Finike, septembre 2007.

 

de Xania à Istanbul

 

Il est 6 heures du matin ...

 

 

...  ce samedi 31 mars 2007. Le moteur, parvenu à sa température nominale de fonctionnement, nous adresse l'ultime signal du départ. Son imminence nous torture. Nous hésitons, retardons cet instant où il nous faudra larguer les amarres, s'éloigner du quai ... nous n'avons pas envie de quitter le port ... pas envie de voir Xania s'estomper à l'horizon ...

 

Ces six mois passés dans cette ville furent délicieux. A aucun moment notre séjour n'eut à souffrir du fait que nous ne parlions pas le grec. Les grecs, en général, et les crétois, en particulier, sont d'un naturel paisible, gentil et courtois qui s'exprime à chaque instant dans leurs relations entre eux comme avec l'étranger. Il fait bon vivre parmi eux. Nous regretterons que l'immobilier y soit si cher. Nous aurions aimé pouvoir acquérir une maison ou un appartement afin de bénéficier d'une vie quotidienne aussi paisible, de cette douceur de vivre incomparable. Etonnant peuple, merveilleux peuple grec. Nous nous sommes ressourcés auprès de vous. Nous en avions, il est vrai, grandement besoin ! Si un « hit-parade » des peuples occidentaux existait, vous seriez, vous peuple grec, éternellement en tête, au premier rang !

La Crète

Ce « vague à l'âme » nous accompagna tout au long des premières semaines de navigation. Tenace et profond il eut pour conséquence d’occulter la joie et le plaisir que l’on éprouve au moment du départ pour de « nouvelles aventures ». Ressenti sûrement exacerbé par le fait que nous nous engagions dans le troisième et dernier volet de notre périple. Dans nos esprits était déjà présente la pensée que nous entamions les six derniers mois de navigation suivis des six mois d'hivernage en Turquie; autre pays et autre peuple à découvrir ... Et qu'il nous faudra alors retourner en France ... avec le risque d'abandonner cette vie de nomades marins ... de ne plus satisfaire notre soif de découvertes ... de ne plus pouvoir savourer ce plaisir immense et ineffable de naviguer.

 

Véritable torture ! Comment concilier nos envies et besoins et ceux plus importants et cruciaux de Carole : sa scolarité et développer des relations normales, dont elle a besoin, avec les jeunes de son âge, que la navigation ne peut lui procurer d'une manière satisfaisante ... La solution fit doucement son chemin : inscrire Carole au CNED si rien ne s'oppose à cela, passer les six mois d'hiver en France et naviguer les six autres mois ! Solution salvatrice : notre enthousiasme reprit toutes ses couleurs ! Nous repartîmes comme au premier jour !

 

Au programme de cette troisième année de navigation que nous voulions plus récréative que studieuse: Rhodes et Istanbul. Avec pour nouveau challenge et nouvelle contrainte à intégrer à notre stratégie de marche : le Meltem !

Une foultitude de découvertes nous attendaient entre Rhodes et Istanbul: la mer Egée et ses nombreuses îles grecques et turques, le fameux détroit des Dardanelles, la mer de Marmara et ses îles, sans oublier le cabotage sur la côte occidentale turque qui nous conduira jusqu'à notre port d'hivernage de FINIKE.

 

Nous ne savions pas que dés Rhodes nous mettrions enfin un nom sur un des aspects du ressenti majeur que nous éprouvâmes lors des premiers mois de notre périple et que nous ne parvenions pas alors à identifier et donc formuler,  à savoir : « l'ordre marchand ». « Il » nous accompagnera partout: en Grèce, en Mer Egée, en Turquie, en Mer de Marmara et à Istanbul. Avec lui « nous remonterons le temps », « remonterons le cours de l'histoire » et le verrons présentement à l'oeuvre.

Rhodes - vue du palais des Grands Maîtres.

Nous le verrons passer du statut « d'ordre marchand » au statut « d'Ordre Marchand ».

