Leptine
Finike, décembre 2007.
de Xania à Istanbul
suite de … « la plaisance d’aujourd’hui »
Dès les premiers mois de notre périple nous ressentîmes un étrange malaise quant au comportement inhabituel, pour nous, de nombre de navigants que nous rencontrions ou croisions. Cela nous marqua
tellement que nous lui réservâmes une place dans notre « Carnet de Voyage » : c’est dire !
Il nous faudra attendre les premiers mois passés au sein de la marina de Monastir où nous hivernions pour parvenir enfin à comprendre le pourquoi d’une telle situation incompréhensible pour nous.
Dans notre courrier daté du 8 février 2006 nous écrivions à « Mr Raoul »:
« Quant aux autres hivernants de la Marina Port Monastir, sachez que 95 % d’entre eux appartiennent à la diaspora juive (de tous pays : Finlande, Suisse, Allemagne, Angleterre, Canada,
Belgique, Espagne, France, …). C’est une communauté fermée qui n’accepte pas les autres. Ce qui explique nos difficultés et incompréhensions initiales, puisque se sont les « mêmes » que
nous avons côtoyés lors de notre périple ».
Nous étions, Christine et moi-même, à des années lumières de cette réalité. Nous ne nous y attendions pas et prîmes cela de plein fouet, estomaqués !
Il y a de quoi, tellement leur comportement à notre égard à Monastir fut sidérant : sectaire, quasi expression d’un racisme pur exacerbé. Ils n’acceptent et ne supportent pas les autres,
c’est-à-dire tous ceux qui n’appartiennent pas à leur communauté et ne savent vivre qu’entre eux. Ils feront tout ce qui leur est possible de faire afin de nous éviter. Et, lorsqu’ils ne peuvent
faire autrement, feront un effort phénoménal pour en accepter un ou plusieurs parmi eux, une fois … mais pas deux.
J’ai pour habitude d’adresser un bonjour à toute personne que je croise sur un ponton ou aux occupants des bateaux voisins du notre. Il en est de même lorsque nous nous retrouvons à plusieurs
bateaux dans un mouillage. Invariablement, « eux » ne répondent pas au bonjour ! Instinctivement « ils » se détournent pour faire autre chose !
De notre vécu dans la marina de Monastir nous noterons qu’ils évitent de saluer ou simplement de dire « bonjour ». Nous côtoierons de tels voisins de ponton. Malgré cette promiscuité
quotidienne, plus de trois mois de patience et d‘obstination polies furent nécessaires pour qu’un premier échange entre nos deux bateaux ait lieu !
Il est manifeste qu’ils ne nous supportent pas, que notre existence constitue un véritable et profond problème pour eux. A l’évidence cela les gêne que nous existions : il leur serait
tellement plus agréable que nous n’existions pas!
A Monastir nous verrons cette communauté vivre repliée sur elle-même. Nous n’aurons aucun contact avec ces hommes et ces femmes qui, pourtant, battent pavillon français et possèdent un passeport
français !
« Ils » s’arrangeront pour passer ensemble les fêtes de fin d’année … faisant en sorte que les autres … les « exclus » de tous les pays … se regrouperont et festoieront
ensemble, malgré le handicap certain de la langue ! Nous nous retrouverons 15 autour d’une même table … 8 nationalités différentes parlant … 6 langues différentes … merveilleux non ?
Ce n’est pas banal … ne s’invente pas … seulement le réel … du vécu … de l’authentique … du dramatiquement authentique …
En trois années de navigation, nous parviendrons au constat que plus de 98% des navigants battant pavillon français appartiennent à cette communauté ! Cette proportion semblerait moins
élevée pour les navigants étrangers (allemands, belges, anglais, hollandais, …).
Autrement dit et concernant la Mer méditerranée, moins de 2% des navigants battant pavillon français n’appartiendraient pas à cette communauté !
C’est peu pour faire des rencontres et des amitiés !
Quoi qu’il en soit, cela interpelle bigrement ... on est en droit de se poser … beaucoup de questions !
Pour l’anecdote, quelques jours avant notre arrivée à Finike (où nous avons prévus de passer notre 3ème hiver), nous ferons escale dans la dernière île grecque de Castellorizo. Lors de
notre arrivée au mouillage qui jouxte le port de cette île nous y trouverons deux bateaux.
Deux bateaux battant pavillon français … reliés entre eux par un cordage (Cf. photographie ci-dessous)… sorte de chaîne d’union … chère à cette communauté.
Nous ne recevrons aucune réponse au signe que nous leur adressons lorsque nous passerons prés d’eux. Pas un seul contact ne sera recherché les jours suivants. Pourtant, deux fois par jour, avec
notre annexe, nous passerons au voisinage de leurs bateaux.
Deux excluant le troisième …surprenant non !!!
Cela ne s’invente pas … rien qu’une banale réalité … effarante réalité.
- « A l’évidence, il est clair que mon prochain chapitre « Intermèdes en terre grecque » sera consacré à ce peuple et problèmes qu’il me pose, afin une bonne fois pour toute d’être clair vis-à-vis de moi-même et me débarrasser de ce qui encombre inutilement ma pensée ! »
Dim 24 fév 2008
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