Libye

La Libye

Leptis-Magna - de porte en porte entre basilique et forum

 

 

Sommaire

d'aventure,

en ...mesaventures,

suite mesaventures,

la Tripolitaine

d'aventure...


Une certaine impatience couplée à une excitation non dissimulée nous habitait en cette fin d’hivernage passé au creux de la marina de Monastir. L’hiver avait été doux et agréable: une température clémente jamais en dessous de 6°C, des pluies peu nombreuses, abondantes certes mais toujours de courte durée et quatre coups de vent sérieux qui ne posèrent aucun problème à « Leptine ». Il nous tardait de reprendre la mer et d’engager la deuxième partie de notre voyage: celle qui devait nous conduire en Egypte après un passage tant rêvé et attendu en Libye.

« Leptine » avait eu droit à de nombreux soins et égards. Une robe neuve, sa coque repeinte en blanc lui donnait fière allure. Son moteur principal révisé de fond en comble nous rassurait sur sa capacité à nous assister pleinement lors de futurs et probables moments difficiles et délicats à négocier que seule la navigation sait réserver ... généreusement ... à ses amoureux … Quelques réparations sur le génois effacèrent les outrages du vent ... Le dessalinateur offrait enfin un service complet et mis en état d’alimenter les deux réservoirs … La salle des machines débarrassée de nombreux raccords, tuyauteries, appareillages, inutiles et encombrants … Dans le carré, le teck mis à nu et imprégné d’huile pouvait respirer et dégager toute sa beauté. Une nouvelle annexe rigide et un nouveau moteur manipulable par une seule personne venaient compléter le tableau ...

Nous étions fins prêts et pouvions partir sereins …

Ce que nous fîmes, précisément le 5 mai à 6 h du matin. Les bulletins météo des jours à venir étaient excellents. Un ciel bleu, le soleil pointait son nez … un vent de face … les premiers miles au moteur le temps de contourner l’île Kuriat et de recevoir le vent sur notre travers.

Qu’il était doux le ronronnement du moteur … une horloge … lorsque au terme de la première heure une odeur prégnante de fuel vint perturber notre quasi extase du départ … une descente précipitée dans la salle des machines permit de localiser la fuite. Necessité absolue de la contrôler afin d’éviter que le fuel se répande et s’enflamme. Des bouteilles d’eau minérale vidées précipitamment permirent de le recueillir et de quantifier la fuite à 10 litres à l’heure.

Seulement éloigné de 6 milles nautiques de la côte le portable gardait encore toute son efficacité. Le mécanicien diéséliste fut promptement tiré de son sommeil et lui fixons rendez-vous … au quai de distribution du fuel de la marina de Monastir.

Nouveau départ à 10h45 … contournons et dépassons l’île Kuriat … le vent a tourné et oscille entre Sud Sud Est et Sud Est. Hisser les voiles nous écarterait considérablement de la route permettant de rejoindre Houm-Souk (île de Djerba).

Vers 14h30 le vent monte rapidement pour atteindre force 8 !!! Surprise : je m’informe via la VHF auprès des autorités maritimes locales. Un avis de «coup de vent» a bien été diffusé ce matin ... Foutue fuite de fuel elle aura mis en défaut ma vigilance ! Trop polarisé par sa réparation j’ai manqué à mon devoir élémentaire de surveiller les bulletins météorologiques ... Nous subirons ce vent et une mer très fortement agitée jusqu’à 6 heures du matin … le bateau cogne, pique du nez, enfourne à plusieurs reprises, l’eau de mer n’arrête pas de s’écouler de la proue à la poupe, passe à travers le bimini, remplit le cockpit, mouille tout ce qu’elle rencontre … sans visibilité je fonctionne et fait confiance au GPS. Les balises de contournement des îles Kerkennah sont invisibles, pourtant je passe auprès d’elles à moins d’1/4 de mile … Dans un état quasi comateux nous apercevons au lever du jour la fameuse bouée sensée indiquer l’axe du chenal d’accès au port de Houm-Souk … Heureusement que nous arrivons avec le jour car elle n’est pas là où elle devrait être, mais décalée de 1 mN à droite de son emplacement théorique. Autrement dit, en respectant les Instructions Nautiques, de nuit, c’est l’échouage certain à quelques encablures de la côte … et un désastre prévisible par très mauvais temps … que de négligences graves et coupables de la part des hommes …

L’escale de quelques jours à Houm-Souk nous fait du bien. Pour une reprise l’entrée en matière fut rude, très rude, trop rude. Nous découvrirons que par gros temps l’eau de mer s’infiltre dans le bateau via le pont arrière ... les moquettes de la cabine arrière sont étalées au soleil … je ne parviens pas à localiser les points de fuite … c’est désespérant. A la poupe, le bossoir tribord est fissuré au niveau de sa liaison avec le pont. Il n’a pas supporté les chocs violents de cette nuit. Notre nouvelle annexe est sûrement trop lourde pour les deux bossoirs. Pourtant ils sont solides. L’examen de la fissure permet de me rendre compte qu’ils sont en fonte, métal le plus cassant et fragile, alors que je les croyais en acier inoxydable ! Il est vrai que la peinture blanche qui les recouvre masquait le métal … l’hérésie est souvent là où on ne l’attend pas ...

« Leptine » - port de Houm-Souk – île de Djerba - Tunisie


Le port de Houm-Souk n’est pas adapté à la plaisance: un seul point d’eau, un accès quasi impossible à l’électricité. Seul un petit bout de quai, très sale et bruyant, est « réservé » aux plaisanciers. Ce port, comme la ville n’ont rien de particulier si ce n’est d’être affreusement tristes. Ici la vie et la joie de vivre semblent avoir déserté ce coin de Tunisie. Les gens sont tristes, à peine polis et peu aimables. Seule une propreté toute relative la distingue des autres régions tunisiennes. C’est sans regret que nous quittons l’île de Djerba.

Notre moral est au beau fixe: prochaine escale … la Libye … Les prévisions météorologiques offrent une « fenêtre » favorable de 48 heures. Au-delà le temps se gâte sérieusement pour une durée indéterminée. Nous quittons donc Djerba le dimanche 9 avril en début d’après-midi. Toutes voiles dehors. Le vent ne s’oppose pas à notre progression. La nuit venue, le vent se faisant rare, le moteur est mis à contribution. Son ronronnement nous rassure. Les odeurs de fuel ne sont plus qu’un lointain souvenir. La mer est belle. Pas de bateau en vue. D’ailleurs jusqu’à Tripoli nous n’en verrons aucun. Cela a parfois un petit coté angoissant de se savoir seul au milieu de cette étendue de mer. Que se passerait-il en cas de difficulté majeure ? Nous en étions à ce type de considération quand le moteur se mit à faire un bruit bizarre.

Il est 2h30 ce lundi 10 avril. Il semble s’essouffler, ne plus avoir de réserve de puissance. Bref il paraît «manquer d’air». Mes investigations n’apportèrent aucune réponse: le fuel circulait bien, l’air aussi. Contrarié, je décidais de dormir ... afin de calmer angoisse et stress associé, Christine assurant la surveillance. Deux heures plus tard elle me réveille. A la poupe …un énorme panache blanc ! Nous stoppons le moteur et hissons toutes les voiles. Le vent monte progressivement pour nous abandonner lâchement de 14h30 à 19 heures. Quarante cinq miles nautique nous séparent de Tripoli.