Nous prendrons de plein fouet l'état de pauvreté de la Grèce et de la Turquie. Avec ce sentiment puissant que ces deux merveilleux pays, aux passés si prestigieux, sont entrain de perdre leur âme respective. Cela est tangible partout où nous sommes passés. Les grecs comme les turcs seront dépossédés de leurs racines, cultures et terres avec une rapidité dont ils n'ont pas conscience : les métastases implantés par l'Ordre Marchand s'y développent exponentiellement.

Nous serons découragés par l'état de pollution des mers Egée et de Marmara. Pas un mètre linéaire de leurs côtes n'est exempt de pollution. A classer au rang de « fléaux de l'humanité » : la matière plastique (sous toutes ses formes) et le polystyrène expansé.

Nous constaterons de visu les méfaits écologiques du « tourisme de masse » Nombre d?îles et de villes centrées sur le tourisme dégradent à une vitesse vertigineuse leur unique gagne-pain !

Heureusement subsistent encore quelques zones superbes et merveilleuses mais peu nombreuses compte tenu du relief particulièrement abrupt des massifs montagneux qui plongent dans la mer. Pour combien de temps encore ?

Baie de Göçek - Turquie

De nombreux flans de montagnes du bord de mer sont défoncés au bulldozer pour des programmes immobiliers horribles et dont les maisons ou immeubles restent désespérément vides. Des milliers d'immeubles, tous identiques, des rues à angle droit ... et pas « âme qui vive ».

Nous découvrirons et serons déçus par Istanbul. Peut- être parce que nous en avions trop rêvé et que nous qu'elle nous renvoya en plein visage tout ce dont nous ne voulions inconsciemment plus voir ; l'agitation désordonnée, destructrice et futile des hommes en quête de profits, la pauvreté concomitante, la misère morale ... jungle dans la jungle.

Nous ferons de nouvelles rencontres, tant sur eau que sur mer, qui réjouiront nos coeurs et, assisterons à la fin de notre amitié avec « Mr Raoul ». Ainsi va la vie.

Il y a Carole notre fille, sacré « petit bout de gamine », pleine de vie et de fraîcheur, tendre et patiente, heureuse d'avoir sa mère et son père en permanence à ses côtés. Elle a su assumer sans problème particulier sa scolarité primaire, s'intéresser, s'investir et se passionner toute seule pour la mythologie grecque, dévorant les livres les uns après les autres, appréciant et réclamant ensuite la visite des musées archéologiques, se passionnant pour les sites antiques, se découvrant une passion pour la photographie, ..., et son immense faculté naturelle à aller vers les autres.

Carole

A peine étions-nous amarré dans un port ou dans une marina qu'elle partait en véritable petite ambassadrice de « Leptine » établir, en un temps record, une relation avec les occupants d'un ou plusieurs bateaux voisins !

Elle a « charmé » son monde partout où nous nous sommes arrêté. Cela n’empêche pas que parfois nous aurions bien aimés disposer d’un ou deux jours pour souffler ! Elle n’arrête jamais ! Toujours en mouvement, toujours prête pour toujours « plus » !!! Increvable ! Mais combien formidable ! 

 

Sans oublier « Leptine » sans qui ce périple, découvertes, réflexions, expériences, joies et peines de ces trois dernières années n'auraient été possibles. Merveilleux et fidèle il assuma fantastiquement avec courage et panache sa tâche. Sa récompense sera à la hauteur de ses exploits : nous sacrifierons une part de nos maigres économies à renouveler une partie de sa garde robe qui frise la limite d'âge : 31 ans ! Phénoménal, non ?

Leptine en route vers l'île d'Astypalaia.

C'est tout cela que nous allons vous conter.

Christine

La suite, à savoir notre rencontre avec les turcs et la Turquie, nous attendons d'avoir passé les six derniers mois parmi eux, d'aller plus en profondeur dans leurs terres afin de compléter la vision « côtière et touristique » trop partielle que nous en avons.

Pierre

Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés