intermedes etesiens

de Xania à Istanbul

Mon voyage
- par Carole
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Depuis trois ans mes parents et moi parcourons la Mer Méditerranée :

Les Baléares, le sud de la Sardaigne, l'Italie, la Sicile, Malte, la Tunisie (où nous avons passé le premier hiver), la Libye, la Grèce, la Crête (où nous avons passé le deuxième hiver) et la Turquie (où nous venons de passer nos 6 derniers mois d'hiver).

 De tous ces pays, j'adore la Tunisie parce que j'ai pu jouer avec beaucoup d'enfants, la Grèce où j'ai pu voir les plus belles îles, la Crête et sa ville de Xania pour ses plus belles et jolies femmes et la Turquie où j'ai pu faire la connaissance du couple Jordi et Marina et de leur chienne Nina (bateau « Cormoran »). Sans oublier Loulou ma copine du bateau « Lumiel » que je voyais de temps à autre.

 La pollution

La mer est très belle quand elle n'est pas polluée. Mais trop souvent elle n'est pas jolie comme : à Rhodes, Kekova devant le village à touristes, Antalya où la mer est très polluée par les cargos et, le pire pour moi, c'est Istanbul entre les deux marinas, la mer de la corne d'or est marron avec une forte odeur d'égout.

 Mes rencontres avec d'autres enfants

Je n'ai pas rencontré beaucoup d'enfants.

En Tunisie :    Virginie, Violaine, Aïloumie et ses deux frères, Prune, et Arthur. Il y avait aussi deux adultes, Corinne et Magali avec qui j'ai passé beaucoup de temps.

En Grèce :      les « Zam Zam » : Robin et Charlotte,

En Turquie :   Loulou, Timy, Arwen.

Et comme adultes : les « Cormoran » : Jordi et Marina, les « Aquarellia » : Michel et Jannick, les  « Clair Azur » : Françoise et Jean-Jacques. Sans oublier Nina la chienne de Jordy et de Marina.

Nos animaux

 













Nous avons eu des canaris à bord : un mâle et une femelle achetés en Tunisie. La femelle est morte en navigation, sans doute était-elle déjà trop âgée. A Malte, nous avons acheté deux femelles pour le mâle. Ils eurent vraiment beaucoup d'oisillons (9) et nous en avons donné quelques un (à Robin et Charlotte notamment).

 Nous allons bientôt rentrer en France et à cause des risques de la grippe aviaire nous avons préféré les donner. Certains de nos amis navigants qui possèdent des animaux ne peuvent pas aller dans tous les pays.

 Nina (mon amour)

Cette chienne est une golden retrievers, elle a un an et demie. Elle est très affective. Elle va en promenade tous les matins avec Jordi et tous les soirs avec Marina et moi !!!

De temps en temps elle joue avec « Micho » le chien de Mr Tunçay le directeur de la marina.

Mes rencontres en Turquie :

Bateau « Cormoran » : Jordy et Marina : ils sont Espagnols.


Papa, Françoise, Jean-Jacques et Jordi font ensemble une ou deux fois par semaines des conversations français/espagnol et espagnol/français. Marina fait de très beaux dessins.

Loulou :

Elle est très gentille. Elle a un frère et une sœur qui veulent tout le temps jouer avec nous. Mais nous nous voudrions être qu'entre grandes !! Nous nous disons tout. Elle n'a pas de messagerie, c'est très dommage. Je pense à elle. J'aimerai encore jouer avec elle.

Timis :

Mon copain. Il parle Anglais, Allemand, Turc. Sa mère parle Français, Allemand, Anglais, Turc. Elle est traductrice. Nous nous entendons très bien tous les deux. Il est plus petit que moi.

 Les « Zam Zam » :

Ils sont vraiment super sympas. Charlotte à 14 ans et Robin 10 ans. J'ai joué avec Robin.   Nous nous entendons très bien. Je leur ai donné deux canaris.

Les « Aquarellia » : Michel et Janick.















                                                                               






Je suis allée les voir tout l'hiver.

Ils donnent des cours d'aquarelle.

Nous partageons le plaisir des BD.

Les « Jomandy » : Mandy et Joël. Ils sont très sympas.
Malheureusement ils sont rentrés en France pendant 3 mois et je n'ai pas pu les voir très souvent comme j'aurai aimé.

Les « Clair Azur » :  Françoise et Jean-Jacques. 


J'espère qu'ils passeront nous voir à la maison cet été. Ils sont eux aussi très gentils. Pour mes 10 ans Françoise m'a fait une super carte à partir de son ordinateur.

 Je pense à vous tous. Vous êtes dans mon cœur et je vous fais à tous de gros bisous.

Ce que je n'ai pas aimé :

* qu'il n'y ait pas suffisamment d'enfants pour jouer,
* Ne pas avoir un chien, mais nous n'aurions pas pu aller dans tous les pays,
* Les longues navigations de jour et de nuit,
* Ne pas avoir près de moi ma famille et mes amis, ils me manquaient,
* Ne pas disposer de plus de livres, j'adore lire et je lis vite.

 Ce que j'ai aimé :

-  Les navigations de nuits, dans le cockpit dehors, sous le duvet et être bercée par la mer,

- Le bleu de l'eau et du ciel,

- Les belles baies où l'eau est claire et me baigner,

- Les beaux voiliers en bois pour le plaisir de les regarder,

- Les catamarans, je rêve d'en avoir un,

- Les animaux,

- Les sites archéologique et musées, ils m'ont appris beaucoup de choses (surtout la mythologie, les civilisations...)

- Nager.

Ce que je rêve d'avoir ou de faire plus tard:

 - Des rallyes, de la voile et du convoyage.

- D'avoir un catamaran.

- Un chien, c'est mon rêve le plus cher.

- Une maison.

- Du judo, pour pouvoir me défendre.

- Avoir des BD, je suis un fan de la BD !!!!!!!!!,

- Avoir beaucoup de DVD. Si je pouvais je passerais ma journée à en regarder.

- Être la meilleure en français.

Ce que je regrette :

Ne pas avoir appris l'Anglais plus tôt, car c'est très utile.

J'ai aimé ce voyage, parce qu'il m'a appris plein de choses et à observer. Trois ans c'est beaucoup. Et j'ai eu le privilège de disposer de mes parents 24h sur 24h

Je rêve maintenant de faire le tour du monde : partir de France, aller en Espagne, traverser l'Atlantique, faire toutes les îles de la Mer des Caraïbes, passer le canal de Panama, faire un peu le Brésil, aller à Los Angeles voir mon frère Guillaume, faire toutes les îles du pacifiques, la Chine, le Japon, l'Indonésie, l'Australie, l'Inde, Madagascar, l'Arabie Saoudite, la mer rouge, la Turquie, et la Méditerranée jusqu'en France.

Enfin, faire les canaux en France.

L'école sur le bateau.

Je trouve ça bien. Je peux organiser mon travail. Je n'ai pas de jours de congés sauf le samedi, ni de grandes vacances (je n'aime pas).

J'avance plus vite que les enfants qui vont à l'école. Nous ne travaillons que le matin.

En navigation pas de leçon et quand que je suis malade (rhume) je ne travaille pas.

Maman adore me faire le français et papa aime me donner trois tonnes de math !!!

La mer :

La première année, la mer était plus agitée que la deuxième année. Maman et moi sommes malades dès force huit du vent. Papa lui n'est jamais malade. La mer est une mère, elle nous donne de la nourriture ... mais nous ne pêchons pas beaucoup de poissons. Papa ne réussit qu'à attraper d'énormes morceaux de plastique.

Les superstitions :

- les lapins ... dans un bateau ils sont dangereux. S'ils s'échappent de leur cage, ils grignotent tout. C'est l'animal le plus « redouté » des marins. Il est même interdit de prononcer son nom sur un bateau ! Aussi on le désigne par « l'animal aux longues oreilles » ou le « cousin du lièvre » !

Dans ce domaine des superstitions il y a aussi :

 - les femmes:

A une certaine époque, ça portait malheur d'embarquer une femme à bord !

- le « hollandais volant » ... Si par malheur quelqu'un croise ce mystérieux bateau volant...il coule !

- le Chat noir...

et ... 13 ... à table !!

Heureusement nous ne sommes pas superstitieux.

Je pense que si l'on prononce le mot de lapin et qu'il arrive un malheur, ce n'est qu'un simple hasard.

 


Voilà j'ai raconté mon voyage
qui m'a plu.

Si vous souhaitez me poser des questions,
ou me contacter,

ou si des jeunes de mon âge souhaitent correspondrent avec moi,

voici l'adresse de messagerie de ma mère:
christinedesautard@yahoo.fr

 Carole
@+

 

 

 

 
La mer … et moi.
 
par Christine
 
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Poséidon
 
imprévisible … capricieuse… indomptable … mystérieuse …
source de vie et de mort … fascinante et effrayante.
 
Depuis de nombreux mois, j’avais envie d’exprimer mon vécu au contact de la mer et ce qu’elle m’inspirait. Un temps d’imprégnation s’est avéré nécessaire afin de me permettre d’être en mesure de restituer ces ressentis et enseignements que je tirerais de cette expérience.
 
C’est avec enthousiasme que je partais avec Pierre et Carole pour ce périple de trois années. J’avais naïvement pensé que mon expérience préalable de plaisancière était suffisante, que tout devait bien se passer.
 
Je me rendrais vite compte que naviguer quelques semaines par an ne permet pas d’acquérir une expérience suffisante de la mer et de la navigation.
 
Au début de notre voyage bien des éléments vont me perturber. Vivre sur un bateau c’est évoluer dans de nouvelles références. C’est passer de la stabilité rassurante de l’élément terre à la mouvance et instabilité de l’élément eau. De nouveaux gestes et réflexes sont à acquérir. C’est accepter et comprendre que les multiples états de la mer sont sa normalité. C’est accepter les navigations rendues ainsi pénibles, difficiles, épuisantes. C’est accepter les nombreux problèmes « techniques » qui ne manquent pas d’apparaître et qui vont prendre, justement parce que nous sommes sur un bateau, une dimension qu’ils n’auraient jamais eu dans une maison. Tout est important dans un bateau. Improvisation et dilettantisme n’ont pas leur place à bord.
 
Je vais ainsi découvrir brutalement et sans ménagement, mes maladresses, mes peurs et mes angoisses.
 
Paradoxalement, je vais éprouver pour la mer à la fois attirance et répulsion !
 
Je vais d’abord apprendre à vivre avec elle, quelques soient ses états.
 
Combien elle est apaisante et rassurante quand elle est calme ! Que de plaisirs à se laisser bercer par ses flots. Moments hautement propices à la rêverie, à la réflexion. Je pourrais voguer ainsi durant de nombreuses heures sans éprouver un quelconque ennuie ou sentiment de monotonie. Le temps n’existe plus. Le temps s’arrête. Préservée du bruit et de l’agitation du monde, je retrouve l’essentiel. Ce que l’Homme n’aurait jamais dû perdre. Plongée dans les éléments, j’évolue en totale harmonie avec eux.
 
Si elle sait se montrer accueillante et pacifique elle peut aussi changer d’humeur brutalement, devenir houleuse, agitée, inconfortable à la limite du supportable.
 
Impossible d’oublier ces navigations mal vécues lorsque le bateau est secoué en tous sens pendant de longues heures. Sur une mer furieuse toute erreur ou panne peut se révéler dangereuse voire fatale.
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La vague (Hokusaï)
 
Aucun raisonnement logique ne m’empêchera d’entrevoir tous les scénarios de catastrophes. Mes pensées étaient alors aussi agitées et perturbées que l’état de la mer ! Mes sens étaient en alerte. L’angoisse m’envahissait dès le sifflement du vent dans les haubans et aux chocs des vagues heurtant la coque. Je me sentais infiniment vulnérable !
 
Puis la peur et la panique : celle d’être engloutie dans cette immensité aquatique. Avec cette image de la mort qui peut survenir à chaque instant, en quelques minutes. Jamais sur terre je n’avais eu de telles relations avec la mort.
 
Tout déplacement sur le voilier devient dangereux et périlleux. Sans oublier le mal de mer. Le souhait que tout s’arrête. Mais c’est impossible. Il faut attendre, attendre, attendre … patience et résignation ! Parfois, mon malaise physique et moral prendra une telle ampleur que naîtra en moi l’envie de passer par-dessus bord afin que tout s’arrête ou d’abandonner notre périple à la prochaine escale !
 
Que de sentiments d’impuissance face aux éléments déchaînés !
 
Je vais ainsi réaliser progressivement, au fil des jours, que la  mer ne nous passe rien de nous même, qu’elle va me conduire au bout de mes propres limites ... au bout de moi-même.
 
Je partais pour découvrir d’autres peuples, d’autres pays, d’autres cultures, j’ignorais que j’allais accomplir aussi … mon propre « voyage intérieur ».
 
La mer offre de magnifiques spectacles. A chacune des heures du jour elle se pare de nouvelles couleurs. Sa palette des nuances est infinie. On ne se lasse pas d’un coucher du soleil. On ne se lasse jamais par claire nuit, dans un mouillage éloigné des lumières des villes, d’observer la voûte céleste.
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Soleil couchant
 
Je vais découvrir que la mer possède ce don inouï de nous plonger dans le monde merveilleux de la rêverie et qu’avec elle tout prend alors une autre dimension.
 
Je me souviens d’une navigation de nuit d’été où nous serons surpris par un orage. Nous assisterons à un véritable feu d’artifice d’éclairs zébrant et illuminant le ciel de tous côtés. C’était tout à la fois terrifiant et grandiose. Ces Instants simples devinrent magiques.
 
Ma rencontre avec les dauphins venant jouer autour de Leptine constitua d’autres moments inoubliables et magiques. Je me sentais irrésistiblement attirée par eux, avec cette envie folle d’aller les rejoindre et partager leurs jeux. J’aime et n’oublierais jamais leurs regards malicieux et confiants. Ils semblent vouloir communiquer avec nous. Moments privilégiés : je voudrais qu’ils ne s’arrêtent jamais.
 
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Musée d’Héraclion (Crête) – peintures murales du palais de Cnossos
 
Après quelques heures de repos à l’escale, je serais envahie par des sentiments contradictoires. Je savais que j’aurai de nouveau à subir de nouvelles navigations difficiles et que j’éprouverai encore de telles difficultés. En même temps il m’était alors inimaginable d’abandonner Leptine.
 
Lors de notre premier hivernage je demanderais à Pierre d’adapter nos futures navigations. Qu’elles soient moins longues afin de me laisser le temps d’«apprivoiser» la mer (de m’amariner en fait !). Nos conceptions de navigation vont alors s’opposer ! C’était pour lui une grosse concession. Pierre n’a aucun problème avec la mer, son rapport avec elle est simple et naturel. Ce qui n’était pas mon cas. Il va progressivement intégrer mes difficultés et mettrons en œuvre une nouvelle approche de la navigation faite de moyennes étapes n’excédant pas au maximum 12 heures consécutives de navigation. Nous nous adapterons également aux diverses possibilités du moment. Par exemple, au milieu des îles grecques de la Mer Egée, nous naviguerons entre deux îles l’après-midi. Ainsi Carole pouvait assurer son travail scolaire normal durant la matinée.
 
Je vais découvrir que la mer est un révélateur impitoyable pour un couple. Si ses fondations sont fragiles il aura alors bien des difficultés à supporter les épreuves que la mer lui fera subir. La rupture est généralement au bout du voyage, parfois à la prochaine escale ! Nous rencontrerons de nombreux navigants qui nous avouerons avoir vécu cette expérience. Dans le cas contraire, si le couple est bien « arrimé » il s’en verra alors enrichi par toutes ces expériences au contact de la mer.
 
Je découvrirais qu’il en va de même pour toutes les autres relations que nous aurons au cours de notre périple.
 
La mer possède ce pouvoir de révéler le vrai. Le faux quant à lui ne lui résiste pas.
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Ulysse et les sirènes
 
Je vais réaliser combien la vie à terre est néfaste à l’homme occidental. Faite de limites, de contraintes artificielles elle l’asservit et fait de lui un assisté. Son environnement immédiat se dégrade, devient artificiel avec pour conséquence évidente de le déshumaniser. Ses besoins ne sont plus les siens mais ceux crées par d’autres que les médias vont diffuser en boucle 24h sur 24h.
 
L’homme occidental à terre ne sait plus vivre, ne sait plus penser, n’a plus de pensée, perd son contact avec la nature. Il ne sait plus vivre en harmonie avec les éléments.
 
Naviguer et vivre sur un bateau est un merveilleux retour aux sources et à l’essentiel.
 
Je vais retrouver le temps, le temps de penser, le temps des pensées.
 
Je vais retrouver la nature, l’eau, l’air et le feu (le soleil).
 
Je vais retrouver le calme propice à la réflexion et au repos.
 
Je vais apprendre l’autonomie et l’auto portance en tous domaines.
 
Je vais enfin apprendre à devenir moi-même.
 

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Notre périple fait de découvertes des hommes, de leurs pays et de leurs histoires sera aussi celui de prises de conscience parfois douloureuses concernant le monde qui nous entoure.
 
Naviguer ne signifie pas quitter un monde pour mener une vie égoïste.
 
Non, bien au contraire. C’est vivre des moments intenses de joies mais aussi de souffrances parce que le voyage justement nous met face aux réalités et face à nos propres réalités.
 
Je vais beaucoup apprendre de la Mer : elle me fera renaître.
 
Tout cela est à jamais gravé en moi.
 
 
 
Je rêve que Leptine nous porte là
où les hommes vivent en paix,
dans le respect des uns et des autres,
là où je trouverai enfin ma place.
 
Christine
 
Finike, mars 2008
de Xania à Istanbul
 
«l’école à bord»
 
 
Notre périple, comme notre programme de navigation furent conditionnés et rythmés par la scolarité à bord du voilier de notre fille Carole.
 
Ainsi et exceptionnellement cet article ne sera pas rédigé par Pierre mais par moi, « son équipière », puisque c’est moi … qui assuma la tâche d’institutrice à bord !
 
Notre carnet de voyage serait incomplet si nous n’évoquions pas cette expérience.
 
Toutefois, avant d’évoquer « l’école à bord » il me semble opportun de faire part de mon expérience préalable du « monde scolaire ».
 
Nous déscolariserons Carole en janvier 2004. A cette époque nous ne savions pas que trois mois plus tard nous bâtirions notre projet de périple en voilier.
 
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Carole à Leptis-Magna – Libye – avril 2006
 
De nombreuses observations, questions et réflexions jalonnèrent les années durant lesquelles Carole fréquenta l’école maternelle.
 
Je constaterais en premier qu’il était quasiment impossible d’engager un dialogue constructif et serein avec la majorité des enseignants. Sans doute trop naïve, je m’étais imaginée qu’une coopération efficace entre parents et enseignants irait dans le bon sens pour le plus grand bien de l’enfant. Je me trouverais face à des enseignants méfiants et sur la défensive face aux parents. Il est vrai aussi, à leur décharge, que le système ne les aide pas ou ne favorise pas leur épanouissement professionnel. Ils se doivent de prendre mille précautions vis-à-vis des enfants : il est difficile pour eux d’adresser une remarque ou une observation à un enfant sans prendre le risque de voir les parents intervenir.
 
Depuis de nombreuses années ils subissent d’incessantes réformes de l’enseignement mises en place par l’Education Nationale, de quoi déboussoler nombre d’entre eux et surtout les dégoûter de l’enseignement. Sans aucun doute ne peuvent-ils plus exercer leur métier comme il se devrait ou comme il aimerait par expérience le pratiquer. Je constaterais ainsi une très forte dégradation de leurs conditions de travail.
 
D’autre part, je vais découvrir avec étonnement et effarement que nombre d’enfants étaient contraints de consulter un «psy » sur les instances du corps enseignant (Education Nationale) et que leurs parents acceptent cela sans réagir. Comme si, seul un « psy » était en mesure d’apporter une réponse aux problèmes normaux posés par nos enfants en général et au sein de l’école en particulier. Certains parents culpabilisent, pensent que les problèmes de leur progéniture sont de leur fait alors que le plus souvent ils sont tout simplement engendrés par le système actuel. La plupart des parents font confiance à l’Education Nationale et c’est normal. Mais en même temps ils n’ont pas conscience que consulter un « psy » n’est pas neutre. Ils n’ont pas conscience qu’abandonner ainsi leurs enfants aux mains d’un « psy » c’est se dévaloriser aux yeux de leurs propres enfants, c’est reconnaître implicitement qu’ils ne sont pas en mesure d’assurer leur rôle d’éducateurs et, plus grave encore, que c’est « apporter de l’eau au moulin » à ceux qui préconisent que l’éducation des enfants soit faite par un organisme extérieur indépendant des parents.
 
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Carole à Leptis-Magna – Libye – avril 2006
 
J’espérais pouvoir engager des discussions et actions au sein d’une association de parents d’élèves. De nouvelles déconvenues m’attendaient. Les parents n’étaient en réalité préoccupés que par leurs difficultés personnelles dont la résolution demandait un simple dialogue avec les enseignants. A l’évidence, de tels problèmes ne relevaient pas du cadre d’une telle association. L’individualisme sévissait là aussi. Que de pertes de temps en discussions inutiles sur des sujets futiles. Moi qui pensais y trouver solidarité et unité d’action pour le bien être de nos enfants (ce qui me semblait être le cœur même de la mission de l’association) ! Je tenterais de m’y investir, ce fut en pure perte !
 
L’Ecole de la République d’aujourd’hui.
 
Amer constat.
 
C’est l’école des inégalités. Tous les enfants ne sont pas traités de la même manière. Déjà en maternelle, les enseignants « déterminent » quels seront les bons élèves, les moyens et ceux pour qui tout est perdu d’avance !!! Sur quels critères ? Cela est parfaitement anormal et inadmissible. Où est l’égalité de chance ? Puisque l’on sait que l’intelligence est partagée par tous quel que soit son milieu social ou son origine ethnique. Déjà une ségrégation dès la première année de maternelle : combien d’enfants issus de milieu modeste pourront faire des études supérieures ou intégrer une grande école ? C’est cela l’école de la République ? C’est cela que nous devrions imposer à nos enfants ? Le rôle des parents n’est-il pas justement de se préoccuper et veiller à son avenir ?
 
J’ai pris connaissance du Rapport du Haut Conseil de l’Education dont je joins ci-dessous un extrait :
 
 
Extrait du Rapport du Haut Conseil de l’Education
Bilan des résultats école 2007 – Ecole primaire
Il est possible de télécharger sur le site : www.hce.education.fr
 
Les difficultés, identifiées dès le début de la scolarité,s’aggravent avec le temps
 
Le niveau à l’entrée au CP pèse très fortement sur les chances d’un cursus scolaire régulier
 
Le ministère de l’Éducation nationale a identifié cinq domaines dans lesquels des compétences sont jugées utiles pour entamer la scolarité élémentaire dans de bonnes conditions :
1. les connaissances générales : reconnaissance de personnages, d’instruments de musique, de contes, de monuments… ; culture technique : classement d’objets suivant leur fonction (indiquer l’heure, couper…), identification d’un intrus dans un ensemble d’outils… ;
2. les compétences verbales et la familiarité avec l’écrit : compréhension orale, connaissance de l’aspect du livre, repérage de l’incohérence d’une histoire, connaissance de l’alphabet, reconnaissance auditive de mots, de phonèmes en différentes positions, discrimination entre des messages corrects et des messages incorrects sur le plan de la morphologie ou de la syntaxe, écriture du prénom, écriture de lettres dictées, ajout de lettres manquantes, mémorisation et reproduction de lettres et signes… ;
3. les compétences logiques et la familiarité avec le nombre : écriture de chiffres et de la suite des nombres, comparaison de collections, ajout et retrait, reconnaissance de chiffres, de nombres et de figures géométriques… ;
 
Ce rapport est édifiant ! Les enseignements fondamentaux sont normalement apportés dans les classes dites « primaires » des CP/CE1/CE2/CM1/CM2. Or ce rapport précise qu’afin d’éviter les futurs échecs scolaires les enfants devraient posséder des acquis avant le cycle primaire !
 
Que je sache, jusqu’aux années soixante environ, les enfants ne fréquentaient pas tous l’école maternelle. Nul n’évoquait l’importance d’activités «d’éveil ». Même si tout n’était pas parfait, la majorité des élèves maîtrisait le français et les mathématiques en fin de CM2. A cette époque on parlait peu d’échecs scolaires.
 
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Carole à El Jem – Tunisie – septembre 2005
 
J’aimerai comprendre pourquoi le taux d’échec scolaire est devenu aussi important aujourd’hui. La majorité des enfants fréquentent l’école maternelle. Ils ont donc tous bénéficié de telles activités d’éveil. Si cet « éveil » était efficace on devrait logiquement constater de notables améliorations. Hors, il n’en est rien !
 
La réussite dans les classes primaires ne dépend pas d’éventuelles compétences qui seraient acquises par l’enfant en classes maternelles.
 
 
 
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Carole à Cnossos – Crète – octobre 2006
 

Il est à craindre que cette phase « d’éveils » en classes maternelles présente le risque de perturber la grande majorité des enfants et de les rendre réfractaires à toutes études. A ces âges là le mûrissement de l’enfant est aléatoire et beaucoup trop dépendant de l’affectif (maternel) : les blocages qui en résulteront risques de s’avérer dramatiques pour son avenir. A l’évidence les parents seront satisfaits de pouvoir confier dès 2 à 3 ans leurs enfants à l’école, de ne plus avoir à payer une crèche, bref de ne plus avoir « à charge » leur propre progéniture, mais à quel prix ! En ont-ils bien conscience ?
 
La méthode de lecture : méthode globale ou syllabique ?
 
Les médias traitèrent sous tous les angles ce sujet. De nombreux spécialistes apportèrent leur science en ce domaine.
 
Je vais simplement parler de mon expérience avec Carole. N’étant pas enseignante et ne possédant pas de connaissances particulières en ce domaine je n’avais donc pas d’a priori.
 
Carole connaîtra très tôt l’alphabet ce qui m’imposera de rechercher des ouvrages d’apprentissage de la lecture. J’en trouverai un basé sur la méthode globale. Chaque page comportait une illustration suivie d’un texte. Il était alors demandé à l’enfant de « regarder » et mémoriser visuellement des mots entiers puis de savoir les retrouver dans le texte.
 
Après trois semaines d’apprentissage selon cette méthode, je constatais peu de progrès chez Carole. La lecture devenait une « corvée » pour elle. Je m’inquiétais de savoir si Carole n’avait pas de réels problèmes de compréhension.
 
 
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Carole à Athènes – Novembre 2006
 
Je me mis alors en quête d’un autre ouvrage et trouvais une réédition de la méthode syllabique BOSHER.
 
J’abandonne donc la méthode globale et m’engage dans la méthode syllabique ! Surprise ! Carole avance à pas de géant. Me voilà rassurée.
 
Je pense qu’il y a d’autres enfants comme Carole qui progresseraient sans problème si les enseignants disposaient de la souplesse d’utiliser la méthode de son choix adaptée à chaque élève.
En plus des cours pas correspondance j’ai eu la chance de dénicher des ouvrages de français et de mathématiques des années cinquante. Ils m’ont été infiniment utiles. En français, je regrette que les auteurs classiques soient de moins en moins étudiés. L’enfant pourra aimer, apprécier et maîtriser sa langue à condition qu’il soit nourrit de bons exemples. Chez un enfant on obtient toujours de bonnes récoltes si l’on plante les bonnes graines.
 
 
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Carole à Crotone – Italie – juillet 2006
 
Conséquences :
 
Face aux problèmes rencontrés dans les établissements publics, les parents ayant des revenus suffisants inscrivent leurs enfants dans des collèges privés confessionnels. Des écoles spécialisées vont être créées sous couvert d’accueillir des enfants dits « précoces » ou « surdoués ». Dans en avenir proche de nombreuses écoles privées seront sponsorisées par des entreprises privées.
 
L’école laïque va devenir « l’école à minima » pour les plus défavorisés.
 
Dans un tel contexte que doivent faire les parents ? Accepter que leurs enfants courent le risque d’être détruits par le système ? Accepter que l’instruction soit réservée à une élite ?
 
De plus en plus de parents, comme nous, prendront en charge l’instruction de leur enfant.
 
L’école à la maison
 
J’ai accompagné Carole de la classe de CP jusqu’au CM2. Le bilan des ces années est positif.
 
Nous poursuivrons notre périple de navigation et continuerons les cours par correspondance. Et si pour une raison quelconque nous devions reprendre une vie sédentaire notre choix serait le même.
 
Il y a peu de différence entre faire l’école à la maison ou sur le bateau. Notre programme de navigation est élaboré en fonction de l’emploi du temps scolaire. Internet est un outil indispensable. Seul désagrément : lors de nos escales nous ne pouvons pas toujours avoir un accès internet facile.
 
 
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Carole à Rhodes –village médiéval – mai 2007
 
Les contraintes sont les mêmes : rigueur dans l’organisation de la journée, respect de l’emploi du temps, veiller au sérieux de l’enfant dans l’accomplissement du travail, disponibilité des parents, être à l’écoute de son enfant, faire preuve et disposer d’une grande patience, ne pas s’énerver lorsque l’enfant ne comprend pas aussi vite qu’on le souhaiterait, … Ne pas hésiter à expliquer plusieurs fois, en essayant de trouver la meilleure façon. On n’y arrive pas toujours du premier coup ! C’est un investissement personnel important qu’il faut savoir assumer. Mais que de satisfactions à voir son enfant apprendre, progresser et s’épanouir dans un univers harmonieux.
 
 
L’école à la maison : le regard extérieur
 
Choisir «l’école à la maison » amena un certain nombre de commentaires et réflexions de la part de notre entourage et du voisinage. Nous nous sommes heurtés à l’incompréhension face à ce choix. Les parents qui instruisent leurs enfants sont soit suspectés d’appartenir à une secte, soit considérés comme des marginaux, soit taxés de refuser que leur enfant côtoie les enfants de l’école ou autres inepties. D’autres au contraire seront plus réceptifs, ceux-là même qui rencontrent à leur tour des difficultés ou sont plus « attentifs » à la scolarité et comportements de leurs enfants. Beaucoup de personnes ignorent que l’on peut librement déscolariser son enfant. L’école n’est pas obligatoire, seul l’enseignement est obligatoire. Les parents ont ainsi la liberté de choisir d’instruire leurs enfants.
 
Une question nous est constamment posée : quid de la «socialisation» de l’enfant ? Pour être franc, elle ne nous est pas posée sous forme de question, mais toujours sous forme de reproche ou d’« argument» accusatif !
 
Socialisation : processus par lequel l’enfant intériorise les divers éléments de la culture environnante (valeurs, normes, codes symboliques et règles de conduite) et s’intègre dans la vie sociale (Le Petit Larousse Illustrée 2000)
 
 
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Carole à Rhodes – mai 2007
 
Ce n’est pas uniquement à l’école que l’enfant apprend à être sociable. L’apprentissage de la « socialisation » commence dans le milieu familial, se poursuit aux contacts des autres en divers lieux : activités sportives, artistiques, dans les jeux, dans la rue, dans le quartier, …
 
Individualisme : tendance à s’affirmer indépendamment des autres. Tendance à privilégier la valeur et les droits de l’individu contre les valeurs et les droits des groupes sociaux (Le Petit Larousse Illustrée 2000)
 
Quoi qu’il en soit, la socialisation est dépendante de la société dans laquelle on évolue. Les codes, normes, règles de conduites de notre société actuelle, par essence individualiste, sont-ils compatibles avec la « socialisation » recherchée ?
 
Vouloir parler de socialisation dans une société individualiste me semble tout simplement incompatible.
 
Observez les enfants dans une cours de récréation ou une aire de jeux. Vous constaterez beaucoup de violence, de cris, d’insultes,…. Parfois les parents s’en mêlent et assistons à un déchaînement d’agressivités. C’est cela l’apprentissage de la « socialisation » ? C’est plutôt la jungle !
 
Lors de notre hivernage à Xania en Crête (Grèce) j’ai pu observer les enfants dans les aires de jeux ou cours de récréation. Quelle différence ! Pas de violence, ni de mauvais gestes. Les enfants grecs, par exemple, savent dès le plus jeune âge se respecter naturellement. Simplement un constat, mais quel constat !
 
Partout où nous passerons (Tunisie, Italie, Grèce et Turquie) nous serons étonnés de constater vraiment peu de délinquances, des enfants normalement calmes y compris dans les classes sociales les plus défavorisées. Pas de « psy » ici pour les adultes, encore moins pour les enfants ! Alors, pourquoi tout cela chez nous en France ? Serions-nous, nous les français, des « grands malades » et des incapables et nos enfants des « tarés » ?
 
Quelque chose n’est pas sain dans toutes ces « directions » qu’on voudrait nous faire prendre. Notre devoir de parents est d’être absolument vigilants pour nos enfants.
 
Les Médias – les Politiques
 
Je suis agacée par les interventions dans les médias de prétendus spécialistes de l’enfance, qu’ils soient pédagogues ou psychologues, nous abreuvant d’analyses et de statistiques. Du pur verbiage pour ne rien dire, surtout pas l’essentiel. Et leur parole a valeur de vérité. Pire, ne peut être remise en cause. Un point commun à tous ces beaux discours: l’absence de bons sens et d’esprit critique.
 
Parents et enseignants ne devraient plus s’opposer. Cela n’a pas de sens. Tous devraient s’unir et agir pour éviter un tel gâchis et travailler dans l’intérêt des enfants.
 
J’éprouve des sentiments d’impuissance et de colère en pensant à tous ces enfants qui seront « broyés » demain pas ce système. Ils seront les adultes de demain. Pour nombre d’entre eux l’avenir leur est déjà fermé … dès la petite enfance ... Tout cela est dramatique, inquiétant …
 
 
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Carole et son frère Guillaume en Cappadoce (Göreme) - Turquie – février 2008
 
 
Finike, décembre 2007.
de Xania à Istanbul
 
 
suite de … « la plaisance d’aujourd’hui »
 
 
Dès les premiers mois de notre périple nous ressentîmes un étrange malaise quant au comportement inhabituel, pour nous, de nombre de navigants que nous rencontrions ou croisions. Cela nous marqua tellement que nous lui réservâmes une place dans notre « Carnet de Voyage » : c’est dire !
 
Il nous faudra attendre les premiers mois passés au sein de la marina de Monastir où nous hivernions pour parvenir enfin à comprendre le pourquoi d’une telle situation incompréhensible pour nous.
 
Dans notre courrier daté du 8 février 2006 nous écrivions à « Mr Raoul »:
 
« Quant aux autres hivernants de la Marina Port Monastir, sachez que 95 % d’entre eux appartiennent à la diaspora juive (de tous pays : Finlande, Suisse, Allemagne, Angleterre, Canada, Belgique, Espagne, France, …). C’est une communauté fermée qui n’accepte pas les autres. Ce qui explique nos difficultés et incompréhensions initiales, puisque se sont les « mêmes » que nous avons côtoyés lors de notre périple ».
 
Nous étions, Christine et moi-même, à des années lumières de cette réalité. Nous ne nous y attendions pas et prîmes cela de plein fouet, estomaqués !
 
Il y a de quoi, tellement leur comportement à notre égard à Monastir fut sidérant : sectaire, quasi expression d’un racisme pur exacerbé. Ils n’acceptent et ne supportent pas les autres, c’est-à-dire tous ceux qui n’appartiennent pas à leur communauté et ne savent vivre qu’entre eux. Ils feront tout ce qui leur est possible de faire afin de nous éviter. Et, lorsqu’ils ne peuvent faire autrement, feront un effort phénoménal pour en accepter un ou plusieurs parmi eux, une fois … mais pas deux.
 
J’ai pour habitude d’adresser un bonjour à toute personne que je croise sur un ponton ou aux occupants des bateaux voisins du notre. Il en est de même lorsque nous nous retrouvons à plusieurs bateaux dans un mouillage. Invariablement, « eux » ne répondent pas au bonjour ! Instinctivement « ils » se détournent pour faire autre chose !
 
De notre vécu dans la marina de Monastir nous noterons qu’ils évitent de saluer ou simplement de dire « bonjour ». Nous côtoierons de tels voisins de ponton. Malgré cette promiscuité quotidienne, plus de trois mois de patience et d‘obstination polies furent nécessaires pour qu’un premier échange entre nos deux bateaux ait lieu !
 
Il est manifeste qu’ils ne nous supportent pas, que notre existence constitue un véritable et profond problème pour eux. A l’évidence cela les gêne que nous existions : il leur serait tellement plus agréable que nous n’existions pas!
 
A Monastir nous verrons cette communauté vivre repliée sur elle-même. Nous n’aurons aucun contact avec ces hommes et ces femmes qui, pourtant, battent pavillon français et possèdent un passeport français !
 
« Ils » s’arrangeront pour passer ensemble les fêtes de fin d’année … faisant en sorte que les autres … les « exclus » de tous les pays … se regrouperont et festoieront ensemble, malgré le handicap certain de la langue ! Nous nous retrouverons 15 autour d’une même table … 8 nationalités différentes parlant … 6 langues différentes … merveilleux non ?
 
 
Ce n’est pas banal … ne s’invente pas  … seulement le réel … du vécu … de l’authentique … du dramatiquement authentique …
 
En trois années de navigation, nous parviendrons au constat que plus de 98% des navigants battant pavillon français appartiennent à cette communauté ! Cette proportion semblerait moins élevée pour les navigants étrangers (allemands, belges, anglais, hollandais, …).
 
Autrement dit et concernant la Mer méditerranée, moins de 2% des navigants battant pavillon français n’appartiendraient pas à cette communauté !
 
C’est peu pour faire des rencontres et des amitiés !
 
Quoi qu’il en soit, cela interpelle bigrement ... on est en droit de se poser … beaucoup de questions !
 
Pour l’anecdote, quelques jours avant notre arrivée à Finike (où nous avons prévus de passer notre 3ème hiver), nous ferons escale dans la dernière île grecque de Castellorizo. Lors de notre arrivée au mouillage qui jouxte le port de cette île nous y trouverons deux bateaux.
 
Deux bateaux battant pavillon français … reliés entre eux par un cordage (Cf. photographie ci-dessous)… sorte de chaîne d’union … chère à cette communauté.
 
Nous ne recevrons aucune réponse au signe que nous leur adressons lorsque nous passerons prés d’eux. Pas un seul contact ne sera recherché les jours suivants. Pourtant, deux fois par jour, avec notre annexe, nous passerons au voisinage de leurs bateaux.
 
Deux excluant le troisième …surprenant non !!!
 
Cela ne s’invente pas … rien qu’une banale réalité … effarante réalité.
 

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… au mouillage de Kastellorizo … l’exclusion d’office …
 
Dès le premier instant de notre arrivée dans la marina de Finike, nous trouverons une situation en tous points identique à celle de Monastir.
 
Face à l’emplacement qui nous est attribué par la marina, de l’autre coté du ponton, un couple de français nous voit arriver : pas un seul regard, pas un seul signe !
 
De nombreux français sont présents, pas un seul pour nous dire bonjour malgré nos saluts.
 
Un peu plus tard, j’irais saluer un autre couple de français dont le bateau est peu éloigné du notre : ils nous ignoreront les jours suivants …
 
Quelques jours après, un autre bateau français s’amarre non loin du notre. Le couple fera comme s’il ne voyait pas, malgré sa dimension respectable, notre drapeau français ! Plus d’un mois s’écoulera avant qu’ils consentent à échanger un salut puis quelques mots …
 
La présence de notre fille Carole ne nous laissa pas d’autre alternative que de faire « comme si de rien n’était » ! Sinon, comment expliquer une telle situation à un enfant ? Nous nous devions de la laisser aller librement à la rencontre des autres et ce d’autant plus qu’elle est loin d’être introvertie ! De quel droit et au nom de quoi gâcher l’insouciance, la spontanéité et la fraîcheur de l’enfance ?
 
En fait, nous nous préparions à vivre dans cette marina de Finike une situation identique à celle que nous avions connue dans la marina de Monastir. Nous ne savions pas que nous allions vivre une toute autre expérience riche d’enseignements.
 
Nous le devrons bien sûr à Carole, mais aussi et … comble de l’ironie … à notre mésaventure avec « Mr Raoul » (Cf. l’article « c’est dommage Mr Raoul, quel dommage Alain»). !
 
En effet, par ce que terriblement vexé, « Mr Raoul » fît la bêtise de donner une dimension « communautaire » à un problème strictement privé. Il va faire de nous des « ennemis » à leur communauté : rien de moins ! Et réussir l’exploit de tremper sa communauté dans une affaire … qui ne la concernait pas ! Ce faisant, la placer dans une situation inhabituelle pour elle à gérer et dont, à l’évidence, elle se serait bien passée.
 
En parallèle, notre blog sera mis à jour par adjonction de nouveaux albums photos et de 7 nouveaux articles dont celui consacré à notre mésaventure avec « Mr Raoul ». Que croyez-vous qu’il advint ? Me croirez-vous si je vous dis que cet article («c’est dommage Mr Raoul, quel dommage Alain») est resté de longs mois en tête au hit parade des articles du blog ? (Le second est celui consacré à … « Téo d’Oro »). Je dois reconnaître que notre site reçoit vraiment beaucoup de visiteurs par accès directs via les moteurs de recherche tel que Google. Le nombre de pages « vues» est assez impressionnant.
 
A l’évidence, de nombreux membres de cette communauté, parfaitement informés de l’existence de notre blog et de la présence de cet article eurent la saine démarche de vouloir en savoir plus afin, me semble-t-il, de se forger chacun une juste opinion … pour… in fine … d’une part, se rendre compte que l’un des leurs n’avait pas respecté une des règles majeures de leur communauté et ce faisant avait porté préjudice à son image et, d’autre part, prendre connaissance … de nos écrits et pensées.
 
Il en résulta une situation particulière ! Cette communauté n’avait plus le droit de nous ignorer, pire pour elle, se devait de nous « intégrer » au mieux ou , tout au moins, éviter de nous placer en situation d’exclusion !
 
Ils adopteront … notre façon d’être … et feront … « comme si de rien n’était » ! Leurs attitudes à notre égard furent exemplaires et courtoisies … nous n’aurons pas matière à nous plaindre de quoi que ce soit. En retour nous ferons en sorte de ne pas trop les gêner dans l’expression de leur immense et incommensurable besoin de vie communautaire.
 
Heureusement, au cours de ces 3 années de navigation nous rencontrerons quelques « français de l’intérieur » (par opposition au « français de l’extérieur », comme il nous sera donné d’apprendre !), avec le handicap cependant d’itinéraires différents, se croisant le temps d’un ou quelques jours … le temps de se connaître un peu, d’échanger nos adresses, nos impressions, de parler histoire, géographie, …, du « pays », … bref d’entretenir et développer des relations normales entre êtres humains.
 
Fin février 2006, j’écrivais à « Mr Raoul » :
 
  • « A l’évidence, il est clair que mon prochain chapitre « Intermèdes en terre grecque » sera consacré à ce peuple et problèmes qu’il me pose, afin une bonne fois pour toute d’être clair vis-à-vis de moi-même et me débarrasser de ce qui encombre inutilement ma pensée ! »
 
Sans aucun doute, était-il encore trop tôt pour moi de me lancer dans de tels écrits.
 
Aujourd’hui, mes différentes expériences acquises auprès de cette communauté m’ont apporté suffisamment de matériaux de réflexions me permettant de régler le problème qu’elle me posait.  Ces réflexions seront incluses dans notre « Carnet de Voyage », auparavant il me faut achever le travail engagé sur d’autres thèmes.

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Leptine au mouillage de Mandraki – île de Oinoussai – Grèce
 
 
Finike, Février 2008.
de Xania à Istanbul
 
 
Réflexions sur le peuple juif.

 
 
De prime abord il peut sembler singulier qu’un tel thème apparaisse dans notre « Carnet de Voyage ». Nous devons avouer que lorsque nous quittâmes le port d’Argelès-sur-Mer, en juin 2005, pour ce périple de trois années, nous étions loin de penser, Christine et moi-même, qu’il en serait ainsi.
 
Cela demande donc un éclairage préalable ! Pour ce faire je vais m’aider, dans un premier temps, de deux extraits de l’article intitulé : « suite … de la plaisance d’aujourd’hui» issu de notre « Carnet de Voyage ».
 
Premier extrait :
 
« Dès les premiers mois de notre périple nous ressentîmes un étrange malaise quant au comportement inhabituel, pour nous, de nombre de navigants que nous rencontrions ou croisions. Cela nous marqua tellement que nous lui réservâmes une place dans notre « Carnet de Voyage » : c’est dire !
 
Il nous faudra attendre les premiers mois passés au sein de la marina de Monastir où nous hivernions pour parvenir enfin à comprendre le pourquoi d’une telle situation incompréhensible pour nous.
 
Dans notre courrier daté du 8 février 2006 nous écrivions à « Mr Raoul »: « Quant aux autres hivernants de la Marina Port Monastir, sachez que 95 % d’entre eux appartiennent à la diaspora juive (de tous pays : Finlande, Suisse, Allemagne, Angleterre, Canada, Belgique, Espagne, France, …). C’est une communauté fermée qui n’accepte pas les autres. Ce qui explique nos difficultés et incompréhensions initiales, puisque se sont les « mêmes » que nous avons côtoyés lors de notre périple ».
 
Nous étions, Christine et moi-même, à des années lumières de cette réalité. Nous ne nous y attendions pas et prîmes cela de plein fouet, estomaqués ! »
 
Deuxième extrait : « Fin février 2007, j’écrivais à « Mr Raoul » :
 
  • « A l’évidence, il est clair que mon prochain chapitre « Intermèdes en terre grecque » sera consacré à ce peuple et problèmes qu’il me pose, afin une bonne fois pour toute d’être clair vis-à-vis de moi-même et me débarrasser de ce qui encombre inutilement ma pensée ! » (1)
 
Sans aucun doute, était-il encore trop tôt pour moi de me lancer dans de tels écrits.
 
Aujourd’hui, mes différentes expériences acquises auprès de cette communauté m’ont apporté suffisamment de matériaux de réflexions me permettant de régler le problème qu’elle me posait.  Ces réflexions seront incluses dans notre « Carnet de Voyage », auparavant il me faut achever le travail engagé sur d’autres thèmes. »
 
Fin de citations !
 
 
(1) Ces écrits accompagnaient les échanges et considérations que nous avions concernant les préparatifs de la campagne présidentielle française ! 
 
 
Vous l’aurez compris, nous serons durant notre périple confrontés aux comportements pour le moins étonnants de cette communauté. Au cours de ces trois années nous vivrons, notamment, trois expériences différentes : lors des nos hivernages dans les marinas de Monastir en Tunisie et de Finike en Turquie (2) et avec « Mr Raoul » (3).
 
Or, il s’avère, comme le précise le second extrait, que préalablement à notre départ, ce peuple me posait déjà problème.
 
Plus précisément, mon attention fut éveillée puis focalisée en 1997. J’avais cinquante et un ans ! Depuis, une « grosse colère » à leur encontre m’habitait ! Et ce d’autant plus, qu’il m’était alors donné de comprendre brutalement nombre de choses vues, observées et vécues tout au long de ma carrière professionnelle et de ma vie sociale ! Il s’en suivra que je tenterais de comprendre et m’engagerais dans un important travail de recherches.
 
Notre projet de navigation et sa réalisation auront pour conséquence de remiser ce travail dans un tiroir !
 
Nous partirons … et serons par deux voies différentes … rattrapé par lui !
 
La première voie a été précédemment citée, à savoir leur attitude sociale.
 
Quant à la seconde, elle résulte d’une série de réflexions que ce voyage fera naître en moi. Certaines prendront corps lors de notre séjour à Rhodes et se traduiront in fine dans notre « Carnet de Voyage » par un article intitulé : «de l’ordre marchand à l’Ordre Marchand». Ce thème aura pour conséquence de m’interpeller indirectement sur la place et le rôle que cette communauté aurait pu jouer dans l’organisation de l’Ordre Marchand. Il en résultera de nouvelles pistes de réflexions.
 
En parallèle, nombre d’évènements survenant en France (élections présidentielle notamment) et dans le monde (Guerre d’Israël au Liban, Cour suprême d’Israël qui justifie les assassinats ciblés d’opposants palestiniens, ONG au Tchad : Arche de Zoé, ONG en Libye : suite de l’affaire des « infirmières bulgares », …) vont venir troubler mes réflexions.
 
Je me trouvais alors dans une situation insupportable. Je ne pouvais accepter de continuer à vivre ainsi, l’esprit totalement pollué et empoisonné par ces réflexions et décidais de retrouver la paix en moi-même et donc de conduire à terme mes réflexions sur ce peuple.
 
L’élément déterminant dans cette décision résidera dans le fait que cet ensemble de « vécus » que j’ai eu et que nous avons au contact de ce peuple me montrait clairement que j’étais en présence de deux catégories de personnes bien différentes dans leurs comportements, façons d’être, d’être. Autrement dit que je n’étais pas en présence d’une entité homogène !
 
C’est ainsi que je « diviserais » ce peuple en deux catégories : ceux « visibles », environ 20 %, et la grand masse (80%) !
 
Ceux « visibles » ont un comportement naturel détestable. Ils sont abjects, méprisants, dissimulateurs. Ils n’acceptent aucune contestation. Aucune discussion n’est possible. Je serai toujours étonné de constater qu’il est impossible d’avoir un échange d’idées avec eux. C’est incroyable, mais ils n’ont rien à dire ! Enfin, ils se dissimulent tous derrière une apparence trompeuse se voulant rassurante, avenante, compréhensive, courtoise, souriante,…mais qui « vole en éclats » dès lors qu’on les place face à leurs contradictions ou toute contradiction du moment, comme j’en ferais maintes fois l’expérience au cours des années passées. Toute relation normale avec eux est impossible.
 
 
(2) voir article : « suite … de la plaisance d’aujourd’hui »
(3) voir article : « … c’est dommage Mr Raoul … quel dommage Alain … »
Et il y a tous les autres, la grande majorité, ces 80% restants, au comportement normal. Avec nombre d’entre eux j’aurais, sur la quasi-totalité du territoire français, de nombreuses discussions « philosophiques », nous entretiendrons d’authentiques relations emplies de respect et de complicité. Je lirais de nombreux livres et écrits, somme de réflexions passionnantes elles aussi emplies d’humanisme, de bonté de certains autres (Einstein, Todorov*,…) …
 
Toutefois, je serais troublé par un comportement commun : partout où ils sont, ils ne peuvent pas s’empêcher de ne vivre qu’entre eux ,de constituer naturellement un ghettos de vie.
 
Cet état de fait m’incitera à étudier leur histoire. J’en dégagerais quelques grandes lignes de réflexions.
 
Je découvrirais que ce peuple, à son origine, sera le seul peuple au monde qui recevra un enseignement, le Talmud, édifiés par ses grands prêtres à lui (les rabbins), qui lui apprendra, et lui apprendront, à haïr et à mépriser tous les autres peuples, qu’ils soient … chrétiens … musulmans, … ou adorateurs d’idoles … autrement dit … tous les « autres » !
 
Que sa religion (Thora) fabriquée des mains de leurs ancêtres, va faire de lui le « peuple élu » de son Dieu. Ce dernier le désignant explicitement pour régner sur les terres qu’il a crée. Ce peuple va donc tout naturellement s’estimer « supérieur » en tant que peuple à tous les autres peuples et, « supérieur » à titre individuel à tous les autres êtres humains.
 
Je vais enfin prendre conscience que ce peuple n’existe que pas ses « écrits » à savoir la Thora et le Talmud qui constituent ses fondations et sa culture. Il n’existe que par eux.
 
Il n’y a pas d’autre peuple au monde qui doit son existence à un livre qu’il écrira et aux enseignements qu’il en tirera.
 
Bien heureusement cela était il y a plus de deux mille cinq cent ans ! Depuis, comme dirait Mr de La Palice, deux millénaires et demi se sont écoulés ! L’érosion va accomplir son œuvre, l’évolution suivre son chemin. Pas un peuple n’échappera à l’usure de ses fondations et de ses croyances.
 
Par ce qu’elles n’ont pas su comprendre que leurs écrits fondateurs n’étaient que symboles, que foi et dogme ne se conjuguent pas de pair et que le dogme s’oppose à l’inexorable évolution de l’homme, toutes les religions vont lentement décliner.
 
Cependant, alors que la grande majorité des hommes se fond dans la grande marmite de l’évolution, où chacun, tel la chrysalide, va progresser à son rythme vers sa libération, quelques uns vont se cramponner à leurs fondations et à leurs croyances ancestrales. Les « extrémistes » de tous bords vont fleurir …
 
S’il n’est pas épargné, le peuple juif éprouvera quant à lui plus de difficultés que les autres peuples. Ce n’est pas facile de rentrer dans la normalité lorsqu’on est intimement convaincu depuis plus de 2500 ans que l’on est le meilleur en toutes choses. Ce n’est pas facile de s’immerger, de s’intégrer et de se fondre dans la société des « autres », dans les pays d’accueil, quand les enseignements qu’il reçoit depuis plus de 2500 ans le condamnent à l’ « asociabilité », aux ghettos. Il éprouvera donc de plus grandes difficultés à se libérer de son formatage initial. Ce faisant il s’isolera plus que de raison. Ce faisant, il s’affaiblira et réagira avec une peur irraisonnée des autres.
 
L’empreinte initiale vit encore en chacun de nous. Malgré moi, malgré toute ma bonne volonté, je suis imprégné par des restes du passé transmis par l’éducation que j’ai reçu et qui fera de moi ce que je suis aujourd’hui. Je ne suis pas croyant, pourtant mes gestes, comportements, façons d’être, … sont conditionnés par deux cultures : la culture dite « judéo-chrétienne »  et la culture grecque !
 
(*) Tzetan TODOROV : « Mémoire du mal, tentation du bien »
Je vais ainsi réaliser que ces fameux 20%, ceux qui en définitive me posent problème, ne seraient que des « irréductibles hébreux » dopés - tels nos « irréductibles gaulois » et leur potion magique - au breuvage de leur chaudron ancestral dans lequel on trouverait pèle mêle, leur mission divine dont il serait investi par son « élection », sa haine des autres et la promesse de « la terre promise ».
 
Sauf que, contrairement à nos « irréductibles gaulois » qui, joyeusement et en chœurs vont s’opposer aux armées de César pour protéger leurs libertés et leur village, ces 20% mettent en péril l’existence de 80% de « son » peuple !
 
Par ce qu’il leur était facile de s’emparer de tous les pouvoirs, par ce qu’ils n’ont pas su préalablement jauger les moyens strictement nécessaire à mettre en œuvre afin de satisfaire leurs ambitions, ils (les 20%) vont, en dépit de toute règle de prudence ou de discrétion, investir tous les postes clés de l’Etat, de l’Administration de l’Etat, des entreprises d’Etat, des grandes entreprises ou sociétés françaises, s’approprier l’ensemble des médias et, grâce à eux notamment, vont pouvoir conquérir la quasi totalité des fonctions de députés, maires, conseillers régionaux et généraux, …, maîtriser l’ensemble des partis politiques (de droite, comme de gauche) et organisations syndicales.
 
Ils vont donc, en moins de cinquante années, parvenir à ce résultat et afficher, sans aucune retenue, au reste du monde et aux français, qui ils sont. C’est ce que je vivrais, verrais, entendrais.
 
Pour inhiber toute réaction « intérieure au pays» ils vont instrumenter la morale. Pour contrer l’érosion du temps sur les esprits de son peuple, ils vont instrumenter la peur de l’autre afin de les terroriser, raviver sa haine qui les isolera encore plus des « autres ». En « contre partie », je n’en rencontrerais pas un sans emploi.
 
En fait les 20% de ce peuple utilise les 80% restants comme si c’était son « armée » et de ce fait n’hésite pas à l’exposer aux plus graves dangers, à l’exposer en permanence à la vindicte populaire.
 
Certains « des 80% » vont prendre conscience de cette situation, du danger et faire ce que leur éthique et devoir leur dictent de faire : ils vont écrire. Leurs écrits seront parfois pathétiques. D’autres « des 80% », conscients de cette réalité vont en profiter ou par excès de zèle faire ce qu’ils estimeront leur valoir l’accès dans le cercle des 20% ! D’autres vont progressivement se rendre compte que « quelque chose » ne va pas, vont prendre conscience de la réalité et, par ce qu’ils n’en n’ont pas le courage ou par ce qu’ils sont trop veules ne feront rien ! Nous en rencontrerons : ils sont parfaitement identifiables par leur réaction à notre encontre : comme un miroir, nous leur « renvoyons » leur lâcheté. C’est insupportable pour eux.
 
Au cours de notre périple nous nous rendrons compte que 98% des navigants français et 98% des français vivants à l’étrangers sont, comme ils se définissent eux-mêmes, des « français de l’extérieur » (par opposition à nous, « français de l’intérieur » !).
 
Tout au long de nos escales en pays étrangers (que ce soit en Tunisie, en Italie, en Grèce ou ici en Turquie), je constaterais que le regard et comportements des « autochtones » à l’égard des « français de l’extérieur » ne sont pas les mêmes que ceux qu’ils réservent aux « français de l’intérieur ». Cela m’interpellera ! D’autant plus que partout où nous passerons nous ne trouverons que des peuples pacifistes, d’une gentillesse et convivialité partout remarquables.
 
Par ce que fondée sur un principe erroné (et de plus inique), la société dans laquelle nous évoluons, basée sur l’argent, est inexorablement appelée à s’effondrer. Les accélérations induites par le développement des savoirs et des outils issus des progrès scientifiques ne font qu’accélérer son instabilité intrinsèque et avancer son échéance. De plus en plus ingérable notre société s’écroulera d’autant plus rapidement. Les Etats ne pourront plus faire tourner les machines à fabriquer les billets de banque afin de compenser tous les déficits que ce système engendre naturellement, comme vient de le faire dernièrement, par exemple, les Etats-Unis d’Amérique.
 
Cela prendra peut-être quelques décennies, mais c’est immuable. Il n’y a pas d’autre issue.
 
D’ici là, tous les peuples concernés par cette société vont subir des épreuves extrêmement dures à supporter et infiniment dangereuses. Dans le même temps, issus des peuples les plus pauvres à qui notre propre société pille et vole leurs richesses, issus des peuples ou tribus que notre société actuelle tente d’éliminer en les faisant se combattre entre elles, issus de tous les peuples qui auront été abusés, vont émerger leurs fils, plus sages et mieux « instruits » que leur pères qui, tous ensemble vont réagir.
 
Nos « apprentis sorciers » n’ont pas su voir que mondialiser leur présence, se déclinant par misères et souffrances, c’était aussi mondialiser … la réaction !
 
Sur tous les continents, des blessures de la terre et des blessures des hommes va naître la révolte et la plus grande barbarie incontrôlable que l’humanité n’a jamais connue.
 
Il ne pourra pas – malheureusement - en être autrement : aucune autre alternative n’est laissée à l’homme. (4)
 
C’est cela que nous voulons ?
 
C’est cet « avenir » que nous voulons réserver à nos enfants, petits enfants ?
 
Avec mes moyens j’ai engagé ce travail de réflexion. Mon esprit a retrouvé le calme. Ma conscience est apaisée.
 
Mais combien seront-ils à faire ce que j’ai fait : contenir sa colère, prendre le temps de comprendre et en quelque sorte « tirer la sonnette d’alarme » ?
 
C’est notre problème ! J’ai apporté ma pierre . A chacun, quand il est encore temps, d’apporter la sienne !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(4) Jacques ATTALI arrive aux mêmes analyses, par d’autres voies que la mienne, mais pas aux mêmes conclusions sur le devenir de notre société. Se reporter à son ouvrage instructif et édifiant : « Une brève histoire de l’avenir »


 
 
 
 
 
 
 
 
Finike, octobre 2007
 
de Xania à Istanbul
 
d’escale en escale
 
quatrième partie : ISTANBUL
 
 
Des conditions climatiques épouvantables nous accueillirent dès l’entrée du détroit des Dardanelles. Orages et pluies diluviennes jusqu'à Canakkale, première escale. Bénéficiant au départ de Bozcaada du « Metlem », celui-ci nous abandonna lâchement à quelques encablures de l’embouchure du détroit. Et dûmes affronter le Meltem qui, quant à lui, semble prendre un malin plaisir à s’engouffrer violemment dans la saignée du détroit ! Résultat : à la pluie et aux orages vinrent se cumuler un vent violent de face et une mer hachée. Les indispensables bordures furent longues et fastidieuses ! Indispensables si l’on veut s’affranchir du courant, contraire à la marche, voire en certains endroits bénéficier d’un contre courant qui nous propulsa à plus de 7,5 nœuds !
 
Le mouillage de Canakkale est le bienvenu. Un temps gris baigne une contrée triste. La ville est fade et son port peu engageant. Quelques heures plus tard nous vîmes sortir des brumes le couple de français rencontré à Bozcaada. Ils mouillèrent près de Leptine. Forts sympathiques, ces deux enseignants se dirigeaient vers Istanbul. Leur bateau est du genre petit format. Cela à l’évidence ne leur posait aucun problème. Ils sont heureux, rayonnants, aiment naviguer et découvrir. Leur coque de noix leur fit vivre des moments épiques et cocasses qu’ils racontent avec beaucoup de gourmandises et d’humour. Nous pûmes assister à leur « galère » quelques jours plus tôt lorsque nous remontions quasi de concert vers l’île de Bozcaada. Nos routes parallèles divergèrent vite : s’approchant trop près des côtes ils perdaient rapidement en cap, faisant que nous les vîmes plus souvent reculer qu’avancer ! J’ose à peine imaginer les joyeux moments qu’ils endurèrent dans la remontée du détroit des Dardanelles.
 
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Musée Archéologique d’Istanbul
 
La mer de Marmara est une petite mer intérieure aux moeurs bien particulières. Ses îles charmantes et étonnantes, peu éloignées de l’embouchure du détroit des Dardanelles, constituent d’excellents havres de repos et de calme. Rétrospectivement elles m’apparaissent stratégiquement bien situées quant à l’option de navigation à retenir afin de rejoindre Istanbul. Par vent de Nord (N-O/N/N-E) il y a tout intérêt à longer la côte Nord de cette mer, les vagues n’ont pas le temps de se former et de prendre une ampleur et une puissance importantes. On évite ainsi de se trouver face à une mer formée. Et par vent du Sud, faire l’inverse, longer les côtes Sud de la Mer de Marmara. Quant au courant il semble « central », avec effets faibles sur les côtes.
 
Nous parviendrons à Istanbul quelques jours avant l’arrivée de la course « Marseille-Istanbul », serons refoulés de la marina d’Atakoy devant justement accueillir cette compétition et traverserons le Bosphore pour rejoindre la « Setur Marina » située côté Est. Imaginez une marina en plein Neuilly ! Son coût est élevé : 50 dollars par jour ! Faire laver 5 kg de linge = 70 liras turques = 42 euros ! Résultat, nous ne sommes resté que 4 jours au lieu des 7 initialement prévus ! Cette marina n’est pas semblable aux autres. Elle accueille les « fortunes » d’Istanbul. Les bateaux bougent peu. Conséquence : disponibilité presque nulle pour les bateaux de passage. Nous tournerons plus d’une heure avant qu’une place nous soit enfin accordée …
 
Quant au coût de la vie à Istanbul… du délire ! Notre portefeuille subit un régime amaigrissant phénoménal !
 
Dans cette marina, 90% des bateaux turcs battent pavillon américain simplement par ce que les taxes dans ce pays y sont moins élevées ! C’est une honte et j’en ai honte pour eux ! Un monde malade, sans état d’âme. Heureusement que Mustafa Kemal Atatürk ne voit pas cela … ! S’il vivait encore je suis certain que cela ne se serait jamais produit. A n’en pas douter ces propriétaires manifestent à leur façon leur reconnaissance au pays qui fait leur fortune…
 
Le drapeau turc flotte partout en Turquie, sur les façades des immeubles d’habitations, des services publics, sur les voitures privées ou de l’Etat. … Photos géantes ou petites d’Atatürk sont omniprésentes, il n’est pas un parc qui porte son nom, sa statue est dans chaque ville et le pays lui réserve honneurs et hommages … Sans doute sont-ce là les derniers soubresauts de la fierté et identité turques ! Peuple attachant qui semble ne plus savoir où il en est, qui semble perdre ses repères et qui ne tardera pas, malheureusement, à rejoindre la masse grandissante des peuples sans âme, locataires d’une terre qui ne sera plus la leur
 
Durant ces quatre journées nous fîmes connaissance avec leurs (nombreux) bus de mer qui sillonnent la Corne d’Or. Expériences inoubliables ! Ils les pilotent (40 mètres de long) comme les auto-tamponneuses de fêtes foraines. Les passagers embarquent et débarquent uniquement par la proue en appui sur le quai grâce au moteur ! Dans cette zone du Bosphore, on assiste à un gigantesque chassé croisé entre bus de mer, cargos et paquebots. A eux seuls et sans vent ils sont capables de créer des vagues de deux mètres de haut …
 
Nous prîmes de « plein fouet » le gigantesque déphasage existant entre cette mégapole riche et animée et toutes ces régions pauvres et pastorales que nous découvrîmes auparavant. Comme si deux peuples distincts existaient : celui artificiel des grandes villes et celui authentique des champs, le jour et la nuit ! Le commerce ici montre sa richesse, sa puissance et arrogance ! Parfaite illustration de la raison de cette fameuse guerre de Troie engagée dans l’unique souci de contrôler cet énorme commerce « Nord-Sud » transitant par la mer noire et la mer Egée. Que de richesses ici et que de pauvretés à quelques milles nautiques seulement…C’est fou !
 
Les pauvres habitent la ville d’Istanbul hyper bruyante et animée. Quant aux riches, ils nichent de l’autre coté du Bosphore dans de superbes et luxueux quartiers résidentiels. Les pauvres et plus précisément les femmes portent l’habit traditionnel, conférant ainsi à Istanbul une certaine image pieuse, respectueuse de la religion, alors qu’en face, dans les quartiers des riches, tous sont vêtus à la mode occidentale y compris les femmes. Toute corrélation serait-elle que pure coïncidence ?
 
Nos satisfactions viendront des visites du Musée Archéologique (situé à proximité du Palais Topkapi) et du Musée des Mosaïques. Dans le premier sont exposées des œuvres magnifiques.
 
Le sarcophage dit d’Alexandre le Grand est d’une beauté phénoménale. De nombreux objets et pièces sont époustouflants. Malgré cela, une quasi absence de visiteurs. Nous eûmes le musée à nous trois !
 
 
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Musée Archéologique d’Istanbul – détail frise du sarcophage d’Alexandre Le Grand
 
Les touristes se précipitaient en masse sur le palais Topkapi situé 200 mètres plus loin et, en ce lieu,  passent leur temps à se bousculer pour tenter de voir quelque chose. Impossible de prendre de belles photos dans cette marée humaine qui déferle sans cesse devant l’objectif. La visite de ce palais n’offre qu’un nombre limité de pavillons. L’architecture de ce complexe nous est apparue insignifiante, presque fade. Nous fûmes surpris par la pauvreté des reconstitutions intérieures, faisant en sorte que de grandes salles sont réservées à des expositions ne présentant pas (à mon goût) un intérêt majeur. Quant au « Harem », peut-être par ce qu’il fait phantasmer les occidentaux, le coût de sa visite, en supplément, vient doubler le coût d’entrée de visite du palais !
 
Sainte-Sophie et autres mosquées voisines sont d’une beauté extérieure extraordinaire. Elles confèrent à la ville son cachet et son charme si particuliers. Nous ne serons pas sensibles à leurs intérieurs. Je n’y ai pas ressenti les sensations puissantes qui m’envahirent lorsque je découvris pour la première fois nos cathédrales françaises. Sans aucun doute est-ce la conséquence de cultures différentes ou simplement d’une insuffisante imprégnation culturelle préalable. Nous reviendrons. Plus tard, lorsque nous entreprendrons la Mer Noire.
 

 

Intermèdes étésiens

de Xania à Istanbul.

(avril / septembre 2007)

 

 

 

Istanbul,

parc du musée archéologique.

 

Sommaire

 

- il est 6 heures du matin ...

- qui dit mer Egée ... dit Meltem.

 

- d’escale en escale : 

première partie,

deuxième partie,

troisième partie,

quatrième partie.

- de l’ordre marchand à l’Ordre Marchand :

première partie

deuxième partie

troisième partie

quatrième partie

cinquième partie

- Téo d’Oro.

- Carole.

- suite de « la plaisance d’aujourd’hui ».

- ... c’est dommage « Mr Raoul » ... quel dommage Alain.

- considérations sur le peuple juif. 

- l'ecole a bord. (par Christine)

- la mer ... et moi. (par Christine)

 

Finike, septembre 2007.

 

de Xania à Istanbul

 

Il est 6 heures du matin ...

 

 

...  ce samedi 31 mars 2007. Le moteur, parvenu à sa température nominale de fonctionnement, nous adresse l'ultime signal du départ. Son imminence nous torture. Nous hésitons, retardons cet instant où il nous faudra larguer les amarres, s'éloigner du quai ... nous n'avons pas envie de quitter le port ... pas envie de voir Xania s'estomper à l'horizon ...

 

Ces six mois passés dans cette ville furent délicieux. A aucun moment notre séjour n'eut à souffrir du fait que nous ne parlions pas le grec. Les grecs, en général, et les crétois, en particulier, sont d'un naturel paisible, gentil et courtois qui s'exprime à chaque instant dans leurs relations entre eux comme avec l'étranger. Il fait bon vivre parmi eux. Nous regretterons que l'immobilier y soit si cher. Nous aurions aimé pouvoir acquérir une maison ou un appartement afin de bénéficier d'une vie quotidienne aussi paisible, de cette douceur de vivre incomparable. Etonnant peuple, merveilleux peuple grec. Nous nous sommes ressourcés auprès de vous. Nous en avions, il est vrai, grandement besoin ! Si un « hit-parade » des peuples occidentaux existait, vous seriez, vous peuple grec, éternellement en tête, au premier rang !

La Crète

Ce « vague à l'âme » nous accompagna tout au long des premières semaines de navigation. Tenace et profond il eut pour conséquence d’occulter la joie et le plaisir que l’on éprouve au moment du départ pour de « nouvelles aventures ». Ressenti sûrement exacerbé par le fait que nous nous engagions dans le troisième et dernier volet de notre périple. Dans nos esprits était déjà présente la pensée que nous entamions les six derniers mois de navigation suivis des six mois d'hivernage en Turquie; autre pays et autre peuple à découvrir ... Et qu'il nous faudra alors retourner en France ... avec le risque d'abandonner cette vie de nomades marins ... de ne plus satisfaire notre soif de découvertes ... de ne plus pouvoir savourer ce plaisir immense et ineffable de naviguer.

 

Véritable torture ! Comment concilier nos envies et besoins et ceux plus importants et cruciaux de Carole : sa scolarité et développer des relations normales, dont elle a besoin, avec les jeunes de son âge, que la navigation ne peut lui procurer d'une manière satisfaisante ... La solution fit doucement son chemin : inscrire Carole au CNED si rien ne s'oppose à cela, passer les six mois d'hiver en France et naviguer les six autres mois ! Solution salvatrice : notre enthousiasme reprit toutes ses couleurs ! Nous repartîmes comme au premier jour !

 

Au programme de cette troisième année de navigation que nous voulions plus récréative que studieuse: Rhodes et Istanbul. Avec pour nouveau challenge et nouvelle contrainte à intégrer à notre stratégie de marche : le Meltem !

Une foultitude de découvertes nous attendaient entre Rhodes et Istanbul: la mer Egée et ses nombreuses îles grecques et turques, le fameux détroit des Dardanelles, la mer de Marmara et ses îles, sans oublier le cabotage sur la côte occidentale turque qui nous conduira jusqu'à notre port d'hivernage de FINIKE.

 

Nous ne savions pas que dés Rhodes nous mettrions enfin un nom sur un des aspects du ressenti majeur que nous éprouvâmes lors des premiers mois de notre périple et que nous ne parvenions pas alors à identifier et donc formuler,  à savoir : « l'ordre marchand ». « Il » nous accompagnera partout: en Grèce, en Mer Egée, en Turquie, en Mer de Marmara et à Istanbul. Avec lui « nous remonterons le temps », « remonterons le cours de l'histoire » et le verrons présentement à l'oeuvre.

Rhodes - vue du palais des Grands Maîtres.

Nous le verrons passer du statut « d'ordre marchand » au statut « d'Ordre Marchand ».

Nous prendrons de plein fouet l'état de pauvreté de la Grèce et de la Turquie. Avec ce sentiment puissant que ces deux merveilleux pays, aux passés si prestigieux, sont entrain de perdre leur âme respective. Cela est tangible partout où nous sommes passés. Les grecs comme les turcs seront dépossédés de leurs racines, cultures et terres avec une rapidité dont ils n'ont pas conscience : les métastases implantés par l'Ordre Marchand s'y développent exponentiellement.

Nous serons découragés par l'état de pollution des mers Egée et de Marmara. Pas un mètre linéaire de leurs côtes n'est exempt de pollution. A classer au rang de « fléaux de l'humanité » : la matière plastique (sous toutes ses formes) et le polystyrène expansé.

Nous constaterons de visu les méfaits écologiques du « tourisme de masse » Nombre d?îles et de villes centrées sur le tourisme dégradent à une vitesse vertigineuse leur unique gagne-pain !

Heureusement subsistent encore quelques zones superbes et merveilleuses mais peu nombreuses compte tenu du relief particulièrement abrupt des massifs montagneux qui plongent dans la mer. Pour combien de temps encore ?

Baie de Göçek - Turquie

De nombreux flans de montagnes du bord de mer sont défoncés au bulldozer pour des programmes immobiliers horribles et dont les maisons ou immeubles restent désespérément vides. Des milliers d'immeubles, tous identiques, des rues à angle droit ... et pas « âme qui vive ».

Nous découvrirons et serons déçus par Istanbul. Peut- être parce que nous en avions trop rêvé et que nous qu'elle nous renvoya en plein visage tout ce dont nous ne voulions inconsciemment plus voir ; l'agitation désordonnée, destructrice et futile des hommes en quête de profits, la pauvreté concomitante, la misère morale ... jungle dans la jungle.

Nous ferons de nouvelles rencontres, tant sur eau que sur mer, qui réjouiront nos coeurs et, assisterons à la fin de notre amitié avec « Mr Raoul ». Ainsi va la vie.

Il y a Carole notre fille, sacré « petit bout de gamine », pleine de vie et de fraîcheur, tendre et patiente, heureuse d'avoir sa mère et son père en permanence à ses côtés. Elle a su assumer sans problème particulier sa scolarité primaire, s'intéresser, s'investir et se passionner toute seule pour la mythologie grecque, dévorant les livres les uns après les autres, appréciant et réclamant ensuite la visite des musées archéologiques, se passionnant pour les sites antiques, se découvrant une passion pour la photographie, ..., et son immense faculté naturelle à aller vers les autres.

Carole

A peine étions-nous amarré dans un port ou dans une marina qu'elle partait en véritable petite ambassadrice de « Leptine » établir, en un temps record, une relation avec les occupants d'un ou plusieurs bateaux voisins !

Elle a « charmé » son monde partout où nous nous sommes arrêté. Cela n’empêche pas que parfois nous aurions bien aimés disposer d’un ou deux jours pour souffler ! Elle n’arrête jamais ! Toujours en mouvement, toujours prête pour toujours « plus » !!! Increvable ! Mais combien formidable ! 

 

Sans oublier « Leptine » sans qui ce périple, découvertes, réflexions, expériences, joies et peines de ces trois dernières années n'auraient été possibles. Merveilleux et fidèle il assuma fantastiquement avec courage et panache sa tâche. Sa récompense sera à la hauteur de ses exploits : nous sacrifierons une part de nos maigres économies à renouveler une partie de sa garde robe qui frise la limite d'âge : 31 ans ! Phénoménal, non ?

Leptine en route vers l'île d'Astypalaia.

C'est tout cela que nous allons vous conter.

Christine

La suite, à savoir notre rencontre avec les turcs et la Turquie, nous attendons d'avoir passé les six derniers mois parmi eux, d'aller plus en profondeur dans leurs terres afin de compléter la vision « côtière et touristique » trop partielle que nous en avons.

Pierre

Finike, septembre 2007

de Xania à Istanbul

 

« Qui dit Egée ... dit Meltem ! »

 

 

Le premier mois de navigation de notre périple n'était pas encore achevé que nous redoutions déjà l'étésien Egéen, à savoir : le Meltem !

Pensez donc ! Dès que nous faisions part de notre projet d'aller à Istanbul, invariablement tous les navigants que nous rencontrâmes entraient en transe et se lançaient dans une description particulièrement apocalyptique du Meltem ! L'horreur ! Immanquablement, peut-être animés par le souci de ne pas trop nous effrayer ou nous décourager, sur le ton « croyez en mon expérience », concluaient tous par : «heureusement on trouve toujours le bon mouillage protégé sur le coté non exposé des îles» ! Ouf ! Rassurés, reprenions notre souffle ! Nous étions sauvés par anticipation !

Les apéritifs entre « hivernants dans leur bateau », comme les discutions sur les pontons durant le premier hiver passé dans la marina de Monastir ne firent qu'accentuer nos craintes ! Meltem = galère ! Le doute s'insinua. Christine rapetissait ! ...

 

... Il est 5 h du matin ce 26 août 2006, nous quittons l'île de Cythère pour rejoindre Xania afin de me faire soigner une méchante infection dentaire qui n'avait pu être traitée à Kalamata. Je ne pouvais pas rester plus longtemps dans cet état.

Il fait nuit noire, les bulletins météorologiques sont bons. Vent de force 4 à 5, une mer normalement agitée: parfait pour Leptine ! De nombreux rochers isolés sont signalés sur la carte. Nous redoublons d'attention, puis dépassons le cap. Et là, stupeur ! D'agitée la mer passe à particulièrement agitée. Le vent est à l'unisson. Il souffle le bougre : minima force 7 ! Quant à Leptine il n'arrête pas d'escalader puis de redescendre à grande vitesse de véritables « montagnes russe » !

Le Meltem ! Le Meltem ! ... Aussi sec faisons ... demi tour  ... retour à Cythère ... Et reportons au lendemain notre départ !

Quel accueil ! Quel baptême !

« Ils » avaient donc raison !

La fatigue de ces cinq mois de navigation cumulée à l'extrême chaleur et sécheresse que nous eûmes à subir sur cette île de Cythère pendant trois jours consécutifs nous firent oublier que nous entrions dans la mer Egée ... et ... « qui dit Egée ... dit Meltem » !

C'est donc « cela » que nous aurons à subir continûment du 15 juin au 15 septembre ? Je rapetissai ... Christine se liquéfia !

 

Les six mois d'hivernage à Xania nous permirent d'améliorer notre connaissance du Meltem, de « peaufiner »  une stratégie toute théorique pour son bon usage ! Théorique ... car nous n?avions justement aucune expérience de la mer Egée et ... du Meltem.

La mer Egée n'est en réalité qu'un immense archipel en forme de fer à cheval, bordée de part et d'autre par la Grèce et la Turquie et dont la partie basse « ouverte » est au tiers obturée par l'île de Crête. Dans cet espace presque clos émergent un nombre impressionnant d'îles de tailles variables (il y en aurait plus de mille : c'est dire !). Il y a toujours une « terre en vue » lorsqu'on navigue en mer Egée.

Le Meltem est un vent du Nord (Nord-Ouest / Nord/ Nord-Est) qui se manifeste l'été du 15 juin au 15 septembre. Sa force maximale sur l'échelle de Beaufort est 8 (exceptionnellement plus). Il peut être continue durant plusieurs jours (24h/24) ou se lever plusieurs jours de suite à une heure précise de la matinée pour s'estomper au coucher du soleil. Il peut aussi être inexistant: dans notre jargon c'est « pétole », pas un souffle d'air.

Le Meltem n'est pas le seul étésien à sévir en mer Egée. Il a son « contraire » - que je nommerais donc le Metlem ! - un vent semblant provenir d'un vent d'Ouest ou d'Est dévié en mer Egée par la Crète et une dépression située au nord de la mer Egée.

Grosso modo, ces deux vents se répartissent dans le temps de la façon suivante :

d'avril au 15 juin : 80% de Metlem - 15 % de Meltem - 5% pétole

du 15 juin au 15 septembre : 80% de Meltem - 15 % de Metlem - 5% pétole.

Tout projet de navigation en mer Egée ne peut être élaboré sans tenir compte du Meltem et du « Metlem ».

 

Vouloir « remonter » la Mer Egée (du sud vers le nord), comme vouloir la « redescendre » (du nord vers le sud) sans difficulté particulière, impose de respecter ces deux périodes.

Faire l'inverse relève de « l'aventure » et s'exposer à de forts désagréments.

Leptine - vent arrière - Mer Egée

Un « outil » formidable existe pour comprendre le Meltem et le Metlem: il s'agit du site grec www.poseidon.hcmr.gr de prévisions météorologiques des mers Egée et de Marmara. Ces prévisions (sur 3 jours et toutes les 6 heures) sont données sous forme de cartes des deux mers, la direction et la force du vent sont respectivement indiqué par des flèches orientées et une couleur variant du bleu foncé (pas de vent) au rouge vif (force maximale)..

Exemple du Meltem

L'intérêt d'une telle présentation est de montrer l'impact majeur et fondamental, ici, du relief et des nombreuses îles, sur le vent. Ce que les hydrauliciens nomment « l'effet venturi » : déviations et accélérations engendrées par les reliefs. Les informations météorologiques habituelles dont dispose tout navigateur s'avèrent insuffisantes pour les mers Egée et de Marmara. Elles donnent soit une direction moyenne et une force moyenne du vent au centre d'une zone géographique (dans notre cas 2 zones pour la Mer Egée), soit une carte des isobares pour toute l'Europe à partir de laquelle le marin doit extrapoler pour trouver à la fois la direction et la force du vent et cette fois-ci globales pour la mer Egée.

En fait, pour les mers Egée et de Marmara, « poséidon » a un effet loupe considérablement supérieur à ces dernières sources d'informations. On est prévenu en tout point de ces deux mers de ce que nous rencontrerons globalement, mais pas dans le détail. Seule la pratique permets d'accéder aux effets locaux, réels et importants, dus aux reliefs et d'anticiper au mieux ensuite compte tenu qu'il n'y a pas deux reliefs identiques ...

Nous en ferons l'expérience en explosant notre génois (il est vrai d'un certain âge et donc bien fatigué) alors que nous naviguions depuis plus de 3 heures avec un Meltem de force 4/5 et qui en moins de 10 secondes passa à force 8 par un effet très spécifique de relief ! De 18 noeuds en moyenne le vent est passé à une vitesse de 36 noeuds et sa force appliquée au génois en fut, quasi instantanément, multipliée par 4  (e=1/2 x mV²) !

Exemple du « Metlem » !

Les cartes de « poséidon » montrent tout l'intérêt d'éviter de faire les îles centrales de la mer Egée en Juillet et Août : les effets venturi y sont les plus violents. C'est la bonne période pour faire ses bordures (entre îles et continents), le Meltem y est moins violent et savoir réserver les mois de mai, juin, septembre et octobre pour faire les îles centrales.

Le Meltem et dans une moindre mesure le « Metlem » demandent attention et vigilance de la part des navigateurs. Ce sont des vents « formidables » pour un marin, car constants et non vicieux. Sauf qu'il faut anticiper les effets entre îles, entre île et continents ... En règle générale le Meltem souffle avec une force de 3 à 6. Naviguer dans de telles conditions de vent sur une mer peu formée (la présence des îles cassent les vagues ou ne laissent pas le champ suffisant pour qu'elles se forment) est un régal. Toutefois quelques règles simples s'imposent: anticiper les « effets venturi », surveiller comme « le lait sur le feu » les risées (une rafale force 8, sur une mer peu agitée comme la mer Egée avec un vent de fond de forces 4, 5 ou 6, forme une risée parfaitement identifiable) et de ne pas vouloir jouer à se faire peur !

Leptine - île de Kos (Grèce) - en arrière plan, la Turquie.

 

 

Finike, octobre 2007

de Xania à Istanbul

d'escale en escale

première partie

 

Ce n'est pas un hasard si, au cours de notre périple en mers Egée et de Marmara, nous rencontrerons cette composition en marbre blanc, oeuvre d'un artiste espagnol, exposée en terre Turque.

Oeuvre exposée à Gümüslük - Turquie

Elle symbolise un certain accablement, tristesse et désolation qui nous ceindront, accompagneront et domineront tout au long de notre voyage. Nous aurons bien sur matières à nous réjouir, mais trop fragiles et minoritaires.

 

Certes, la Grèce comme la Turquie sont des pays pauvres, très pauvres, plus que ce que l'on peut s'imaginer lorsqu'on n'a qu'une faible connaissance de ces deux pays.

Nous en ferons l'amer constat l'hiver dernier lors de nos excursions sur l'île de Crète. Seule la région de Xania est belle, riche et propre. Ailleurs la pauvreté et le laisser aller l'emportent.

Que penser de l'extraordinaire plateau de Lassithi, perché à plus de huit cent mètres d?altitude, qui, il y a peu de temps encore fournissait l'île en blé, légumes, fruits, ? aujourd'hui dans un état d'abandon complet. Il est redevenu à l'état sauvage, tristes friches. Tout autour de lui subsistent quelques maisons avec ses vieux en habits traditionnels afin de satisfaire les touristes ...

 

Que penser de Iérapétras port antique située sur la côte sud-est, entouré de plaines et de collines, devenu aujourd'hui la zone la plus infecte que nous ayons rencontré à ce jour. Tout un superbe paysage dégradé, des collines arasées, pour implanter des milliers et des milliers de serres produisant fruits et légumes ... Peu importe qu'il soit la cause de la mort du plateau de Lassithi ...

 

Une seule route traverse Ierapétras et sa vallée : défilé de taudis, masures, de saletés, de crasses, de poussières ... Au milieu de tout cela de pauvres hères, travailleurs immigrés Albanais et des pays de l'Est ... Iérapétras n'a rien à envier aux bidonvilles et taudis de Rio des Janeiro, de Mexico ou autres villes de l'Amérique du Sud. Le sordide est là, à notre porte, au menu quotidien ... dans un cadre environnemental sauvage d?une beauté inouï dès lors que l'homme ne peut, pour le moment, rien en tirer comme profit.

 

Qu'il est beau le sud de la Crète ! Ses montagnes tombent à pic dans la mer de Libye, aux côtes inabordables, sauvages et rebelles : indomptables. Dangereuses pour le marin. Pas de mouillages possibles ! Seules de longues marches à pieds permettent d'accéder, par des chemins de chèvres, en des sites particulièrement beaux, sauvages et tranquilles.

 

Que penser de toutes ces îles grecques et turques Karpathos, Rhodes, Symi, Tilos, Astypalaia, Kos, Kalimnos, Leros, Samos, Chios, Oinoissai, Lesbos, Lemnos, Gorceada, Bozcaada, jadis toutes recouvertes de forêts jusqu'à leurs sommets, aujourd'hui nues, pelées ne ressemblant qu'a d'énormes tas de rochers plantés au milieu de la mer ... Nous n'y trouverons aucun point de fraîcheur. La pierre chauffée à blanc par le soleil restitue jour et nuit une chaleur sèche. Tard le soir, au mouillage, nous ressentirons ce rayonnement. Et hésiterons à aller à terre. Nous le ferons et éprouverons beaucoup de gêne tant la chaleur est suffocante. Les villes, véritables fours  - immeubles en béton et rues emmagasinent et restituent en continue la chaleur solaire - ne sont fréquentables qu'une ou deux heures après le coucher du soleil.

 

Que penser de ces gigantesques programmes immobiliers dénaturant une partie de la côte égéenne la plus sauvage et la plus belle de la Turquie ? Des flancs entiers de montagnes couverts de forets soumis aux effets dévastateurs des bulldozers. Des milliers d'immeubles ou de petits immeubles tous identiques semblables à des cages garnissent le front de mer. Plus étonnant encore, aucun de ces programmes immobiliers n'a accès à la mer. Il n'y a pas de plage : la montagne sur lesquels ils sont construits plonge quasi verticalement dans la mer. La baignade n'est accessible que plusieurs kilomètres au nord ou au sud. Et pas une « âme qui vive ». Nulle trace de vie. Complexes apparemment sans habitants.

Golfe de Gülluk - Turquie

Suite - Golfe de Gülluk - Turquie

Gümüslük - Turquie

 

 

Détroit des Dardanelles

Plus surprenant encore ce programme de 20 maisons luxueuses en pierres du pays (ce qui est rare tant en Grèce qu'en Turquie où la pierre de qualité est pourtant en abondance) sur l'île quasi déserte de Gokceada. Du bel ouvrage, achevé depuis longtemps et totalement inhabité ...

Ile de Gokçeada - Turquie

Détail

Mais me direz-vous, pourquoi s'offusquer de ce qu'ils font, la France en son temps a fait la même chose sur la Côte d'Azur ! Justement ! Ils avaient là l'exemple à ne pas suivre !

Je comprends pourquoi les Corses défendent si ardemment leur île. Ils ont mille fois raison et, qui plus est, si jamais ils laissaient ainsi faire, perdraient la maîtrise de leur territoire et ne seraient plus maîtres chez eux. De cela les turcs seraient bien inspirés d'y méditer.

 

Ce qui est décourageant, à notre époque, est le mépris affiché envers l'environnement. Pas d'autre issue pour ces gigantesques programmes immobiliers que de rejeter toutes leurs eaux usées dans la mer Egée ... où sont les responsables d'un tel saccage écologique ... Qui payera plus tard les efforts gigantesque et coûteux d'épuration des mers Egée et de Marmara ? Qui sera responsable de la totale disparition de la flore et faune de ces deux mers ?

 

L'état de pollution de ces deux mers est déjà fort avancé pour que ces deux pays sachent prendre dès maintenant'est pas rien ! C'est aussi, ils ne devraient pas l'oublier ou l'occulter, une part très importante de leur revenu national qui est gravement compromis à moyen terme : le tourisme.

Crique - Golfe de Göçek

Plus personne ne voudra venir se baigner dans des eaux nauséabondes et dangereuses pour la santé ! A moins de construire d'immenses îles artificielles motorisées et flottantes qui conduiront les touristes au large des côtes et des îles, là où les eaux seraient encore « saines » ! Mais à quel prix ! Les touristes iront ailleurs ...

Crique - Golfe de Göçek

Plus aucun touriste ne voudra s'allonger sur des plages recouvertes de détritus et immondices. D'ores et déjà, il n'est pas un mètre linéaire de côte exempt de pollution ! Toutes les plages, tous les rochers et tous les ports sont envahis de plastique, polyester, canettes de bières ou de coca-cola, de verre cassé, ... bref d'une infinité de détritus. Même en pleine mer, les courants véhiculent des tonnes de déchets que nous devons contourner, nous navigants, afin d'éviter soit que l'hélice du bateau n'accroche un des énormes morceaux de plastique qui flottent « entre deux eaux », soit, si le moteur fonctionne, que la tuyauterie d'aspiration de l'eau de mer (refroidissement du moteur) ne soit obturée par l'un de ces déchets.

Leptine au mouillage de Mandraki - île Oinoussai - Grèce

Finike, octobre 2007

de Xania à Istanbul

d'escale en escale

deuxième partie

Les cartes marines ne sont pas exhaustives quant aux informations utiles aux plaisanciers telles que : savoir où l'on peut mouiller, où se trouvent les marinas et les ports accessibles aux bateaux de plaisance, ce que l'on trouvera en terme d?approvisionnements dans tel port ou tel village, .... Des guides maritimes ont ainsi fait leur apparition. Parmi ceux-ci, les plus usités sont les guides IMRAY.

L'IMRAY est au plaisanciers ce que « le Routard » est au terrien ! S'ils ne sont pas parfaits, s'ils comportent de nombreuses erreurs, ils ont toutefois l'immense intérêt d?exister pour tous ceux qui vont découvrir un pays par voie maritime et l'avantage de constituer une base élémentaire de données à partir de laquelle chacun peut s'appuyer pour explorer d'autres possibilités.

 

Ainsi, alléchés par son nom et la description idyllique faite dans l'IMRAY, nous décidâmes d'aller mouiller (jeter l'ancre) dans la Baie du Paradis, une des multiples baies que comporte la grande baie de Kazikli en Turquie. Le guide IMRAY précisait bien qu'il y avait quelques fermes marines mais comme nous ne savions pas, par inexpérience, ce que cela pouvait bien dire, nous y allâmes confiants !

 

Il n'y a pas « quelques fermes », mais beaucoup de fermes ... dès son embouchure au large : deux fermes ... puis une ou deux fermes dans chaque petite baie ... bref il y en a partout ! C'était la première fois que nous en rencontrions et passâmes près d'elles afin de  « voir » ce qu'il en était ... Un oeil fixé sur le GPS, l'autre sur le spectacle offert ... du gavage des poissons. Plusieurs employés passent de bassin en bassin et tels « la semeuse » distribuent généreusement les granulés. La surface de '?eau bouillonne ! Les poissons affamés se précipitaient ...

... parvenons dans la « baie du paradis » ... pas d'autre voilier ... la tranquillité ...

 baie du Paradis - grande baie de Kazikli - Turquie

Notre joie sera de courte durée !

L'eau est particulièrement chargée en particules blanchâtres et grises. Il se dégage d'elle une odeur prégnante et désagréable de farine animale. La plage est partout souillée de détritus et de sacs plastiques. Des cabanes de fortune en bois, à la limite du taudis, ont été construites. Elles servent de logement aux ouvriers de ces fermes. Femmes et enfants y vivent. Tout autour de ces cabanes, un véritable dépotoir. Les éboueurs ne viennent pas jusque là !

baie du Paradis - grande baie de Kazikli - Turquie

Dépités, nous fuyons !

Hier, « baie du Paradis » ... aujourd'hui, « baie du Purgatoire » ... demain, « baie de l'Enfer » ?

Ferme marine - grande baie de Kazikli - autre crique - Turquie

Nous passerons plus d'une heure et demie à chercher une baie où nous pourrions jeter l'ancre. Nous en trouverons une, située au fond de la grande baie. Deux heures après, le temps nécessaire pour déjeuner, nous en repartirons malgré un fort mauvais temps pour naviguer. Ici aussi l'eau est polluée et dégage la même odeur forte de farine animale. Ici aussi des milliers de sacs blancs, des milliers de bouteilles et de bacs, tous en plastique, jonchent les berges. Impossible de se baigner, impossible de savourer le paysage, impossible de rester.

 

Toute une grande baie, pourtant très belle et sauvage, se trouve aujourd'hui entièrement polluée par cette activité somme toute récente d'élevage de poissons dans des fermes marines. Inexploitable pour le tourisme ! Même nous, plaisanciers, sommes conduits à la fuir !

Il ne suffit pas aux hommes d'avoir, par bêtise et cupidité, vidé cette mer de ces poissons, les voici maintenant à l'oeuvre de destruction totale des mers Egée et de Marmara.

 

Nous verrons peu de chalutiers sur ces deux mers, seulement de nombreux petits pêcheurs indépendants. Le poisson est de plus en plus rare. Les fermes marines sont donc un prolongement logique afin de contre carrer cette pénurie. Elles devraient donc proliférer dans les années à venir.

Le moment est venu me semble-t-il pour prendre les mesurent qui s'imposent.

Que contiennent ces farines destinées à l'alimentation des poissons ? A-t-on évalué leur(s) impact(s) sur l'eau, sa faune et sa flore ? De même, a-t-on évalué l'impact, sur ces trois éléments, de la concentration des excréments issus de ces poissons d'élevage ?

La mer Méditerranée n'est pas parcourue par d'importants courants maritimes, golfes et baies sont donc moins sujets aux courants. Leurs eaux sont peu renouvelées. Les concentrations de ces deux produits ne peuvent qu'augmenter dans le temps.

Si les hommes ne savent pas prendre leurs responsabilités, la nature, ici la mer, se retournera contre eux et le châtiment sera terrible.

La nature peut se passer de l?homme. La réciproque n'est pas vraie.

 

Partout où nous sommes passés avec « Leptine », grandes villes, petites villes, villages nous constaterons une prolifération inouï de deux sortes d'algues : un algue couleur verte quasi fluorescente et une algue verte aux filaments très fins la faisant ressembler à un nuage. Partout ces deux algues détruisent la faune et la flore. Nous les verrons particulièrement à l'oeuvre sur certaines îles détruisant les algues habituelles que nous verrons flotter en quantité extraordinaire, ainsi que les moules (grosses comme une main !). Autre constat : on ne voit ni poisson ni crabe, petit ou gros, là où elles sont ! J'ai passé une matinée, sur la côte Est de la petite île de Türkeli Adasi en mer de Marmara, avec mon annexe au dessus des rochers à dégager une quantité phénoménale de ces deux algues pour découvrir dessous une quantité toute aussi impressionnante de grosses moules que ces algues étaient entrain d'asphyxier ou d'empoisonner !

Ces deux algues prolifèrent partout sans que quiconque montre le moindre signe d'inquiétude !

Leptine à Saraylar - île de Marmara - Turquie

Finike, octobre 2007

de Xania à Istanbul

d'escale en escale

troisième partie

De ce que nous avons pu voir à ce jour, la façade maritime turque présenterait deux types de reliefs : un relief tout en douceur entre Istanbul et Ayvalik constitué de plaines assurant une continuité entre la mer et les montagnes situées plus en retrait et, un relief plus abrupt fait de massifs montagneux plongeant directement dans la mer entre Ayvalik et Finike.

Ainsi, vue de la mer, cette partie côtière montagneuse de la Turquie offre un spectacle grandiose, sorte de monumental « château fort » naturel dégageant une impression de puissance et le sentiment d'impénétrabilité. Barrière infranchissable !

Golfe de Göçek / Féthiye

A quelques milles nautiques on ne perçoit qu'une masse compacte, rien ne permet de distinguer golfes ou baies. C'est seulement à l'entrée de la baie ou du golfe que l'on est en mesure de discerner son contour. De nombreux hauts fonds, petites îles et rochers rendent l'approche dangereuse. Aujourd'hui, les cartes bien renseignées permettent d?éviter ces dangers. Ici, le plus court chemin n'est pas la ligne droite ! Il faut serpenter entre tous ces obstacles. La ville, le plus souvent située en fond de baie ou de golfe, comme les petites baies intérieures ou criques, ne sont visibles qu'au dernier moment. Rien ne permet de les distinguer de loin.

Ainsi des golfes de Bodrum, de Datça, de Marmaris, de Göçek, de la rade de Kekova, ...

Rade de Kekova

La nature y est à la fois sauvage et grandiose. Le spectacle est phénoménalement beau.

Trop beau !

Baie de Marmaris

Baie dans le golfe de Göçek

Le tourisme s'en est emparé et constitue une source de revenu fort importante pour cette région côtière.

Les plages de sable fin comme celles que nous connaissons en France sur la Côte d?Azur ou sur la Côte Landaise sont ici rares.

 

Gemiler Adasi

Le tourisme se développe donc sous d'autres formes. Pour l'essentiel il se résume aux visites des nombreux sites (anciennes colonies grecques) et aux croisières à bord de goulettes (sorte de goélette) ou de caïques. Ces croisières peuvent être d'une journée ou pour les plus riches s'étaler sur une ou deux semaines. Chaque ville touristique située en bord de mer possède plus de 100 embarcations « journalières » de toutes dimensions.

Chaque jour ces bateaux conduisent les touristes en des lieux paradisiaques où ils pourront se baigner, dégusteront à bord les spécialités locales ou iront déjeuner dans un des multiples petits restaurants installés là en bord de mer.

Göçek

Ainsi, pour nous navigants, les mois de juillet et août ne sont pas de tout repos dés lors que l'on se situe en Turquie ou sur les îles grecques jouxtant ce pays. Ce sont des centaines d'embarcations de ce genre que nous croiserons, mais surtout que nous retrouverons dans toutes les baies ou criques, qu'elles soient petites ou grandes ... et qui lâcheront leurs hordes de touristes. De 11 heures du matin à 18 heures le soir ce ne sont que cris et hurlement d'enfants et d'adultes qui se défoulent, le tout accompagné d'une musique spécifique « vacance ».

Et, au petit matin, la désagréable surprise de constater que la surface de l'eau est maculée de tous les déchets que ces bateaux de croisière se débarrassent sans scrupule et sans vergogne ! Tout y est : restes des repas, gobelets et bouteilles en plastique, emballages divers, épluchures, serviettes en papier, ...

Et, au petit matin, la désagréable surprise de constater que la surface de l'eau est maculée de tous les déchets que ces bateaux de croisière se débarrassent sans scrupule et sans vergogne ! Tout y est : restes des repas, gobelets et bouteilles en plastique, emballages divers, épluchures, serviettes en papier, ...

 

Quant aux canettes de bières en verre ou en métal elles tapissent le fond marin ! Invariablement, la risée du matin va pousser tout cela soit vers le large, soit vers la côte ... Parfois certains procèderont à la vidange complète de leurs cales. La surface de l'eau est alors recouverte de nappes noires, mélange de fuel, d'huiles, de graisses et d'eau saumâtre.

 

Nous mouillerons dans les baies de Marmaris et de Göçek, très près du centre ville de chacune, nous ferons escale dans la marina de Kusadasi et de Kalkan et partout ferons le même constat. La mer y est particulièrement polluée et, en l'absence de vent, dégage une odeur nauséabonde. Cette zone d'eau impropre est vaste. Elle s'étend très en avant de la ville et semble lentement mais sûrement progresser. Tôt ou tard la plus grande partie des eaux de ces golfes deviendront insalubres. Et bien avant cette catastrophe annoncée, le tourisme aura cessé. Là aussi, nous assistons, impuissants, à une exploitation honteuse des ressources naturelles, de l'outil de travail ». On  l'use, on en abuse ...sans qu'un centime ne soit, en retour, investi dans son maintien en état. Ici aussi, on tue « la poule aux oeufs d'or » ! Cycle infernal qui ne cesse de se répéter et dont personne semble vouloir tenir compte.

C'est à ceux qui exploitent ces richesses naturelles, qui appartiennent à tous, de réinvestir une partie de leurs gains dans le maintien en état de leur « gagne pain ». C?est aux villes à faire l'effort important d'investissement dans le traitement des eaux usées. C'est à l'Etat enfin qu'il appartient d'éduquer dès l'école primaire sa jeunesse, comme ses administrés, au respect de la nature : ne 'rien jeter au sol ou à la mer,...

... sentiment prémonitoire d'artiste ?

 

Sachons entendre, sachons comprendre, sachons décrypter le message véhiculé par cette poignante statue placée à l'entrée du petit village de Gümüslük ...

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