Progressivement le vent monte en puissance et se stabilise à 17/18 nœuds. Seul inconvénient il vient du Sud: il vient de Tripoli, là où nous voulons justement aller !

Nous passerons la nuit à tirer de nombreux bords, à guetter les bascules du vent favorables permettant de nous rapprocher le plus de l’objectif. Nous pûmes savourer longuement le plaisir d’un « Leptine » filer à 7.5 nœuds (GPS) au près et par vent établi à 17 nœuds. Il ne s’agissait pas de bouder une telle joie quand elle se présente … la suite nous montrera qu’elle sait se faire rare …

La mer Libyenne nous réconcilie avec la mer Méditerranée: elle ne ressemble en rien à ce que nous avons connu d’elle jusqu’à présent. Houle et vagues sont régulières, ne présentent ni aspect chaotique ni successions de 2 ou 3 vagues vicieuses … C’est un mini Atlantique. « Leptine » calé sur son bord trace puissamment sa route. Le jour se lève. Et avec lui tombe le vent ! Douze miles nautiques nous séparent de Tripoli.

Un courant de dérive de 1.5 nœuds nous pousse vers Sabratha, à l’ouest de Tripoli. Pas de bateau en vue. Nous décidons d’appeler le port de Tripoli par la VHF pour assistance. Pas de vent, pas de moteur, un courant de dérive et une météo guère encourageante pour les heures à venir …

Il est 8h du matin ce mardi 11 avril 2006. Nous venons de passer notre deuxième nuit en mer depuis notre départ de Djerba ….

Notre faible connaissance de l’anglais conduit à un dialogue mémorable avec les autorités portuaires libyennes! Petit à petit nous finirons par nous comprendre. Seuls quelques éléments inconnus de nous et des diverses sources de renseignements en notre possession nous posent problème. Il est clair qu’ils réclament des documents typiquement spécifiques aux exigences Libyennes.

Nos réponses évasives ou négatives les plongent dans une profonde perplexité et semblent les embarrasser bougrement vu le nombre de fois qu’ils nous rappellerons pour nous poser les mêmes questions, mais reconnaissons-le, avec des formulations différentes afin de multiplier les possibilités que nous les comprenions ! Toutes les 1/2 heures ils demandent notre position, mais pas une indication quant à savoir s’ils vont venir ou pas nous remorquer.

Notre panne semble les inquiéter bigrement, de surcroît ma description en « petit nègre anglais » des symptômes présentés par le moteur n’est pas faite pour améliorer leurs inquiétudes ...

Les heures s’écoulent sous un soleil de plus en plus brûlant (ce sera d’ailleurs le seul jour de très beau temps que nous aurons durant notre séjour en Libye). La visibilité est réduite: des brumes de chaleur entourent la côte libyenne et des mirages nous feront croire que des milliers de dauphins sautent et s’amusent hors de l’eau …

Enfin vers 14 heures un énorme « pilote » émergeant de la brume fonce droit sur nous: il fait au moins 45 mètres de longueur … et vient se mettre à couple. Un homme charmant et souriant, la cinquantaine bien tassée, en costume cravate monte sur notre bateau et ne le quittera que lorsque « Leptine » sera amarré à l’un des nombreux quais du port de Tripoli. Directeur du port de Tripoli, il tient absolument à nous accueillir personnellement et à s’assurer de la manœuvre de remorquage. Je ne vais pas tarder à comprendre la raison et justesse de son choix … Les marins du « pilote » nous font de grands signes de bienvenus, nous demandent si nous avons besoin de quelque chose. Curieux, étonnés, ils ne cessent de nous adresser des signes de sympathie et de bienvenue.

A l’évidence, ils ne sont pas habitués à « travailler » avec un voilier ou un bateau de taille si petite. Les jours suivants nous les verrons œuvrer sur des cargos et paquebots monstrueux. Au lieu de mettre « Leptine » à couple, ils optent pour un remorquage simple via une énorme amarre. Résultat mon chandelier avant est plié en quelques minutes. Allègrement et inconsciemment ils nous tractaient à plus de 8 nœuds … heureusement ils ne furent pas long à comprendre que 5 nœuds était la limite à ne pas dépasser.

Vue de Tripoli - Libye

Nous arriverons vers 16h30 dans le port de Tripoli. Gigantesque ce port ! Plus de 3miles nautiques de longueur, quasi vide … seuls quelques bateaux ornent les quais. Cela fait des années qu’ils ne sont plus en service. A l’évidence l’argent fait défaut pour un minimum d’entretien. Dès notre premier contact avec ce pays nous pûmes percevoir l’un des effets désastreux de l’embargo imposé par les américains.
Les quais sont imposants et hauts: nous devrons, plusieurs fois par jour, escalader les énormes boudins noirs de protection, disposés en diagonale, pour accéder au quai situé 1.2 m au-dessus du pont de « Leptine ». Hormis « Leptine », nous ne verrons pas d’autre voilier dans le port de Tripoli ….

« Leptine » port de Tripoli, à son premier emplacement, exposé au vent et au ressac.

 
Un «comité d’accueil» nous attendait sur le quai. A peine avions-nous achevé d’amarrer « Leptine » que des personnages dont nous ignorerons par ailleurs leurs noms et fonctions nous firent comprendre qu’une société de services était chargée de s’occuper entièrement de nous, qu’un accompagnateur nous était affecté et que nous devions absolument passer par elle et « lui » pour tous nos besoins. Ainsi nous faisons la connaissance du « patron » de cette société « accompagnatrice » qui nous fait rapidement comprendre que nous ne devons absolument rien entreprendre de nous-mêmes et de Nouri, son « bras droit », notre accompagnateur officiel en titre, légalement désigné et missionné. Puis, les représentants de toutes les autorités officielles vinrent remplir leurs missions : les douanes, l’immigration, la police maritime, la sûreté du port, les autorités portuaires, … Ils furent nombreux à envahir le carré … avec aux pieds d’affreuses et sales chaussures. Certains prirent la précaution de les retirer, d’autres non … Débuta alors une fantastique partie d’échanges et de présentations de documents officiels qui durera plus de 3 jours … Nos passeports disparurent promptement, pour réapparaître 3 jours plus tard munis du fameux tampon d’entrée nous permettant de nous déplacer seuls dans Tripoli.

