meltem n'est pas le seul étésien à sévir en mer Egée. Il a son « contraire » - que je nommerais donc le Metlem ! - un vent semblant provenir d'un vent d'Ouest ou d'Est dévié en mer Egée par la Crète et une dépression située au nord de la mer Egée.

Grosso modo, ces deux vents se répartissent dans le temps de la façon suivante :

d'avril au 15 juin : 80% de Metlem - 15 % de Meltem - 5% pétole

du 15 juin au 15 septembre : 80% de Meltem - 15 % de Metlem - 5% pétole.

Tout projet de navigation en mer Egée ne peut être élaboré sans tenir compte du Meltem et du « Metlem ».

 

Vouloir « remonter » la Mer Egée (du sud vers le nord), comme vouloir la « redescendre » (du nord vers le sud) sans difficulté particulière, impose de respecter ces deux périodes.

Faire l'inverse relève de « l'aventure » et s'exposer à de forts désagréments.

Leptine - vent arrière - Mer Egée

Un « outil » formidable existe pour comprendre le Meltem et le Metlem: il s'agit du site grec www.poseidon.hcmr.gr de prévisions météorologiques des mers Egée et de Marmara. Ces prévisions (sur 3 jours et toutes les 6 heures) sont données sous forme de cartes des deux mers, la direction et la force du vent sont respectivement indiqué par des flèches orientées et une couleur variant du bleu foncé (pas de vent) au rouge vif (force maximale)..

Exemple du Meltem

L'intérêt d'une telle présentation est de montrer l'impact majeur et fondamental, ici, du relief et des nombreuses îles, sur le vent. Ce que les hydrauliciens nomment « l'effet venturi » : déviations et accélérations engendrées par les reliefs. Les informations météorologiques habituelles dont dispose tout navigateur s'avèrent insuffisantes pour les mers Egée et de Marmara. Elles donnent soit une direction moyenne et une force moyenne du vent au centre d'une zone géographique (dans notre cas 2 zones pour la Mer Egée), soit une carte des isobares pour toute l'Europe à partir de laquelle le marin doit extrapoler pour trouver à la fois la direction et la force du vent et cette fois-ci globales pour la mer Egée.

En fait, pour les mers Egée et de Marmara, « poséidon » a un effet loupe considérablement supérieur à ces dernières sources d'informations. On est prévenu en tout point de ces deux mers de ce que nous rencontrerons globalement, mais pas dans le détail. Seule la pratique permets d'accéder aux effets locaux, réels et importants, dus aux reliefs et d'anticiper au mieux ensuite compte tenu qu'il n'y a pas deux reliefs identiques ...

Nous en ferons l'expérience en explosant notre génois (il est vrai d'un certain âge et donc bien fatigué) alors que nous naviguions depuis plus de 3 heures avec un Meltem de force 4/5 et qui en moins de 10 secondes passa à force 8 par un effet très spécifique de relief ! De 18 noeuds en moyenne le vent est passé à une vitesse de 36 noeuds et sa force appliquée au génois en fut, quasi instantanément, multipliée par 4  (e=1/2 x mV²) !

Exemple du « Metlem » !

Les cartes de « poséidon » montrent tout l'intérêt d'éviter de faire les îles centrales de la mer Egée en Juillet et Août : les effets venturi y sont les plus violents. C'est la bonne période pour faire ses bordures (entre îles et continents), le Meltem y est moins violent et savoir réserver les mois de mai, juin, septembre et octobre pour faire les îles centrales.

Le Meltem et dans une moindre mesure le « Metlem » demandent attention et vigilance de la part des navigateurs. Ce sont des vents « formidables » pour un marin, car constants et non vicieux. Sauf qu'il faut anticiper les effets entre îles, entre île et continents ... En règle générale le Meltem souffle avec une force de 3 à 6. Naviguer dans de telles conditions de vent sur une mer peu formée (la présence des îles cassent les vagues ou ne laissent pas le champ suffisant pour qu'elles se forment) est un régal. Toutefois quelques règles simples s'imposent: anticiper les « effets venturi », surveiller comme « le lait sur le feu » les risées (une rafale force 8, sur une mer peu agitée comme la mer Egée avec un vent de fond de forces 4, 5 ou 6, forme une risée parfaitement identifiable) et de ne pas vouloir jouer à se faire peur !

Leptine - île de Kos (Grèce) - en arrière plan, la Turquie.

 

 

Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés