Octobre 2008
Carole
Carole et son grillon - avril 2004 - Saint Pierre de Gaubert (47)
Ce « Carnet de Voyage » serait incomplet et d'une certaine manière particulièrement injuste si nous ne consacrions pas un article à notre fille Carole.
Simplement par ce qu'elle prit une place inimaginable dans notre périple. Plus encore, à sa façon, s'imposa tout naturellement comme la mascotte de « Leptine », personnalité
singulièrement attachante et incontournable. Auprès d'elle nous vécûmes, nous ses parents, une expérience peu banale. Quant à elle, une bien belle aventure, entourée de ses parents.
Nous ne nous serions pas engagés dans ce projet de trois années sans la certitude de lui apporter une scolarité de qualité. Cette obligation constitua notre contrainte principale. Très tôt nous
comprîmes que notre périple sera conditionné par sa scolarité, beaucoup plus que ce que nous avions pu l'imaginer au départ et dûmes le réajuster aux réalités scolaires et à son incroyable
avidité d'apprendre.
Ce ne sont pas seulement ces trois années de Carole que je vais vous conter. C'est aussi, en parallèle, la merveilleuse aventure que je vis auprès d'elle depuis sa naissance. Cela demande
quelques explications préalables.
Carole est le quatrième et dernier de mes enfants. Deux frères et une sœur plus âgés qu'elle issus d'un premier mariage la devanceront. Sa sœur aînée aujourd'hui âgée de 38 anset ses deux
frères de 35 ans et de 28 ans. Avec les deux aînés, j'ai, malheureusement des rapports difficiles et douloureux. La raison en est fort simple. Leur propre mère leur a transmis dès leur naissance
ce qu'elle portait en elle, à savoir le rejet et la haine du père. Elle tenait cette épouvantable et catastrophique éducation de sa mère qui elle aussi haïssait et rejetait son mari. Mon
« ex » transmettra de telles dispositions à nos deux premiers enfants. Plusieurs années me seront nécessaires pour comprendre. Trop tard, alors âgés de 10 et 7 ans le mal était
fait, ils étaient définitivement imprégnés. Seulement âgé de quelques mois, le dernier échappera à cet épouvantable formatage. Il en résultera que je serais privé notamment de cette relation
unique qui s'instaure entre père et fille.
Aussi, quand Carole vint au monde ce fut un grand moment. D'autant plus qu'à 52 ans j'avais engrangé nombre d'enseignements de la vie, j'étais moins stressé et plus disponible qu'au début de ma
première vie familiale.
Ainsi, dès ses premiers jours je pris conscience d'une évidence ! Carole a sa propre personnalité ! Cette notion ne m'avait nullement effleurée auparavant. Notamment pour mes trois
premiers enfants. J'attribuai cela à l'âge. Sûrement. Plus de maturité. Plus d'écoute. De cette écoute que l'on n'a pas lorsqu'on est justement en période d'écoute de soi ! Sa personnalité me
« sautera aux yeux ». Avec cette conscience nouvelle elle aussi d'éviter d'aller contre, de ne pas la contrarier, seulement diriger en douceur les éventuelles dérives qui ne manqueront
pas de se manifester. Carole se montrait vive et éveillée. Deux yeux grands ouverts. Deux billes brillantes. En permanence.
Satisfaite par peu de sommeil le jour comme la nuit, je fis en sorte que son horizon ne se limite pas au plafond de sa chambre.
J'observais de plus qu'un enfant était à l'image d'un « disque dur » vierge d'un ordinateur. Il ne demandait qu'une chose, emmagasiner des données. Carole était en constante
demande, que nous devions satisfaire. Alors, son petit postérieur bien calé sur mon avant bras gauche placé à l'horizontale contre moi, son buste maintenu contre ma poitrine par ma main droite,
nous passâmes de nombreuses heures, journées et semaines à découvrir la maison, le parc, le potager, le vergers et la campagne immédiate. Nous employâmes exclusivement le langage d'adulte. A
aucun moment elle n'entendit un quelconque langage « petit bébé ».
Carole à Tripoli - Lybie
Carole se passionnait. Ses petits bras ne manquaient jamais de s'agiter face à une nouveauté qu'elle semblait apprécier. Puis fit connaissance du porte bébé placé dans mon dos pour de longues
promenades dans la campagne, ensuite du porte bébé pour bicyclette présentant la particularité de placer l'enfant entre le guidon et la selle. L'enfant disposait ainsi d'une vision totale, somme
toute plus intéressante que celle du dos et postérieur de son père s'il avait été placé à l'arrière. Les berges du canal latéral à la Garonne n'eurent plus de secrets pour elle et entreprîmes de
vastes randonnées dans un rayon de 15 kilomètres. Les journées d'été s'écoulèrent ainsi. De découverte en découverte. Pour sa troisième année et à sa demande nous fîmes l'acquisition d'un canoë
trois places. Suivirent de nombreuses balades sur le canal latéral à la Garonne. Nous traversâmes la ville d'Agen, empruntâmes le pont canal ... Bref toujours en mouvement.
Carole - 4 ans - Saint Pierre de Gaubert (47)
Ne possédant pas de poste de télévision, Carole nous verra souvent plongés dans nos lectures. Ses livres d'images ne lui suffirent plus. Elle réclama à apprendre à lire. Christine s'en chargea.
Ses progrès furent stupéfiants. Puis voulut de vrais livres avec textes. Qu'elle choisit elle-même dans la seule librairie d'Agen et retira de notre bibliothèque plusieurs de nos livres ...
pour les remplacer par les siens. Nous avions nos marques! Elle prit les siennes ! Parfois sans retenue. Jouets et jeux envahirent la maison. Nous rectifiions. Souvent. Jusque dans le
bateau ! Là c'est plus gênant. L'espace est moindre. Aujourd'hui subsiste encore cette fâcheuse habitude. Combat de tous les jours ! Que de mini combats !
Son frère Guillaume la vit naître et fut sa première idole. Elle éprouve pour lui de forts sentiments, toujours présents. Lorsqu'il vint nous voir de Los Angeles à Finike, nous ne
lui annonçâmes sa venue que quelques jours auparavant. Par ce que toute son attention aurait été polarisée et qu'elle aurait consacré son temps à construire une montagne de scénarios sur ce
qu'ils allaient pouvoir faire ensemble. Pas une seule heure ne se serait écoulée sans qu'elle en fasse mention et ce jusqu'à son arrivée ! Guillaume là, nous n'existons plus !
Carole et Guillaume à Göreme - Cappadoce - Février 2008
Guillaume tient une grande place dans son cœur. C'est son « grand frère ». Elle l'admire. Il sait se montrer affectueux et patient. Curieusement elle ne montra aucune jalousie lorsqu'il
nous présenta sa fiancée. A dire vrai, il aurait été plus légitime que ce soit cette dernière qui manifeste quelques signes de jalousies voire d'impatience à l'encontre de Carole vu ses
tendances à l'envahissement. Elle n'hésitait pas, au petit matin, à entrer dans leur chambre et à se glisser entre eux !
Par deux fois elle aura l'occasion de rencontrer sa grande sœur . C'est peu. Pourtant elle manifesta une vive admiration pour elle et de la peine à ne pas la voir plus souvent. Longtemps
elle nous parla d'elle, puis se fit une raison.
Quant à son frère aîné elle le rencontra plus souvent. Il se montra d'humeurs variables, parfois maladroit vis à vis d'elle, tantôt gentil, tantôt tyrannique. Toutes ces absences
lui furent pesantes et ce d'autant plus que nous ne pouvions pas lui donner les raisons. Trop petite pour comprendre.
Elle marcha à neuf mois et s'accorda un peu plus de temps pour parler. Et lorsqu'elle le fit, nous étonna. Imaginez un « petit bout de chou » parlant comme un adulte, des phrases
parfaitement construites faisant appel à un vocabulaire particulièrement riche mais oh combien surprenant dans la bouche d'un enfant. Dès lors nous fûmes assaillis de questions et
interrogations. Mille questions par jour. Auxquelles nous devions apporter des réponses. Digne d'un authentique interrogatoire qui ne prenait fin que lorsqu'elle semblait se satisfaire de la
réponse que nous lui apportions. Comment expliquer à un enfant de 3 ans ce qu'est l'électricité ? Et pourquoi les étoiles ne tombent pas ? ... Les livres pour enfants et adolescents
nous aidèrent. Elle en possèda un grand nombre. Sa cabine fourmillait de livres, toujours en désordre ... elle passa des heures plongées dans ses livres.
Elle réclama l'école. Alors que la majorité des enfants manifestaient leurs peurs ou craintes par de bruyantes crises de larmes en ce premier jour de rentrée, Carole, peu impressionnée,
déterminée et heureuse de rejoindre enfin l'école quitta sa mère sans se retourner et sans pleur. La mère était malheureuse, pas la fille ! Un monde à l'envers.
Carole - « l'école à la maison » - année 2005
Puis vint la grande section de l'école maternelle. Où nous fûmes confrontés au problème posé par le fait que Carole soit née en début d'année. Il prit alors une toute autre dimension que celle
observée tout au long des deux premières années de maternelle. De fait plus âgée de presque une année que ses camarades de classe, Carole se révéla plus mure, plus rapide qu'eux. Elle
n'avait aucune difficulté de compréhension et d'assimilation. Ce faisant, s'ennuyait, s'agitait et distrayait ses voisins de classe. Ce qui, très vite, ne manqua pas de poser de sérieux
problèmes que son institutrice ne sut résoudre de manière simple et intelligente. Il aurait tout simplement suffit qu'elle lui apporta un complément de travail à faire, bref qu'elle l'occupa. Ce
ne fut pas le cas. Elle subira alors des brimades stupides, qu'elle ne comprit pas bien évidemment et qu'elle nous relata dans le détail quelques mois plus tard.
En trois mois de « grande section » nous vîmes notre fille se décomposer. Elle devint sombre, se replia sur elle-même, parla de moins en moins et perdit sa spontanéité, sa
vivacité, sa gentillesse et sa merveilleuse joie de vivre. Nous en fîmes part au corps enseignant, en pure perte. Forts contrariés et mécontents nous retirâmes Carole de l'école et fîmes appels
aux services de cours privés par correspondance. Christine assuma sa scolarité. A cette occasion, je découvris que j'étais incapable d'assumer un tel travail simplement par ce que je ne disposais
pas de la patience qui sied. Pour me consoler, ou plus prosaïquement pour me dédouaner, je n'hésita pas un instant à penser que seule une mère était en mesure de faire montre d'une telle
patience !
Carole - 4 ans - Saint Pierre de Gaubert (47)
En peu de temps nous retrouvâmes notre Carole. Passionnée par son apprentissage. Elle se transforma en « maîtresse d'école » ! Prépara à mon intention de nombreux
« cours » et « exercices » à réaliser ! Auxquels je devais impérativement me plier. Cette « manie » ne l'a jamais quitté. Hier encore, elle apporta à
chacun de nous deux une copie qu'elle avait soigneusement remplie d'énoncés de problèmes de mathématique que nous devions résoudre, copiant en cela le mode opératoire des devoirs du CNED. Elle
nota nos copies !
Sa mère devint pour elle plus qu'une mère. Autre chose, de plus grandiose. Celle qui (lui) apporte le savoir. Je me souviendrai toujours de son regard porté sur sa mère quand celle-ci lui faisait
classe. C'était magique. Il y avait à la fois de l'admiration, du respect, de l'étonnement et du contentement. Son regard s'était enrichi. Sa mère était devenue « sa maîtresse ».
Et l'on sait combien pour un enfant, le « maître » ou la maîtresse » est important, quasi intouchable. « Le maître a dit » : tout est dit !
Habituellement dans un couple la mère est toujours plus bienveillante envers les enfants, laissant ainsi au père le rôle ingrat du gardien des « lois ». Les mères n'osent pas gronder,
sanctionner ou se fâcher. Certes elles palabrent. Trop. Tellement, qu'elles ne sont plus entendues par leur progéniture et perdent de leur crédibilité en terme d'obéissance. Ce faisant, font
appel au père pour faire obéir l'enfant. La difficulté, nouvelle pour Christine, fut justement de parvenir à imposer une discipline scolaire à Carole tout en conservant cette douce faiblesse
maternelle. Elle se fit violence et y parvint. Quant à Carole, à qui rien n'échappe, elle mit peu de temps à comprendre l'affreux dilemme qui agitait sa mère et sut en abuser. Au
point qu'elle parvint maintes fois l'exploit de « rendre sa mère chèvre ». Jusqu'au jour où Christine finit par comprendre. Enfin.
Carole - année 2004 - Saint Pierre de Gaubert (47)
C'est ainsi que, périodiquement, je trouverais Christine complètement démoralisée. Carole ne savait plus faire les opérations simples, ne savait plus conjuguer les verbes, faisaient des fautes
d'accord, ..., alors que jusqu'à présent tout était parfait. « J'ai dû reprendre les bases et recommencer presque à zéro » me disait-elle. Ceci, comme les autres
« péripéties » de cet acabit, me parurent étonnantes, bizarres et peu logiques. Jusqu'au moment où nous comprîmes que Carole usait de cet artifice de simulation afin de satisfaire son
nouveau jeu qui consistait à faire monter la pression chez sa mère (la faire râler, comme elle disait !), mais surtout avait trouvée là le moyen de disposer d'encore plus de temps pour
vaquer à ce qu'elle avait envie de faire, puisque sa mère après reprise des leçons supposées non acquises lui donnait alors des exercices à faire, qu'elle savait bien entendu traiter sans
difficulté en un temps recors. Sa mère, alors rassurée, se montrait généreuse et lui accordait ... quartier libre !
Inutile de faire un dessin ! Carole, futée, usa sans vergogne d'un tel stratagème !
Nous assistâmes, Christine et moi-même, à toutes ses phases d'évolutions et comportementales. Jour près jour, nous la vîmes se transformer, évoluer. Et dûmes nous adapter. Parfois nous ne sûmes
pas comment nous y prendre. Finalement nous nous résolûmes au raisonnement d'adulte qu'elle était totalement apte à comprendre. Et la placèrent face à ses réalités et responsabilités. En
fait, son seul souci était de faire que ce qu'elle avait envie de faire au moment où elle avait décidé de le faire. C'est le seul problème que nous eûmes avec elle ! Toujours existant, mais
décroissant.
Autrement, Carole est une enfant merveilleuse, gentille, affectueuse et fort attachante. Même très affectueuse. Sans trace d'une quelconque méchanceté ou agressivité. Il est vrai aussi qu'elle
reçut de notre part beaucoup de tendresses, de câlins et d'attentions. Réciproquement elle n'a de cesse de nous montrer son affection par un tas de petits gestes, signes ou manifestations
parfois envahissants !
Puis vint l'âge où Carole deviendra « amoureuse » de son père. Curieusement elle ne se montra jamais « jalouse » de sa mère, mais aurait bien voulu que sa mère, elle ,
soit jalouse d'elle et tenta ce qui lui était possible de faire afin d'y parvenir ! Peine perdue. Je fus agréablement envahi par son « amour » exubérant et débordant.
Chaque jour je recevrais de nombreux « billets doux » de sa part. Elle provoqua sa mère en me prodiguant de nombreux câlins, sans pour autant parvenir à se détacher d'elle
puisque cela ne l'empêcha pas durant toute cette période de venir rejoindre Christine dans notre cabine pour faire un gros câlin matinal, le temps que je préparasse le petit déjeuner. Malheur à
Christine si un matin elle oubliait ce rite !
Elle fit preuve d'un fort attachement à ses parents et en même temps d'une volonté particulièrement marquée d'indépendance. Volontaire en toutes choses. Voire terriblement obstinée !
Quand elle a une idée en tête, rien ni personne n'est en mesure de l'en faire dévier ! Nous fûmes époustouflés et estomaqués par son étonnante capacité à raisonner et à argumenter.
Comme celle d'ignorer parfaitement nos argumentations ou propos et maintenir son cap comme si de rien n'était. Nous nous demandâmes « de qui elle tenait » de telles dispositions !
Particulièrement étonnantes de la part d'un enfant de 8 ans.
Dès seize mois elle fit sa première croisière d'une semaine sur un catamaran de douze mètres que nous louions avec trois autres couples. Suivirent deux autres croisières les années suivantes, sur
catamaran et avec d'autres couples d'adultes. Elle découvrit ainsi la Corse et la côte méditerranéenne française. Elle s'adapta parfaitement à la navigation et apprécia particulièrement le
confort et la vitesse d'un catamaran au point de rêver d'en posséder un ! Seul enfant parmi les adultes, elle bénéficia de leur part d'un intérêt et d'une attention importants. Elle ne posa
aucun problème. Evolua avec naturel et décontraction au milieu de tous. Elle charma son monde. Et devint chaque fois la mascotte du bateau.
Sa faculté « naturelle » à s'exprimer comme un adulte et le fait d'avoir côtoyé plus d'adultes que d'enfants la conduisirent à privilégier le contact avec les adultes. Souvent elle
s'ennuyait avec les enfants de son âge et n'appréciait que modérément leurs jeux. Toutefois, elle éprouvait toujours un grand besoin de les retrouver . Elle prenait même un certain plaisir à
s'entourer d'enfants plus jeunes qu'elle. Cela lui permettait, pensions nous, de satisfaire son besoin de « pouponner », de jouer le rôle de « maîtresse », mais aussi de
satisfaire son besoin d'autorité. A sa façon elle est une sorte de « meneuse ». Les difficultés ne manquèrent pas dès lors qu'elle était en présence d'un enfant de son âge du
même type ! Il nous fallut beaucoup parler avec elle sur ce thème. Elle apprit ainsi à s'adapter aux situations sans pour autant étouffer sa personnalité. Nous lui apprîmes
l'écoute, le dialogue et savoir se faire respecter. Dire non et savoir s'occuper à autre chose. Bref, malgré le peu d'enfants qu'elle rencontra en trois années de navigation, justement
par ce qu'ils furent peu nombreux, elle en tira une expérience somme toute fort instructive. En parallèle elle développa de nombreux contacts, tous riches d'enseignements pour elle, avec d'autres
adultes parmi les navigants que nous rencontrions.
Le premier d'entre eux, sera « Mr Raoul ». Confiante elle allait souvent voir Line et Alain. Parler ou simplement être avec eux. Il nous faudra veiller à modérer son besoin de les
rejoindre dès qu'elle était libre de son temps. Et dûmes prévenir et l'excuser souvent pour sa formidable capacité naturelle à envahir l'espace.
Il était difficile et délicat pour nous de la limiter et de maîtriser son besoin de contacts avec les autres. Nous ne pouvions compter que sur la saine intelligence de l'adulte. Durant deux
années elle apprécia ses rencontres avec Line et Alain. Puis viendra le fatidique moment des problèmes avec « Mr Raoul ». Vis-à-vis de Carole, Alain se montra peu digne et peu
respectueux d'un enfant. Il la rejetta brutalement et d'une manière blessante. Nous la vîmes revenir en pleurs, meurtrie et "le coeur gros". Elle se détacha difficilement d'eux. Nous ne pouvions
pas lui dire la vérité. Trop jeune pour comprendre les raisons.
Nous hivernâmes dans la marina de FINIKE. Elle fit connaissance de nombreux adultes et trouva une écoute attentive auprès d'un couple de belges Janick et Michel tous deux passionnés par
l'aquarelle, l'écriture et le dessin. Elle les envahit ! Et devrons une nouvelle fois l'excuser auprès d'eux. Elle passa des après midi entiers avec eux. Ils lui enseignèrent les premiers
rudiments de peinture, comme ils lui communiquèrent le goût pour le « Srapboocking ». Elle ne les quitta quasiment pas durant tous les mois d'hiver. Ses seules infidélités à leur
encontre eurent pour origines la présence temporaire de quelques compagnons de jeu et plus continûment d'une chienne « Nina » pour laquelle elle se prit d'affection. Elle découvrit
ainsi les propriétaires de cette chienne, Marina et Jordi, qui devinrent sa deuxième compagnie d'adultes. De fil en aiguille elle fit connaissance avec nombre de navigants de la marina.
Il y eut Jean-Jacques et Françoise, ... Tant et si bien qu'à son anniversaire tous furent là autour d'elle et lui firent de superbes cadeaux. Ce fut une énorme surprise pour elle. Elle ne
s'attendait pas à une telle manifestation de sympathie. Elle en garde un souvenir très ému.
Carole avec Michel "d'Aquarellia" - pour ses 10 ans
Durant ces trois années de voyage elle n'eut pas conscience de vivre une expérience extraordinaire. Cela ne manqua pas de nous étonner jusqu'au moment où nous réalisâmes que quel que soit le mode
de vie que nous lui aurions pu lui faire connaître ce dernier aurait toujours été considéré par elle comme la normalité puisque était ce que nous ses parents lui faisions vivre. Il était
donc tout à fait normal que cela n'éveille pas son attention. Elle ne prit conscience de l'aspect extraordinaire de son vécu qu'à notre retour, lorsque des jeunes de son âge et des
adultes la questionnèrent et lui firent part de leurs envies de vivre une telle aventure.
Au début du voyage elle se montra peu intéressée par les paysages et la mer. Son unique préoccupation était de se baigner, même là où elle n'avait pas pieds. Elle ne savait pas nager et n'était
pas pressée d'apprendre. Après quelques mois de dures batailles (!) elle sut nager. Volontaire et inépuisable, elle n'hésitait pas à s'éloigner du bateau et entreprit maintes fois
de longs allers et retours sur la plage parfois distante de plus de 300 mètres du bateau. Simplement pour aller jouer sur le sable. Construire des châteaux ou ramasser des coquillages. Elle passa
des après midi entiers dans l'eau. Le soir venu, le dîner achevé, terrassée par la fatigue, il nous était alors permis de savourer le plaisir d'une soirée plus calme que d'habitude.
Elle ne se départit jamais de son esprit curieux. A peine avions nous amarré le bateau qu'elle nous pressait à visiter les environs. Bien souvent elle serait partie seule et préconisa à cet effet
que nous fassions l'acquisition de petits émetteurs-récepteurs radio (talkie-walkie)! Ce que nous fîmes!
Christine et Carole à Athènes
Elle se passionna pour la mythologie et l'histoire grecques. Ses dieux, comme ses nombreux personnages n'eurent plus de secrets pour elle. Elle lut l'Odyssée. Connut les voyages et mésaventures
d'Ulysse et ne manqua pas tout au long de notre périple de tenter de repérer les traces de ce fabuleux personnage qui semblait la fasciner. La ville de Troie capta son attention. Elle
guetta, jumelle en main, son emplacement ou sa trace lorsque nous longeâmes la côte ouest de la Turquie devant nous conduire à l'embouchure du détroit des Dardanelles.
Elle prit rapidement goût aux visites des musées. A chacune de nos escales elle nous signalait son existence (éventuelle) et sa situation dans la ville ! Après l'achat d'une glace, visiter
le musée était le deuxième acte le plus important que nous devions accomplir ! Eglises et cathédrales retinrent également son attention. Les premiers temps c'était presque une obsession. Il
nous fallait entrer dans toutes les églises qu'elle apercevait. A ce titre, Palerme fut pour nous un calvaire ! Là aussi, nous devions répondre à ses nombreuses questions. Heureusement nous
disposions de plusieurs guides touristiques.
Durant la première moitié de notre périple, Carole se montra peu intéressée par la mer et la navigation. Elle occupait les périodes de navigation à dormir puis à jouer. Elle paraissait peu
sensible aux différents états de la mer. Seule sa patience était mise à rude épreuve. Elle avait beaucoup de difficultés à supporter de longues navigations. Nous devons reconnaître qu'elle
n'a jamais été vraiment embêtante ou insupportable. La difficulté pour nous fut de l'occuper, de meubler son temps. Sans pour autant faire appel aux mêmes activités ou jeux.
Puis vint ce jour où pour la première fois je verrais Carole, en appui sur le rebord bâbord du cockpit, son corps et sa tête corps tournés vers l'extérieur, observer et contempler la mer. Elle
resta près d'une heure dans cette position, sans prononcer un mot. Nous entamions notre remontée vers Istanbul et naviguions toutes voiles dehors dans le sud de la Mer Egée avec un vent idéal de
force 4/5. Etrangement, la mer était houleuse et fortement croisée. Des creux de 3 à 4 mètres se formaient instantanément de tous côtés. C'était étonnant et impressionnant. Une puissance farouche
se dégageait des mouvements désordonnés de la mer. Carole, visage détendu et calme, observait. Nulle crainte en elle. Elle semblait fascinée. Plus encore elle paraissait apprécier et savourer ce
fantastique spectacle. A ce moment là je compris que Carole venait d'intégrer en elle l'élément mer. Que cette mer, qui jusque là lui était d'une certaine manière indifférente, s'inscrivait
définitivement dans son cadre naturel de vie et, subjuguée ou émerveillée faisait maintenant sa connaissance. La mer quel que soit son état ne posera aucun problème à Carole. Ce jour, me
semble-t-il, Carole s'est inscrite sur la longue liste des amoureux de la mer et de la navigation à la voile ! Petit marin deviendra grand !
Père et fille à Malte.
Elle voulut tout faire sur le bateau, le barrer, le rentrer dans le port ou dans une marina, répondre ou envoyer les messages sur la VHF, reporter nos positions sur la carte ou suivre nos
déplacements sur l'ordinateur portable, déterminer en fonction de la distance restante à parcourir et de la vitesse du bateau l'heure d'arrivée à l'escale.
Et ... elle le fit ! Elle apprit, parfois toute seule en observant comment je procédais, ou lui enseignais ce qu'elle ne pouvait acquérir seule. Elle se passionna. Toutefois elle n'eut
pas accès à la barre. Trop « délicat » encore pour elle. Le bateau est lourd et il lui fallait comprendre d'autres notions qui font que barrer un voilier n'est pas semblable à tenir le
volant d'une voiture. Je crois qu'elle ne va attendre trop longtemps. J'ai l'étrange sentiment que cela se fera très vite lors de notre prochain périple !
Elle m'observa beaucoup « à la manœuvre ». Et bien sûr voulut faire comme moi, ignorante des efforts physiques qu'il faut souvent déployer !
Maintenant il nous est interdit de piloter l'annexe ! C'est elle qui dirige la manoeuvre !
...
Carole ? ... Thème inépuisable !
Ou suis-je intarissable dès qu'il s'agit d'elle ?
Sacrée Carole !
Que de joies, bonheurs et plaisirs tu sais réserver à tes parents !
Carole - Juillet 2008 -Vianne