Ils veulent tout savoir, récoltent la moindre donnée relative au bateau ou nous concernant … Heureusement, suivant les conseils d’un navigant italien (Alberto pour ceux qui le connaissent) rencontré à Monastir j’avais préparé une quantité importante de documents « officiels » et fait l’acquisition d’un tampon au nom du bateau et de son « Capitaine ». Tampon dont ils ne savent pas se passer car ils ne sont pas en mesure de comprendre qu’un voilier de plaisance n’est ni un cargo de commerce ni un paquebot de transport de touristes. J’avais fait traduire en arabe nos passeports et, luxe suprême, inclus nos photos à ces traductions. Des fiches techniques descriptives concernant l’ensemble du matériel du bateau furent généreusement distribuées. Quant à tout ce qui doit être déclaré aux douanes, avec l’aide d’un douanier de Monastir j’avais préparé un document (basé sur le manifeste des douanes monastiriennes) en 3 langues: arabe, anglais et français. A la vue de ce document les douaniers libyens, déjà d’un naturel gentil, furent les plus discrets et les moins «tatillons»: ils se contentèrent du document et nous demandèrent seulement si nous transportions de la drogue ou de l’alcool. Nous répondîmes que nous n’avions ni drogue ni alcool, seulement du vin (sic !) pour notre usage personnel. La crainte de voir nos deux bouteilles d’Armagnac confisquées fut la raison de ce pieux mensonge. Il m’apparaissait surtout que leur souci était avant toute chose que nous ne «répandions» ou n’exhibions pas notre alcool dans notre entourage. J’eu tout de même droit à remplir 3 engagements (en français !) que je n’avais pas d’armes, ni drogue et enfin que nous prenions l’engagement formel de pas quitter le bateau jusqu’à nouvel ordre ! Nous dûmes ainsi attendre 3 longues journées dans un port immense non conçu pour la plaisance (ni électricité, ni eau potable).
Afin que nous ne mourrions pas de faim notre « accompagnateur » désigné nous livra une montagne de nourriture et d’eau : 60 œufs, 36 litres d’eau minérale, une vingtaine de pain (qui séchèrent au bout de 2 jours), … L’eau potable ici en Libye est un véritable problème: elle est une denrée rare. Toutefois ils disposent en plus grande quantité d’eau non potable sûrement issue de la dessalinisation de l’eau de mer. Ici un litre d’eau est 5 fois plus cher qu’un litre d’essence sans plomb et en ce domaine les valeurs sont inverses de celles de France ! Quand dans notre pays le compteur du montant à payer au poste d’essence défile à une vitesse vertigineuse par rapport au compteur du volume d’essence débité, ici c’est l’inverse, il faut un temps qui apparaît fort long pour voir le compteur du montant à payer faire un tour et afficher la somme de 1 dinar libyen alors que le compteur du volume délivré défile lui à grande vitesse.

Tripoli - Libye


Pendant que tout ce monde, tassé dans le carré autour de la table (3 représentants par autorités !) oeuvrait à remplir les nombreux formulaires, un mécanicien diéséliste, venu de je ne sais d’où, avait, dès notre amarrage, investi la salle des machines afin de s’assurer de la véracité de notre panne ! Entre lui qui réclamait toutes les 3 minutes de mettre en marche le moteur et les exigences immédiates des représentants des différentes autorités ... ce fut une fameuse pagaille. Heureusement tous furent très courtois, polis et bienveillants. Manifestement les libyens ne croyaient pas à notre panne et avaient optés pour une simulation de notre part pour des motifs qu’il leur appartenait maintenant de trouver. Périodiquement un ou plusieurs inconnus arrivaient, ne prenaient même pas la peine de se présenter, pénétraient dans le bateau sans en demander la permission, scrutaient longuement l’intérieur, posaient moult questions puis disparaissaient. Comme dans les films d’espionnage vu dans ma tendre enfance, ils présentaient et c’en était même cocasse, une parfaite caricature de l’agent secret !

Tripoli - Libye


Le lendemain matin de grosses voitures noires se garèrent près de « Leptine », un nombre impressionnant d’individus en sortirent et entourèrent le bateau. Puis l’un d’entre eux, le plus freluquet, endossa une tenue de plongeur et passa près d’une demi-heure à examiner les œuvres vives du bateau, puis ils repartirent sans qu’un seul mot ne soit échangé entre nous !

A leur décharge, nous devons avouer après réflexion que nous avions cumulés, sans y avoir pensé au préalable, nombre de handicaps sérieux de nature à éveiller grandement leur suspicion déjà bien développée. Naviguer sur un bateau fabriqué aux Etats-Unis d’Amérique et mon ancienne activité d’ingénieur « nucléaire » ne pouvaient que les inquiéter et exciter leurs neurones. Nous apprendrons quelques jours après, auprès de libyens rencontrés soit dans la rue soit dans un café ou simplement dans un parc, qu’il est parfaitement incompréhensible pour les hautes autorités libyennes qu’un étranger vienne en Libye en touriste pour seulement visiter ses sites antiques et musées !

Alors ?

Alors nous eûmes droit à la totale !

Quelques jours plus tard, nous fûmes conduits quasiment de force par notre « accompagnateur » Nouri à visiter le site de Sabratha situé à 80 km à l’ouest de Tripoli. Cela tombait bien car il constituait le premier sur notre liste de sites à visiter. Et, comme nous l’avions pensé, ils profitèrent de cette journée pour fouiller de fond en comble notre bateau y compris copier tout ce qu’il y avait sur les disques durs de nos ordinateurs !

Déjà, deux jours auparavant, quand nous pûmes enfin sortir pour la première fois dans Tripoli, notre attention avait été fortement attirée par un comportement pour le moins étrange de Nouri. Notre souci premier était de nous procurer de la monnaie libyenne et pouvoir faire quelques achats élémentaires. Ne connaissant pas Tripoli, Nouri voulu absolument nous accompagner. Il fixa lui-même l’heure du départ: à 10 heures du matin ! Ce qui devait nous prendre tout au plus 2 à 3 heures dura en réalité toute la journée ! Il nous offrit même le déjeuner en ville dans un petit restaurant typique et pour des raisons inconnues voulu absolument nous faire passer dans de nombreux endroits … qui ne présentaient aucun intérêt. Dès 14 heures il était en permanence à l’écoute de son portable avec des correspondants mystérieux, comprenions qu’ils s’engueulaient copieusement et qu’à chaque engueulade qu’il recevait il ajoutait un circuit supplémentaire dans notre « promenade » ! A nos demandes répétées toutes les 15 minutes de rentrer au bateau, il répondait toujours par l’affirmative et lançait un appel téléphonique … La plaisanterie dura jusqu’à 17 heures ! Nous commençâmes alors à supputer que les services secrets libyens étaient sûrement à l’œuvre dans notre bateau. Nous eûmes la confirmation immédiate via la batterie des servitudes du bateau que nous retrouvâmes à son niveau le plus bas alors qu’elle avait été rechargée le matin (groupe électrogène) avant notre départ ! Quelques éléments n’étaient pas à leur place habituelle …

Tripoli - le chateau Rouge 


Aussi, avant de partir pour Sabratha, fis-je quelques photos, avec mon appareil numérique, de mes tiroirs en particulier dans lesquels j’avais judicieusement disposés certains objets.
Le résultat fut éloquent: tout agents secrets qu’ils devaient être ils ne réussirent pas à les remettre dans l’état qu’ils étaient lorsqu’ils les ouvrèrent. A leur décharge, il y a tellement de choses dans chacun qu’une poule n’y retrouverait pas ses poussins ! Les photos prises «après» leur passage témoignaient parfaitement d’une fouille en règle du bateau. Nos ordinateurs ne furent pas épargnés. Sur le mien ils ont fait une fausse manip et effacé le contenu de mon fichier « Favoris » (sites favoris sur internet). Compte tenu de la quantité phénoménale de documents que j’avais stocké sur mon ordinateur ils en ont pour un sacré bout de temps pour en venir à bout. Il leur faudra un nombre impressionnant de traducteurs … pour au total se rendre compte que nous sommes totalement inoffensifs, que l’Etat Libyen n’a rien à craindre de nous !

Le soir même il me fallut beaucoup de temps et développer une argumentation somme toute très logique pour rassurer Christine: le stress commençait à l’envahir sérieusement. Elle comprenait, mais n’était pas pour autant rassurée !

Puis nous fûmes tous deux envahis par un doute particulièrement affreux: et s’ils avaient posés des « micros espions » dans le bateau ? … alors nous parlâmes à voix très basse … puis je fus le seul à parler … pour développer longuement, dans le cas où ils auraient effectivement placés des micros, de nombreuses raisons pour lesquelles ils n’ont rien à redouter de nous, explicitant que nous n’avions rien à cacher, que nous étions plus que transparents, …, bref qu’ils faisaient leur travail « normal » dans ce contexte purement libyen, que c’était « le prix » à payer pour pouvoir visiter ce pays. Notre objectif n’était-il pas de visiter leurs superbes sites antiques ? Alors sachons tolérer ce qui dans nos pays ne serait pas tolérable !!! … nous ne sommes pas en France, mais dans un pays avec une histoire récente difficile … nous ne devions pas ignorer le contexte politique même s’il n’était pas notre souci principal. Puis, comme nous n’avions en définitive «rien à cacher» et qu’en conséquence «ils n’avaient rien à redouter de nous», nous oubliâmes, dès le lendemain matin, la présence éventuelle de micros espions ...

Le premier mécanicien ayant dûment constaté qu’il y avait bien panne du moteur, nous eûmes pendant 2,5 jours la présence d’une équipe de diésélistes: un ingénieur diéséliste (avec qui bien sûr je sympathisa: nous nous appréciâmes réciproquement et passâmes de longs moments à bavarder ensemble tout en fumant des cigarettes), un technicien diéséliste et un ouvrier mécanicien. Avec rigueur et méthode ils examinèrent le moteur, découvrirent qu’il y avait de l’eau dans le fuel (diesel), que les buses des 4 injecteurs avaient été sacrément abîmées par cette présence d’eau au point d’être en état de ne plus fonctionner. Alors qu’en France il m’aurait fallu 3 semaines pour m’approvisionner en de telles pièces de rechange, sous réserve de bien spécifier l’année de fabrication du moteur et le numéro porté par chaque injecteur (véridique: expérience réalisée avant de partir à Agen auprès du plus grand fournisseur de pièces détachées du Sud-Ouest), ici dans la journée même, l’ingénieur revint au bateau avec les 4 pièces neuves de remplacement … Tous les circuits du moteur eurent droit à un examen scrupuleux et lorsqu’ils nous quittèrent il fonctionnait à merveille: nous étions plus que rassurés … Je n’eu pas le toupet de leur demander d’examiner le groupe électrogène, qui, bizarrement, consommait de l’eau (circuit intermédiaire de refroidissement du moteur) à chaque utilisation et ce depuis un ou deux jours, remettant ainsi à plus tard son examen approfondi … Quand on connaît la suite … il est certain que j’ai fait preuve là d’une grande imprudence et imprévoyance !


Pendant une semaine nous eûmes la présence prégnante des autorités libyennes et bizarrement une quasi «absence» injustifiée des représentants de notre société accompagnatrice. Nous leur réclamions pourtant des choses essentielles qu’ils étaient les seuls à pouvoir nous procurer, telles que de l’eau non potable pour notre toilette (nos réservoirs étant quasiment à sec), la possibilité de changer le bateau de place compte tenu des forts coups de vent auxquels nous devions faire face, le bateau étant dans la plus mauvaise configuration, la délivrance d’un visa définitif d’un ou deux mois , … Chaque fois il nous était répondu que c’était très difficile, qu’ils faisaient le nécessaire, … et qu’il nous fallait quitter au plus vite la Libye … Bref, il nous terrorisait mais nous ne comprîmes pas pourquoi immédiatement. Ce ne fut que quelques jours plus tard que le motif deviendra évident !



Mosaique - Musee de Tripoli


Quant au port de Tripoli, il est mieux gardé et surveillé qu’une centrale nucléaire en France: je sais de quoi je parle et ce que cela veut dire … Nos sorties quotidiennes du port furent notre «chemin de croix»: supporter l’horreur dans toute sa splendeur tout en conservant son calme et le sourire face à des agents faisant preuve d’un zèle à la limite de la débilité, notamment de la part des deux gardiens les plus âgés du «Service de Sécurité du port».

Le «Service d’Immigration» nous ayant restitué nos passeports comportant le fameux tampon d’entrée en Libye nous pouvions, selon les autorités compétentes, circuler librement dans Tripoli seuls sans accompagnateur et entrer et sortir du port sur seule présentation du passeport. En réalité ce ne fut jamais le cas. Ces gardiens trop zélés (nous verrons plus loin la raison) ou au quotient intellectuel au raz des pâquerettes nous menèrent une vie d’enfer et nous firent perdre, à chacune de nos sorties, plus d’une heure pour franchir cette fameuse barrière. Certains poussèrent même le vice ou la bêtise de limiter en temps la durée de nos sorties ou nous imposèrent, pour nos sorties en soirées, des heures limites de retour !!! En fait chacun inventait ses propres règles à nous appliquer, vu qu’ils n’avaient jamais eu, dans leur carrière, à traiter une telle situation, trop habitués qu’ils étaient à ne voir que les équipages des cargos ou paquebots qui transitent tout au plus deux jours dans le port. Or ces navigants disposent d’un «livret de mer», sorte de passeport maritime dans lequel sont notamment mentionnés, en plus des renseignements individuels habituels, les escales réalisées. En échange de ce livret de mer les gardiens délivrent au marin de passage qui veut aller dans Tripoli, un carton jaune plastifié. De retour au port le marin récupère son «livret de mer».

Vous l’avez deviné, j’en suis sûr ... puisque vous n’êtes pas gardien du port de Tripoli … les neurones de nos trop fameux gardiens ont littéralement explosées … nous n’avions pas ... de «livret de mer» … grave et inépuisable sujet à discutions entre eux … alors que nous étions là à attendre le résultat de leur terrible cas de conscience … dans 100% des cas c’était le plus vieux, celui qui parlait plus haut et plus fort que les autres qui l’emportait … nous étions mis au même régime que tous les marins du monde … un passeport c’est quoi dis ? Tu sais ce que c’est ? Jamais vu ça, regarde comment c’est fait, tu le trouves normal toi ? ... Le plus souvent ils nous renvoyaient au « bureau du port de l’immigration », celui-là même qui nous avait délivré le visa et … situé à près d’un kilomètre du poste de garde … nous faisions du stop ! Et revenions tantôt avec le chef de l’immigration, tantôt avec le chef du port ou avec des accompagnateurs habilités en charge d’un ou plusieurs cargos en cours de transit. Nous fîmes ainsi la connaissance de nombre de personnes qui par la suite nous rendrons de fameux services et toujours de bons conseils: ma collection de cartes de visite s’est bien étoffée à Tripoli ! Plusieurs de ces accompagnateurs nous rendirent les services que notre propre société accompagnatrice ne nous apportait toujours pas ... Et bien, tout ce beau monde avait beau expliquer et répéter aux gardiens que la présentation de notre passeport suffisait pour nos sorties et entrées dans le port et ce à toutes heures, rien n’y fit ! Chaque jour le même processus recommençait, les mêmes conneries ressurgissaient et nous devions nous plier, avec le sourire, sait-on jamais de quoi ils auraient été capables si nous nous étions énervés ou fâchés une seule fois: nous ne voulûmes pas prendre un tel risque et optâmes pour un stoïcisme de bon aloi qui nous épuisa véritablement … nous n’en pouvions plus …

«Leptine» - port de Tripoli, protégé du vent par une barge et sa grue !


Environ 6 millions de personnes peuplent la Libye. Le taux de chômage est supérieur à 30% et le nombre de travailleurs est égal à 1 million. Les services de l’Etat semblent nombreux, le personnel aussi. Il y a tout lieu de penser que les postes de toutes les administrations sont occupés par les amis du Président, les amis des amis du Présidents, les amis des amis des amis du Président, … autrement dit les places sont chères, convoitées et sûres à condition que chacun assure et assume ce qu’on lui demande de faire. Alors le faux pas est interdit et chacun surveille l’autre … Mieux c’est à celui qui fera plus que ce qu’on lui demande afin de prouver que l’Etat peut compter sur lui … Cela explique aussi le pourquoi du comportement à notre égard des gardiens du port de Tripoli, comportement digne de trisomiques drogués ...

Nous sortîmes tous les jours, mais à quel prix ! Notre seule et immense satisfaction fut de pouvoir visiter les sites de Sabratha, de Leptis-Magna, le musée de Tripoli, de nous promener seuls sans accompagnateur dans Tripoli et divine surprise de rencontrer beaucoup de libyens qui vinrent naturellement vers nous. Depuis notre départ de France c’est la première fois que nous rencontrons un peuple qui cumule à la fois autant de gentillesse, de courtoisie et qui soit aussi aimable et accueillant. Ils ont de plus un sens de l’hospitalité hors norme. Il ne se passait pas une journée sans que nous soyons abordé gentiment par l’un d’entre eux que ce soit dans la rue ou dans un café en plein air. Un dimanche après-midi, à la terrasse d’un café chic, nous ferons la connaissance d’un libyen qui n’hésita pas à déranger et à faire venir le directeur de l’Office de Tourisme de Tripoli afin qu’il nous apporte les réponses aux questions que nous lui posions et auxquelles il n’avait pas de réponses … phénoménal vous dis-je !

Je me suis promené seul dans quasiment tous les quartiers de Tripoli, du plus huppé au plus misérable. Jamais je n’ai été inquiété. Jamais je n’ai éprouvé la moindre crainte. Vous demandez un renseignement, ils vous proposent mille services ...alors il vous faut déployer des trésors de diplomatie (il faut le faire ... quand on ne parle ni l’arabe, ni l’anglais!) pour ne pas les vexer ou froisser leur éventuelle susceptibilité.

Ici aussi les valeurs sont inversées avec celles de notre chère France: donnez un, on vous réclamera 1000 !

Peuple très attachant que les Libyens, mais peuple qui a sûrement terriblement souffert, cela est partout visible. Très attachés à leur pays ils semblent l’aimer profondément. Et ce qui ne gâche rien, ne sont dupes de rien … d’une lucidité extraordinaire sur notre monde et planète … Heureusement nous n’étions ni anglais, ni américain, ni juif, car si cela avait été le cas, je ne sais pas quel sort nous aurait été réservé, en tout cas sûrement rien de bon … La France est ici très appréciée pour ses positions politiques successives en faveur du monde arabe. Il est à craindre malheureusement que l’élection présidentielle de 2007, n’offrant aucun choix véritable tant à droite qu’à gauche, ne conduise à un changement radical dans cette attitude courageuse de la France: le pire pour nous français est à venir ...

Mosaique - Musee de Tripoli

Nous eûmes à souffrir terriblement du vent, de la poussière et du fameux sable roux libyen. Microscopique, invisible à l’œil nu, il s’incruste partout. Rien ne l’arrête. En quelques instants, drisses, haubans, écoutes, voiles, mâts, bômes sont revêtus d’une pellicule rousse hyper adhérente. Idem pour l’habitacle. Trois semaines après notre départ de Libye, « Leptine» porte encore de nombreuses traces. Peu protégé du vent, le port de Tripoli s’avère dangereux pour les voiliers. Par fort vent, vagues et ressac chahutent dangereusement le bateau. Nous dûmes changer 3 fois de place afin d’éviter que notre coque explose sous leurs coups répétés et violents. Notre dernier abris fut de se mettre à couple d’une énorme barge munie d’une toute aussi énorme grue de déchargement, barges et grues nous affranchissaient des effets du vent mais pas de ceux issus des vagues et du ressac. Les coups de vent de force 8 sont courants : en 3 semaines nous en vécûmes 3 ! Par grand vent le spectacle en ville est étonnant. Dans les grandes avenues perpendiculaires à la mer, ce sable fin et roux serpente à vitesse folle sur le macadam. Des lunettes enveloppantes sont de rigueur. Le sable brûle les yeux, sèche la peau et s’incruste dans les cheveux. A propos ; foulard, voile et djellaba sont-ils distinctifs d’une religion ou simplement adaptés à une réalité climatique ?

Il est temps de conter «l’aventure particulière» dans notre aventure libyenne : celle avec notre société accompagnatrice et de son responsable. A peine arrivé …il voulait que nous repartions ! Chaque jour il nous répétait que nous devions quitter la Libye le plus rapidement possible sans faire escale dans un ou plusieurs autres ports Libyens. Il voulait bien nous faire obtenir un visa mais cela demandait de passer par l’ambassade libyenne à Paris avec un délai de 3 semaines incompatible avec ses exigences de départ immédiat. Outre les nombreuses rencontres que nous fîmes et qui nous tinrent un tout autre langage, je mis à profit mes promenades matinales pour me rendre dans divers services et agences agrémentées par l’Etat libyen qui eux aussi présentaient un discours bien différent. L’une de ces agences me proposa ses services, me garantissant l’obtention des visas en 3 jours ! Je fus tenté, mais tenu par l’engagement contracté avec « notre société accompagnatrice » il m’était impossible de donner une suite …

Dés que les mécaniciens diésélistes achevèrent leur travail, le patron de notre société accompagnatrice m’apporta la facture …

Jusqu’à ce moment-là, comme Astérix et Obélix, je ne craignais qu’une seule chose: «que le ciel me tombe sur la tête».

Et là, «putaing-cong», le ciel … il est tombé sur ma tête !

L’air grave, quasi solennel, le visage fermé de celui qui ne rigole pas, bref la gueule de celui qui d’emblée ferme la porte sans laisser trace d’une possible ouverture, du genre «y a rien à dire», me présente une facture d’un montant … de 4000 dollars U.S. !

Courageusement, mais avec beaucoup de difficultés, je masque toute réaction de ma part et me lance dans un très long silence (long pour lui vu les signes d’impatience qu’il manifesta à diverses reprises) afin d’éplucher chacune des lignes de cette sacrée facture et de trouver comment reprendre « en main » une situation fort défavorable pour nous.

Du délire cette facture !
- 300 litres de fuel à 150 dollars U.S : 30 fois le prix des distributeurs en bord de route ou en ville !
- 400 dollars U.S le coût d’amarrage pour une semaine du bateau dans le port de Tripoli (sans eau ni électricité !) : record du monde battu ! 30 dollars U.S pour de l’eau non potable non livrée !
- 2000 dollars U.S le remorquage,
- 1000 dollars U.S la réparation du moteur, …

Je n’eu pas à reprendre le dialogue: son impatience ayant sûrement atteint ses imites, il me demande de régler immédiatement l’intégralité de la facture en liquide et en dollars U.S!!! Erreur fatale de sa part ! Je n’accepte ni ne refuse et lui demande simplement de repasser demain après-midi ... en même temps qu’il nous livrera … l’eau dont on a tant besoin ! Il accepte et s’en va.

Alors commence pour moi une drôle de partie. Muni de mon portable et des cartes de visite j’appelle ceux que j’avais rencontré et qui m’avaient offert leurs services en cas de besoin !
L’un, qui de surcroît parle parfaitement le français, est au fin fond de la Libye. Il me promet d’être là demain matin à 8 heures au bateau. A 8 heures il est là.

L’examen de la facture fait sur lui le même effet qu’une bombe atomique … fort contrarié il me conduit chez le directeur du port (celui-là même qui est monté sur notre bateau lors du remorquage) afin de connaître le montant exact de la facture établie par ses services pour le remorquage et le « parking » du bateau dans le port. Là nous apprendrons plusieurs choses : la première qu’aucune facture n’a été établie à ce jour, la seconde que si facture était établie elle serait de l’ordre de 400 dollars U.S et enfin la troisième, la plus extraordinaire, est qu’il est de tradition en Libye, au nom de l’hospitalité, de ne pas faire payer les services rendus y compris ceux engagés par l’agence « accompagnatrice » ! Cela ne me satisfait qu’à moitié : il y a eu peine et travail qui doivent être rétribués : mes propos les scandalisent !

Je ne sais comment, «l’autre», le patron de notre société accompagnatrice, est au courant de mes démarches et arrive furieux le lendemain au bateau … bien sûr sans eau potable ! … nous confisque une nouvelle fois nos passeports et me fait savoir sous tous les tons et toutes les formes que «ce que j’ai fait n’est pas bien !». Bref, la tension est à son comble, la situation tendue …j’abrège pour faire court … parvenons à négocier sur la base d’une facture que j’ai préparé la veille au soir sur mon ordinateur. Je ne lui laisse pas le choix : il accepte ou je passe par l’ambassade de France à Tripoli ! De 4000 dollars U.S nous sommes passé à 2400 dollars U.S. Rebelote, il me réclame la totalité en liquide ! Et là … lui fait le coup que je dois disposer de réserves et ne peux ainsi me dépouiller de l’intégralité de mes disponibilités ! Je lui offre 1400 dollars U.S cash et le complément par virement bancaire via internet. Cela semble lui convenir puisqu’il me griffonne ses coordonnées de son compte bancaire … situé à Malte ! Puis, sur le champ m’emmène dans son bureau situé dans le centre de Tripoli afin que je lui remette les 1400 dollars en liquide et que j’effectue, à partir de son ordinateur, le virement bancaire !

Enfin la chance nous sourit ! Le numéro de mon compte en banque noté précipitamment avant de quitter le bateau contient une erreur: un 9 au lieu d’un 6 ! Chance inouï : à toutes mes tentatives je suis rejeté ! De bonne foi je lui dis qu’il « y a un problème avec internet ! », que je vais réessayer demain ! Il accepte … comment peut-il faire autrement ?


Le lendemain, je l’informe … que ma banque contactée par téléphone me demande un écrit pour confirmer ce virement pour un pays tel que la Libye !!

Résumons encore, nous devions partir de Tripoli le vendredi 28 avril à 10 heures, « il » bloqua nos passeports munis du tampon de sortie jusqu’à 18h30 dans l’espoir que je lui donnerais en liquide la somme qui manquait.

Tout compte fait, cela nous coûta 1400 dollars US : c’est ce que nous aurions déboursé à minima en France pour le remorquage et révision complète du moteur. Mon seul regret est que cet argent aille dans la poche d’un escroc et pas dans celle de ceux qui ont œuvré. Notre seule satisfaction, si satisfaction il doit y avoir en ce domaine, est de savoir que cet escroc s’est définitivement grillé auprès des autorités libyennes …Tout le port de Tripoli fut au courant de la malhonnêteté de ce personnage … le téléphone arabe … ça marche !

suite d’aventure

 
Nous partîmes exténués, vidés … déçus … d’être tombés sur l’unique escroc du port de Tripoli …qui de plus mit tout notre programme en cause puisque nous ne pouvions plus aller via la Cyrénaïque en Egypte, au Liban et en Syrie comme prévu.


Christine

Y serions nous réellement allés ? Le dernier attentat perpétré en ce mois d’avril en Egypte contre des touristes eu pour résultat de refroidir sérieusement notre ardeur … Contourner l’Egypte et Israël pour entrer au Liban puis en Syrie que nous voulions visiter ? Etapes vraiment trop longues pour une mer aux humeurs si capricieuses.

Pierre

 

L’histoire trois mois plus tard nous consolidera dans notre choix: la folie d’Israël, aux comportements dignes de la gestapo et des S.S, anéantit à jamais notre souhait d’aller visiter le Liban et la Syrie.

Pour un soldat allemand tué par les résistants, devenus par la suite des héros en France et en Europe, l’armée allemande assassinait en représailles de nombreux civils. Pour un soldat israélien pris en otage, Israël détruit un pays et massacre volontairement les civils dans l’espoir de faire plier les résistants Palestiniens refusant l’annexion pure et simple de leurs terres au profit d’une seule ethnie.

 


Soldat –Musée National d'Archéologique d’Athènes


Honte à Israël. Quelle déchéance pour un peuple qui se voudrait exemplaire !
Honte au monde entier sans réaction, laissant ainsi croire qu’une telle guerre est légitime et normale, que coloniser un pays est un droit, s’y opposer une illégalité, un résistant un terroriste, un extrémiste, voire un fanatique d’une religion à combattre!


Tête d’homme – Musée National d'Archéologique d’Athènes.


Il est à craindre que demain la presse française fasse de Jean Moulin un terroriste et de De Gaulle un intégriste !

Mais au fait, sur quelle base Israël revendique la Palestine et Jérusalem, …, si ce n’est les écrits de la Bible. Et cela n’est pas de l’extrémisme religieux ?

J’ose à peine imaginer ce que les générations futures penseront de nous, de notre histoire bâtie sur un mythe inventé de toutes pièces auquel des millions de personnes ont adhéré.

Quand viendra-t-elle cette heure où les hommes comprendront enfin qu’un dieu inique ne pouvait se muer en un dieu unique et universel ?

Faut-il que les hommes soient aussi stupides et aveugles pour autant se leurrer eux-mêmes ? Ne savent-ils donc pas lire ? «Je ne sais ni lire ni écrire» ! Oui ! Certes ! Mais ce dont je suis certain, ce que je sais le mieux, du plus profond de mes entrailles, est que tous les hommes sont égaux. Si un dieu devait exister, en véritable dieu équitable il n’aurait jamais distingué un peuple d’un autre. Elire c’est semer la discorde au sein des hommes.

Seul le diable est capable d’une telle folie, pas un dieu !

J’aime de plus en plus la mythologie grecque ! Et ... Achille !
J’aime de plus en plus l’histoire de la Grèce ! Et … Alexandre le Grand !

L’un comme l’autre rêvaient de grandeurs. Chacun avait sa propre faiblesse: Achille son tendon, Alexandre l’universalisme.

La faiblesse de ceux qui se croient supérieurs aux autres ... est justement de le croire et d’agir comme s’ils l’étaient réellement ! Combien ils seraient inspirés de lire et de méditer la mythologie et histoire de la Grèce …

Les grecs ont vécus plus de 3000 ans avec leur extraordinaire mythologie et leurs dieux si humains. Ils ont su l’abandonner et intégrer cette notion nouvelle, marquant un progrès certain dans l’histoire de la pensée humaine occidentale, de la croyance en un dieu unique.
Serions-nous, nous les occidentaux du XXI ème siècle, inférieurs en esprit et intelligence aux grecs des temps anciens ?


Combien de temps faudra-t-il encore pour que Bible et mythologies du monde se côtoient sur la même étagère de la Grande Bibliothèque de l’Humanité ?

en ... mésaventures

Deux cent milles nautiques séparent Tripoli de La Valette (île de Malte). Notre moral au plus bas contribua largement à nous les rendre pesants. Jamais, de plus, n’avions pensés qu’un jour nous pourrions revenir sur nos pas ou traces anciennes. Cela nous déstabilisa: nous ne savions ni quoi penser ni quel programme de navigation nouveau retenir. Tout nous devenait indifférent. En notre fort intérieur nous espérions naviguer de concert avec « Mr.Raoul » et faire Venise avec eux, mais nous savions aussi que l’on ne peut pas s’imposer ainsi «aux autre » ….

Malte fut le début de notre calvaire qui durera jusqu’au 3 juillet. Notre seule satisfaction fut de retrouver «Mr.Raoul», c’est-à-dire Line et Alain à Malte. Sans doute ferais-je une nouvelle entorse à la philosophie de ce «Carnet de voyage» en consacrant prochainement quelques pages à ce couple que nous apprécions vraiment beaucoup. Ils nous accompagnèrent quelques jours, mais face à l’accumulation de nos problèmes et à leurs propres échéances, ils furent conduits à continuer leur chemin en solo.

Deux jours avant de quitter la Libye notre groupe électrogène présenta une défaillance somme toute simple: une fuite visible sur son circuit d’eau douce. Un mécanicien maltais tenta de la réparer sans succès. Nous arrivâmes ainsi à Syracuse. Lorsqu’un certain soir, en compagnie de Line et Alain, hôtes de Leptine, sirotant une bière en attente de la cuisson de notre dîner, le groupe électrogène s’arrêta brusquement de fonctionner ! Adieu dîner ! Il ne voulu jamais redémarrer ! Après examens minutieux par le seul mécanicien du seul chantier nautique de Syracuse, nous décidâmes de l’extraire du bateau pour un examen complet. Une catastrophe !

Au même instant, un couple d’allemands naviguant sur une «péniche hollandaise» et ayant hiverné comme nous à Monastir eurent eux aussi de sérieux problèmes avec leur moteur principal. L’examen du fuel contenu dans leur réservoir unique de 1500 litres montrera qu’il contenait 80% d’eau ! Eux aussi, comme nous, avant de partir, avaient fait le plein à l’unique station de fuel de la marina de Monastir ! Comme eux nous avons eûmes de l’eau dans le fuel qui détruisit tout d’abord nos 4 injecteurs, puis notre groupe électrogène ! Cette eau avait attaquée tous les organes et circuits de refroidissement du moteur. Le nombre de pièces à remplacer s’avérait phénoménal et d’un coût supérieur à son remplacement pur et simple par un autre groupe, certes moins puissant. Ce que nous fîmes ! Nos économies se voyaient alors amputées de la modique somme de 10000 euros ! Notre moral sombra alors au plus bas.

Dépourvu d’autonomie, Leptine stationna pour la durée des travaux le long du quai jouxtant le chantier naval. Sûrement mal inspirés, nous décidâmes, avec Line et Alain, d’aller voir l’Etna. Nous partîmes un matin, vers 9 heures, les eaux de la baie de Syracuse aussi plates que celles d’un minuscule lac de province française, avec une météo n’annonçant aucun vent pour la journée et revinrent en fin d’après midi, vers 18 heures, pour découvrir une baie dans tous ses états; un vent violent, un ressac impressionnant, une eau écumante … sous la violence du vent et du ressac le liston bâbord de Leptine avait totalement explosé et se trouvait déchiqueté sur les 2/3 de sa longueur.

Moments terribles … l’impression que le sort s’acharne sur vous, que vos projets fondent, semblent s’éloigner et vous échapper. Sentiment d’impuissance totale. Fatalité. Et cette colère sourde intérieure qu’il convient de maîtriser et contrôler afin de ne pas décourager l’équipage.

Liberté ... que ton prix est élevé !

Au fil des jours nous découvrons que nous sommes otages » du seul chantier nautique de Syracuse: le «Cantiere Navale» Di Benedetto , au service sûrement de la maffia. Et découvrons ainsi l’escroquerie auprès des assurances. Parfaitement conscient que les dégâts causés par ce subi coup de vent entraient dans le cadre de toute assurance normale de bateau, le patron de ce chantier nous présenta un devis de réparation phénoménalement élevé: 11 520 euros TTC ! Une folie!

Affolé, je contacte d’urgence mon assureur et lui demande de m’envoyer un expert. Il viendra 15 jours plus tard. Ancien résidant français, il habite maintenant en Italie et a pour profession déclarée d’être expert en matières maritimes ! Il fait partie de cette corporation de gens, qui sans aucune compétence, a le privilège d’être assuré d’un emploi. Heureux élu, tout le monde n’a pas cette chance de vivre aux dépends des autres. Il vînt ainsi un jour de grand vent. Et n’eut pas le courage de monter à bord de mon annexe afin de s’assurer des dégâts sur « Leptine ». Son expertise se limitera exclusivement à l’examen des photos numériques que j’avais gravées, au cas où, sur un CD !
Notre rencontre durera 10 minutes. Son rendez-vous avec le patron du chantier durera … une heure.
Cet expert ayant accepté et validé auprès de mon assureur et du patron du chantier le montant du devis, ce dernier n’eut, par la suite, pour seuls soucis que de me réclamer les 11520 euros et de faire le strict minimum en terme de réparations !

Ainsi nous passâmes 3 semaines d’enfer, le bateau sur bers dans le chantier !
Par une chaleur épouvantable, la coque en permanence à 36°C, nous vécûmes 3 semaines consécutives dans un bateau dont la température intérieure ne descendait jamais en dessous de 40°C, de jour comme de nuit.


« Leptine » : sa mise à l’eau

Ils mirent 3 semaines pour réparer le liston et nous demandaient 2 mois supplémentaires pour faire les réparations intérieures: selon eux, tout l’intérieur était à démonter! Le chantage était clair ! Nous devions absolument sortir de cette nasse. Une seconde fois j’alerte mon assureur qui s’était engagé de régler directement le chantier (déduction faite de la franchise que j’ai moi-même réglée). Le fax de confirmation envoyé par mon assureur eut certainement pour effet de le tranquilliser, ou de relâcher temporairement sa méfiance: le lendemain matin, notre bateau était remis à l’eau. Nous fîmes le plein de fuel et partîmes comme « des voleurs » loin de Syracuse !!! Nous avions trop peur de la « maffia sicilienne » ... et partîmes sans laisser d’adresse de destination ...


Jeux d’eau dans la baie de Syracuse …


Tout au plus 3000 euros de travaux ont été réalisés ! Cela n’empêchera pas mon assureur, parfaitement informé de la situation, de régler la totalité de la facture ! J’enrage d’être honnête ! Quand je pense que je paye 2400 euros par an d’assurance pour mon bateau et que ma propre compagnie d’assurance brade allègrement l’équivalent de 5 années de ma cotisation, je me dis que soit je suis trop con, soit je suis trop honnête (sachant que l’un ne va jamais sans l’autre !). Il est aisé de comprendre pourquoi les assurances sont aussi chères. Une honte, un scandale ...

Où aller après notre long séjour forcé de Syracuse ?

Rejoindre Line et Alain sur l’Adriatique ou commencer notre périple en Grèce ? Notre programme et temps de navigation de cette année se voyaient amputés de plus de 25% et nous étions déjà début juillet. Nous devions repenser totalement notre projet, l’adapter à cette nouvelle réalité, l’optimiser, en bâtir un nouveau calé sur deux années : cette année et l’année prochaine. La pensée de ne pas revenir hiverner à Monastir comme prévu apparue rapidement. Refaire un long chemin de retour déjà connu, le refaire en sens inverse l’année suivante, ces deux aller et retour auraient consommé beaucoup trop de notre capital global restant de jours de navigation.

Nous optâmes pour hiverner ailleurs en Turquie ou en Crête.

Il nous appartenait de rechercher au plus tôt une marina ou un port susceptible de nous accueillir cet hiver et nous construisîmes notre itinéraire en fonction d’éventuelles possibilités. Nous souhaitions éviter pour les mois de juillet et août les sites hyper touristiques. Ainsi, nous optâmes d’entrer en Grèce par la façade ouest du Péloponnèse que nous pensions peu fréquentée à la fois par les voiliers et les touristes. Nous ne regretterons pas notre choix.

 
au mouillage dans la baie de Vasiliky, île de Levska


Nous passerons plus de deux mois dans des lieux fantastiques, hors de toutes agitations, dans un calme absolu, avec pour seuls fonds sonores la mer et les chants des cigales. Quant aux autres voiliers, ils furent peu nombreux et nous bénéficierons le plus souvent de mouillage forts tranquilles.


Voyageurs…

la Tripolitaine


Notre périple Libyen prévoyait trois escales majeures: la Tripolitaine avec les visites de Tripoli (ex-Oea) et de Sabratha, une escale à Leptis Magna, puis un long parcours le long des côtes libyennes afin d’accéder en Cyrénaïque où de nombreux autres sites antiques nous attendaient: Apollonia, (Susah), Cyrène (Shahat), Ptolémaïs (Tolmeita), Euhespérides (Benghazi) et Barca.

Il en ira autrement:. Le destin nous permit seulement de visiter les sites tripolitains: Tripoli et son musée, Sabratha et Leptis Magna. Bien que terriblement déçus de ne pouvoir accomplir notre programme initial, nous dûmes cependant reconnaître que nous fûmes largement comblés par les visites de ces trois sites. Nos recherches et lectures préparatoires avaient éveillées en nous une forte curiosité et une énorme envie de nous rendre sur ces lieux. L’image fabrique du virtuel.

Leptis-Magna - vue sur le marche

Ce que nous vîmes alla bien au-delà de nos attentes, dépassa notre entendement. Spectacles grandioses et prodigieusement fantastiques. Visions phénoménales, chocs intellectuels: tout ici interpelle la réflexion, incite à la contemplation. Des jours, des semaines, des mois nous seront nécessaires pour digérer tout cela: esprit et cerveau emplis de ces visions ne sont plus en repos. Avec cette envie folle d’y retourner et le sentiment d’être passés trop vite. Tant de choses à voir. Déjà des regrets de ne pas avoir su mieux regarder…

Leptis-Magna - les nymphees


Point d’orgue; Leptis Magna. Site immense, fabuleux où de nombreux corps de bâtiments, temples, rues subsistent encore au milieu d’un incroyable chaos de pierres, statues, colonnes ... Des millions de pierres sculptées ou gravées jonchent le sol. Des milliers de colonnes ou morceaux de colonnes gisent sur le sol. Des milliers de merveilles se trouvent là depuis plus de 2000 ans dans ce qui ressemblerait à un gigantesque chantier de fouilles à l’abandon. Je n’ose imaginer qu’elle aurait été notre vision si ce site n’avait pas subi, en particulier, le pillage outrancier réalisé dans vers les années 1700 par le français Claude LEMAIRE deux fois Consul de France en Libye et marchand de matériaux de son état. Au prix de travaux considérables, il dépouilla le forum sévérien, les thermes d’Hadrien et sa palestre qui regorgeaient d’une quantité phénoménale de matériaux. Ainsi l’autel de l’église de Saint-Germain des Prés, le jubé de la cathédrale de Rouen et l’église Saint-Sulpice sont ornés de colonnes en cipolin de Leptis Magna. Quant aux sols du château de Versailles ils ont été rénovés avec cette matière première ... débitée selon les besoins. Claude Lemaire n’est pas le seul à avoir contribué au pillage de Leptis Magna. Bien avant Paris, Malte, Constantinople et Londres bénéficieront largement des fabuleux matériaux de Leptis …

Leptis-Magna - Gorgone du forum severien

Quand viendra-t-il ce geste historique des nations dites « civilisées » prêchant la reconnaissance des autres, la transparence, dénonçant les abus d’hier et d’aujourd’hui, revendiquant et imposant toutes les formes de dédommagements pour les victimes … quand viendra-t-il donc ce moment où riches particuliers et musées nationaux restitueront aux pays d’origine tous ces butins issus de pillages ou de «dédommagements de guerres» gagnées par les uns et perdues par les autres. Ces trésors, richesses, patrimoines de l’humanité sont le produit d’une histoire, d’une terre … certes notre civilisation est le fruit de cette histoire … cela ne nous donne pas pour autant le droit de les posséder et de les conserver dans des lieux où ils perdent toute signification et valeur. Nous serions particulièrement choqués de voir par exemple le château de Versailles ou Notre Dame de Paris démontés pour être rebâtis en plein désert ou amputés d’une grande partie de leurs richesses qui seraient exposées dans divers musées. La même évidence sied pour tout et pour tous. Unesco tu as encore beaucoup de travail … !

Lepyis-Magna - vue partielle du site

Je ne trouverai jamais les mots justes pour décrire ce que nous avons vu. La seule chose que nous puissions conseiller est de savoir prendre le temps nécessaire à consacrer à ces visites. Le site de Leptis Magna devrait se visiter en une semaine: chacune de ses composantes requiert de lui consacrer une demi journée. Le site de Sabratha, plus petit et moins fourni en vestiges, ne devrait demander qu’un jour de visite. Quant au musée de Tripoli une journée est nécessaire. Rien n’est plus désolant que ces bus entiers de touristes à qui l’on fait visiter, «au pas de charge» Sabratha et Leptis Magna en une seule journée. Les mieux lotis d’entre eux réserveront une journée (c’est-à-dire entre 2h et 3h de visite) par site … Que je sache, Paris ne se visite pas en 3 heures …

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